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Notes d'auteur :

Re (...) bonjour !

On continue avec la publication en série, ici, un texte écrit pendant la nuit du 17 juin. Le thème était "serrure".

J'en suis aussi plutôt contente, j'espère que ça vous plaira. Bonne lecture !

AVERTISSEMENT : VIOLENCES CONJUGALES.

Les cris résonnaient dans la vieille maison grinçante, et Violette savait d’où ils venaient. Elle ne discernait pas les mots, mais leur violence faisait bourdonner ses oreilles comme un essaim d’abeilles. D’un pas discret elle monta le vieil escalier vermoulu, s’approcha de la source du bruit.

Une pièce, fermée à clef.

Comme toujours.

Les cris se changèrent en fracas assourdissant. Un meuble peut-être. Violette espérait que ce fût un meuble. Mais elle n’était pas sûre. A huit ans, c’est difficile de deviner ces choses-là.

 

Tentant de calmer son souffle qui tempêtait contre le battant de la porte, Violette plaqua son visage au plus près du panneau de bois. Se hissant sur la pointe de ses petits pieds, elle tenta de mettre son œil trop bleu en face du trou de la serrure.

Au début, elle n’aperçut rien d’autre que la structure du verrou. Elle laissa doucement ses talons retomber sur le sol, aligna son regard...

Et puis, par cette serrure, un monde se révéla à son œil écarquillé. Un monde étroit et cauchemardesque, entre quatre murs gris et un sol tâché de rouge.

 

C’était bien un meuble, mais pas seulement.

Le souffle de Violette sur le battant de bois se tarit brusquement.

Entre les éclats de meuble brisés, un corps décharné qui ne respirait plus non plus. Et les tâches rouges...

Dans un coin de la pièce, son père avait les yeux fous des mauvais jours, et sur ses mains, des échardes et du rouge. Son souffle à lui ne s’était pas tari, au contraire, sa poitrine s’élevait et s’abaissait violemment. Un drôle de grognement s’échappait de sa gorge gonflée par la colère.

 

Violette avait huit ans, elle ne comprenait pas tout. Mais ces halètements lui paraissaient indécents.

Elle fut prise d’une inspiration brusque, réflexe étrange dont son esprit d’enfant ignorait la nature.

Ses yeux ne quittaient pas le corps décharné. Comme le sol, il était gris et tâché de rouge.

 

Elle avait huit ans, mais elle savait compter. Ils étaient trois dans la maison. Son père était là, à respirer trop fort, et elle était là, à ne pas oser respirer.

Cela signifiait donc...

 

Violette trembla brusquement.

Elle aurait voulu appeler sa mère. Mais dans les yeux de son père, toujours la même folie.

 

Elle avait huit ans mais elle n’était pas bête. Elle pleurerait plus tard. Peut-être. Ce n’était pas le moment.

Alors elle gardait les yeux fixés sur le trou de la serrure, et derrière, le drame qui s’y jouait.

Qui s’y était joué.

Curiosité morbide pour cet homme étranger et violent qui respirait comme un taureau fou.

Et pour le corps de plus en plus gris et le sol de plus en plus rouge.

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