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Notes :

Voici la participation des Roses d'Aphrodites pour l'épreuve de la Ceinture d'Hyppolyte! Avec un certains nombre de contraintes à caser:

- Votre personnage principal doit être blond cendré

- Vous devrez écrire une suite de neufs phrases, en acrostiche, commençant par les lettres suivantes : O L Y M P I E N S (en gras dans votre texte)

- Un de vos personnages (principal ou secondaire) sera un animal.

- Votre texte fera moins de 2 000 mots (+/- 5%)

- Un de vos personnages possède un talent magique particulier

 - Vous incorporez dans votre texte au moins 3 phrases des paroles de la chanson de Mégara, “Jamais je n’avouerais” d’Hercule. (en gras dans votre texte)


- On retrouvera une allégorie dans votre texte (en gras dans votre texte)

- Votre récit se déroulera de nuit

- Votre personnage principal interagira à un moment avec un centaure

- Votre texte doit être de l’original

Nous vous souhaitons une bonne lecture!

- Ce sera la fin d’un monde.

Athalie se sentait tellement en sécurité dans cette clairière, près du feu qui brûlait. Pourtant, Eidiomé ne mentait pas. Les centaures ne s’abaissaient pas aux faiblesses humaines mais à cet instant, sous la lune argenté, la nature semblait trop sereine pour s’inquiéter.

- Les Dieux s’affrontent dans le ciel de Troie, insista Eidiomé. Mène-y ton peuple et ce sera aussi votre fin. Penthésilée !

La reine des amazones se leva, fière et Athalie devina que sa décision était prise.

- Je suis venu t’avertir Penthésilée, continua le Centaure. Les étoile ne mentent jamais et tu le sais. Les Dieux m'ont confié le pouvoir de les déchiffrer. Je connais le futur aussi bien que le passé. Sacrifieras-tu ton peuple pour un instant de gloire ?

Athalie fronça les sourcils. N’avait-il donc aucune foi dans leur courage ou leur adresse ? Ou possédait-il vraiment ce pouvoir magique que les Amazones avaient tendance à sous-estimer ?

- Hécube m’a demandé de l’aide, répondit Penthésilée d’une voix calme.
- La Reine de Troie n’est plus une Amazone, gronda Eidiomé. Elle s'est fourvoyée dans les bras d’un homme, jusqu’à se laisser déposséder de ses droits. S'il y a un prix pour manque de jugement, il lui revient. Le monde des hommes n’est pas fait pour les Amazones. Pourquoi nier, c’est dément !
- Mais elle est Reine. Et je n’oublie pas.

Ses mots étaient fermes, définitifs. Eidiomé le savait. Athalie le regarda et vit le pli déçu de ses lèvres. Ses yeux flamboyant se plantèrent soudain dans les siens.

- Souhaites-tu vraiment te battre pour un roi qui ne t’es rien ? lui demanda-t-il en se cabrant légèrement.

Elle sentit les regards de ses sœurs sur elle, attentifs et celui de Penthésilée, confiant.

- J’ai fait serment d’allégeance, balbutia-t-elle. Et je suis ce que je suis.

Une Amazone. Elle était Amazone, de toutes les fibres de son être. Lorsqu'elle sentait Réa sous ses jambes galoper à travers les plaines et que les muscles de la jument semblaient se fondre avec les siens. Amazone. Quand ses cris de joie se mêlaient aux hennissements de sa monture et que le vent jouait avec ses cheveux blonds cendrés. Amazone. Quand elle bandait son arc, lâchait sa flèche et que la corde lui brûlait le bras. Amazone. Lorsque Réa répondait au moindre de ses mouvements, comme si leurs esprits ne faisaient qu'un. Amazone.

Malgré la mise en garde d'Eidiomé, Penthésilée donna le signal du départ le lendemain et douze cavalières se juchèrent sur leurs montures pour traverser les chemins jusqu’à la légendaire cité troyenne.

Au bout de deux mois d’un voyage harassant, elles arrivèrent enfin en vue de la cité. Ces journées entières de route, passées à manger et dormir sur le dos de Réa avaient laissé à Athalie le temps de s’imaginer Troie. Pourtant, en la voyant, elle songea que son imagination était bien étroite.

Troie. Où des murailles s’élevaient si haut qu’on disait que seuls les Dieux pouvaient les abattre. Les toits des temples semblaient couverts d’ors lorsque venaient s’y refléter les rayons du soleil couchant. Y vivaient autant de princes et princesses que de prostitués et de soldats.Mais Troie était en guerre et le visage qu’elle offrait à Athalie n’était pas celui des histoires. Par milliers les Grecs étaient venus, envahissant la plage troyenne de centaines de bateaux, de tentes et d’armes.

