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Silmar parcourait de ses yeux de cristal la cité de l'Académie depuis sa haute tour.

Cette ville dont il était le protecteur était l'une des plus grandes et plus riches cités au monde, après la capitale impériale. Un lieu de rassemblement pour les mages, savants, marchands, artistes et voyageurs de tous horizons, l'Académie unissait de multiples cultures sous une promesse de paix et de partage.
L'Anima, l'énergie qui donnait leur force à toutes les formes de magie, lui était visible partout au-dessus des bâtiments de pierre jaune, des formations bleutées conjurées par les mages de l'Ordre aux embrasements déchaînés par les adeptes du Chaos, en passant par les rituels d’or et d’argent des acolytes de la Lumière et les reflets verdâtres des incantations des augures de l'Ombre.
Sous sa vigilance constante, la pratique de la magie faisait partie de l'identité même de la ville et de sa population. Ici, les artefacts arcaniques et les services mystiques s'achetaient et se vendaient comme n'importe quelle commodité.

Un éclat attira son regard vers un convoi chargé de marchandises qui, traversant la plaine depuis l’ouest, se dirigeait vers l’enceinte de la cité. Au-delà, la savane stérile s'étendait jusqu'à l'horizon où se découpaient les montagnes. La ville était pareille à une explosion de couleurs, de musique et de cris au milieu des contrées désolées du Continent Septentrional.
L'Académie qui donnait son nom à la cité se trouvait être la majestueuse tour qui se dressait en son centre, domaine de Silmar, l'un des plus puissants mages au monde. En ces murs, les apprentis de toutes les formes de magie connues s'affairaient à approfondir leurs connaissances et perfectionner leur art au sein d'une communauté dont la soif de savoir ne connaissait pas de limites.

La porte des quartiers du grand mage s’ouvrit pour laisser entrer un homme à la démarche assurée et l’allure fière.

"Maître. Une affaire requiert votre attention."

Silmar se retourna et fixa son regard bleu luminescent sur son premier conseiller et plus fidèle ami, le dirigeant du Conseil de l'Académie, le mage Sethann.
Celui-ci arborait une expression inquiète, presque troublée qui attira l'attention de Silmar. Il n'avait pas l'habitude de voir son associé ainsi préoccupé.

"De quoi s'agit-il, Sethann ?"

"Il serait préférable que vous m'accompagnez."
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La chambre était plongée dans la pénombre. D'amples rideaux étaient dressés autour du grand lit et devant la fenêtre afin de protéger de la lumière la silhouette qui y reposait, immobile.

"Elle a traversé la ville, poursuivie par une foule de badauds. Son apparence a du en effrayer certains, et ils l'ont prise pour un mauvais présage. Elle s'est effondrée sur le parvis de la Tour, là où je l'ai trouvée." expliqua Sethann.

"Peut-être est-elle un mauvais présage, mon ami."

La jeune fille étendue sur le lit avait la peau grise comme la cendre et les cheveux blancs comme la neige.

“Elle est profondément marquée par l’Anima de l’Ombre. C’est inquiétant, étant donné sa jeunesse apparente.” remarqua Silmar avec gravité.

“Je ne peux imaginer ce qui aurait pu la mettre dans un tel état. Et lui permettre d’y survivre, de surcroît. Qu’en pensez-vous ?”

"Cela n'est pas arrivé ici, dans l'enceinte de l'Académie. Je l'aurais senti. Nous devons en apprendre davantage."

Silmar tendit une main au-dessus du visage de l'inconnue. Une lueur dorée apparut et baigna son visage délicat, puis se résorba.

"L'Ombre est trop présente en elle, je ne peux calmer son esprit. Heureusement, son corps semble intact. Nous ne pouvons que lui laisser le temps de revenir à elle."

Le maître des lieux détourna son attention du lit et de son occupante, et son regard se porta vers une ample cape noire en lambeaux qui reposait non loin. Son expression s'assombrit brusquement, et Sethann le remarqua.

"Elle portait ceci à son arrivée," expliqua-t-il, "j'ai pris soin de la tenir à l’écart."

Aux yeux de Silmar, le vêtement abandonné était lui-même saturé d’Anima, mais d’une nature qu’il n’avait plus rencontré depuis de nombreuses années. Il traversa la pièce d’un pas vif et tendit la main pour toucher la cape. Au dernier moment, il retira vivement son bras, comme au contact d’une flamme. Sethann n’avait jamais assisté à une telle réaction de la part de son seigneur, habituellement si maîtrisé et contrôlé.
Silmar exécuta un geste rapide, et un embrasement lumineux engloba le vêtement. Lorsque la lueur se dissipa, il avait disparu sans laisser de trace.

“Nous devons absolument découvrir ce qui lui est arrivé.” déclara le maître en se dirigeant vers la sortie. “Veille sur elle jusqu'à son réveil.”

Sethann s'éclaircit la gorge.

"Il y a autre chose, maître. J'ai surpris un membre du Conclave qui prenait la fuite à mon arrivée. Il lui avait dérobé quelque chose, et je pense que cela pourrait être important. Je peux le retrouver, si je ne perds pas de temps."

