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Notes d'auteur :

Texte écrit dans le cadre de la nuit du 13 mai 2017. Le thème était Possession. 

Un soubresaut. Brusquement sa poitrine remonte comme si elle voulait toucher les étoiles de cette nuit sans lune. Un râle rauque et continu s’échappe de sa gorge, mais elle ne le remarque pas.

A vrai dire, elle ne remarque plus rien, elle est perdue dans un monde vide et plein, un monde sans ordre, un monde infernal qui lui inspire une terreur diffuse et étouffante.

Que voit-elle finalement ?

Dans ses yeux révulsés on ne lit qu’une panique sans nom.

Ses mains se tordent et se tendent, ses pieds s’enfoncent dans l’herbe grasse, son dos est arqué dans une position inhumaine, comme si elle était sur le point de se briser.

Autour d’elle, la clairière est éclairée par les astres. Si paisible...

Son corps est là, agité de soubresauts toujours plus violents, mais où est son esprit après tout ? A côté d’elle, Gaspar aimerait tant partager cette terreur, prendre sur lui un peu de ce poids, un peu de cette force qui l’entraîne... Mais il n’est que le témoin impuissant d’une monstruosité qui va du corps jusqu’à l’esprit.

Il préférerait cette souffrance-là à son impuissance.

 

***

 

Je le vois qui me fixe. Je devine son angoisse : on lit dans son regard comme dans un livre ouvert. J’aimerais tellement tendre la main vers lui, le rassurer. Il n’y a rien de plus douloureux que de voir la souffrance d’un être qu’on aime sans rien pouvoir faire...

Mais je suis comme étrangère à mon corps. Je ne le sens pas se crisper, je ne le sens pas se tordre. Je suis le témoin impuissant de la scène qui se déroule sous mes yeux, et c’est mon corps qui se donne en spectacle.

Mais que m’arrive-t-il ?

Doucement, mon esprit sombre dans l’inconscience.

Un soubresaut. Un soubresaut de l’âme qui s’endort.

 

***

 

Son corps se crispe et se tend, les soubresauts sont toujours plus proches et toujours plus violents. Elle convulse véritablement désormais, et Gaspar, impuissant, fait les cent pas autour d’elle.

Il n’a aucune formation pour lutter contre ça. Ce n’est pas une crise d’épilepsie, mais qu’est-ce en vérité ? Ses yeux sont tellement révulsés maintenant qu’on n’en voit plus que le blanc. Les râles sont si forts désormais qu’ils ressemblent presque aux cris inhumains d’un monstre issu d’un autre monde. Une veine bleuie bat follement dans son cou, sa salive commence à mousser.

Alors Gaspar tente de l’approcher, pour la mettre sur le côté, pour qu’elle ne s’étouffe pas dans sa propre détresse. Du bout des doigts il la touche.

Soubresaut.

Décharge.

C’est comme une électrocution, une puissante charge électrique qui lui traverse le bras et lui fend l’âme. Il recule d’un pas et frotte de son autre main son épaule engourdie. Il n’a pas pu la retourner.

Il sait désormais.

Quelque chose de surnaturel se joue ici.

 

***

 

A vrai dire, mon âme ne s’est pas réellement endormie, mais elle est comme lointaine... Le mot est étrange, j’en ai conscience, mais je n’en trouve pas de plus approprié. Avant, j’étais spectatrice de la détresse de mon corps dont je ne ressentais plus l’étendue. Désormais, je suis comme détachée, éloignée. Spectatrice, oui, mais loin, si loin. J’ai comme sommeil... Comment peut-on être fatigué de l’âme ?

Je dois me concentrer et rassembler toutes mes forces pour garder mon attention sur Gaspar. Je lutte, je lutte, comme si quelque chose voulait prendre la place. J’ai tellement envie d’abandonner...

Je suis trop fatiguée pour lutter...

 

***

 

Et soudain, le silence. Plus de râles, plus de soubresauts, plus d’herbe froissée sur le sol de la clairière. Gaspar a sursauté tellement le changement était abrupt.

Il la fixe avec anxiété. Il ne sait si ce calme est de bon ou mauvais augure. Elle a l’air apaisée, désormais, certes... Mais une telle crise peut-elle avoir une fin heureuse ?

Respire-t-elle seulement ? Il n’ose pas s’approcher pour aller vérifier, trop conscient des risques qu’il court.

Soudain, les paumes levées vers le ciel, elle entrouvre les lèvres et une vaste bouffée d’air s’engouffre dans ses poumons meurtris.

Elle ouvre les yeux, ensuite, et Gaspard se précipite.

Il interrompt bien vite sa course. Dans les orbites, pas de prunelles... Les yeux sont toujours révulsés.

Dans un mouvement inhumain de souplesse, elle se lève sans bouger les paumes.

 

***

 

Je vois mon corps qui bouge, je sais que je devrais...

Devrais faire l’effort...

Reprendre...

Le contrôle...

Gaspar...

Mais la fatigue...

 

***

 

Tétanisé, Gaspar recule d’un pas. Il n’ose plus lever les yeux vers le visage de la femme qu’il aime. Ses traits sont si détendus qu’ils en sont effrayants. Et dans son regard, ce vide... Il n’y a plus de veine qui palpite, sa respiration est si profonde qu’elle en est imperceptible.

Quelque chose de surnaturel se joue ici et l’impuissance de Gaspar le frappe une nouvelle fois de plein fouet.

Il ne peut rien pour elle, mais désormais, c’est aussi pour lui qu’il a peur.

Parce qu’en face de lui, de la femme qu’il aime, il ne reste que le corps.

 

Mais dans l’esprit... Il lit dans la blancheur mate de ses globes oculaires sans iris une noirceur qu’il n’arrive pas réellement à appréhender.

Quelque chose a pris le contrôle, il le sait.

Partagé, il ne sait s’il doit rester, et essayer de la sauver.

Ou si, vaincu d’avance dans un combat qu’il ne sait comment mener, il ne ferait pas mieux de prendre ses jambes à son cou.

 

***

 

Gaspar, cours...

Cours pour ta vie, je ne peux plus lutter.

Dans un dernier soubresaut de l’âme j’essaie de reprendre le contrôle mais la chose qui maîtrise mon corps et bâillonne mon esprit est plus forte, elle prend toute la place.

Je dois déjà lutter pour ouvrir les fenêtres de mon âme et voir, voir encore...

Alors que mon corps tend ses bras vers Gaspar, toujours immobile, je me demande si je ne ferais pas mieux de m’endormir pour de bon.

Je ne peux rien y faire.

Mes mains sur sa gorge, et un rire sorti de nulle part. Il convulse, comme si le seul contact de ma peau le faisait souffrir.

Et je ne suis plus sûre de vraiment vouloir voir.

La terreur dans ses yeux. Et la douleur.

Mes mains qui serrent, des mots s’échappent de ma bouche et je ne les comprends pas.

La terreur dans mon âme.

Il tente de lutter pour la première fois, de me repousser, mais je n’ose plus espérer. C’est trop tard je le sais.

La terreur quitte mon âme.

Mon âme me quitte à vrai dire.

Un dernier souffle s’échappe de la bouche de Gaspar.

Si mon âme avait des poumons, elle aussi rendrait son dernier soupir...

Si mon âme avait un cœur... 

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