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Notes d'auteur :
Et sans plus attendre, voilà le second chapitre de la seconde épreuve !
Bonne lecture !
Mysophobie

Profitant des timides rayons de soleil du mois de février, j’étais appuyée sur la rambarde de la terrasse, fumant nonchalamment ma cigarette. Un peu de silence, quel bonheur. Cela n’allait pas durer, je ne le savais que trop bien. Depuis cinq ans, les moments de calme étaient aussi rares que précieux. D’ailleurs, j’entendais ma petite tempête personnelle accourir.

- Maman ! Ça fait deux jours !

Je soupirai. Toujours cette manie de vouloir que la maison soit parfaitement propre. Mon petit Simon avait peur de la saleté. Je ne comprenais pas comment c’était possible. Ni Fred ni moi n’avions pu lui transmettre cette peur irrationnelle. J’ignorai même qu’on pouvait avoir cette crainte. Peur des araignées, du noir, d’être enfermé, oui, pourquoi pas. Ce n’était pas très raisonnable, mais c’était compréhensible. Mais peur du sale !

- Allez, maman, on y va ! insista mon petit bout en trépignant à mes côtés.

Je laissai mes incompréhensions se consumer avec les derniers centimètres de ma cigarette. Puisque ménage il souhaitait, ménage il faudrait faire.

- Tu m’as sorti l’aspirateur ? demandai-je à Simon, tout en sortant plusieurs chiffons et le produit à vitres.
- Oui, répondit-il en me montrant le salon d’un coup de menton volontaire et en prenant les chiffons de mes mains.
Il les posa sur la table et en choisit un vert en chantonnant.
- Swiffer attrape poussière, moi, je préfère le vert, c'est le système Swiffer !

Pourquoi, parmi toutes les chansons qu’on prenait la peine de lui faire écouter, avait-il choisi cette publicité insupportable qu’il chantonnait en permanence ? Je soupirai un bon coup tandis qu’il se mettait à frotter les vitres du salon avec entrain. Au moins, le ménage n’était pas une corvée pour lui et son aide me permettait d’aller plus vite. Je branchai l’aspirateur et le lançai. La gaieté évidente de Simon acheva d’effacer ma lassitude grandissante face à cette phobie et je finis par me mettre à danser tout en passant le balai de l’aspirateur dans les moindres recoins. Soudain, je vis une ombre noire pleine de pattes dans un angle de la porte-fenêtre. Tiens, une araignée avait eu le temps de se poser là depuis avant-hier ? Mon petit garçon enthousiaste la vit également et approcha dangereusement le pulvérisateur de l’animal.

- Simon ! Attends !

Déconcentré, son bras retomba, le produit à la main, et il se retourna vers moi. Ouf ! La petite bête l’avait échappé belle ! Je m’agenouillai à ses côtés, le tuyau d’aspirateur toujours en marche entre nous.

- Regarde cette araignée, Simon. Tu vois comme elle est vilaine ? Et pourtant, c’est grâce à elle que la maison est toujours propre.

Simon fronça les sourcils. Au fond, je le comprenais, difficile de croire que cette petite bestiole pleine de pattes garantissait la propreté de notre grande maison.

- Elle mange toutes les petites bêtes qui entrent dans la maison. Alors il faut la laisser tranquille, d’accord ? On peut l’appeler Willy si tu veux ?

J’espérai que donner un nom à ce machin avec un peu trop de pattes à mon goût quand même inciterait mon petit garçon à tolérer l’animal si immonde et accepter peu à peu que tout ne soit pas parfaitement propre.

- Mais elle est sale, maman. Il faut la nettoyer !
- Pas avec le produit pour les vitres, ça va la tuer.
- Oh !

Mon petit Simon eut un air surpris. Puis je vis apparaître cette petite moue sur son visage, signe d’une intense réflexion dans la caboche de cinq ans. Attendrie, je me laissai surprendre quand il attrapa le tuyau d’aspirateur des mains et visa l’araignée.

- Simon, non ! criai-je.

Trop tard. La bestiole avait disparu dans l’estomac sans fond de mon Tornado 3000. Et mon petit garçon venait d’éclater en sanglots, sûrement effrayé par mon cri, un peu aigu, je dois l’avouer. Je l’attirai vers moi et le serrai dans mes bras.

- Maman est désolée d’avoir crié, Simon.

Mais ce n’était absolument pas la raison des pleurs de mon fils. Au milieu des sanglots, je finis par comprendre qu’il voulait simplement enlever la poussière sur l’araignée grâce à l’aspirateur. Et il était désespéré que celui-ci l’ait avalée. Je réprimai un rire en entendant ça. Il n’y avait qu’un enfant pour imaginer une telle solution sans penser au fait que l’araignée serait aspirée avec ladite poussière. Mais mon petit bout d’homme sanglotait toujours, ce n’était pas le moment de rire de ses raisonnements d’enfant.

- Elle est tuée quand même maintenant, demanda-t-il en larmes.
- Peut-être pas, mon lapin. Elle est juste dans le sac de l’aspirateur, elle retrouvera peut-être le chemin de la sortie toute seule.

Un sourire lumineux récompensa mon piètre mensonge.

- C’est vrai ? Elle reviendra ?

Mon petit garçon essuya ses larmes.

- On va lui faire un petit nid alors, pour qu’elle me dispute pas en revenant. J’ai pas fait exprès de la mettre dans l’aspirateur, il faut lui dire maman.

Qu’est-ce qu’on n’était pas obligés de faire en devenant parents, j’vous jure ! Jamais je n’aurais imaginé que pour consoler mon enfant, j’en vienne à faire un nid à une bestiole si dégueu dans ma maison si propre ! Mais si ça pouvait lui faire plaisir et le guérir de sa phobie, j’étais prête à tout !
Note de fin de chapitre:
Ai-je réussi à vous coller la pub Swiffer dans la tête ? Car tout est parti de là, cette pub révolutionnaire s'est incrustée dans mon esprit et impossible de l'en déloger, alors il a fallu l'écrire :)
Le Tornado 3000 est une référence au skecth de Constance dans "On n'demande qu'à en rire". Pour le plaisir des yeux, un simple clic ici ;)

J'espère que vous avez apprécié cette lecture !
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