Silmar soupira, une réaction étrangement humaine pour cet être qui se trouvait tant au-delà du commun des mortels.

"Si le Conclave est impliqué, notre temps est compté. Je vais renforcer le sceau pour distraire notre ennemi, cela devrait te donner un avantage. Fais garder cette pièce par une personne de confiance, puis découvre ce que savent nos adversaires. Espérons qu'il ne soit pas trop tard."
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"L'âge d'or de la guilde des voleurs de Tiga Belas aurait duré plus d'une vingtaine d'années, durant le règne de la légendaire Reine Blanche."

Le menton posé sur ses bras croisés au-dessus du dossier de sa chaise, Relius buvait avec avidité les paroles de son aîné.

"La guilde des voleurs avait une reine ?" demanda-t-il d'une voix où perçait l'excitation.

En plein milieu de la journée, la grande bibliothèque de la Tour était peuplée d'apprentis et de maîtres et plus bruyante et animée qu'une taverne un soir de festivités. Céladon, vêtu des atours azurés ornés des armoiries de sa famille, tenait un épais ouvrage entre ses mains tout en souriant à son jeune ami. Ils étaient tranquillement installés dans une alcôve en retrait de l'allée principale.

"Son existence reste entourée de mystère." expliqua Céladon. "Certains racontent qu'elle était une puissante sorcière capable de plier n'importe quel homme à sa volonté. D'autres, au contraire, prétendent qu'elle n'était qu'un imposteur et une manipulatrice, et que la guilde s'est débarrassée d'elle aussitôt la supercherie dévoilée."

Assise au bord de la grande fenêtre arquée qui illuminait l'alcôve, Prasine secoua son opulente chevelure flamboyante et tourna ses pupilles émeraude en direction de ses deux amis.

"Une supercherie qui aurait duré vingt ans ? Parmi des voleurs et des pirates ?" demanda-t-elle avec malice. "Elle devait forcément posséder un pouvoir de quelque sorte."

"Quoi qu'il en soit," reprit Céladon après un regard en coin vers la jeune sorcière, "après son départ, la guilde ne fut plus que l'ombre d'elle-même, et le commerce connut à nouveau une grande prospérité aussi bien sur terre que par la mer."

Prasine soupira, les yeux dans le vague. "En d'autres termes, elle tenait à elle seule les rênes de la plus grande organisation criminelle du continent. Sans elle, tout s'est effondré." Nouveau soupir.

"À t'entendre, on croirait presque que tu l'admires." remarqua Céladon en haussant un sourcil.

"La seule chose que j'ai à lui reprocher, c'est son manque d'ambition. À sa place, je ne me serais pas arrêtée à Tiga Belas. Cette ville n'est qu'un nid de vermines." Elle pencha la tête en direction de la fenêtre. La cité s'étendait en contrebas, pleine de vie. "L'Académie, en revanche..."

Céladon éclata de rire. "La dernière chose dont nous avons besoin, c'est d'une reine tyrannique !"

La jeune sorcière lui lança un regard venimeux, et son rire se termina dans un étranglement soudain. Ce fut au tour de Relius de s'en amuser.

"Je pense que tu ferais une despote exemplaire, Prasine !"

Elle sourit. "Merci, Relius. Les Quatre savent que certains dans cette ville mériteraient d'être remis à leur place !"

Céladon referma d'un coup sec le livre qu'il tenait. "Tu me trahirais pour elle, Relius ? Après tout ce que j'ai fait pour toi ?"

Le jeune sorcier secoua la tête. "Tous les deux, vous êtes ma seule famille. Je ne pourrais jamais vous trahir."

"Écoute-le ! C'est vrai, on est une famille !" s'exclama joyeusement Prasine en ébouriffant les cheveux de Relius avec affection. "Mais tout de même, tu ne crois pas que notre Céladon aurait bien besoin de descendre de son perchoir, de temps à autres ?"

"Mon perchoir ?" s'indigna l'aîné. "Et qu'en est-il de ton tempérament ? Aurais-tu déjà oublié ce que maître Angevin t'a dit ce matin même ?"

Prasine rougit malgré elle. Elle appréciait leur professeur, mais elle avait toujours eu un problème avec l'autorité. Ses altercations avec ses maîtres, Angevin comme Sethann, se faisaient de plus en plus fréquentes. Les mains sur les hanches, elle se dressa furieusement face à son interlocuteur.

"Voila précisément de quoi je veux parler ! Tu ne fais que nous prendre de haut ! Qu'est-ce qui te rend si spécial, après tout ?" Ses yeux brûlaient de défi, mais elle avait prononcé ces derniers mots avec une pointe d'amusement.

Céladon se leva et lui fit face. Il la dépassait d'une bonne tête. "C'est évident. Je suis votre aîné, ainsi que le plus expérimenté. Combien de fois nous ai-je sorti d'une situation délicate, situation dans laquelle nous nous trouvions souvent à cause de ta témérité ?"

"Heu, dites..." intervint Relius d'une petite voix.

