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Le néant.

Tout semblait encré dedans, le néant. Il ne saurait dire depuis combien de temps lui-même s'y trouvait. Son esprit vagabondait dans ses limbes noirs et infinis, toute notion temporelle effacée. Un an, deux ans, dix, il n'avait aucun moyen de se rappeler. Après tout, son corps était prisonnier.

Prisonnier du temps.

Il n'aurait jamais pu se douter de l'effet que cela faisait. Et surtout, jamais au grand jamais il n'aurait imaginé se retrouver un jour piégé de la sorte. Que ne donnerait-il pas pour pouvoir un jour sentir à nouveau la vie parcourir ses veines. Pouvoir à nouveau toucher ce qui l'entourait, humer les mille et un parfums de son monde.

Et se venger de ceux qui l'avaient emprisonné là.

Être captif du temps était une expérience qu'il qualifia de hautement désagréable. Si le corps était entravé, l'esprit, lui, demeurait. C'était comme s'il se trouvait attaché dans une pièce sans source de lumière, tout ses sens disparus, ne laissant que sa conscience. Une situation vraiment inconfortable en somme. Situation dont il aimerait réellement se débarrasser. On ne peut plus désespéré, il était même prêt à prier les sept Fondateurs, dieux auxquels il ne croyait pas. Mais sait-on jamais. Peut-être qu'il serait entendu. Il rêvait ne serait-ce que de plier un doigt. Il le désirait si fortement que son esprit se rappela la magnifique sensation de pouvoir serrer le poing. Comme si...

Comme s'il pouvait bouger à nouveau.

Par le Dragon des Mers, son imagination lui jouait-elle des tours ? Non, il ressentait un infime picotement dans ses membres engourdies qui se propageaient lentement dans le reste de son corps. La noirceur autour de lui s'estompait lentement, laissant apparaître une vision d'abord floue, puis nette. Le coin de ses lèvres parvint à s'étirer en un sourire triomphant. Il était libre.

Libre.

Ce mot ne lui avait jamais semblé aussi merveilleux.

Resté longtemps immobile, son corps raide ne parvint plus à le porter, et il s'effondra un genou à terre. Il se sentait faible, mais euphorique. Il reprit son souffle, ressentant un bonheur incommensurable en sentant l'oxygène parcourir ses poumons. Il releva ensuite la tête. Rien n'avait changé. C'était comme s'il ne s'était passé qu'un fragment de seconde entre l'incident de la Relique du Temps et sa libération. Il se trouvait dans le grand hall de l'Académie de Magie. Il reconnaissait ses immenses fenêtres donnant dans les luxueux jardins aux fontaines. Jetant un coup d’œil aux alentours, il vit que les magiciens reprenaient peu à peu vie eux aussi. Il avait beau détenir la réputation d'être l'un des mages le plus puissant d'Olydrhill, il savait que son était de faiblesse ne lui permettrait pas de venir à bout de tous. Il devait battre en retraite et rejoindre ses fidèles.

C'est alors qu'il la vit.

Le seul élément qui n'était pas présent avant l'incident. Elle se tenait dos à lui, près du socle où reposait la Relique du Temps. Une fillette, surement d'une douzaine d'années. Il sut immédiatement qu'elle n'appartenait pas à son monde. Outre le fait qu'elle semblait avoir échappé à la prison temporelle, son accoutrement ne faisait pas parti des coutumes d'Olydrhill. Et elle parvenait à porter la relique. Il sut alors, au plus profond de lui-même que la fillette était de l'Autre Monde. Il ne pouvait ce l'expliquer, pas plus que la sensation de savoir qu'elle avait remis le cours du temps en place. Mais son intuition le lui disait. Et elle ne l'avait jamais trahis.

Comme si elle se sentait observée, la fillette se tourna alors subitement. Il fut alors frappé par son regard d'un vert émeraude si pur et si intense. Regard qui lui était familier. Il s'approcha alors lentement d'elle. L'enfant le regarda venir, un air méfiant s'affichant sur son petit visage pâle. Il s'arrêta à quelques centimètres d'elle, puis se mit à rire. Elle recula d'un pas, l'inquiétude traversant le vert de ses pupilles.

- Je te remercie de m'avoir libéré, dit-il d'une voix grave et malveillante.

Puis il se volatilisa, sous le regard des magiciens qui venaient, à leur tour, de revenir à la vie.
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