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Notes :
Merci beaucoup à Vërowyn pour sa relecture
Nous écrivons sur rien, c’est là un problème insoluble. Un problème insoluble, mais un problème intéressant qui ouvre la voie à d’innombrables questionnements philosophiques, ouvre la porte au néant. Nihil ! C’est noir, ou blanc. On pourrait par ailleurs décider que le néant est rouge, qu’en pensez-vous ? Mais en fait, sa couleur importe peu. Le bruit, l’odeur, l’environnement n’existent que les yeux fermés. Le néant est comme les paupières plissées, l’inconnu innommable. D’où l’inutilité, l’irréalisme, la futilité, l’inexistence de ce texte. Les formes semblant des lettres que vous croyez lire ne sont RIEN.
Mais l’esthétique aime la futilité, et s’en nourrit. Comme une bouche aux dents nombreuses, éternelles. Blanches comme la peur, et longues comme la mort. L’esthétique, la beauté aime et s’inspire et aspire le néant, la futilité et la Mort. Et l’Amour. Seulement l’Amour et la Mort sont synonymes, de simples synonymes qui se cachent.

Baudelaire chantait, pleurait en fait, la beauté : quelle inutilité ! Comment un tel homme a-t-il pu atteindre un tel seuil de reconnaissance ? L’Amour et la Mort.

Baudelaire est un génie dont la reconnaissance était aussi naturelle que l’écoulement d’un fleuve, impie. Une simple question physique, aussi logique et irrésoluble que l’Amour et la Mort. Eros et Antéros rassemblent les morceaux de corps sur les landes éternelles du passé de discorde. Les lambeaux de chair souillent leur peau divine, ils les assemblent maladroitement, créant des statues monstrueuses dont le résultat est aussi magnifique qu’hideux.
Et ils fuient loin de leur création qu’ils craignent autant qu’ils l’admirent d’une fierté irrépressible. Les statues s’animent, inconscientes de leur solitude. Un troupeau d’hybrides merveilleux, mais dont les créatures aveugles ne font que tourner sur elles-mêmes, inconscientes de leurs congénères.
Elles tâtonnent, heureuses de ne pas connaître ce sens qu’elles ignorent, se percutent sans s’en rendre compte, ou croyant avoir rencontré un fantôme aux légendes incertaines.
Que nul auprès d’un feu ne peut raconter. Le feu se voit plus qu’il ne se sent. Le feu brûle. Prométhée est un rêve, le rêve d’une vie sans faille que fissure un bonheur qui se dessine dans les entrailles des hommanoïdes, inconscients de leurs propres volontés.

Plus rien n’existe si les légendes n’animent plus la réalité, il n’y a qu’une morne vérité qui ne vaut rien, et qui ôte à tout la saveur de l’improbable. Sans les contes, la vie n’est plus, et le néant est tout. Notre existence n’est-elle pas que non-sens ? Telle Alice perdue parmi les lapins et tourmentée par un chat.
Alice et le chat. Eros et Antéros ont tout décidé, d’eux naîtront de nouveaux hybrides, qui feront une nouvelle éternité, un nouveau cycle de légendes, qui animeront de nouvelles veillées, de nouvelles statues. Ainsi le furet courra dans un autre bois que celui des Dames, qui sait si un jour le furet, ou autre blaireau, n’aura pas envie de flâner dans les Bois Messieurs. Qui sait alors quelle créature enfantine naîtra de l’imagination des jeunes ingénues ?

Dans le sable des Possibles se dessinent des visions d’horreur, des cauchemars merveilleux qu’Alice assemble d’une aiguille agile, et brode de nouveautés qu’elle seule peut concevoir. Et chaque contribution amplifie et magnifie le traumatisme de chaque rêve. De points de chaînette en points d’épine sont tracées des roses rouges et jaunes, prémices de la fin de l’ère de l’humanité.
La machine bientôt guérira l’insanité de la surface de la Terre. Et Avalon restera perdue à jamais entre l’Ici et l’Ailleurs, jamais Arthur n’aura plus de descendance.
Mais sans les ouvriers aveugles pour transformer en huile la terre, la machine aux rouages incertains s’effondrera à son tour, et de ses statues mobiles Eros aura perdu toute trace. Ses larmes inonderont les eaux, sa rage effritera les terres, et son désespoir détruira le monde. Antéros est désespoir. Eros est désespérance.

Après la tempête revient un calme envahissant, tourmentant, et tout ce qui subsiste, qui n’est plus rien, sombre dans une mélancolie sans fin, que Désespérance alimente patiemment, avec tout l’amour qu’elle est. Désespérance est une frêle jeune femme, vitalité est son maître mot, envoûté vous serez par ses charmes. C’est une amante qui plante ses dents blanches dans votre cœur tendre, et vampirise votre âme. Beauté éternelle, Désespérance vous aime, Démon elle est.

Tout subsiste, et pourtant rien n’est, même les pets d’éléphants sont figés à jamais dans une éternité sonore. Parmi eux circule Désespérance, amante d’envoûtements, perdue dans sa passion que rien ne nourrit, car rien ne peut rien, dans le néant retrouvé.