Il fut ignoré. "Si ça ne tenait qu'à toi, on ne passerait jamais à l'action." renchérit Prasine. "Tu veux peut-être régler ça d'une autre manière ?"

"Il y a..."

"Décidément, avec toi, il n'existe que la manière forte. Tu es irrécupérable !" Ils souriaient tous deux, à présent.

"Quoi que vous fassiez, je vous prierais d'éviter d'incendier la bibliothèque." déclara une voix autoritaire.

Sethann se tenait devant l'alcôve, observant le groupe d'apprentis avec une expression indéchiffrable. Modèle de droiture, le mage affichait une relative jeunesse avec ses traits fins et ses cheveux châtain clair. En réalité, cela n'était qu'une façade dissimulant son grand âge et sa longévité mystique, accordés par sa grande maîtrise de l'Anima. Pour atteindre un tel niveau de compétence, les longues années d'étude ne suffisaient pas. Il était nécessaire d'avoir le talent inné, d'être un sorcier prodige.

"Maître !" s'exclama Prasine tandis que Céladon s'inclinait légèrement.

"Je suis navré d'interrompre votre débat. Prasine, j'ai une tâche à te confier."

La jeune sorcière se rejouit de l'arrivée de son tuteur.

"Bien sûr, maître." Elle adressa un clin d'oeil à ses deux amis. "Nous finirons cette discussion plus tard."

Elle suivit Sethann hors de la grande bibliothèque, laissant les garçons seuls dans l'alcôve. Céladon la regarda s'éloigner avec un soupir.

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"Je suis heureux de voir que tu t'entends si bien avec tes coéquipiers."
Prasine, Céladon et Relius étaient les trois apprentis sous la tutelle de maître Angevin, l'un des mages les plus sages et respectés de la Tour, mais le terme "coéquipiers" ne leur était pas inapproprié.
"Vous savez comment peut être Céladon. Toujours sur ses grands chevaux ! Je suppose que ça doit être la norme, dans sa famille." répondit la sorcière.

"Assez plaisanté. J'ai besoin de toi pour une tâche importante."

Prasine s’assagit. Elle connaissait Sethann depuis toujours et se révélait souvent capable de faire fondre la façade sévère et autoritaire qu'il entretenait en tant que figure d'autorité de l'Académie. Elle savait que lorsqu'il se montrait sérieux avec elle, la situation exigeait de cesser les enfantillages.
Ils gravirent les étages intermédiaires de la Tour, dépassant les salles d'étude et atteignirent les quartiers des maîtres, juste en dessous des salles du Conseil.

La Tour était bâtie de telle façon que deux grands escaliers circulaires opposés parcouraient son périmètre, sur toute sa hauteur. Au centre de la Tour, s'étendant depuis le sol jusqu'au sommet, s’élevaient de gigantesques statues représentant les Quatre Héros, le panthéon de la religion du Premier. À leur base, l’imposante stature du Guerrier trônait dans le grand hall d’entrée. Ensuite venait la Prêtresse, couvant de son regard bienveillant les quartiers des élèves cadets et les salles d'études. Plus haut se dressait la Chasseresse, figure de vigilance dominant les quartiers des apprentis. Le Sorcier, patron de l'Académie, ornait les quartiers des maîtres. Enfin, le Premier lui-même surplombait tous les autres, signalant la limite du domaine de Silmar. Alors que les Quatre Héros était finement détaillés, le Premier n’était qu’une silhouette indistincte aux traits volontairement obscurcis.

Prasine et son tuteur passèrent devant le regard inquisiteur de la Chasseresse.

"Ce matin, une étrangère est arrivée à l'Académie. Son état est... préoccupant. Elle est inconsciente pour le moment, et elle pourrait détenir des informations capitales pour la sûreté de la cité. J'ai besoin que tu veilles sur elle pendant mon absence."

"Vous quittez la Tour, maître ?"

"Je dois avoir une petite conversation avec certains membres du Conclave."

Le Conclave, la face sombre de l'Académie. Un nom grandiloquent pour une organisation criminelle qui sévissait dans les bas-fonds de la cité. Tout le monde connaissait leur existence, mais personne ne comprenait le pourquoi ou le comment de leurs agissements.
Prasine brûlait de pouvoir un jour s'attaquer à eux.

"Vous pourriez avoir besoin de mon aide !"

Sethann sourit.
"Je suis parfaitement conscient de tes grands talents, mais ils ne correspondent pas vraiment à la tâche qui m’attend."

Ils quittèrent le grand escalier et s’engouffrèrent dans l’un des couloirs qui longeait les quartiers des apprentis. Cette partie de la Tour était peu fréquentée, car la majorité des étudiants vivaient dans la cité. Ces quartiers servaient principalement de logements temporaires, mais certains apprentis y étaient installés de manière permanente, comme Prasine.

"De plus, comme je te l'ai dit, j'ai besoin de toi ici."

Sethann s’arrêta devant une porte et fit un petit geste. Un cliquetis se fit entendre dans la serrure, et il ouvrit pour révéler une chambre plongée dans la pénombre.
Ils pénétrèrent dans la pièce assombrie et avancèrent jusqu'au grand lit qui trônait au centre.

