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Notes d'auteur :
Un 25 décembre midi chez les Mc Diggle. Un rituel à base de pull de Noël et de pose pour l'album de famille sous fond de bourgeoisie anglaise... Oui mais...
Je reste bien droit. Et je serre les dents. Elle peut toujours me répéter qu’il faut que je sourie, qu’elle aille se faire voir ! Allez Harry, encore un petit effort, juste un petit effort et ce sera terminé. Je dois juste me maintenir bien droit et immobile pour éviter la photo floue qui ne fera que rallonger le supplice. Ah, il faudrait aussi que je songe à croiser les doigts pour que la belle-doche ne tienne pas un blog sur lequel elle affiche ses souvenirs de repas de famille…

Famille mon cul !

Vingt ans que je les supporte. Eux et leur façon de parler en sifflant légèrement sur les S et en haussant légèrement le ton sur leurs fins de phrases, eux et leur manière de m’appeler « très cher » comme s’ils avaient oublié mon nom ou que j’étais un produit rare acheté une fortune lors d’une de leurs habituelles ventes de charité. Vingt ans à subir tous les ans les photos individuelles de Noël près de la cheminée avant que le patriarche toussote et nous invite à nous rapprocher du « somptueux festin préparé par Esther », leur bonne, qui s’est en fait toujours appelée Hazel. En même temps s’il s’intéressait un peu plus à elle qu’à son décolleté, il arriverait peut-être à se souvenir de son nom.

Pour résumer, 20 ans de mariage et je me sens toujours comme un étranger dans cette famille.


- Harry ! Voyons, très cher, regardez-moi ! Je ne vais pas pouvoir vous tirer le portrait si vous bougez sans cesse ! Enfin, ma chérie, comment fais-tu pour supporter cet empoté chaque jour que Dieu fait ?!


Et voilà ! On passe toujours d’un extrême à l’autre chez les McDiggle. La frontière entre « très cher » et « empoté » se franchit dans la même phrase. J’ai vite arrêté d’espérer recevoir un quelconque signe de soutien de la part de Victoria, mon épouse et donc par déduction leur fille.


- Reste droit, qu’on voit bien ton pull, Chéri, lâche-t-elle d’une voix mielleuse.


Le flash m’éblouit et avant que je n’aie retrouvé mes esprits la mère et la fille s’esclaffent.

Je dois tirer une tronche horrible. Pas de bol, il va falloir recommencer.


- Pour l’amour de Dieu, Chéri ! On dirait que tu es sur une autre planète ! Souris, voyons ! Il ne reste plus que ta photo à prendre et si ça continue, le repas va être froid !


J’essaye de m’appliquer. Je reprends la pose, et, encore une fois, quelque chose ne va pas.

Du coup ça râle et ça s’impatiente chez les McDiggle.

Et moi, petit à petit, je prends ma décision.

Enfin, après une vingtaine d’essais, le cliché semble satisfaire ces dames. J’espère qu’elles en garderont un bon souvenir, mais à la réflexion, je n’en suis pas certain.

Je tourne la tête en direction de la-bonne-dont-ils-ignorent-toujours-le-nom et elle me regarde, un large sourire formant des fossettes sur ses joues. Bon sang que j’aime cette femme.

Cette famille d’aristos que je ne peux plus supporter, Victoria qui me tourne en ridicule dès qu’elle le peut, et cette séance photo annuelle de malheur… Il faut que j’agisse.

Comme s’il lisait dans mes pensées, le patriarche s’avance, droit comme un piquet.


- Si vous voulez bien vous rapprocher de la table, annonce-t-il sur un ton de cérémonie, j’aimerais que nous puissions commencer ce somptueux festin qu’Esther nous a encore une fois prépar…

- HAZEL !


Je me surprends moi-même à hurler, là, en plein milieu du salon, avec mon épouse d’un côté et la dinde de l’autre, sur la table.

Hazel me regarde, stupéfaite et pleine d’espoir. Je ne peux plus reculer et fais face à cette famille dans laquelle je n’ai jamais vraiment trouvé ma place.


- Son nom est Hazel ! m’exclamé-je en direction de mon beau-père.


Ils m’observent tous sortir de mes gonds sans oser broncher. Je m’approche de Hazel, lui prends la main sous les yeux exorbités de mon épouse et nous nous dirigeons vers la sortie.

Je serai certainement le salaud de l’histoire… Mais je suis sûr que ça vaut le coup.
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