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Notes d'auteur :

Bonjour !

J'enteprends de publier de vieux textes qui moisissent sur mon ordinateur. En voici un, écrit dans le cadre de la Nuit du 9 septembre 2017 (en 1h, donc, indulgence...).

J'avais choisi l'image en guise de thème, la voici.

Bonne lecture !

C’est une ruelle obscure, à laquelle les façades de guingois des maisons donnent un aspect biscornu. C’est un lieu sombre, laissé à l’abandon. Le revêtement de la route s’écaille en couches, comme s’il souffrait d’une lèpre depuis longtemps abandonnée des médecins.

Des détritus jonchent ce sol écorché par le passage des ans et la négligence des passants. Des restes de civilisation pourrissent partout. Là, de vieux meubles qui s’effritent, ici, un plot dont la couleur est si délavée qu’elle est passée au gris.

Et entre les déchets, une nuée d’enfants aussi pourrissants que le cadre dans lequel ils s’ébattent. Leurs guenilles cachent mal la maigreur de leurs corps. Leurs cheveux trop longs ne cachent pas la lueur de démence qui brille dans leurs yeux.

C’est une ruelle obscure et biscornue dans laquelle une foule de petits êtres font régner une cruauté sans nom. Certains jouent, comme s’ils n’étaient pas livrés à eux-mêmes. Certains se battent, pour un morceau de carton ou un bâton de bois, à coup de poings et de dents, laissant sur le sol le corps faible des perdants. Certains mangent ce qu’ils trouvent, quelques miettes, de vieux restes oubliés… Comme une nuée de moineaux, ils s’égaient quand une ombre d’adulte s’engage dans la ruelle.

Alors, en une seconde, l’endroit se vide de sa vie et de sa cruauté, pour prendre l’aspect angoissant des lieux abandonnés. D’un instant à l’autre, la foule disparaît.

Mais si un jour vous progressez assez discrètement pour ne pas être aperçus par l’étrange population de la sombre venelle, alors peut-être, vous verriez leurs jeux et leurs guerres.

 

Et peut-être vous verriez aussi, plus étrange encore, cet enfant solitaire, ignoré de tous. Accroupi sur le béton râpé, les ombres de la rue donnent à sa silhouette les angles inquiétants d’un squelette vivant. Du bout de ses doigts aux ongles usés, il gratte compulsivement l’asphalte, comme pour augmenter encore un peu la plaie béante qui le blesse. Le mouvement est répétitif, comme le balancement d’un métronome… Balancement reproduit au même rythme par l’échine de cet être oublié.

Il gratte, gratte, gratte et gratte encore. Puis, péniblement, il parvient à arracher au bitume qui recouvre le sol un éclat, une miette, une écorchure. Aussitôt, il la porte à sa bouche et l’avale tout rond.

Et puis, inexorablement, il retourne à sa tâche ingrate et compulsive.

 

Pourquoi fait-il ça ? Pourquoi passer chacune de ses secondes à réduire à néant ce qui n’est déjà plus que le souvenir d’une civilisation dont il n’a jamais eu connaissance et qui l’avait déjà abandonné avant qu’il vienne au monde ?

Allez-lui demander. Peut-être trouverait-il les mots…

Quant à moi, je n’ai pas osé interrompre sa tâche. J’ai, cependant, une hypothèse.

Il gratte, gratte, gratte et gratte encore, dans l’espoir que, peut-être, un jour, sous le béton, il trouvera la terre.

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