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Notes d'auteur :
Nom de l'épreuve : Tomber des nues

Résumé de l'épreuve : Pour une raison X ou Y, vos personnages se retrouvent coincés dans un endroit précis (ensemble dans une même salle de classe à partager une colle, bloqués dans un ascenseur, se retrouvant nez à nez avec un ennemi lors d'un duel à l'épée, au milieu d'une tranchée, en tête à tête au restaurant, dans un train en panne, bref, vous pouvez reprendre un de ces exemples ou bien en inventer un de votre choix !).
De cette rencontre totalement programmée ou fortuite devra découler un dialogue de la longueur de votre choix, mais dans lequel un de vos personnage devra impérativement faire une déclaration à un autre. Je vous vois venir mais n'ayez crainte, par déclaration, nous n'entendons pas spécialement déclaration d'amour. Au contraire ! Si votre personnage peut bien évidement se lancer à l'eau avec l'amour de sa vie, toute déclaration autre est permise ! Il faut simplement que le personnage qui reçoit la déclaration se prenne la vérité en face, quoi !

Contraintes : Sous forme de nouvelle de 500 mots au minimum et 1200 mots au maximum, votre texte devra comporter au choix deux des mots suivants : moustache, crayon, funambule, artichaut.

Délai de réponse : Vous avez jusqu’au 7 mars 23h59 pour poster votre texte.
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Les fumeurs

Vendredi, 18h30.

Magali sortit de l’immeuble en souriant. Elle y était. Ne restait plus qu’une chose, annoncer ça à son responsable. Ca ne lui plairait pas, c’était certain. Enfin… Elle espérait qu’il serait heureux pour elle, mais elle savait qu’il ne pourrait s’empêcher d’être un peu mécontent, peut-être déçu. En tout cas, pas complètement enthousiaste. La jeune femme rabattit sur son ventre les pans de sa gabardine que le vent faisait battre sur ses hanches. Tant pis. Le vin était tiré, il faudrait le boire. Et il aurait quand même quelques mois pour s’y préparer.


***


Lundi, 9h37 et quatorze secondes.

Magali trépignait. Évidemment, le jour où elle avait quelque chose d’important à dire à son chef, le trafic du RER B était ralenti et il était en retard sur son horaire habituel. Alors qu’elle-même s’était réveillée à six heures tapantes et était arrivée à Fleebus une heure plus tard, survoltée. Cela faisait donc deux heures, trente-huit minutes et sept secondes qu’elle tentait de travailler tout en humant l’air, espérant sentir l’odeur caractéristique du parfum de celui qu’elle attendait. Deux heures, trente-huit minutes et quarante-deux secondes maintenant.

***


Lundi, 9h49 et vingt-huit secondes.

Magali se redressa d’un coup. Les portes de l’ascenseur venaient de s’ouvrir et un pas qu’elle connaissait bien se rapprochait. Comme une confirmation, une odeur boisée parvint à ses narines à l’affût. Il était là. Il entra dans le bureau en les saluant, elle, Sophie et Yannick. Chacun lui sourit avec sincérité en retour. Derrière son sérieux inaltérable, Henri était un manager en or, très apprécié par ses subordonnés.

- Ah ! Enfin ! Magali se languissait de toi, Henri !

Magali sourit en entendant ça. C’était la première phrase que prononçait Sophie chaque fois qu’Henri arrivait après Magali. La jeune femme attendait toujours Henri pour aller prendre son café du matin et fumer une cigarette avec lui. D’ailleurs, s’il était en congés, elle ne prenait pas de pause dans la matinée. Mais aujourd’hui, Sophie ignorait à quel point Henri avait été attendu. Sa position de manager lui donnait le droit d’avoir la primeur de la nouvelle que Magali voulait lui annoncer. Yannick sourit dans sa moustache. Bien qu’elle se soit fait violence pour ne pas se trahir auprès de ses collègues, il avait bien perçu son excitation inhabituelle, contrairement à Sophie.

- On y va ? demanda Magali en reposant le crayon qu’elle mâchonnait depuis une bonne heure et en prenant son manteau.
- Puisqu’il le faut, répondit Henri avec un air fataliste qui fit rire les deux autres.

Ils rejoignirent la machine à café en échangeant quelques banalités. Prirent leurs boissons respectives, puis sortirent par une porte à l’arrière du bâtiment, pour rejoindre le coin fumeurs improvisé. Ce n’était pas vraiment autorisé de passer par cette porte, mais bon. Ce n’était pas formellement interdit non plus, et après tout, de nombreux fumeurs le faisaient. Quand ils furent en vue de l’espace dédié aux fumeurs, Magali sourit. Il n’y avait personne. Parfait. Ils sortirent, Magali la première. Elle tint la porte ouverte pour permettre à Henri de passer puis la lâcha. La porte magnétique se referma avec un claquement sec qui fit se retourner Henri.

