Lien Facebook



En savoir plus sur cette bannière

- Taille du texte +

L’hiver. Durant cette période de l’année, la demande de la population en onguents, sorts et conseils augmentaient. Tout comme sa popularité auprès des villageois, le pouvoir du Chaman se fortifiait de saison en saison.

Mais ce n’était pas sa préoccupation première car toutes ses pensées étaient tournées vers son unique fille.

Nulle ne saurait mentir en disant que la fille du Chaman avait hérité de la beauté de sa défunte mère. A l’âge de 17 ans, elle avait déjà reçu de nombreuses demandes en mariage. Mais son père déclinait farouchement toutes les propositions, même celle du Chef du village.

Persuadé qu’aucun homme ne pourrait jamais subvenir au bonheur de sa précieuse enfant, le Chaman était résolu à la garder jalousement auprès de lui.

Inconsciente d’être au cœur de tous les commérages, la fille du Chaman entretenait une passion secrète et réciproque pour le fil du Chasseur. Lorsqu’un jour, ce dernier alla trouver le Chaman et lui demander la main de sa fille, espérant que l’inclinaison qu’ils se vouaient tous deux finirait par l’emporter sur l’entêtement du vieux sage, le Chaman déclara :

- Par tous les Dieux, je jure que jamais ma fille ne prendra époux !

Sous l’œil désapprobateur de l’assistance, le Chaman lança le sort qui condamnerait son enfant à rester sans compagnon pour éternité.

Eperdue de chagrin et de colère, la fille du Chaman quitta le village sans amant ni équipage.

Elle avait entendu parler du Mirage de glace, lieu supposé de la demeure des Dieux. Là, pourraient-ils exaucer son vœu de défaire la malédiction que lui avait jeté son propre père. Alors, jour après jour, la fille du Chaman marcha s’enfonçant toujours plus dans les Terres Sauvages dans l’espoir de trouver refuge et réconfort.

Arrivant enfin aux paysages désertiques décris par les Anciens, la fille du Chaman s’installa sur le roc cristallin où commence la cascade givrée et se reposa. La vue sur le Lac gelé était empreinte de magie et d’infini. Là où débutait le ciel s’achevait le lac. Sous cette surface immaculée se dissimulait peut-être à sa vue, le Mirage de glace.

Voulant en avoir le cœur net, la fille du Chaman dévala la cascade givrée et glissa sur le Lac gelé. Pas à pas, elle fit glisser ses pieds sur la surface cristalline. Figure après figure, ses pensées se transformèrent et allèrent vers son chaman de père qu’elle savait terriblement inquiet et triste. Elle allait probablement mourir cette nuit.

Envahie par un sentiment de manque et de culpabilité, la fille du Chaman cessa de déambuler sur la glace. Elle s’agenouilla sur le Lac gelé et y plongea son regard brouillé par les larmes. Dans les profondeurs du lac, elle aperçut une silhouette et un visage se dessiner. D’un blanc très pur, les poils de la bête qui lui apparut s’irisa sous la lueur de la lune qui fit son apparition. D’apparence paisible, l’esprit ouvrit soudainement ses yeux d’un jaune éclatant et fit fondre sans effort la glace qui le maintenait prisonnier du Lac gelé.

D’instinct, la fille du Chaman se recula et observa l’apparition qui parut lire dans son âme. La bête fit un pas vers elle, les bras tendus tandis qu’elle restait tétanisée.

C’est à ce moment que le Chaman apparut, accompagné de quelques chasseurs dévoués. Fou de rage, il fondit sur l’étrange homme qui tentait d’étreindre sa fille. Ce qu’il avait d’abord prit pour une forme humaine avait en fait l’apparence d’un être mi-homme mi-ours qui n’avait pas de constance. Fatigué par la chasse, le Chaman ne s’était pas aperçu du trou creusé dans la glace derrière sa cible alors lorsqu’il tenta de le percuter, il traversa l’esprit et glissa sur le sol gelé. Sa course s’acheva dans la zone fondue par le passage de la bête où il s’enfonça dans le lac.

Insulté, l’esprit se cambra et poussa un hurlement. Sa taille doubla. Impressionnés, les chasseurs prirent la fuite.

Sourde au géant dans son dos, la fille du Chaman se pencha sur le trou dans la glace, pleurant son père. Inconsolable, elle implora de son chant la clémence de l’esprit qui lui était apparu.

- Nanuq, Ô Grand Nanuq ! Pardonne l’outrage de mon père et recueille son âme pour lui faire don d’une quiétude éternelle…

Un long silence accompagna la plainte de la fille du Chaman qui persévéra encore et encore. Lorsque soudain, le miracle s’accomplit.

Le corps sans vie du Chaman revint à la surface et se posa sur la glace. Lentement nimbé d’une brume verte fluorescente, il se transforma en une multitude de particules de lumière qui s’envola peu à peu vers le ciel. Un instant plus tard, l’enveloppe charnelle de l’homme disparut remplacé par des lueurs dans la nuit.

Nanuq avait fait preuve d’une grande miséricorde et avait répondu à l’appel désespéré de l’orpheline. Il avait donné le repos éternel à l’esprit du Chaman et lui avait également permis de prendre un époux.

Encore aujourd’hui, par la bonté de l’esprit mi-homme mi-ours, la Grande Ourse veille sur ces descendants.
Note de fin de chapitre:
Nanuq : Dieu esprit inuit à l’apparence d’un ours blanc.

Le mythe de Callisto a été réinterprété ici. Ce mythe est lui-même dérivé de celui qui est appelé « Chasse cosmique » : Un homme chasse un ongulé, la chasse se finit dans le ciel et l’animal encore vivant se transforme en constellation ; une constellation que nous appelons aujourd’hui la Grande Ourse. Ce mythe aurait près de 15 000 ans
Vous devez vous connecter (vous enregistrer) pour laisser un commentaire.