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Notes d'auteur :
On termine sur un peu beaucoup de guimauve, mais vous commencez à me connaitre, pas vrai ?!
Lune a les yeux bleus et le regard perçant. Elle a le sourire aux lèvres, tout le temps.
Lune a la trentaine et les cheveux blonds comme les blés.

Ce matin du 24 décembre, Chems pousse la porte des « Croissants de Lune », la boulangerie tenue par… Lune, justement. Dehors il fait froid, il a encore gelé cette nuit et quand il entre dans l’échoppe, il est obligé d’enlever ses grosses lunettes noires, couvertes de buée. Il retire sa casquette Gavroche et défait les premiers boutons de son duffle-coat. Les lieux sont déserts, la boulangère doit être dans l’arrière-boutique, les mains dans la farine.

C’est un petit boui-boui qu’elle gère seule. Lune a toujours rêvé de tenir sa propre boulangerie et se suffit à elle-même, dans ce petit village des Pyrénées. En entrant pour la première fois, on ne peut être que subjugué par le décor. C’est d’ailleurs le cas pour Chems, grand rêveur, qui ne peut retenir un grand sourire à la vue de ce spectacle.

Les lieux semblent s’être figés dans les années soixante, du comptoir aux échoppes, toutes recouvertes d’un tissu fin vichy rose et blanc. Les murs sont peints d’un bleu très clair et dans les vitrines s’amoncèlent divers petits gâteaux et autres buches de Noël. Il y a même des chocolats, faits spécialement pour les fêtes, et une odeur de thé, que Lune sert aux habitués. En fond sonore, un vieux mange-disque diffuse des chants de Noël d’une autre époque, eux aussi.


- Bonjour ma Lune, lance-t-il après que la cloche ait sonné.


Il attend un peu, il se doute qu’elle est occupée.
Après un instant, le rideau séparant la boutique de l’atelier s’ouvre, et Lune arrive, un bonnet de Père Noël sur la tête et de la farine sur le bout du nez.
Elle reste là sans bouger, bien trop surprise et étonnée de le trouver ici, dans sa boulangerie, en chair et en os, pour la première fois.


- Chems ! s’exclame-t-elle, radieuse.


Elle fait le tour de la banque et s’approche du jeune homme qui la prend aussitôt dans ses bras.

Chems et Lune sont deux opposés ; Lui un grand gaillard métisse a des airs de poète venu d’un autre temps et elle, à peine un mètre soixante, est un petit bout de femme presque aussi pâle qu’un cachet d’aspirine.


Deux opposés que tout attire.

Ils communiquent depuis six mois sur un site de rencontres et passent des heures au téléphone sans avoir eu l’occasion de se donner rendez-vous. Il faut dire aussi que trois cents kilomètres les séparent et que leur travail respectif - elle boulangère, lui infirmier - rendent les rencontres compliquées, mais ces deux-là sont les mêmes, à l’intérieur. Même caractère, même humour, même passion pour le kitch et les histoires pour enfants… C’est comme s’ils s’étaient toujours connus.

Raison de plus. Chems s’est dit que si Noël est un jour magique, autant faire la meilleure des surprises à sa meilleure rencontre de l’année.

Là, tout contre elle, il est sûr d’avoir fait le bon choix. Il respire ses cheveux. Elle sent la cannelle et le citron et il a envie de la serrer un peu plus fort encore mais se retient : il a un peu peur de l’étouffer.

Comme si elle lisait dans ses pensées, c’est elle qui resserre l’étreinte. Elle a un peu peur de mettre de la farine sur son pull aux motifs de Noël puis elle décide que ce n’est pas grave, en se blottissant un peu plus contre lui, ses larmes de joie se retiendront peut-être de couler. Lune est émotive, on ne la refera pas.

Après un instant, elle lui demande comment, pourquoi… Elle s’embrouille, elle a du mal à trouver ses mots et repense à la génoise, dans le four, certainement en train de bruler mais tant pis, l’instant est trop beau.

La lune et le soleil*, réunis dans la même pièce.

Chems fait un pas en arrière, un grand sourire aux lèvres. Il s’inquiète de cette odeur âcre qui vient de l’arrière-boutique, la laisse aller éteindre le four et quand elle revient, il est installé contre la table en formica, à gauche de l’entrée. Alors il lui explique l’idée qu’il a eu de faire un détour pour venir la rejoindre quelques heures, avant d’aller réveillonner chez sa soeur. Il lui raconte le stress qui est monté en lui quand il a vu l’enseigne de la boulangerie, et puis son sourire et le soulagement, quand elle est apparue. Il s’excuse, sait qu’elle a du travail, propose de se faire petit et de rester là, à discuter de loin, ou mieux, de donner un coup de main. Il parle vite, rigole, s’excuse.

Ils ont un point commun, ce matin, ils sont heureux. Ensemble.

Elle lui dit de ne pas s’inquiéter, que oui, il peut rester assis là, qu’elle va lui faire un thé. Elle en a un en réserve, La vie en Rose, il s’appelle… Que ça correspond bien à l’humeur du jour et qu’il lui en donnera des nouvelles.

Il se répète le nom du thé dans sa tête. La vie en rose… ça ne fait pas très Noël, mais il valide, ça correspond.

Ils sont maladroits, comme s’il n’avait jamais discuté avec personne avant. Ils sont émus, intimidés. De temps en temps leurs mains se frôlent, leurs regards se captent avant qu’ils ne se sourient à nouveau l’un l’autre, croyant à peine qu’ils sont bien dans la même pièce.


Les heures passent, Chems a finalement mis la main à la pâte mais doit reprendre la route. Il serre fort Lune contre lui et lui propose de s’arrêter à nouveau en rentrant, si elle veut bien, car il est en vacances.

Lune sourit, accepte de bon coeur et tend à Chems un petit sachet de douceurs pour la route.

Un petit croissant de Lune pour un rayon de soleil.
Note de fin de chapitre:
*Chems est un prénom arabe dont l’étymologie signifie soleil

Un petit mot à tous pour vous remercier d'avoir suivi ces histoire pendant ces 24 jours. Merci d'avoir lu, pris le temps de commenter ou de me faire un petit retour sur Facebook ou en vrai ^^.

Merci à Mathilde pour m'avoir bougé quand je n'y arrivais pas.
Merci à Alex pour la photo d'illustration.
Merci à Bevy, Marjo, Norya, Crystallina et Albus pour les corrections.
Merci à tous ceux qui auront inspiré certaines de ces histoires et qui, même s'ils ne liront pas tous ces lignes, ont contribué à faire ce que je suis aujourd'hui.

Vous l'aurez compris, j'ai un peu de mal à mettre le point final à ce recueil. C'est un au revoir comme un autre, et c'est jamais facile.

Que vos fêtes soient belles et que l'année qui arrive vous apporte tout ce que vous recherchez.

A très vite, et n'hésitez pas à laisser une petite trace de votre passage
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