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Notes d'auteur :
Nom de l'épreuve : L'amour à travers les âges

Résumé de l'épreuve : Écrire une déclaration d'amour à un personnage historique, sous forme d’une lettre.

Contraintes : Minimum 500 mots, épistolaire, vous devrez insérer le mot élucubration(s).

Délai de réponse : Vous avez jusqu’au 26 avril 23h59 pour poster votre déclaration.

Maîtresse, et donc favorite

Le 2 mars 1672, cour du roi de France et de Navarre

Mon tendre Louis,

Tant de tristesse te traverse ces derniers jours. Ta Petite Madame, ta fille légitime bien-aimée, s’en est allée hier sans crier gare. J’ai beaucoup de peine pour toi et pour la reine. Et pour toi et moi également, car il y a moins d’une semaine, c’était notre petite Louise-Françoise qui nous quittait. Elle aurait fêté ses trois années hier. Deux filles qui te quittent coup sur coup, ne vois-tu pas ces mauvais présages pour la Hollande ? Je sais que tu es décidé à mener cette guerre, mais tu ne peux ignorer les signes du Divin. Renonce à cette folie, je t’en conjure. Je crains pour ta vie, pour notre belle histoire, pour notre amour.

Dans notre désespoir face à ces décès et à ta détermination qui ne faiblit pas, la reine et moi avons tout de même ton soutien au fond de nos ventres. Notre quatrième enfant verra bientôt le jour, mon amour. Le médecin a dit qu’il serait là à la mi-juin. Comme ton sixième enfant légitime. Seras-tu présent pour ces naissances ou seras-tu sur les plaines du Nord à guerroyer ? Je souhaite tant ta présence en ce jour béni de la venue au monde du fruit de notre amour. Pour cet enfant et les suivants, car j’espère t’offrir encore de nombreuses fois le bonheur d’être le père d’enfants en pleine santé.

Car j’ai toute ma tête, moi, contrairement à la reine qui semble vivre une grossesse psychologiquement délicate. Elle multiplie les élucubrations ces dernières semaines. Soit disant qu’une de ses dames de compagnie lui aurait dit que son fils serait l’héritier du trône. Elle craint pour la vie du Grand Dauphin, à présent. J’ai tenté de lui dire qu’en s’inquiétant pour son aîné, elle risque de perdre son benjamin, mais elle ne veut rien comprendre. Ou rien entendre, je ne sais. Elle a regardé mon ventre avec dédain et a murmuré « bâtard », je l’ai entendue. Depuis qu’elle a compris que j’étais devenue ta favorite, elle ne cesse les vilenies à mon égard. J’aurais dû la souffleter pour cette injure, mais elle est grosse. Et elle est déchirée par le chagrin.

Mais mon tendre Louis, ne t’en fais pas pour nos querelles, je pourrais supporter tant et plus. Je pourrais cacher à tous nos enfants, pour le bonheur de t’aimer. Je pourrais moquer tes courtisans des jours durant, pour le plaisir de ton sourire à mes bons mots. Je pourrais me tenir en retrait de la cour, pour quelques heures de ta présence en mon lit, où tu m’honorerais comme la reine que je ne suis pas et me ferais les enfants vigoureux qu’elle ne fait pas. Je pourrais me laisser insulter par la reine ou par la duchesse de La Vallière et de Vaujours, pour ta préférence. Je pourrais taire mon ardeur à ton égard, pour garder la tienne. Je pourrais vivre cachée de tous, être la favorite secrète, et cela toute ma vie, pour tes caresses et tes embrassades. Trop tard pour cela, mais j’aurais pu. Je pourrais, et c’est inconvenant de l’écrire, hurler l’embrasement de mes reins sous tes assauts fougueux, pour le plaisir de ta jouissance. Je pourrais laisser mourir mon époux en Guyenne, lui qui m’aime tant qu’il a refusé tous les privilèges que lui offraient tes faveurs pour moi. Je pourrais tant par amour pour toi.

Et je pourrais surtout taire tous ces mots, pour que jamais tu ne saches que je te suis acquise.


Françoise Athénaïs de Rochechouart de Mortemart
Marquise de Montespan
Note de fin de chapitre:
Bon, pas moyen d'aligner la date et la signature à droite, je sais pas pourquoi, ça veut pas...

Bon, pour votre culture (et parce que j'ai appris plein de trucs en étudiant notre chère marquise, donc je vous en fais profiter), la marquise de Montespan a donc été la favorite du roi Louis XIV de 1667 à 1680 et des poussières. A l'époque où elle écrit cette lettre, elle n'est pas encore la favorite en titre, mais celle-ci, la duchesse de La Vallière, n'a pas donné d'enfant au roi depuis cinq ans.
La marquise de Montespan donna huit enfants au Roi-Soleil, celui dont elle est enceinte au moment de l'écriture de la lettre étant le quatrième. La reine, Marie-Thérèse d'Autriche (qui n'était pas autrichienne mais espagnole), donna six enfants au Roi-Soleil, quatre qui moururent avant leurs trois ans (celui qu'elle porte au moment de la lettre n'atteignit pas six mois), une qui partit à cinq ans (la Petite Madame dont parle la marquise dans sa lettre) et le Grand Dauphin (qui ne fut jamais roi).
La guerre de Hollande est déclarée deux mois après la lettre et au moment des naissances conjointes des enfants de la reine et de la marquise, le roi est plutôt en bonne position dans son combat. Mais juste après, ça merde et au final, le résultat est pas hyper satisfaisant pour lui.
Voilàààà, c'était l'instant "Dynastie des Bourbons" et c'est quand j'écris ce genre de textes que j'ai enfin envie de m'intéresser à l'Histoire :D
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