"Par les Quatre ! Que lui est-il arrivé ?"

La silhouette de la jeune fille à la peau grise reposait toujours sans vie.

"Nous ne le savons pas encore, mais ce que tu vois est la marque de l'Anima de l'Ombre. A un degré que je n'avais encore jamais vu."

Prasine savait de quoi son tuteur voulait parler. Tous les étudiants de la Tour apprenaient ce qu'était une mutation d'Anima, une déformation de la chair provoquée par une importante et irréversible blessure d'origine magique. Du moins, elle en connaissait la théorie. C'était la première fois qu'elle en contemplait une de ses yeux.

"Peut-elle seulement se réveiller ?"

Sethann fronça les sourcils, préoccupé.
"Aussi improbable que cela puisse paraître, elle a survécu jusqu'ici. Nous ne pouvons qu'attendre."

Ayant recomposé sa façade autoritaire, le grand conseiller de l'Académie se dirigea en dehors de la chambre.

"Si elle venait à se réveiller avant mon retour, il est impératif que tu en informes Silmar. Tu sais comment verrouiller la porte. Bien entendu, personne ne doit l'approcher."

Il sortit, laissant sa pupille seule avec l'objet de sa mission.
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Tout cela était très certainement inattendu. Que l'arrivée d'une simple étrangère puisse plonger les dirigeants de la ville dans une telle agitation semblait démesuré. Mais Prasine devait bien admettre que son état avait quelque chose de... fascinant.
Elle s'approcha du lit et se pencha pour scruter le visage de la jeune fille.
Elle était jeune, pas plus de seize ou dix-sept ans, et ses traits fins et délicats lui conféraient une grande beauté, même au-delà de sa pigmentation étrange. Elle n'avait clairement pas l'apparence d'une vagabonde en perdition.

Prasine se sentit soudain mal à l'aise. Elle se rendit tout à coup compte de l'étendue de la confiance que Sethann avait placé en elle en lui confiant cette tâche. La sûreté de la cité, avait-il dit. Elle se trouvait tiraillée entre l'angoisse sous le poids de sa mission, et la fierté que lui apportait le choix de son tuteur.
Prasine avait toujours considéré Sethann comme son père. Aussi loin que ses souvenirs la menaient, il avait été là pour elle, l'élevant comme sa propre fille et lui enseignant les arts arcaniques.
Sa situation suscitait beaucoup de jalousie de la part des autres apprentis. Ceci ajouté à son tempérament incendiaire et ses talents innés pour la manipulation de l'Anima signifiait qu'elle n'était pas très populaire parmi les étudiants, mais ceux qu'elle comptait parmi ses amis lui étaient d'autant plus chers. Elle aurait souhaité avoir Céladon et Relius à ses côtés, à présent.

Ses pensées l'emmenèrent plus loin en arrière, jusqu'au drame qui lui avait enlevé sa famille lorsque son village natal fut ravagé par un incendie meurtrier. Elle ne devait sa survie qu'à l'intervention de Sethann.
Elle comprit alors ce qui la rendait nerveuse ; la chambre était bien trop sombre. Seuls quelques rayons de soleil se frayaient un chemin entre les grands rideaux étendus dans la pièce. Elle supposait que, dans son état, l'étrangère serait sans doute sensible à la lumière. Prasine, pour sa part, ne supporterait pas longtemps cette ambiance.

