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Notes d'auteur :
J'ai eu les genres Mythe, Fable et Anticipation.
Les contraintes étaient:
- Mixer les trois genres attribués en une histoire ORIGINALE, en indiquant le trio en note d'auteur.
- Fanfiction, cross-over et autres INTERDITS.
- Tous les ratings sont autorisés
- Minimum 2000 mots, aucun maximum imposé.
- Le texte devra porter une référence à une œuvre issue de chaque genre choisi (3 références au total), en les précisant en note d'auteurs
- Respect du règlement du site du Héron.

Un grand merci à princesse pour la correction.

Bonne lecture !
Traversant une petite ville qui n'avait que cent mille habitants, le dieu Apollon fut arrêté par un arbre. Ou plutôt par la dryade qui y habitait.

- Oh, Apollon, lui dit-elle. Je ne peux plus m'aider. Les hommes me vénèrent mais la ville me nuit. Jamais je ne peux sortir de mon arbre sans que le monde entier ne me voit. Jamais je ne peux me retrouver seule face à moi-même. Jamais je ne peux partir d'ici sans que je sois gardée de près.

Apollon, qui décidément ne pouvait pas abandonner une belle jeune fille à ses problèmes, lui promit de trouver une solution.

- Oh belle dryade, que ne ferais-je pour vous ? Je vois bien que les expériences qui ont été bénéfiques aux hommes, ne l'ont pas été pour vous. Je vous aiderai coûte que coûte. Nous tenterons d'autres expériences bien plus agréables !
- Vous savez quand même que vous êtes en train d'être filmé, s'assura la dryade. Des humains sont en train d'écouter tout ce que nous disons.
- Qu'ils écoutent et qu'ils entendent: mon amour pour vous n'a aucune limite ! *Je descendrai aux enfers*(1) pour votre magnifique bouche. Et je détruirai l'humanité entière pour vos beaux yeux.
- On n'en est pas encore là, hein. Trouve un moyen un peu plus discret, d'accord ?

Le bel Apollon voulut ouvrir la bouche pour la flatter davantage mais il n'eut pas le temps car deux soldats l'avaient capturé et entraîné vers la prison la plus proche. Le dieu ne comprit pas pourquoi. La dryade soupira en espérant trouver un jour une aide plus précieuse.

Dans la salle d'interrogatoire de la prison, Apollon était proche du désespoir. Ce n'était pas possible que des pauvres mortels le détiennent lui, un dieu ! Déjà, ils le refaisaient sortir de la minuscule cage où ils l'avaient enfermé et l'emmenèrent dans une autre pièce à peine plus grande. Les soldats le firent s'asseoir sans douceur et repartirent aussitôt.

La pièce était blanche. Entièrement blanche. Les murs, le sol, le plafond, la porte. La lumière diffusée par le tableau interactif. Les deux chaises. La table. La montre accrochée en face de lui. Blanc. Tout était blanc.
L'affichage de la montre était la seule chose qui n'était pas blanc. Il était rouge. Un rouge éclatant, sanguin, qui faisait mal aux yeux dans cette pièce si blanche. Mais on ne pouvait pas en détourner les yeux. La montre ne faisait pas de bruit mais le double point qui séparait les heures des minutes clignotait régulièrement, hypnotisant.
Les pas des gardes dans le couloir étaient réguliers aussi. Très atténués mais réguliers. Aucun faux pas ne perturbait le rythme.

Tout était fait pour être hypnotique, réalisa soudain Apollon. On voulait le rendre faible mentalement. Il était un dieu. Il n'allait pas se laisser faire. Il s'arracha à la contemplation des chiffres rouges, il refusa d'écouter les pas. Il se leva, marcha dans la pièce. Toujours en changeant de sens, de fréquence, d'amplitude. Pour surtout ne pas tomber dans le piège.
Il était le dieu de la musique aussi. Il fit apparaître sa lyre divine, joua un morceau entraînant. Pour rester maître de son esprit. Pour ne surtout pas divaguer.

Au bout d'un long moment, pas pour un dieu mais à l'échelle humaine, la montre affichait pour la troisième fois les mêmes chiffres, un homme entra enfin dans la petite pièce. Une expression de surprise passa sur son visage mais il se reprit aussitôt.

- Soyez salué, lui dit Apollon. Quand puis-je partir ?

L'homme s'installa de l'autre côté de la table et le fixa.

- Avant de venir ici, vous avez dit, je cite: "je détruirai l'humanité entière". Ses paroles reflètent-elles vos pensées ?
- Vous avez parlé à la belle dryade ? s'étonna le dieu. Elle s'est abaissée à vous adresser la parole, à vous, mortel ?
- Nous n'avons pas besoin de lui parler, monsieur. Vous êtes au quartier général de la sécurité intérieure. Nous savons tout. Nous n'avons besoin de personne. Pourquoi parlez-vous de dryade et de mortel ?