La Passion mène à l’Eternité. Là vous vous marierez et retrouverez une folie saine, si l’ange d’or vous guide parmi les labyrinthes semés des Envies et des Péchés loués par les anges purs ou sombres. L’Eternité est une Terre à l’envers où plus rien – ou tout ? – prend sens.

Chacun sait que du Minotaure seul sont habités les labyrinthes, et que la métaphore de ses crocs y dévore le destin d’Icare. La cire et le soleil font le reste. Pour ce fils inconscient, la cire et le soleil sont tout, l’élément moteur de ce monde est paraffine réchauffée. Surchauffée. Seulement le soleil ne connaissait pas encore le tissu ignifugé. Cela aurait-il modifié le cours de l’inconscient humain ?
Un tissu insubmersible aurait-il changé l’histoire de la souris et du chat qui regardaient, dépités, l’eau nauséabonde s’écouler autour des tombes et l’homme se morfondre d’avoir perdu l’Amour ? Le chat aurait-il planté ses crocs parmi les soyeux poils gris de la souris ?
Ou aurait-il simplement détourné la tête pour dévorer Eros, et juste faire cesser de tourner le monde ? Arrêter l’histoire qui ne tourne pas rond ?

Quel illogisme de sa part, mais qu’attendre d’autre de l’amoureux d’Alice ? Rien, rien sinon quelques fleurs, un bouquet d’anniversaire, un gâteau. Et si le Chapelier Fou avait été un furet, une petite bête trottinant parmi les cartes à jouer, le sort du monde aurait sûrement traversé le miroir.
Car le Chapelier aurait été tonsuré, et nul n’aurait pu s’en remettre. Le moine cistercien court après les femmes, saute dans des charrettes ou danse avec les diables qui ont perdu leur âme. Le moine c’est le Diable.
Ainsi le chapelier est le père jaloux de la légende, et des quêtes sans fins que narrent encore les oubliés. Chevalier sans terre et sans épée, Chevalier blond des eaux et des œufs de tritons, Chevalier galopant à sa mort pour punir les hérétiques, ou simple indien montant un appaloosa tacheté, ils ne sont que machination d’une divine démoniacité trompant les Hommes qui croient que leur Salut viendra des contes où une petite fille rouge ne sait échapper au méchant loup.

Je chante, ô Muse, la ténacité vulgaire avec laquelle cette race rêvée garde contre son cœur les mythes qui la réchauffent, et la colère vengeresse qui serait sienne si elle savait à quel point elle se leurre.
La Folie est et restera l’apanage des Dieux et des hérétiques cathares qui chantent un amour incertain et douteux pour une maîtresse aussi blanche que cadavérique, la Camarde est Vierge. Et derrière des déguisements obscurs elle se terre dans un chêne.
Et quand le Saint Esprit s’annonce Dieu le père, un cri déchirant perce les ténèbres : « noooon », non, rien n’est vrai, rien ne peut être vrai dans un monde où la vérité est aussi éphémère qu’Eros est fidèle. Perdu dans les royaumes nuageux où tout est brumeux, le trône céleste s’écroule sous le poids des sous-entendus et des non-dits, le monde s’effondre et la croûte terrestre s’effrite.
Il faudra que la Muse fasse tourbillonner les mers pour qu’enfin revienne Poséidon, perdu dans les charmes de ses conquêtes. A peine un pied sur terre, il fera jaillir de la cité nouvelle un cheval. Et sur un olivier, il pleurera sa défaite. Orgueil brisé, mâle froissé, il n’est qu’un dieu : une caricature. Ainsi est Mahomet, rouge de honte sous le sable du Sahel. Et du vent renaîtra l’Atlantide, blanche et argent, un mythe nouveau pour une culture à construire. La tourmente approche ! Brainstorming, brainstorming, hurlent les affolés, et crédules de s’enfuir à l’approche de la culture et du savoir. Les mythes seuls apportent le soulagement, et l’Atlantide se fait refuge du peuple. Quelle glorieuse décadence !
Le Serpent devrait rire, mais ce sont des larmes qui ruissellent sur ses écailles, le jardin se fane et l’oranger suinte. La pestilence envahit l’univers.
Putréfaction nait, et aussitôt la carapace de dureté que Désespérance sous ses charmes avait bâtie s’écroule. A ses pieds elle tombe, folle d’un amour qui ne devrait être puisqu’elle l’est elle-même par essence. Et si son existence la précède, elle ne pourrait pas même être concevable. Mais elle est conçue, Immaculée. Elle repose sur le dos d’une tortue, elle-même reposant sur quatre éléphants. La mémoire se meurt, la tortue se désagrège, l’apocalypse pétrifie la vie, surprend la mort dans sa tendre activité.

Tout prend fin, sans raison ni passion, rien que le drap blanc de la conception mortelle, au milieu des couleurs inexistantes du néant. Blanc, noir, rouge. Du pied du drapeau s’élève l’hymne international. Vole alors le linceul, et se tait tout chant.

JUDAS
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