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Notes d'auteur :
Nom de l'épreuve : Vers l'infini et l'au-delà !

Résumé de l'épreuve : Votre mission, si vous l'acceptez, sera de narrer la découverte d'un nouveau monde par les yeux d'un des explorateurs. Il peut aussi bien s'agir d'une contrée inexplorée sur Terre que d'une nouvelle planète ou même d'un satellite naturel (tel que la Lune). Votre personnage peut être le chef de l'expédition ou un des nombreux colons qui le suivent, il peut s'agir d'un personnage historique ou non. La découverte peut se faire aussi bien in vivo (votre personnage se rend réellement sur place) que via une sonde robotisée (et dans ce cas, vous écrirez du point de vue des techniciens contrôlant la sonde).

Contraintes : Peu importe l'approche que vous choisirez, la terre explorée ne doit jamais avoir été foulée avant votre histoire. Dans votre histoire, vous devrez inclure la description d'un paysage et/ou celle d'une espèce végétale, d'une espèce animale ou d'une civilisation inconnue aux yeux de l'explorateur. Les voyages temporels ne sont pas autorisés : votre explorateur et sa découverte doivent être contemporains. Vous devez insérer au choix la phrase "J'ai comme un mauvais pressentiment" ou les mots "dense, aventure et échec". Vous devez faire tenir tout ça en 2000 mots maximum (minimum 500 mots).

Délai de réponse : Vous avez jusqu’au 20 avril 23h59 pour mener à bien votre mission.
La Course de sa vie

On était bien tranquilles avec les copains dans le Globe : il faisait bon, on nageait joyeusement dans nos tubes séminifères, certains s’étaient un peu assoupis et d’autres étaient surexcités. Bref, c’était la belle vie. Rémi ne nous avait pas trop sollicités ces derniers temps, on était plutôt nombreux du coup. Et puis il y a eu SX13P27T4. Un ancien, il était là depuis au moins quatre jours. Il s’est arrêté brusquement, il nous a tous regardés - enfin, tous, façon de parler, il n’a pas regardé chacun de nous dans les yeux, on était vraiment trop nombreux, plusieurs centaines de millions, vous voyez - et puis il a fait une tête bizarre. J’étais pas trop loin de lui, alors je lui ai demandé ce qu’il avait tout d’un coup.

- J’ai comme un mauvais pressentiment, SY284M13U.

Je vous vois venir, bande de moqueurs. Ouais, je m’appelle SY284M13U. Vous vous croyiez originaux avec vos Djénnifer et vos Charles-Édouard ? Manqué ! On a des prénoms bien plus originaux que vous, les humains. Un jour, peut-être, je changerai de nom pour un de votre civilisation. Si je gagne la Course… Enfin, ne nous égarons pas.
SX13P27T4 avait donc un mauvais pressentiment. Il n’avait pas besoin de me dire ce qu’il craignait, il était peut-être là depuis bien plus longtemps que moi, mais dès notre arrivée dans le Globe, on savait ce dont on devait avoir peur. Si le Globe commençait à frémir, c’était la fin des haricots. Et on n’avait pas le choix, on était incapables de résister, ça nous attirait comme un aimant. J’observai donc les alentours, occultant mentalement les mouvements des mes millions de concitoyens pour percevoir le moindre mouvement du Globe.

