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Notes d'auteur :
Dans la ferme de Gustave Audepré, au fin fond de la Creuse, les soirées se ressemblent... Mais ce n'est pas pour lui déplaire.
Gustave regarde par la fenêtre le jour qui, doucement, s’en va. Cette soirée de décembre s’annonce comme les autres : Calme, froide, paisible. Il est assis près du poêle, dans son vieux fauteuil de cuir défoncé par le temps et observe ce spectacle aussi souvent qu’il le peut. C’est son petit rituel, son « habitude de vieux ». Sur le fourneau, une marmite laisse échapper une douce odeur de poireaux et de courge. Le vieil homme fait cuire les légumes pour sa soupe. En fond sonore, pour lui tenir compagnie, Julien Lepers pose ses questions en donnant l’impression de vouloir battre un record de rapidité d’élocution. Il y a également comme une odeur de suie. La faute à ce satané feu, dans le poêle, qui n’a pas voulu démarrer du premier coup. La faute à Gustave, un peu, aussi ; il a laissé crever la flambée dans l’après-midi.

De sa vieille maison de pierres perdue dans un petit hameau de la Creuse, le spectacle apaise cet agriculteur à la retraite et veuf depuis bien longtemps. Il a fait beau aujourd’hui et le ciel arbore une couleur rouge orangée des plus sublimes. Le temps est sec et annonce à coup sûr des gelées pour la nuit, mais Gustave s’en moque : la nuit, il dort.

Au loin, la forêt de Chabrière apparait presque sous forme d’ombre, juste devant ce jour qui descend. Bientôt, un voile bleu nuit sera levé sur ces arbres, qui ne seront qu’à peine visibles grâce à la lune et aux étoiles. L’horizon n’aura plus qu’à attendre quelques heures, que le soleil le remette sur le devant de la scène.

Gustave ne se lasse pas de ce spectacle. Le même depuis bientôt soixante ans. La cuisson des légumes, comme d’habitude a déposé un peu de buée sur les fenêtres, ce qui le fait râler. Et comme tous les soirs, le chat Mistigri choisit ce même moment pour sauter sur les genoux de son maitre et se coucher contre lui en ronronnant.

Gustave, sans détacher ses yeux du ciel qui s’assombrit, caresse machinalement le chat tout gris. Il pense à cette journée passée et à son travail accompli. Rien de bien extraordinaire - le retraité n’a plus qu’une vache à traire - mais il a dû rentrer du bois sous l’abri et a repeint le volet du voisin qui s’écaillait, aussi. Les poules sont rentrées au poulailler et les lapins ont mangé. Il est satisfait du travail accompli et incline doucement la tête, comme pour s’auto-congratuler.


Ses épaules se relâchent, son dos aussi. Gustave s’enfonce un peu plus dans son vieux fauteuil défraichi.

Il soupire et puis sourit.

Pour rien au monde il n’échangerait sa vie.
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