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Notes d'auteur :

Nouvelle qui se passe dans un Moyen-Âge sans doute un peu fantasmé. 

Ecrit dans le cadre de la nuit du 12 novembre 2016 (thème : Turbulence, image ici :http://img15.hostingpics.net/pics/347393exoticbeautybykatven7daluokn.png). 

Bonne lecture !

Dans sa tête, le chaos, la foule des grand jours d’idées qui se fracassent et s’entrechoquent.

Le vide glacé de ses grands yeux bleus, et pourtant, des turbulences dans son cerveau. Depuis toujours on la dit beauté froide, si glaciale que l’on lui trouve tous les défauts du monde. Sorcière, ses taches de rousseur la dénoncent, comme le bleu transparent de ses yeux, et puis, pourquoi prendre garde à ce que peut ressentir une orpheline, une fille, suivie partout par cet étrange chien que tous craignent et qui est peut-être la seule raison pour laquelle elle est toujours en vie. Il l’aide, il chasse pour elle, tout le monde le dit et c’est vrai. Elle sourit souvent en y pensant, car là où ils voient de la sorcellerie, elle ne perçoit qu’une merveille et une chance incroyable.

Décalquée au milieu de ce cruel Moyen-Âge, elle ressortit plutôt d’un antique esprit, d’une connexion avec la nature depuis longtemps oubliée, et proche de la terre, elle fait peur comme la terre fait preuve. Elle respecte les êtres et plantes, et, ainsi, elle perd le respect des hommes.

Savoir druidique, science chamanique, elle ressemble à ces anciennes magies dont on a oublié jusqu’au nom, qui lui sont inconnues et pourtant si proches.

Pas étonnant que tous les humains qu’elle croise la craignent, dans son regard vide et froid brille une sagesse millénaire qu’ils ne parviennent pas à comprendre.

Elle sait qu’ils la haïssent, elle reste imperturbable, beauté froide qui envoûte malgré elle les garçons des villages, dont les présents suffisent à la nourrir, elle et Esprit, son chien si intelligent qu’il lui parait souvent presque humain. Beauté froide, tout ce qu’elle sait faire, c’est se faire désirer, en espérant provoquer l’admiration des autres plutôt que leur haine.

Mais dans sa tête, c’est le chaos, cerveau plein de turbulences, la foule des grands jours entre ses idées qui s’entrechoquent puis se fracassent.

Et quand elle refuse leurs avances, elle lit sur leurs traits trop transparents le dégoût, la haine qui remplace la passion, et elle sait qu’elle doit partir. Imperturbable, la beauté froide avance de village en village, de contrée en contrée, apprenant les langues comme elle peut, sans maison, sans famille, sans attaches. Elle se demande d’où elle vient, elle l’orpheline depuis si longtemps enfuie du couvent où elle avait pourtant eu la chance d’être enfermée.

Beauté froide, glaciale même, ses traits ne bougent pas d’un pouce même lorsqu’elle songe au désespoir auquel se résume sa vie. Sur son visage, la sérénité d’une sagesse ancestrale, d’une sagesse oubliée, d’une certitude dont on n’a plus entendu parler depuis des siècles.

Mais dans sa tête, elle est turbulente, pas de froideur, non, mais le feu de l’idée qui brûle au contact d’une autre, et l’angoisse de la vie trop vite passée.

Est-elle vraiment cette créature du démon, reine des glaces, ou tous ces surnoms dont on l’affuble toujours ? Est-elle plutôt une fille un peu perdue, qui vit avec son chien au milieu des bois, et qui, comme tout le monde, a froid quand vient le soir en hiver, et chaud lorsqu’elle glane dans les champs sous le lourd soleil d’été ?

Elle ignore qui elle est, elle sait que la vie qu’elle mène ne provoquera jamais que la crainte. Les hommes fuient sur son passage, alors que les animaux l’approchent sans crainte.

Et ce jour-là, il neige, Esprit est parti chasser. Elle est seule dans cette clairière, loin de toute habitation humaine, car les hommes, ces idiots, craignent les bois et leurs mystères. C’est là qu’elle se réfugie quand elle veut fuir leur insupportable compagnie, et en ce jour d’hiver elle sent la paix descendre sur ses épaules.

 

Et soudain, au loin, un garçon, tout juste entré dans l’adolescence. S’il avait parlé, elle n’aurait pas été étonnée d’entendre sa voix passer du grave à l’aigu, comme celle de ces enfants pas encore adultes, mais sortis déjà de la puérilité. En la voyant, il se fige. Dans une étrange connexion, elle ressent les pensées, elle se voit par ses yeux, elle l’étrange beauté froide, aux yeux limpides et aux cheveux d’ombres. Il ne dit mot, mais il est dans la forêt, et il y a déjà là de quoi le rendre bien sympathique. Enfant grandissant, il ne partagerait donc pas les superstitions de ses pères ?

En silence toujours, elle l’approche, et plonge son regard dans le sien. Elle n’est plus vraiment beauté froide, il n’est plus vraiment un homme. Dans cette étonnante connexion, se lie une amitié qui dépasse les mots. Car elle sait qu’elle ne parle pas la langue de ce pays où l’hiver tombe si tôt, que s’il parlait, elle ne le comprendrait pas.

Mais dans le silence étouffé par la neige, dans la pénombre blanche de cette forêt, ils se voient et ils échangent sans s’en rendre compte, un étonnant moment d’éternité.

Sur son visage, la froideur envolée, et dans sa tête, les turbulences s’apaisent. Les idées ne se fracassent plus, elle dansent dans l’harmonie d’une communion inespérée.

 

 

Et puis elle repart, et puis il reprend sa route. Chacun seul à nouveau, mais rassuré quelque peu sur le destin des hommes. 

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