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Notes d'auteur :
Il la regarde depuis le ponton, danser sur cet étang que le froid a gelé. Il l'observe, l'admire et l'envie peut-être un peu, aussi.
Elle ondule sur la glace, malicieuse et séductrice. Ce qu’il aime le plus c’est qu’elle ne s’en rend même pas compte. C’est naturel, cette grâce qu’elle dégage quand elle a ses patins aux pieds.

Il est en admiration, ça crève les yeux.

Déjà enfants, ils venaient sur cet étang, l’hiver, et jouaient sur la glace. Des courses, des tentatives de figures… La saison était rude mais il n’y avait pas grand danger si on connaissait le coin. Et ils le connaissaient, les deux voisins inséparables pris de passion pour le froid et le patinage.

Quand elle danse, c’est comme si tout disparaissait autour de lui. Exit, la foret qui surplombe le plan d’eau et dont les branches des arbres givrés donnent un aspect féérique au paysage ; il n’y a qu’elle. Il reste immobile, assis à quelques mètres, sur ce vieux ponton qui domine la surface de l’eau que le froid a figé pour des semaines.

Quand elle danse, il perd l’équilibre, un peu. Il est envouté devant ses mouvements fluides et son insouciance. On dirait que sa vie tourne autour de cet instant. De cette jeune femme blonde qui enchaine les figures avec un naturel déconcertant.

Ce n’est plus qu’un jeu, désormais.

Il ne sent pas le froid qui pénètre à travers les couches de tissus qu’il a superposé. Il a le nez plongé dans une grosse écharpe en laine et s’il respire un peu fort, les verres de ses lunettes se couvrent aussitôt de buée.


Quand elle danse, ses patins aux pieds, c’est comme si le monde s’arrêtait un instant.

Elle tournoie sur elle-même, faisant onduler ses cheveux dans un mouvement fluide, accélère, accelère, puis repart en levant les bras.

Il a oublié le nom de cette figure, et à vrai dire, il s’en moque.

Elle est là, devant lui et elle patine. C’est le plus important. De temps en temps, elle sourit en passant, et une chaleur exquise envahit tout son être. Il se sent vivant. Peu importe la douleur ou la peine, quand il la regarde, il sent son coeur qui bat fort dans sa poitrine, et cette sensation vaut tout l’or du monde.

Elle termine sa figure, un dernier tour de piste, puis s’approche du ponton en souriant.


- On ne va pas tarder… elle lui dit, comme pour demander sa permission.


Il répond à son sourire et lui fait un signe de tête.


- Danse, ma douce, danse… il chuchote alors que la jeune femme repart, ses patins semblant tout juste effleurer la glace.


Et puis d’un coup, quelques souvenirs lui reviennent.

Leurs corps, collés l’un à l’autre pendant une chorégraphie passée.
Leurs coeurs, battant à l’unisson alors qu’ils patinent ensemble.
Il regarde ses jambes maigres et immobiles, maintenues sur son fauteuil roulant.
Bizarrement, il ne repense pas à l’accident.

Mais là, au bord de l’étang gelé de leurs premiers duos, lui aussi aimerait pouvoir danser.
Note de fin de chapitre:
Demain, déjà... Le 24 décembre...
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