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Notes d'auteur :

Bonjour à tous !

Voilà longtemps que je n'avais pas actualisé ce recueil, mais je suis en train de faire un grand ménage sur mon ordinateur et de publier les textes qui y attendent depuis des mois. Celui-ci a été écrit dans le cadre de l'épreuve de Boeufs de Géryon, pendant le concours des 12 travaux d'HPF. Mon mot imposé était cloporte.

Bonne lecture !

AVERTISSEMENT : VIOLENCE PHYSIQUE ET PSYCHOLOGIQUE, VIOLENCES CONJUGALES.

 

 

 

La gifle file et suit le chemin des centaines d’autres qui l’ont précédée. Clara ne parvient même plus à les compter comme au début. « C’était juste une fois, c’était un hasard ». « Ce n’est que la deuxième fois, l’erreur est humaine ». « Seulement trois fois, il est sanguin, c’est pour ça que je l’aime après tout ».

Elle ne compte plus les bleus ni les cicatrices, non plus.

Clara a perdu le fil de ces excuses forgées de toute pièce. A ce jeu-là, elle est bien meilleure que lui, d’ailleurs.  Il a bien demandé pardon, les premières fois. Désormais, les colères les plus violentes ne font plus passer la rage. Elle avait voulu le croire sincère lorsqu’il se reprochait ses coups de sang. Désormais, elle se croit sincère lorsqu’elle s’excuse de ce qui a motivé les gifles. Une claque, une forte poussée, et Clara s’effondre contre un meuble. C’est toujours comme ça. Elle s’est toujours relevée, que demande-t-elle de plus ?

Elle essaie de faire profil bas, mais c’est toujours plus difficile, car il est toujours plus exigeant.

 

Exigeant. Clara ne remarque même plus l’absurdité des mots qu’elle emploie au fil de ses pensées. La part d’elle qui sait qu’elle n’est pas responsable des erreurs qu’il lui reproche, mais qu’elle a tort de supporter tous ces reproches indus est chaque jour plus silencieuse. Elle devrait partir, il devrait pourrir sous les verrous.

Mais elle est bien incapable de faire autre chose que de masquer les contusions et dissimuler ses plaies. Plus les jours passent et moins elle se rend compte que les plaies les plus sévères, c’est son âme qui les porte. Car elle supporte l’insupportable sans dire un mot. Car elle se tait alors qu’elle devrait hurler.

 

La seconde gifle suit dans la foulée, sur l’autre joue.

- Regarde-moi ! lui crie-t-il. Regarde-moi, salope !

Clara lève les yeux, la gorge nouée par la culpabilité. Elle souffre d’autant plus qu’elle ignore ce qui a provoqué la crise.

- Tu crois que je ne l’ai pas vu, le message que tu as envoyé à ta mère ? Tu crois pouvoir te plaindre en cachette ?

- Je ne me plaignais pas de toi, je…

- Encore heureux ! Mais tu sais quoi ? Plains-toi. Je bosse, je bosse, et tu ne fous rien de tes journées, et tu te plains. Et je devrais t’applaudir de ne pas te plaindre de moi ? Mais prends ça !

Cette fois-ci, c’est un coup de poing dans le ventre, que Clara encaisse dans un sanglot.

- Maintenant tu peux te plaindre auprès de ta mère, je n’en ai rien à foutre. Tu sais, Clara, tu es un cloporte, un cloporte sous ma semelle, un parasite. Et je vais t’écraser jusqu’à ce que tu saches enfin comment me servir, car tu n’es bonne qu’à ça.

Percluse de douleur, Clara s’effondre. Elle n’est qu’un cloporte, un cloporte qui ne le sert par comme il le mérite…

 

D’une douleur à l’autre, elle oublie qui elle est. Elle oublie qu’il ne mérite rien et qu’elle ne mérite pas ça. Elle encaisse encore un coup de pied dans les côtes et, presque doucement, sombre dans une douloureuse torpeur.

Elle n’est peut-être pas un cloporte, mais en silence elle le laisse l’écraser jusqu’à disparaître sous les bleus.

 

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