- Merde, grogna-t-il. Enfermés dehors.
- Désolée, elle m’a échappée, mentit Magali. Quelqu’un va bien arriver.
- Oui, répondit Henri sans plus prêter attention à la porte, occupé qu’il était à allumer sa cigarette tout en tenant son gobelet de café fumant.

Il aspira quelques bouffées en silence, puis regarda la jeune femme avec étonnement.

- Tu ne fumes pas ?
- Il faut que je te dise un truc, marmonna Magali, soudain un peu tendue.

Elle pouvait voir les rouages tourner dans la tête de son responsable tandis qu’il lui décochait à présent un regard curieux. Avant même qu’il prononce un mot, elle comprit ce qu’il avait en tête.

- Non. Rien à voir, assura-t-elle. T’as raison, je vais fumer.

Henri soupira.

- Donc tu n’es pas enceinte, conclut-il.
- Non. C’est plus…

Elle alluma sa cigarette tout en cherchant le mot qui convenait.

- Définitif.
- Qu’est-ce qui est plus définitif qu’un enfant ? soupira Henri, faussement désespéré. Puis il revint au moment présent. Alors ? Si tu n’es pas enceinte, qu’est-ce que tu crains tant de m’annoncer ?

Magali marmonna quelques mots inintelligibles. Henri grimaça en se rapprochant d’elle.

- J’ai rien compris. Hé, Mag’, tu me connais, tu sais que tu peux tout me dire, ajouta-t-il pour la rassurer.

- Je quitte Fleebus.

Henri ouvrit de grands yeux et chancela presque sous le choc. Celle-là, il ne l’avait pas vu venir.

- Quoi ?
- J’ai signé mon nouveau contrat vendredi. Je commence le quinze septembre.

Hébété, Henri tirait sur sa cigarette sans en avoir conscience. Le quinze septembre. Ce n’était pas pour tout de suite, certes, mais c’était signé. Elle partait. Sa collaboratrice depuis plus de huit ans. Il l’avait vue arriver, tout juste sortie de l’école. Pas même sortie de l’école, en fait, elle avait commencé avec son stage de fin d’études au service procédés, il s’en souvenait. Un peu plus tard, elle était entrée dans son équipe en tant que chargée d’études thermiques. Les gens restaient trois ans en général avant d’évoluer, mais elle avait trouvé son compte dans cette petite équipe et elle était restée. Jusqu’à aujourd’hui.

- Tu vas où ?
- Britling. Ils conçoivent des trains nouvelle génération, moins polluants, moins gourmands, plus fiables. Ils m’ont proposé un poste au pôle énergie. Un très bon poste. Référente carburants.

Henri approuva en silence. Un très bon poste, oui. Mais huit ans. Huit ans qu’ils se battaient comme des chiffonniers pour tout et n’importe quoi. Jamais d’accord sur rien, et surtout pas sur leur vision de la vie, ils étaient probablement les collègues qui étaient le plus souvent en désaccord. Ils s’adoraient pourtant, mais elle n’avait pas sa langue dans sa poche et si elle n’était pas d’accord avec la vision d’Henri, elle n’hésitait pas à lui faire savoir. L’inverse était vrai également. Si Henri était plus flegmatique, il était toutefois aussi plus incisif et ses commentaires colorés auraient pu être très mal pris par n’importe qui d’autre que cette petite brune audacieuse.
Mais ils savaient tous deux que ces disputes constantes étaient au fond l’expression d’une profonde affection. Magali était sa petite protégée et il n’avait jamais laissé quelqu’un d’autre dire d’elle ce que lui-même se permettait. Et il savait qu’il était un peu son mentor, elle ne tarissait pas d’éloges à son égard, en et en-dehors de sa présence.

- Dis quelque chose, supplia Magali qui attendait la réaction de son aîné avec anxiété.

Henri réalisa qu’il était resté silencieux bien trop longtemps. Il ne savait pas depuis combien de temps il la regardait fixement sans la voir. Il pencha la tête de côté et lui fit un petit sourire content, contrit, il ne savait pas trop.

- Qui c’est qui va m’engueuler, maintenant ?
Note de fin de chapitre:
Concrètement, le dialogue est très court, je vous le concède :) Mais il n'y avait pas de limite de longueur, et après tout, la relation de Magali et Henri se passent de mots...
Une petite vacherie pour réconforter Henri ? :)
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