Elle ferma les yeux et conjura une Arcane élémentaire dans son esprit. Elle avait fait cela des milliers de fois. Il était commun de s'aider de gestes ou d'incantations orales pour invoquer une Arcane, mais celle-ci ne lui demandait aucun effort.
La compétence d’un sorcier était mesurée grâce à trois grands attributs : la Structure était la capacité à mémoriser et reproduire dans son esprit des Arcanes de nombreuses variétés et de croissante complexité. La Volonté représentait la quantité d’Anima qu’englobait la sphère d’influence du mage, lui permettant d’infuser davantage d’énergie dans des sorts plus puissants. Enfin, l’Adresse gouvernait l’aisance avec laquelle le pratiquant pouvait évoquer un sort, matérialisant ses effets dans le monde matériel de la manière choisie.
Prasine faisait preuve d’une exceptionnelle Volonté, mais son Adresse était passable et sa Structure laissait à désirer. Elle pouvait conjurer des Arcanes puissantes mais peu précises, et se limitait à quelques sorts qui lui étaient particulièrement familiers.
L’Arcane qu’elle visualisa se forma presque intuitivement. Un motif complexe se traça dans son esprit. Elle puisa dans l'Anima environnante, ne captant qu’une infime partie de la vaste aura qui l’entourait, et l'infusa dans l'Arcane qui s'embrasa d'une lumière rouge. L'Anima du Chaos, source du feu.
Enfin, la jeune mage forma le sort. Elle compléta l'Arcane infusée et évoqua une petite flamme au creux de sa paume, projetant des reflets dansants sur ses cheveux rouges.
Elle ressentit un soulagement immédiat. Malgré le drame qui avait marqué son enfance, elle ne haïssait pas le feu. Au contraire, elle trouvait que posséder la maîtrise des flammes au bout de ses doigts était un réconfort. Plus d'une fois, son tuteur l'avait mise en garde contre l'attrait du pouvoir auquel s'exposaient tous les manipulateurs d'Anima. La chaleur et la lumière soumis à la volonté d'un sorcier pouvaient apporter de nombreux bienfaits, mais la discipline du Chaos possédait un côté bien plus dangereux. Sethann lui avait un jour fait la démonstration d'une flamme se gorgeant de Chaos jusqu'à se changer en une forme d'énergie destructrice, dévorant tout ce qui se trouvait à sa portée et se défiant des lois naturelles. L'essence du Chaos était le changement, le mouvement et la destruction. Le feu était sa forme naturelle, mais une fois dompté par l'esprit humain, il pouvait apporter la désolation au monde matériel et la folie au spirituel.
Les autres éléments possédaient eux aussi une face cachée, puissante et dangereuse.
La Lumière influait directement sur l'esprit, permettant de calmer ou de soigner des êtres vivants, mais aussi de les manipuler ou de les tromper par des illusions.
L'Ordre, dont la forme naturelle était l'eau, représentait la discipline de la création. Ses adeptes pouvaient produire des forces cinétiques, léviter des objets, matérialiser des constructions de leur seule volonté. L'Ordre était aussi capable de plonger un pays dans un hiver sans fin, de créer une prison éternelle, ou de réduire en miettes une cité toute entière.
Enfin, l'Ombre était la discipline la plus bipolaire. Liée à la terre, et par extension au corps et à l'âme humaine. Un pratiquant de l'Ombre pouvait faire pousser une forêt en un battement de coeur, ou faire flétrir les champs et mourir les récoltes. Apporter la maladie ou la guérison. Réveiller les âmes des défunts.

Un bruit étouffé fit sursauter Prasine. Elle poussa un cri lorsque sa flamme prit une teinte pourpre et dansa hors de son emprise. Esquissant un geste et interrompant le flot d’Anima d’une pensée, la jeune mage parvint à faire disparaître la flamme avant qu'elle ne puisse causer davantage de dégâts qu'un trou fumant dans le tapis de la chambre.
Une fois les ténèbres restaurées, les battements de son coeur lui semblèrent retentir comme des coups de tambour. Elle s'était perdue dans ses pensées, mais durant combien de temps...
Un son retentit à nouveau, comme un froissement de tissu. D'un bond, elle se précipita aux côtés de la silhouette étendue.
Pas un mouvement. Le visage à la peau cendrée était toujours dénué de vie.
Un frisson la parcourut alors qu'elle tentait de se détendre. Par les Quatre, à quoi pensait-elle ? Perdre sa concentration n'était pas dans ses habitudes, comment allait-elle expliquer cela à son tuteur ?
Alors qu'elle se détournait, le froissement retentit à nouveau. Elle fit volte-face, plongeant son regard dans deux pupilles éclatantes, couleur de rubis. Et ce qu'elle y lut fut la terreur absolue.
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Le soleil brillait au-dessus de la place du bazar, le lieu le plus fréquenté de la cité. Des centaines de personnes se pressaient entre les tentes et les échoppes chargées de victuailles en tout genre, de bibelots vaguement magiques, de bijoux éclatants, de parures colorées et parfois de véritables artefacts anciens.
L'Académie, qui se dressait au beau milieu de la grande savane du Continent Septentrional, ne possédait aucune ferme, n'était bordée par aucun champ. Elle survivait exclusivement grâce au commerce. La route principale rejoignant la ville portuaire de Tiga Belas, loin au sud, connaissait le trafic constant des exportations d'objets magiques de l'Académie et des arrivées de nourriture et de tissu venant d'aussi loin que l'Empire.

Dans la grande confusion du bazar, parmi les cris des marchands et les exclamations des étrangers, se faufilait un petit homme vêtu de gris. Il se mouvait avec aisance dans la foule, slalomant entre les étals, profitant de chaque zone d'ombre et jetant des coups d'oeil nerveux derrière lui.
Il parvint à la limite du bazar et s'engouffra dans une ruelle étroite et sombre. Il semblait glisser contre les murs de pierre, se coulant d'un passage à l'autre sans un bruit.
L'homme s'arrêta enfin devant une bâtisse décrépite pourvue d'une néanmoins solide porte. Il tira un anneau de fer d'une de ses poches et s'en servit pour frapper par trois fois la lourde porte. Les chocs produisirent un son profond et inhabituel.
La porte s'entrouvrit et il se faufila à l'intérieur tel une ombre.
Trois hommes l'attendaient dans la masure miteuse. Quelques chaises et une table en bois rongé étaient le seul ornement de la pièce, à l'exception d'un petit cristal bleuté posé au beau milieu du sol. Les fenêtres étaient, pour leur part, barricadées de solides planches et ne laissaient filtrer que quelques rares rais de lumière qui révélaient la poussière dansante.

