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Notes d'auteur :

Re-re-re-bonjour !

Voici un autre texte écrit durant la nuit du 17 juin 2017. Le thème était cigarette. Je n'ai jamais fumé de ma vie, ni même essayé, donc c'est peut-être... Incorrect, même si le personnage dont j'adopte le point de vue ne fume pas. Mais à part ça, je suis, pour une fois, satisfaite de ce texte.

Bonne lecture !

 

 

D’un œil distrait elle admirait les arabesques grises qui quittaient sa bouche et se déployaient autour d’elle dans une étrange valse. Elle fumait tant qu’il était difficile d’apercevoir ses traits derrière l’écran opaque qui la masquait. Etrange protection de l’esprit qui détruisait peu à peu son corps.

Elle se servait de la fumée comme d’un rempart contre le monde. Amie qui la tuait autant qu’elle la soutenait, la cigarette serrait ses doigts et harmonisait ses mouvements.

C’était l’arme qui l’empêchait de garder les bras ballants. C’était l’excuse qui lui donnait une contenance lorsqu’elle devait patienter seule dans la rue. C’était l’outil qui lui permettait de se lier aux gens. Elle avait parlé à Hector ainsi, la première fois. Pour lui demander du feu.

C’était la plaie qui hantait ses nuits, mais ça, c’était accessoire.

Eternelle amante, amie de toujours. Il n’y avait pas de place pour quiconque d’autre dans sa vie.

 

Hector soupira. Pas de place pour lui non plus. Toujours, la fumée la dérobait, toujours, la cigarette remplaçait sa main entre les siennes.

Toujours ce réflexe, la cigarette après l’amour, la cigarette au réveil, la cigarette après le boulot, et l’odeur de fumée dans les baisers.

Toujours cette obsession qui ne laissait la place à rien d’autre.

 

Oh il comprenait, il savait que sans cela, elle était perdue. Sans cette putain de clope elle était plus nue qu’au premier jour.

Avec lui elle ne l’était jamais vraiment.

Le visage obscurci par la fumée, elle refusait de se démasquer. Jamais elle n’ouvrirait la voie à ses regards, qu’attendait-il enfin ? Dès le premier jour, elle lui avait confié qu’elle aurait tué pour du feu. Heureusement qu’il en avait...

Elle n’aurait sûrement pas tué pour lui.

 

Il la vit porter la cigarette à ses lèvres d’un mouvement désespérément sensuel, il remarqua la marque de rouge à lèvre sur le filtre. Elle aspirait consciencieusement la fumée en fermant les yeux de contentement.

Dans le cœur d’Hector, l’aigreur vint en même temps que le désir. La fumée la dérobait mais elle était belle ainsi, elle était forte jusque dans cette auto-destruction-là.

A jamais inaccessible.

 

Il ne dit pas un mot pour la laisser profiter de l’instant. Chaque cigarette était magique et s’il s’aventurait à interrompre cette mystérieuse communion, il éveillerait à coup sûr sa colère. Il passait toujours après, cela faisait partie du contrat.

Il n’avait pas d’avis à donner.

Quand elle eut fini d’embrasser sa clope, du bout de ses ongles vernis, elle l’écrasa avec violence contre le mur, et la précision brutale du geste poussa Hector à se recroqueviller. Puis, elle jeta le mégot à terre et l’aplatit de toute la puissance de sa semelle.

C’était un peu le cœur d’Hector qu’elle aplatissait ainsi.

 

Alors seulement, elle lui offrit un sourire et l’interpela de sa voix grave :

- On rentre.

Ce n’était même pas une question. Un énième soupir et Hector la suivit.

Quand elle fumait, il était seul. Quand elle cessait de fumer, sa compagnie lui devenait insupportable.

Foutu paradoxe.

Dans les escaliers, elle se retourna pour l’embrasser. Sa bouche avait un goût de cendre et d’inachevé. Hector sentit un nouveau poids s’abattre sur ses épaules. La lourdeur ricocha sur son cœur.

Il n’y avait rien pour lui auprès d’elle. Elle n’avait pas besoin de lui et l’étouffait de son silence opaque et dense comme la fumée qui s’échappait sans cesse de sa bouche rouge.

 

Elle avait sa cigarette, compagne de toujours, qui la tuerait avant qu’elle ait l’occasion de se sentir seule.

Hector lui, n’avait rien d’autre que le goût de cendre et l’aigreur de la solitude.

C’était déjà trop.

 

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