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Notes d'auteur :
Ce texte a été écrit dans le cadre des Travaux d'HPF, pour l'épreuve des Boeufs. Les personnages, Octave et Léon, ont été créés avec mes coéquipières, Melow et Flodalys. Ce texte fait suite à notre OS à six mains, Au coeur de la tranchée (http://www.le-heron.com/fr/viewstory.php?sid=1412), mais les filles n'y ont pas participé (si ce n'est en faisant de nous la meilleure équipe de tous les temps, mais c'est une autre histoire)
Ceci dit, bonne lecture, et n'hésitez pas à aller lire les autres participations !
Octave s'efforça d'ignorer les yeux écarquillés de l'enfant, fixés sur sa jambe. Ou plutôt, fixés sur le tissu lâche qui aurait dû renfermer son membre. Il devrait y être habitué. La guerre était finie depuis près d'un an, et partout, les regards le suivaient, les gens s'écartaient sur son passage, lui cédait leur place dans les transports en commun. Souvent, il refusait. Il ne voulait pas accepter la charité - la pitié. Ça le dégoutait.
Mais d'autres jours, des jours comme aujourd'hui, où les muscles de ses bras se raidissaient autour des béquilles, où ses épaules hurlaient au supplice, où sa colonne vertébrale se tordait de douleur - ces jours là, il grimacait un sourire et s'asseyait lourdement sur la place cédée par son occupant.
Le regard du petit garçon se faisait pesant. Il chatouillait son unique jambe, lui lançait des piques de honte. D'ordinaire, les curieux ne regardaient jamais très longtemps. Pas les enfants. Ils vous fixaient, vous dévisageaient, cherchaient sur votre visage la trace de la guerre. Ce n'était pas cela qui manquait, chez Octave. La guerre lui avait laissé des rides, des cernes, des cicatrices et des nuits d'insomnie. En échange, elle lui avait volé son indemnité - tant physique que mentale. Et elle lui avait pris Léon.
Octave ferma rapidement les yeux. C'était le seul moyen de contenir la douleur, de l'empêcher de tout noyer sur son passage. Un flux de souvenirs le submergea. Léon souriant, Léon lui caressant la joue, Léon le prenant dans ses bras... Après deux ans à vivre sans lui, il s'était habitué à ces flash backs, ces flots d'images lui revenant à la figure au moment où il s'y attendait le moins. Mais chaque fois, l'effet était le même. À chaque fois, il s'attendait à ouvrir les yeux et le voir près de lui, réel, vivant, et non pas déchiqueté par une grenade. À chaque fois, il s'attendait à ce que les deux dernières années n'aient été qu'un long, très long cauchemar. Et à chaque fois, le choc de la réalité se faisait plus violent.
Les semaines suivant la mort de Léon n'étaient qu'un long brouillard. Il ne gardait que de très vagues souvenirs de son procès improvisé. Il se rappelait simplement que son passif de soldat exemplaire avait joué en sa faveur, et il avait simplement été transféré sur un autre front. Il était incapable d'être attentif à ce qu'il se passait autour de lui. Quand il ne se battait pas, il passait des heures à fixer un point au loin, attendant que le sommeil ou la mort l'emporte. Ses performances sur le champ de bataille était plus que médiocres, et il ne devait sa survie qu'à... en fait, il ne savait pas très bien à quoi. Même la peur ne suffisait plus à le motiver. Son absence totale d'émotions lui avait coûté sa jambe, et il avait été retiré du champ de bataille quelques semaines avant l'armistice. Il était rentré chez lui, souillé par le sang, la honte et la douleur, chaque fibre de son corps hurlant, demandant Léon.
Le métro s'immobilisa à sa station, et Octave traina ses membres grinçants sur le quai, emportant avec lui le regard de l'enfant.
Note de fin de chapitre:
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