"Foscor," fit l'un des hommes sous une capuche qui dissimulait ses traits, "tu es en retard. La Sentinelle attend ton rapport depuis ce matin."

L'intéressé afficha un rictus.
"Hé ! Le chef ne sera pas déçu. J'ai des informations sur la fille qui s'est réfugiée chez les mages !"

Un autre homme se dressa, étonné.
"Tu as pu l'approcher ?"

Foscor bomba le torse et tapota une de ses nombreuses poches.
"Ouais ! Même que j’lui ai fauché un joli poignard, avant que le garde-chiourme de la Tour ne m'tombe dessus."

Le premier homme se rapprocha et lui lança un regard mauvais.
"Tu veux dire que Sethann t'a laissé partir ?"

Foscor se gratta la nuque.
"Euh, je lui ai échappé, ouais !"

L'homme se rapprocha à nouveau. Foscor eut un mouvement de recul. Il pouvait lire la menace dans ses yeux, sous sa capuche sombre.
"Et s'il t'avait suivi jusqu'ici, imbécile ?"

Le voleur déglutit.
"Hé, je suis pas un amateur ! Personne m'a suivi !"

Sans quitter Foscor des yeux, l'homme ordonna :
"Dirk, vérifie le périmètre."

Le troisième malfrat disparut à l'étage. L'homme encapuchonné s'éloigna de Foscor, semblant se détendre.
Tout en lui tournant le dos, il déclara :
"Les mages ont paniqué, et la barrière a été renforcée. On va devoir attendre que les choses se calment avant de pouvoir recontacter la Sentinelle."

Foscor hoqueta.
"Mais... mais on ne peut pas rester comme ça ! Si les magots nous retrouvaient..."

L'homme se retourna vers le voleur et retira sa capuche.
"Tu n'as pas à t'en faire pour ça, l'ami."

Le malfrat restant dans la pièce bondit sur ses pieds et chargea, une dague à la main. Il visa le coeur de l'homme mais celui-ci ne fit pas un geste de défense. Lorsque la lame toucha sa poitrine, elle se liquéfia et disparut dans une volute de fumée.

"Meh..." commença l'attaquant, avant que l'homme n'esquisse un geste devant son visage.

Ses paupières se fermèrent et il s'effondra sur le sol, profondément endormi.
Au bruit de la confrontation, le nommé Dirk se précipita depuis l'étage supérieur, une arbalète à la main. Il la leva en direction de l'homme, qui fit un nouveau geste vif. Un éclair bleu traversa la pièce et explosa sur l'arme, l'enveloppant ainsi que les bras de son porteur dans un épais bloc de glace. Le poids de ses membres gelés l'emportèrent vers le bas et il s'écrasa au sol, sans connaissance.

L'homme fixa calmement son attention sur un Foscor terrorisé.

"S...S....Sss.."

Sethann sourit et passa une main dans ses cheveux, faisant voler quelques fins grains de poussière.

"Je ne pense pas avoir besoin de faire preuve de davantage de persuasion. J'aimerais beaucoup admirer ton butin."

Foscor se rua en direction de la porte et l'ouvrit à la volée. Il se précipita au dehors sans réfléchir et commença à courir... lorsqu'il se rendit compte qu'il ne se trouvait pas dans la ruelle. Sethann se trouvait à nouveau devant lui, dans la masure abandonnée, ses deux complices à terre. Le petit voleur se retourna. A travers l'embrasure de l'entrée se trouvait une copie de la pièce dans laquelle il se trouvait, depuis laquelle le mage lui souriait.

"Tu comprendras que j'aie eu à prendre certaines mesures pour t'empêcher de me glisser entre les doigts à nouveau."

"Ghh... qu.."

"Je vais donc réitérer ma requête."

Le mage leva sa paume devant le visage du malfrat et une onde d'énergie se propagea dans l'air. Simultanément, la porte d'entrée se ferma avec fracas et Foscor y fut violemment projeté. L'impact lui coupa le souffle.
Le voleur glissa lentement à terre, à bout de forces.

"A présent, montre-toi coopératif ou je me résoudrai à fouiller dans ton esprit sans ménagement. Le poignard ?"

Le voleur leva des yeux fatigués vers le mage. D'une main pesante, il produisit une dague ouvragée au pommeau d’or et de jais, glissée dans un fourreau pareillement serti. Les dorures représentaient deux dragons se dévorant l'un l'autre.
Sethann ressentit un frisson à la vue de l'arme. Son visage se crispa.

"Heh !" fit Foscor avant de cracher aux pieds du mage, "Rien que pour voir la tronche que tu fais, tout ça aura valu le coup..."

Son interrogateur ne répondit rien. D'un geste sec, il s'empara de la dague et l'examina de plus près, souhaitant qu'elle ne lui fut pas si familière.

"Pourquoi la Sentinelle s'intéresse-t'il au possesseur de cette dague ?" demanda-t-il sans quitter l'objet des yeux.
Foscor afficha un rictus édenté.