- Ils sont ici depuis combien de temps ? demanda Athalie, stupéfaite par le nombre de Grecs.
- Enormément, murmura Penthésilée. Neuf ans, peut-être plus, peut-être moins.

Sans s’attarder davantage, la Reine conduisit sa petite troupe jusqu’à une crique où des rochers meurtriers empêchaient même les navires les plus étroits d’accoster. Elles attendirent que la nuit tombe entièrement pour se frayer un passage entre les blocs de roches jusqu’à l’entrée d’un tunnel.

- Comment notre reine a-t-elle pu savoir que ce passage était là ? chuchota Athalie à Brémousa tandis qu’elles avançaient, presque pliées en deux, Réa hennissant son mécontentement derrière elles.

Un haussement d’épaules lui répondit et Athalie dû se contenter d’avancer en silence. Elles débouchèrent dans une petite pièce aux parois grossièrement taillées où un inconnu les attendait. En l’espace d’une seconde, les douze Amazones dégainèrent arcs et glaive en direction de l’homme qui s’inclina légèrement devant Penthésilée.

- Bienvenue à Troie Reine Penthésilée, déclara-t-il d’une voix chaude. Je suis Enée.

La Reine lui répondit d’un signe de tête et il lui offrit son bras jusqu’à un escalier qui menait à la cité.

- Est-ce vrai que vous êtres le fils d’Aphrodite ? demanda Athalie au bout d'un moment.
- Est-ce vrai que vous dévorez les enfants mâles et que vous vous mutilez la poitrine pour mieux tirer à l’arc ?

Athalie ne voyait de lui que son dos mais elle devina son sourire et laissa échapper un rire. Il tourna légèrement la tête, comme s’il hésitait et elle aperçut les tendons de son cou, le menton piqueté de barbe. Le nez droit. Elle se sentit instantanément attirée par lui. Surprise de ce nouveau sentiment, elle se demanda de quelle couleur pouvaient être ses yeux.

Lorsqu'Enée les introduisit à la cour, Priam, gonflé d’orgueil, éclata d’un rire sonore reprit par la plupart des convives présents. Seule la reine Hécube se leva pour prendre Penthésilée dans ses bras. Outrées par l’accueil qui leur était fait, la plupart des Amazones firent mine de tourner les talons mais Penthésilée resta droite, superbe. Impériale. Le temps viendrait.

La vie à Troie était irréelle. Cela faisait si longtemps que la guerre faisait rage qu’elle était ancrée dans le quotidien des habitants. Chaque jour, les femmes les plus fortunées se rendaient sur les terrasses, spectatrices impuissantes des combats menés par leurs maris. Athalie ne parvenait pas à comprendre ce choix qu’elles avaient fait de mettre leur existence au service de celle d’un homme.

Deux mois s'écoulèrent ainsi. L'Amazone avait eu le temps de parcourir les rues Troyennes, de s'agenouiller dans les temples, et avait fini par trouver le camp d’entraînement des soldats troyens. La plupart d’entre eux avaient refusé de se battre avec une femme, fut-elle une guerrière émérite. Réa, qui ne la quittait que rarement, s'ébrouait lors de ces moments comme pour marquer sa désapprobation. Mais Enée, lui, avait accepté. Sans s’offusquer lorsqu’elle lui avait infligé une longue estafilade à l’avant-bras ou lorsque sa flèche était plus proche du cœur de la cible. Il l’accompagna lors de ses promenades nocturnes, lui raconta la cité, ses fissures, ses secrets. Hector, le héros invincible aux yeux de tous, ce roc qui les maintenaient en vie. Il lui raconta sa femme, Créuse, une des filles du roi Priam qui avait quitté la cité deux ans auparavant à la demande du jeune homme.

- Elle ne pouvait pas mourir ici. Pas dans la guerre d’un autre.
- L’autre est son père. Selon vos critères, cela ne fait-il pas de cette guerre la sienne ?
- Nos critères ?
- Vos femmes sont comme une marchandise, fit Athalie en guettant sa réaction. Et elles n’ont aucun moyen de se défendre.
- Nous sommes là pour les défendre, répliqua Enée sans élever la voix.
- Et qui les défendra quand vous serez tous morts ? Vous les infantilisez. Qui crois-tu donc tromper ?

Enée la regarda un long moment, silencieux, et elle ne put s’empêcher d’esquisser un sourire. Il écoutait, et c’était si rare dans la cité. Il entendait. Pouvait-il entendre son coeur tambouriner lorsqu'elle était en sa présence ? Pouvait-il sentir son souffle chaotique se coincer dans sa gorge ?

- Toi, tu les défendras. Tu leur apprendras, fit-il soudain en se tournant vers elle. Tu es une Amazone, une guerrière, tu leur montreras.