Apollon n'y comprenait plus rien. Il était un dieu. Il avait parlé à une dryade. Il était face à un mortel. Il le lui dit.

- Vous êtes Apollon ?
- Le réel, acquiesça le dieu, soulagé qu'on le reconnaisse enfin.
- *La réalité existe dans l'esprit humain et nulle part ailleurs.*(2)
- Dans l'esprit divin aussi, compléta Apollon.
- Bon, soupira l'homme en se levant.

Il sortit de la salle et s'adressa au garde qui était posté devant.

- Un fou, appelez l'asile. Il se croit être un dieu. Mais s'il l'était, il pourrait simplement partir comme ça, non.

Ce n'était pas bête ça. Apollon décida de suivre le conseil et partit vers le mont Olympe.

Il s'était échappé. Maintenant il fallait qu'il fasse quelque chose pour la belle nymphe. En gros elle ne voulait plus être tout le temps surveillée par les humains. C'était tout à fait à son honneur. Apollon avait lui-même remarqué les conséquences d'une telle surveillance. C'était plutôt pas pratique. Et puis il aimait bien pouvoir parler et faire de grand discours sans se faire embarquer et en rater la meilleure partie du jeu de séduction.
D'abord il fallait qu'il trouve comment les mortels pouvaient les surveiller de si près sans qu'ils ne le remarquent. Où était Héphaïstos quand on avait besoin de lui ?

Ah, justement le voilà ! Quelle était la probabilité qu'il arrive au bon moment ? Quelque chose comme un centième.

- Dis-moi, mon ami...
- Besoin d'aide pour une conquête ? ironisa le dieu des forges.
- Non, mais je me demandais comment font les mortels pour tout voir et tout entendre ?

Héphaïstos éclata de rire. Son rire tonitruant résonnait par-dessus le mont Olympe et il se tenait le ventre. Cela dura quelques minutes sous le regard vexé du dieu de la musique.

- Oh, mon petit dieu, laisse moi t'expliquer le principe des caméras et des micros...

Peu de temps, à l'échelle des dieux, plus tard, Apollon avait élaboré plusieurs plans pour arriver à ses fins. Il pouvait mettre de la peinture par dessus les caméras. Il pouvait les faire disparaître. Il pouvait faire disparaître les humains de l'autre côté des caméras. Il pouvait accrocher quelque chose devant. Il pouvait créer une panne d'électricité. Il pouvait détruire la ville.
Mais aucune de ses solutions ne lui paraissaient la bonne. Pas assez durable. Pas assez pratique.
Il pouvait déplacer l'arbre de la dryade. Il se ferait bien ici sur le mont Olympe, non ? D'accord ce n'était pas une bonne idée. Il serait obligé de rester avec elle jusqu'à la fin de leurs jours, une éternité pour un dieu.
Mais alors quoi faire ?
Changer les humains ? Mais c'était eux qui, il n'y avait pas longtemps, avait introduit ces nouvelles technologies. Pour la sécurité de tous, paraît-il. Incompréhensible.
Non. Changer les humains était impossible.
Abolir leur système de surveillance. Voilà ce qui ferait l'affaire ! Il ne devait pas s'occuper des trois caméras autour de la pauvre dryade mais de toutes. Les humains non plus ne devaient pas aimer être observés, espionnés tout le temps. Il ne ferait que leur rendre service à eux aussi.
Son beau visage de dieu du soleil s'éclaira d’un coup à cette idée. Elle était tellement digne de lui !

Aussitôt pensé, aussitôt fait. La ville n'avait plus de système de surveillance. Toutes les caméras et micros s'étaient évaporés. Même le Ministère de la Sécurité Intérieure s'était transformé en air. Les employés en étaient tombés des nues, au sens littéral malheureusement pour eux car le bâtiment était assez haut.
Apollon n'en avait pas cure. Il se rendait auprès de la dryade.

- Alors, ma belle. Ne me suis-je pas débrouillé comme un dieu ?
- Oh Apollon, soleil de mes jours et musique de mon cœur, comment puis-je te remercier ?

Le dieu lui sourit, charmeur. Il en avait quelques idées.

- Dryade de mes rêves, je me reconnais dans votre description. Mais rien que de parler avec vous me comble de bonheur. Pourrais-je oser vous inviter à prendre un café en ma compagnie ?
- Rêve toujours, dragueur, la nymphe leva les yeux au ciel. Et tant qu'on y est, on pourrait arrêter de parler comme si on était il y a mille ans ? C'est gonflant.
- Comme tu veux, mignonne. Tu viens le prendre, ce café ?