"Le chef s'intéresse à tout ce que Silmar ne sait pas. En plus, il a senti tout de suite l'arrivée de la donzelle. Si tu t'étais pointé une minute plus tard..."

"Oui, mais hélas pour toi, je suis arrivé à temps. J'ai tout de même une bonne nouvelle à t'annoncer."

Le malfrat leva un regard mauvais vers le mage.

"Silmar va sans doute vouloir te questionner. Tu verras, les cachots de la Tour sont presque tous plus confortables que ce taudis."

Foscor eut à peine de temps de réaliser ce qui était sur le point de lui arriver avant de disparaître dans un éclair de lumière bleutée.

Une fois seul, Sethann jeta un dernier regard à la lame ouvragée avant de se tourner vers le cristal posé au sol. Il s'accroupit près de l’objet, qui émettait une faible lueur, et sortit une petite gemme rouge d'une de ses poches.

"Je sais que vous m'entendez. Je vous conseille de garder vos hommes loin de la Tour, et de laisser nos élèves en paix. Ce sera notre dernier avertissement."

Le cristal prit vie. De longs rubans d’énergie bleue se déployèrent à travers ses faces translucides, tandis qu’un son pareil à une plainte agonisante retentissait aux oreilles de Sethann. L'un des rubans s'enroula autour de sa cheville.
Celui-ci se releva et laissa tomber la gemme rouge sur le cristal. La pierre éclata en libérant un nuage de Chaos, une masse d'énergie pourpre qui entreprit de dévorer les tentacules, le cristal et la partie du sol sur lequel il était posé.
Sethann recula d'un pas alors que le nuage gagnait en volume. Le mage disparut à son tour dans un éclair bleu, et quelques instants plus tard, la bâtisse s'effondrait sur elle-même.
________________


"N'aie pas peur, je ne te ferai aucun mal !"

La fille à la peau grise était recroquevillée dans un des coins les plus sombres de la pièce, à moitié dissimulée par un rideau. Aux yeux de Prasine, elle semblait se fondre toute entière dans l'ombre, ne laissant apercevoir que ses deux pupilles écarlates rivées sur elle comme une proie fixant un chasseur.
Prasine était désemparée. Elle n'avait aucune idée de la manière dont elle devait s'y prendre pour rassurer sa farouche invitée. Elle ne savait presque rien de qui elle était ou de ce qu'elle avait enduré, mais au vu de la réaction de son tuteur, cela devait être sans précédent.
Prasine sursauta lorsque la porte de la chambre s'ouvrit à la volée et laissa entrer Sethann d'un pas vif.

"Prasine ! Où se trouve-t-elle ?"

"Elle est ici, maître..."

Mais lorsqu'elle se retourna, le coin sombre était vide.

"Elle... se trouvait juste là ! Je l'ai à peine quittée des yeux..."

En parcourant la pièce du regard, Prasine aperçut du coin de l'oeil une ombre qui se faufilait le long du mur, et qui prit la fuite en se glissant dans le dos du mage.

"Par les Quatre ! Elle est partie !"

"Comment cela, partie ? Elle ne s'est pas envolée !"

"Elle s'est dissimulée dans l'ombre. Elle s'est éclipsée en douce à votre arrivée !"

Un frisson parcourut l'échine de Sethann. Il espérait que ses craintes n’allaient pas se révéler fondées. Mais il ne devait prendre aucun risque, les conséquences seraient trop graves.

"Nous devons la retrouver au plus vite. Je pense qu'elle est dangereuse."

"Elle avait surtout l'air terrifiée !"

"Je t'expliquerai plus tard. Viens avec moi, nous n'avons pas une seconde à perdre."

Ils sortirent de la chambre.

"Comment allons-nous pouvoir la retrouver ? Elle a pu fuir n'importe où !"

"Elle n'est pas invisible, heureusement." déclara Sethann en pointant du doigt une section plus élevée de l'escalier.
Juste au-dessus de l'épaule de la statue du Sorcier, ils parvinrent à apercevoir une silhouette fine et sombre qui disparaissait en direction des niveaux supérieurs de la Tour.

Ils se lancèrent à sa poursuite, écartant sans vergogne les passants, maîtres comme disciples, qui circulaient dans le grand escalier.

"Elle cherche à atteindre le sommet. Je crains le pire."

"Maître, vous avez fait face au Conclave ? Qu'avez-vous appris ?"

"Plus tard, Prasine. Silmar est peut-être en danger !"

À ces mots, ils pressèrent leur allure.

À bout de souffle, ils atteignirent l'étage le plus élevé de la Tour et franchirent l'entrée des quartiers de Silmar.
Le maître des lieux se tenait à son emplacement habituel, au bord d'un des grands balcons dominant la cité, les mains jointes derrière son dos.
Il s'adressa aux nouveaux arrivants sans se retourner.

"Sethann, Prasine. Pourquoi ne pas m'avoir prévenu du réveil de notre invitée ?"

"Maître !" s'exclama son conseiller. "J'ai des raisons de penser qu'elle pourrait être dangereuse. Elle pourrait en avoir après vous !"