Rien. SX13P27T4 devait commencer à yoyoter. En même temps, vu son âge, il était grave décati, vous voyez. Si il devait y avoir une course dans l’heure, sûr que ce ne serait pas lui le vainqueur. Et si c’était seulement demain, il ne serait peut-être même plus là pour prendre le départ.
Mais quand même, il avait raison d’avoir un mauvais pressentiment. Depuis mon arrivée, il n’y avait pas eu de course, et d’après les autres, Rémi en organise une tous les jours. Parfois même plusieurs dans la journée. Pour l’instant, ce ne sont que des courses d’entraînement, pas la Course, la vraie, mais c’est bien le problème. Il n’y a jamais de gagnant aux entraînements. L’arrivée est la même pour tous, dans le Carré Blanc. Il paraît que c’est terrible. Enfin, ça, c’est ce que les autres disent, mais en réalité, personne ne le sait, car personne n’est revenu d’une course d’entraînement. Peut-être que c’est tellement bien qu’ils ont préféré rester là-bas.
Mais tout de même, le Carré Blanc, ça m’inspire pas. Moi, je rêve de rondeurs. Ma course parfaite, c’est celle qui arrive à la Grande Sphère, quoi, pas celle qui arrive au Carré Blanc. Enfin… Je fantasme peut-être un peu trop, on est des centaines de millions, et je sais bien qu’on préfèrerait tous découvrir la Grande Sphère plutôt que de finir aplatis sur le Carré Blanc.

Du coup, comme SX13P27T4 semblait le seul à être inquiet, je suis retourné à ma baignade. Un tout petit plus sur mes gardes, peut-être.
C’est sûrement ce qui m’a permis de percevoir les infimes mouvements du Globe trois heures plus tard. De sentir une discrète odeur inconnue. J’ai tendu tous mes sens vers cette odeur, à l’affût.
La révélation m’est arrivée après quelques dizaines de minutes. C’était la Course. Autour de moi, tout le monde s’agitait. Ils avaient compris, eux aussi. Ça se bousculait dans le Globe, chacun voulait être le premier à rejoindre l’Épididyme !
Tu m’étonnes… Un bon départ assure forcément une belle Course et peut-être une victoire. Du coin de l’oeil, j’ai vu SX13P27T4 s’exciter. D’un coup, il avait retrouvé la vigueur de ses premières heures ! Quand je vous disais qu’on ne peut pas résister aux frémissements du Globe…

Et la première vague de coureurs s’élança. Suivie par la seconde vague moins d’une seconde plus tard. La troisième et la quatrième partirent dans la foulée. J’étais dans la seconde vague, surexcité. J’avais tellement hâte de découvrir le monde de la Grande Sphère ! Il fallait que je reste concentré jusqu’au bout !
D’un seul mouvement, nous remontâmes le conduit tortueux. Ça jouait des coudes dans les rangs. Forcément, il n’y aurait qu’un seul gagnant, on le savait ! À côté de moi, il y avait ce petit présomptueux de SY666Y999. Comme si son nom lui garantissait une victoire, franchement ! Je lui filai un coup de queue bien senti et il se recroquevilla. Bien fait !
Je continuai de nager à toute vitesse vers la Grande Sphère. Si j’avais bien écouté les leçons d’un ancien parti trop tôt, je venais de passer les vésicules. Oui, c’était ça, on arrivait à la bifurcation. En bas, avait dit le vieux. De toute façon, on n’avait pas bien le choix, on était tous entraînés vers le bas par le courant.
Quelques centimètres plus loin, le décor changea. Je n’étais jamais venu jusqu’ici. Des alvéoles partout sur les parois du conduit, pas de doute, on était dans le corps spongieux ! Plus que quelques centimètres avant le nouveau monde, le monde de la Grande Sphère ! Oui, je voyais la sortie ! Plusieurs millions de mes condisciples la passèrent avant moi, mais je ne perdais pas espoir ! Je voulais tellement la rejoindre, la découvrir, la connaître et la séduire, ce serait moi le vainqueur de la Course !