Amazone. Elle était Amazone. Femme indomptable et libre. Mais il était là, face à lui et malgré l’obscurité, elle pouvait voir ses yeux pétillants qui semblaient attendre une réponse. Et son coeur sombrait. Il tendit une main vers elle, la priant de répondre. Mais voulait-elle seulement lui donner une réponse ? Amazone. Résister au frôlement de ses doigts.

Un soir, Penthésilée fit irruption dans le dortoir où elles avaient toutes été installées. Athalie était en train d’attacher ses jambières et la voix grave de la reine résonna, vibrante d’excitation.

- Hector a tué Patrocle, l’ami d’Achille. Le Grec hurle et appelle au combat.

Quelques minutes plus tard, elles dévalaient les rues pour rejoindre les rangs de l’armée d’Hector. Enée était là, près au combat. Athalie croisa son regard et y décela une féroce résolution. Une étincelle au fond de ses yeux fit pourtant écho à ses sentiments. Une question muette, qui la fit frissonner.

Les portes s’ouvrirent et les Troyens s’avancèrent à la rencontre des Grecs. Juchée sur Réa, Athalie vida son esprit et poussa un hurlement sauvage, appelant Arès. Le hennissement de la jument lui fit écho avant que tout se perde dans un bruit de tonnerre. Cris de rage, bronze contre bronze, chaires tranchées. Et cette odeur de fer qui saturait l’atmosphère. Soudain, une clameur retenti, plus forte que tout le reste, faisant trembler les deux armées. Hector était mort. Et la nouvelle traversa la plaine, les mers et s’inscrivit dans les mémoires.

Le Grecs refusèrent aux Troyens le droit de rendre hommage à leur Prince. Achille le traîna derrière lui, l'humiliant encore un peu plus dans la mort. Troie pleura et cette nuit là, Athalie vit les traces des larmes sur le visage d’Enée. Des larmes qu’il ne cherchait pas à cacher.

Elle effleura sa joue, réveillant le feu de ses désirs qu'elle tentait d'enfouir. Troie se lamentait tandis que les étoiles contemplaient leurs deux corps enlacés. Troie n’était que l’ombre d’elle-même et Athalie s’embrasait.

L’aube n’était pas encore levée lorsque le Prince Pâris exhorta les guerriers valides à se préparer. Achille galopait toujours, traînant la dépouille d'Hector derrière lui.

- La cité va mourir. Les Dieux se battent dans le ciel de Troie, fit la jeune femme en reprenant les paroles d’Eidiomé.

Enée ne répondit pas. Sans doute avait-il compris lui aussi. La mort d’Hector avait sonné le glas de l’espoir.

- J’aimerai que tu ne sois qu’une femme, fit le jeune homme alors qu’ils se dirigeaient tous deux vers les portes de la ville. Juste aujourd’hui. Mais je ne t’aimerais pas si tu n’étais que cela.

Une caresse légère sur sa joue, un baiser dans le creux de son cou et il avait rejoint ses hommes et elle ses sœurs. Et la bataille pour le corps d’Hector commença, brutale. Ce n’était plus un guerre d’honneur ou d’amour. C’était une guerre sale et mauvaise. Les armes des Troyens étaient leurs vengeance. Le glaive tranchant les chairs, vengeance. Les lances transperçant les coeurs, vengeance. Les flèches ôtant la vie, vengeance.

Et dans ce fragile instant où la nuit hésite à faire place au jour, Athalie recueillit le dernier souffle de Réa, abattue d’une flèche en pleine poitrine qui les fit toutes deux s’écraser au sol. Lorsqu’elle se releva, les doux yeux de la jument avaient perdus l’étincelle de la vie. Elle vit le géant Achille, enfin arrêté dans sa course folle. Penthésilée lui faisait face et le combat ne dura pas longtemps. Athalie vit sa reine, les yeux surpris et la ligne rouge sur son cou. Un éclair et elle sentit une violente douleur au ventre.

Elle tomba à genoux. Elle reconnut Ajax, devant elle qui se détournait pour courir vers Brémousa, épee au vent. Et Achille toujours debout, qui contemplait sa royale victime. Athalie attrapa son arc et une de ses flèches, enduite du poison des Centaures. Elle visa la nuque du guerrier mais ses mains tremblèrent violemment et le trait parti, se fichant dans le talon du Grec.

La vision trouble, elle s’effondra. Elle ne vit pas mourir Achille ni tomber Troie. Et alors que des soubresauts agitaient son corps, la dernière chose qui s'imprima sur ses paupières closes, ce fut le visage d'Enée, son nez droit, ses yeux bleus pétillants, les fossettes sur ses joues lorsqu'il lui souriait.

Et puis plus rien.

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