"Si tel était le cas, pourquoi n'aurait-elle pas encore agi ?"

"Nous l'avons poursuivi jusqu'ici, elle ne doit pas être loin."

Silmar se retourna enfin, posant son regard cristallin sur ses deux interlocuteurs.
"Elle se trouve bien ici, en effet."

Il fit un geste en direction d'un des grands piliers de la salle. Prasine se décala prudemment jusqu'à distinguer, dans la zone d'ombre entre le pilier et le mur, deux reflets rouges dirigés sur elle.

Silmar reprit :
"Je n'ai pas agi car je ne ressens nulle hostilité venant d'elle, seulement une grande frayeur. Et je préférais attendre votre arrivée avant de l'interroger."

Se préparant à protéger sa pupille, Sethann fit un signe de tête prudent à Prasine, qui s'approcha doucement de la fille dissimulée.

"Tu n'as rien à craindre. Tu te trouves dans l'endroit le plus sûr de toute la ville. Il ne peut rien t'arriver, ici. Tu n'as pas besoin de te cacher."

Avec réticence et timidité, la jeune fille sortit de l'ombre.

"Je m'appelle Prasine. Voici mon tuteur, Sethann. Et le seigneur Silmar, dirigeant de l'Académie. Quel est ton nom ?"

La fille ne dit pas un mot. Son intense regard écarlate passait successivement sur les visages des personnes présentes dans la salle, cherchant un signe de danger.

"Peux-tu nous dire d'où tu viens, et pourquoi tu es venue ici ?"

Elle ne répondit pas davantage, mais son attention se reporta sur Prasine, et pour la première fois, la crainte quitta ses yeux.
Prasine le remarqua, et fut prise de compassion pour cette enfant égarée.

"Elle semble être muette." finit par observer Silmar. "J'ignore s'il s'agit d'une condition naturelle ou d'une conséquence de son traumatisme, mais il semblerait que nous ne puissions espérer de réponses précises de sa part. Sethann, ce serait le moment de nous faire part de tes découvertes."

"Oui, maître. J'ai récupéré ceci des mains de sbires du Conclave."

Il présenta la dague ouvragée aux deux dragons. Immédiatement, la jeune fille écarquilla les yeux et se réfugia derrière Prasine, tremblante de peur.

"Cet objet semble avoir une signification particulière pour notre invitée. De quoi s'agit-il ?" demanda Silmar.

L'expression de Sethann s'assombrit.
"Je ne le sais pas précisément, maître. Je reconnais cependant ces motifs particuliers, les dragons s’entre-dévorant. Cela provient de l'Empire."

Prasine sursauta. Elle jeta un coup d’oeil derrière elle, vers le visage apeuré de la fille.

"Elle serait donc originaire de l'Empire ?"

"Tout porte à le croire. Cependant, étant donné sa réaction vis-à-vis de cette arme, elle n'est peut-être pas ici pour nuire à l'Académie. Je m'aventurerais à supposer qu'un élément appartenant à l'Empire serait responsable, d'une manière ou d'une autre, de son état."

"Excellente théorie, mon ami." le complimenta Silmar. "Elle n'a en effet rien d'un espion ou d’un assassin de l'Empire. Autrement, elle ne se serait pas présentée à nos portes en pleine journée, et porteuse de la preuve de son appartenance."

"Cela voudrait dire qu'elle serait venue à l'Académie pour y trouver refuge ?" avança Prasine.

"Une sage décision de sa part. Cependant, il nous incombe de découvrir l'origine du danger qu'elle a entreprit de fuir. Avec ou sans sa présence ici, cette menace pourrait concerner l'Académie." remarqua Silmar.

"Sans oublier les actions du Conclave, maître." avança Sethann. "Nous avons pu désamorcer leurs plans cette fois, mais la Sentinelle va continuer à tenter de l'atteindre."

"Il leur faudra se débarrasser de moi avant cela." déclara Prasine.

Les deux mages la regardèrent, surpris.

"Si ces crapules pensent pouvoir nous intimider," poursuivit-elle, “je leur prouverai le contraire.”

La fierté emplit le regard de Sethann. La fille serra le bras de Prasine, et la jeune sorcière décida qu’elle se ferait un devoir de la protéger. Jusqu'ici, elle avait toujours vécu sans préoccupations, heureuse de parcourir sa vie avec insouciance et étudiant les arts arcaniques sans autre raison que la curiosité. Mais aujourd'hui, elle avait le sentiment d'avoir un réel but. Elle pouvait utiliser ses talents pour le bien d'autrui. Et plus que tout, elle désirait aider cette jeune fille qui lui avait accordé sa confiance malgré tout.

"Très bien." acquiesça Silmar. "Si tu n'as pas d'objections, Sethann, je pense que notre invitée sera entre de bonnes mains."

Son conseiller sourit et hocha la tête. Le visage de Prasine s'illumina.
Silmar se retourna vers le balcon qui dominait la cité, leur tournant le dos.

"Il est presque temps. De difficiles épreuves nous attendent. Nous devons nous tenir prêts à les affronter."
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