Je venais de passer la sortie, j’étais à présent dans un nouveau monde. Un peu inhospitalier, il faut avouer. L’atmosphère était acide et le courant allait contre nous. La vitesse du peloton baissa nettement, résultat du combat des concurrents contre les éléments. Vraisemblablement, on était les premiers à venir ici. Il n’y avait pas un chat. Et ces traces rouges sur les parois prouvaient que Rémi avait forcé la porte d’entrée pour nous laisser passer.
Je secouai la tête. Quel drame ! J’étais en pleine Course, je ne pouvais pas m’arrêter pour admirer le paysage ! Il y avait cette ouverture béante qui n’attendait que moi, je devais y aller. Des centaines de mes condisciples échouaient à passer la fissure lisse et rose. Comment réussissaient-ils à rater une ouverture aussi large, je ne me l’expliquais pas, mais ça faisait toujours des concurrents en moins ! Après l’ouverture, le canal s’élargissait et s’acidifiait encore. Là aussi, je perdis nombre de mes compatriotes.
Mais je n’en avais cure, un problème bien plus grave se présentait à moi. Le canal se divisait. Merde, merde, merde ! Gauche ou droite ? Un souvenir de mes conversations avec le vieux me revint. « Fais confiance à ton instinct d’explorateur, sens ce nouveau monde et laisse-toi guider par ton odorat ! ». Se laisser guider par son odorat. Facile à dire, c’est plus lui qui doit supporter les odeurs de SY56IL314 ! Heureusement, on était de moins en moins à être encore dans la Course ! Un petit million, je dirais. Sans cesser de nager, je fermai les yeux et humai le monde de la Grande Sphère. L’odeur ténue que j’avais sentie plus tôt revint, puissante. À gauche ! Une bonne moitié de mes collègues avait soit perdu tout odorat, soit oublié de se servir de ce sens, car ils furent bien six cent mille à se précipiter à droite. Tant pis pour eux, tant mieux pour moi.
À présent, mon environnement changeait. Le canal se rétrécissait à nouveau, le paysage était rosé, finement nervuré et des pousses grandes comme des baobabs se dressaient par centaines. Il allait falloir zigzaguer. En voyant des milliers de mes rivaux se cogner contre les creux et les bosses du canal, s’emmêler dans les arbres, je me réjouis d’avoir travaillé mon agilité dans le Globe.
Encore quelques centimètres, et nous n’étions plus que deux à trois cents au coude-à-coude. J’en vis deux qui se chamaillaient devant moi, ça n’allait pas les aider. Hop, pas manqué, je leur grillai la priorité une minute plus tard !
Et voilà que le boyau opérait un virage à cent-quatre-vingt degrés. Cent compétiteurs de moins, pour ne pas avoir su négocier une épingle ! Mais la vision qui s’offrit à ceux qui avaient réussi à passer la courbe valait tous les spectacles.

La Grande Sphère était là. C’était la première fois que je la voyais mais je savais que c’était elle. Elle était superbe. Ronde comme la pleine lune, elle était au moins trente fois plus grosse que moi ! Mais elle était si belle !
Elle irradiait d’une lumière enivrante, j’en voyais d’ailleurs quelques-uns qui titubaient. Si près de l’arrivée, c’était dommage pour eux.
La Grande Sphère flottait doucement, semblant nous attendre. Que dis-je ?! M’attendre, moi !
Sa surface ressemblait à une dentelle très fine, à la fois magnifiquement ouvragée et sans aucune logique. Les aspérités qui perturbaient sa rondeur parfaite semblaient n’être là que pour sublimer l’ensemble.
Je me sentis flotter vers elle, attiré comme par un aimant. L’aimant de l’amour. Car je le savais à présent, j’étais amoureux de cette autochtone. On ne venait pas du même monde, j’étais même encore un parfait étranger pour elle, un envahisseur, mais je savais déjà que je ne pourrais jamais en aimer une autre. C’était Elle, c’était Ma Grande Sphère.
Alors que la grosse centaine de mes concurrents restants semblaient retenus par une barrière immatérielle, je continuai seul la Course. Dansant autour de la Grande Sphère, je la taquinai, je la caressai, je la séduisis. Et je plongeai en elle.

J’ai gagné la Course du nouveau monde, je ne fais plus qu’un avec la Grande Sphère. Et déjà, notre fusion devient source de vie.
Note de fin de chapitre:
Voilà, voilà, faut pas me laisser bosser toute seule toute la journée, mon cerveau a des idées bizarres après :ange:
J'espère que ça vous a plu, pour ma part, je suis essoufflée comme si j'étais SY284M13U, mais faut dire que c'est peut-être plus la course contre-la-montre avec la dead-line que celle de mon héros :)
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