Apollon lui prit la main et la tira dans la rue voisine.

- Et tu es sûr qu'on n'est plus surveillés ? Je n'ai pas envie que tes divertissements précédents me voir dans tes bras.

Apollon voulut lui dire quelques mots sur ses conquêtes précédentes mais la dryade lui soupa la parole.

- Non, tais-toi. On connait bien ton jeu. Tu me quitteras d'ici trois semaines au plus tard. D'ailleurs tu as oublié de me demander mon nom.

M****. Il savait qu'il avait raté quelque chose. Mais il fallait dire qu'il n'avait pas pour habitude d'accomplir une tâche pour sa petite amie.

- J'étais tellement certain que Beauté était ton nom... essaya-t-il de se sauver.
- Oublie, ricana la dryade. Ca ne marchait déjà plus il y a cinquante ans. Mais si tu veux savoir c'est Fagyve.
- C'est terriblement classe. Il n'y a que toi pour pouvoir le porter avec...
- Ne termines pas ta phrase. Tu peux m'appeler Fage. C'est ça la peine avec les noms qui datent de l'Antiquité.
- Je pense que je ne m'en tire pas trop mal, fit Apollon. Mon nom est tout aussi canon que moi, tu ne trouves pas ?

Fage le regarda en haussant les sourcils.

- Tu veux vraiment mon avis ?

Ils étaient arrivés devant un petit local et le dieu fit mine d'entrer quand sa compagne l'arrêta.

- T'as de quoi payer ?

Apollon acquiesça de bonne humeur.

- J'ai quelques euros dans ma poche.

Fage sembla vouloir se taper la tête contre le mur.

- Mais t'es complètement décalé, toi ! Ca n'existe plus depuis une vingtaine d'année. Si t'as pas un compte et une puce pour payer, ça ne sert à rien d'entrer.

- Un compte et une puce ?

Mais c'était quoi cette histoire ? Apollon était certain que pas plus tard que la semaine précédente il avait fait ses courses en essayant de comprendre les différentes pièces. Bon, vingt ans c'était un rien dans sa vie immortelle, fallait le comprendre.

- Décidément ça ne va rien donner entre nous, déclara Fage.

Il pourrait passer à la vitesse supérieure et l'emmener dans un lit. Pas si bonne que ça, cette idée. Les lits aussi se payaient.
L'arrivée de quelques mortels masqués coupa court sa réflexion. L'un d'entre eux se précipita sur Fage tel *un loup sur un agneau*(3). Il fallait qu'il la protège ! Un autre pointa un drôle d'engin sur sa poitrine et lui cria:

- Ton code ou ta vie !

Quelle alternative. Il parlait de quel code, celui-là ? Et bonne chance pour lui ôter la vie, à lui, dieu olympien. Apollon se dit que ça devait être l'équivalent moderne de "la bourse ou la vie". Ils étaient bizarres, les mortels, à toujours changer.
Ne voyant pas d'autres moyens de se débarrasser de cet individu, Apollon contracta ses muscles divins et lui mit un crochet du droit.
Le coup de feu partit tout seul.
Apollon ne le remarqua que lorsque les humains prirent la fuite devant sa puissance surnaturelle. Il n'avait pas su protéger Fage.

Elle était belle, sa dryade. Si belle. Elle semblait paisible. Les yeux clos, les cheveux formant une auréole autour de sa tête. Oui, elle était belle. Très belle dans sa mort.
Sa peau légèrement verte était encore fraîche et ses lèvres pleines. Sa tunique blanche contrastait avec sa peau. Ses cheveux rappelaient le tronc de son hêtre. Oui, elle était belle, la dryade. Fagyve.
Ce n'était que maintenant qu'il réalisa tout ce qu'il avait perdu. Davantage qu'un amour court et vite délaissé. Davantage qu'une jeune demoiselle qu'il voulait courtiser.
Fagyve avait été l'arbre qui initia le mouvement contre la suprématie humaine. Fagyve avait été la dryade qui ne voulait plus se plier à leurs règles et coutumes. Fagyve avait été la nymphe qui voulait tout: sécurité et liberté.
Oh, qu'elle était belle dans sa mort. Paisible et apaisée.
Apollon retourna, triste, sur l'Olympe. Il valait mieux ne pas se mélanger aux histoires humaines.

Et la morale de ce récit : pour une société, seul tu ne choisis.
Note de fin de chapitre:
Les références sont celles-ci:
(1) Mythe d'Orphée
(2) G. Orwell, 1984
(3) La Fontaine, Le loup et l'agneau.
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