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Notes d'auteur :

Re(...) bonjour, j'avais vraiment beaucoup de textes en attente sur cet ordinateur. Celui-ci a été écrit pendant la Nuit du 25 février 2017. J'ai suivi le thème, "Apparition", et l'image, qui se trouve ici.

Bonne lecture !

 

 

Quand elle avait commencé à voir les feux follets, sa maman lui avait dit de ne pas les suivre. Elle avait eu l’air inquiète et l’avait emmenée voir un drôle de monsieur qui ne parlait pas beaucoup mais lui avait demandé de dessiner et de raconter des choses. Et puis, rien n’avait vraiment changé. Sa maman la surveillait un peu plus, peut-être, mais de toute manière, elle était toujours si stricte... Elle ne comprenait, pas, elle. Elle était une grande personne, elle ne voyait pas les feux-follets, elle n’entendait pas leur chant, elle ne savait pas comme il était doux de les suivre et de voir où ils mènent les enfants perdus.

 

C’est un chant sans mot, une douce musique qui vient du fond des âges et appelle les âmes immaculées.

 

C’est facile de dire de se méfier d’une tentation qu’on ne connait pas, facile d’ordonner sans savoir.

Mais Marielle les voit, elle les entend chanter, elle sait qu’ils mènent au bord de la rivière où tout est vert et où l’air sent bon la mousse.

Elle est en chemise de nuit, ce matin-là. Elle s’est levée au petit jour, comme souvent, laissant sa mère dans les bras de Morphée. C’est la meilleure heure de la journée, celle où aucune grande personne accompagnée de ses pensées rationnelles ne peut l’embêter dans ses jeux. Il suffit qu’elle garde le silence, et elle a des heures devant elle, à sautiller sans but dans la maison. Elle peut s’approcher du four, ou craquer des allumettes. Elle peut sentir les parfums de sa mère et essayer les rouges à lèvres. Parfois, elle sort dans le jardin et fabriquait des potions magiques aux mille pouvoirs, en arrachant les pétales à droite à gauche.

Mais ce matin-là elle n’a pas posé le pied hors de son lit que le petit feu follet est là et lui chante doucement à, l’oreille.

 

C’est un chant sans mot, une douce musique qui vient du fond des âges et appelle les âmes immaculées.

 

Alors, elle chantonne avec lui et le suit. Elle sort de la maison sans s’habiller, sans même mettre de chaussures, elle marche dans l’herbe humide jusqu’à la forêt, où l’herbe se change en feuilles mortes et en mousse, jusqu’à la rivière, où tout est vert. Elle y était avec son papa, elle sait, qu’au-delà de la petite cascade il y a cet espèce de bassin étonnamment profond, où l’on voit parfois des tourbillons, c’était là que le feu follet l’avait emmenée la dernière fois, avant que sa maman ne l’arrête et ne la ramène à la maison, un pli soucieux sur le front.

Ce matin sa maman dort et personne ne pourra l’arrêter, et le feu follet a trouvé des amis, ils chantent si fort maintenant, et flottent doucement au-dessus du bassin. Veulent-ils qu’elle les suive ? Que doit-elle faire ?

 

C’est un chant sans mot, une douce musique qui vient du fond des âges et appelle les âmes immaculées.

 

Ils chantent, ce n’est pas des mots mais les sons font sens, Marielle sait qu’ils lui disent d’avancer, et elle n’a pas vraiment peur, seulement elle sait qu’elle va se faire gronder, si sa chemise de nuit est mouillée... Alors elle l’enlève, et d’un pas gracieux, elle avance sa silhouette gracile au-dessus de l’eau.

Plouf.

 

C’est un chant sans mot, une douce musique qui vient du fond des âges et appelle les âmes immaculées.

 

Une éternité plus tard, une mère s’arrache les cheveux de désespoir, recroquevillée à côté de la chemise de nuit que sa fille a laissée là. Au milieu du bassin, un silhouette gracile et sans vie flotte et tourbillonne. Une odeur âcre recouvre celle de la mousse.

Emmenée par les feux follets, partie pour toujours.

Plus de chant, plus de mots, et une âme immaculée disparue sans laisser de trace.

 

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