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Notes d'auteur :

Re-bonjour ! Toujours le grand ménage sur mon ordinateur, voici un texte écrit pendant la nuit du 13 mai 2017. Oui, ça fait loin.

Le thème était chaussure. Le texte n'est pas exceptionnel, mais en une heure on ne peut pas toujours faire des miracles.

Les deux vers initiaux sont (pour changer, vous allez finir par griller mes obsessions) des vers de Rimbaud.

Bonne lecture !

Comme des lyres, je tirais les élastiques

De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur !

 

Ni pied, ni cœur, il ne me reste plus que mes souliers blessés, et les vers de Rimbaud...

 

Oh, ne vous en faites pas, des pieds, il m’en reste encore deux, mon destin est déjà bien assez pathétique ainsi. Je n’ai été amputé que de mon âme, pas de mes membres.

Je ne sais pas, à vrai dire, lequel des deux je préfère.

Mais mes souliers sont blessés, ils sont usés, rouillés, troués, percés jusqu’à l’absence de corde et je marche.

Je marche parce que je n’en peux plus de rester assis.

 

Oh, je ne fais pas la manche, ça non. Car quand on mendie, on récolte parfois de l’argent, mais toujours de la pitié. Votre pitié, vous pouvez vous la garder, même si pour ça, vous êtes aussi obligés de garder votre argent avec.

De toute manière vous faites toujours semblant d’en avoir plus besoin que moi. Vous et vos airs pressés, vous et vos vêtements qui vous donnent l’air bien propres sur vous. Eh bien non, je n’ai pas l’air propre sur moi, non : mes souliers sont blessés, mes poches sont aussi crevées que moi et je n’ai même pas de paletot, tout idéal qu’il soit. Est-ce que ça me rend moins important ? Ma vie en vaut bien une autre, ma vie vaut bien la vôtre... 

Bandes d’hypocrites. Avec vous, je peux toujours courir, sauf que je n’en ai plus la force. Je ne sais même pas où je trouve le courage de marcher.

 

Oh, je vous déteste tellement, si vous saviez... Je ne sais même pas pourquoi je vous parle. Cela fait des années que je me convaincs que je suis mieux seul que mal accompagné, cela fait des années que je ne parle guère qu’à moi-même. Et voilà que je vous adresse une diatribe bancale et tangente, une réclamation d’une forme tout aussi mauvaise qu’indue.

Je ne vous demande rien, ni votre argent, ni votre pitié, et pourtant je vous parle. Je ne sais même pas ce que j’attends, ni ce que je cherche.

J’étais pourtant persuadé que je n’attendais plus rien des pâles imitations d’humains que sont mes semblables...

 

Oh, je n’ai pas toujours détesté les gens, non. J’ai eu des amis, j’ai eu des amours. J’ai vécu une vie, et si maintenant je suis vieux, c’est parce que j’ai beaucoup rêvé. Si j’ai des souliers blessés, c’est parce qu’un jour, j’avais de quoi les acheter. Parce qu’un jour, j’avais un endroit où aller, une destination à atteindre.

Mais je suis trop épuisé pour rêver, désormais.

Alors je marche, avec les vers de Rimbaud pour seul repère. Mon auberge n’est pas à la Grande Ourse, non, mon auberge n’existe pas. La nature ne m’accueille pas comme elle accueillait le gamin aux semelles de vent, et s’il n’y a plus que du vent en dessous de mes chaussures, cela ne fait de moi ni un génie, ni un poète. La nature ne m’accueille pas, non, c’est à peine si elle me nourrit. Et la vie ne m’a doté d’aucun autre don que celui de pouvoir rôder même quand mon ventre est vide.

 

Oh, je ne me plains pas vraiment, vous savez, même si cette logorrhée ressemble fort à une complainte, je vous le concède. Je ne me plains pas parce qu’il me reste encore des jambes pour marcher, et des poumons pour respirer. Mes yeux ne voient plus si clair, la Grande Ourse, je ne sais plus où elle est. Cela fait longtemps que, pour mon regard usé, les étoiles ont disparu.

Il me reste des jambes et des poumons, mais j’ignore s’il me reste un cœur. Parce que vous savez, ça sonne creux au milieu de ma poitrine flétrie.

Mais je ne me plains pas, c’est trop épuisant. Marcher suffit à remplir ce qui me reste de vie.

 

Certains jours, j’aimerais juste que tout s’arrête. J’aimerais que mes souliers blessés cessent de me faire souffrir encore plus que mes pieds. J’aimerais que mon âme ne soit pas prise des douleurs fantômes dont souffrent les amputés. J’aimerais cesser de marcher, cesser de chercher la Grande Ourse qui, depuis longtemps, m’a abandonné.

J’aimerais sans doute aussi, que plutôt que de sonner creux dans cette grosse vielle poitrine flétrie, mon cœur ne sonne plus du tout.

 

Ça reposerait mes oreilles, vous savez.

Et ça reposerait mes souliers.

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