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Notes d'auteur :
Cymru am byth, ça veut dire "Pays de Galles pour toujours"... Un peu comme ce qui se passe dans ton cerveau dès que tu y as posé un pied.
L’air est gelé, ce matin de décembre, et quand je pose un pied sur le sol, la chaleur douce et enivrante de ma couette me manque aussitôt, mais je n’ai pas le choix. Le jour se lève sur Cardiff et malgré le froid de décembre, le ciel gris et le vent, une bien belle journée nous attend, Mathilde et moi.

Je saute sous la douche. J’ai de la chance, dans la chambre que j’occupe à la Bunk House, l’auberge la plus sympa de la ville, tout le monde dort encore. L’eau chaude me fait un bien fou mais rend hélas la sortie encore plus difficile. Je m’habille en vitesse, accumule les épaisseurs de pulls histoire d’être à mon aise, tout à l’heure, en bas. Je regroupe mes cheveux et les attache sans chercher à comprendre si ça ressemble à quelque chose - certainement pas - et mets mes lunettes avant de descendre en quatrième vitesse : je suis à la bourre.

Il est huit heures et trente minutes quand j’arrive dans la salle commune, mon ordinateur sous le bras. Heureusement, Mathilde n’est pas encore arrivée. Je me dirige vers le gros canapé en cuir molletonné et m’avachis dessus avec la grâce d’une baleine échouée.

C’est à ce moment que Mathilde arrive.

Cela fait trois jours que je suis sur Cardiff et aujourd’hui, nous avons décidé d’écrire. On sait d’avance que l’objectif va être difficile à atteindre, mais tout dans cette auberge de jeunesse nous donne envie de pianoter sur notre clavier.

Mathilde pose son ordinateur sur la table basse qui nous fait face puis se dirige vers le comptoir, tout au bout de la salle. Quand elle revient, elle a dans chaque main une pinte remplie à ras bord d’un délicieux lait chaud au Nutella recouvert de chantilly.

On papote un instant de notre soirée de la veille et de ce qu’on a prévu de faire le soir-même. Elle me propose d’aller boire un verre vers Cardiff Bay et j’accepte aussitôt, je suis curieuse de redécouvrir le coin en hiver. Ensuite, alors que nos cacaos semblent enfin avoir une température correcte pour être avalés sans crainte, nous nous mettons au travail.

Je reprends mon recueil de nouvelles sur le Pays de Galles commencé l’année précédente lors de notre road trip. L’histoire parle d’une salle d’un château hanté, en plein milieu de Snowdonia National Park. Je cherche parmi mes souvenirs, mes photos… J’échange avec Mathilde, lui demande son avis. On papote, on rit, on dévie avant de recentrer… Il faut qu’on écrive, on profite de ce temps menaçant pour se reposer un peu. Dehors, on dirait que le ciel gris va finir par tomber, tellement il semble lourd. Je tape sur mon clavier, prend des notes, mordille mon crayon et cherche l’inspiration en regardant autour de moi. L’esprit de la Bunk House est féérique. D’abord, il y a cette playlist qui passe non-stop des musiques un peu folk qui nous propulsent dans une autre dimension. La décoration de la salle commune est du même ordre. Ici pas de tables sagement alignées mais des vieux canapés, des tables de pic-nic en bois contre lesquelles sont ouverts des parasols, et mêmes des vieux lits en fer forgés où des groupes d’amis peuvent se retrouver. On se sent comme à la maison, ici. Comme un peu de partout dans ce pays depuis notre road trip, en fait.

Je lève les yeux dans un coin de la pièce. Des dizaines de grues en origami sont accrochées au plafond, bougeant doucement au rythme des courants d’air.

J’aime cet endroit et c’est étrange de penser ça, mais j’ai l’impression qu’il m’a manqué depuis mon premier passage ici, deux ans plus tôt.

On se regarde, avec Mathilde. Elle écrit un texte qui se passe à Paris au début des années 1900 et me raconte les décors, ses personnages. Il y a un mime dans son histoire, et alors on se met à parler du film Les Enfants du Paradis, parce que c’est elle qui me l’a fait découvrir, la première fois que je suis venue.

Je l’écoute me raconter les secrets de tournages, s’excuser d’en dire trop ou pas assez, et continuer sur sa lancée. J’aime ces moments parce qu’ils sont rares, mais surtout parce qu’ils sont beaux.

Près de l’entrée, les employés ont installé un gros sapin de Noël qu’ils ont décoré avec des vieux sujets en bois et des guirlandes scintillantes. Je suis heureuse d’être là à cette période. De voir les fêtes qui se préparent et l’ambiance qui va avec. Dehors, il fait froid, mais les coeurs sont chauds et ça fait du bien.

Mathilde relève la tête de son ordinateur, un crayon de papier dans la bouche.


- Tu as trouvé ton titre ? demande-t-elle.


Je soupire. Les titres, c’est vraiment pas mon truc.


- Je sais pas, je lui réponds. Je voudrais un truc qui fasse gallois… Un peu comme « Paris je t’aime » mais version Pays de Galles, quoi…

- Cymru am byth ?

- Et ça veut dire… ?

- Pays de Galles pour toujours.


Pays de Galles pour toujours…
J’observe à nouveau cette pièce où nous nous trouvons. L’ambiance, les odeurs de cannelle et de lait chaud. Sur l’écran devant moi défilent les photos prises dans ce même pays, un an plus tôt. La verdure, les paysages, les pintes de bière posées sur des vieilles tables dans des pubs, et puis nos sourires et ces merveilleux souvenirs…

Pays de Galles pour toujours. Cymru am byth .

Je regarde Mathilde et lui souris.

C’est un titre parfait.
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