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Notes d'auteur :
Il y a un mois tout pile, j'étais au Sucre et je regardais un tournoi de ping pong animé par des travestis... Mais ça c'était avant que je regarde mon fil d'actu Facebook par réflexe et que je découvre ce qui était en train de se passer à Paris... Un mois déjà.
Petit à petit, les rires ont fini par revenir sur les terrasses des cafés parisiens. La soirée est déjà bien avancée, l’air est froid mais sec et ils sont nombreux et bien emmitouflés - jeunes et vieux, hommes et femmes, en famille ou entre amis - assis autour d’une table à partager une bonne bouteille ou quelques pintes pour fêter la fin du week-end.

Les parasols chauffants carburent, les verres s’entrechoquent, les conversations vont bon train. La fumée des cigarettes forme une sorte de nuage au-dessus de chaque table. Julien tend l’oreille, persuadé d’avoir entendu un rire qu’il connait par coeur mais se ravise aussi vite, une boule énorme au fond de la gorge. Il reste dans le vague un moment, jusqu’à ce que Mélanie, sa soeur, pose une main chaleureuse sur son avant-bras. Julien tourne les yeux vers elle et lui sourit timidement. Mélanie comprend. Elle, mais aussi les autres, autour de cette table et sur toutes les terrasses des alentours.

Un mois après, la douleur est encore vive et certains, plus touchés que d’autres, ont parfois du mal à vivre avec cette nouvelle blessure, là, bien creusée dans leur chair.


Julien gratte sa barbe naissante puis sort une cigarette de son paquet avant de la porter à sa bouche et de l’allumer. Les premières bouffées le font légèrement tousser - Julien n’a pas fumé depuis plusieurs semaines - mais l’apaisent, étrangement. L’odeur du tabac est réconfortante, il ferme les yeux et s’en délecte, c’est en quelque sorte le signe d’une liberté retrouvée.

Mélanie est là, elle veille et observe chacun des mouvements de son frère. Leurs amis parlent de la semaine à venir, du boulot, des fêtes qui approchent et elle guette la moindre de ses réactions, prête à lui apporter le soutien nécessaire. Elle est contente qu’il ait proposé de sortir. Et qu’il lui ait demandé de l’accompagner. Elle sait que leur complicité nouvelle ne sera que de courte durée et, quelque part, elle a hâte de recommencer à se prendre la tête avec lui pour des broutilles, comme avant. Elle se dit que ce jour-là, tout cela sera derrière lui, mais en attendant, elle profite.


Après avoir écrasé sa cigarette, Julien fait un signe à Mélanie ; il veut rentrer, la tête commence à lui tourner, c’est assez pour ce soir. Sa soeur se lève, dit au revoir autour d’elle pendant qu’il fait de même. Il saisit ensuite sa béquille et tend un bras à sa soeur pour qu’elle l’aide un peu. Ils passent entre les rangées de tables qui les séparent du trottoir et enfin, Julien lui fait signe que ça va, il peut marcher seul. Il boite encore un peu mais les médecins disent que la plaie sur sa cuisse cicatrise bien et que sur le plan physique, tout ira bientôt mieux.

En marchant, il repense à tout cela. Il ne peut pas s’en empêcher. La musique, la fête et puis d’un coup plus rien. Le noir total. Comme si quelqu’un avait eu la bonne idée de jeter un voile noir sur cette fin de soirée en emportant son ami au passage, et tant d’autres. Il sait qu’il n’a pas fini de revoir tout cela et que le traumatisme est là pour un moment. Mais il est vivant et rien que pour ceux qui n’ont pas eu cette chance, il se dit que ça vaut le coup.


Plutôt que de lever les yeux au ciel, Julien sort une deuxième clope.

30 jours de sursis, ça se fête.
Note de fin de chapitre:
Je ne sais pas comment expliquer ce texte. Je peux juste dire qu'après le 13 novembre, je me suis retrouvée con, devant mon ordi, incapable de pondre deux mots. Vide, en quelque sorte. Je ne pensais qu'à ça, qu'aux infos, qu'aux copains de copains qui y étaient restés... J'avais encore beaucoup de textes à écrire et plus rien ne voulait sortir... On a fait le point avec Mathilde quand on a réalisé que peut-être, quitte à ne penser qu'à ça, on devrait peut-être écrire dessus... Il nous restait un thème en commun sur lequel on n'avait pas écrit...
C'était celui-là.

J'ai pas voulu tomber dans le patho... J'aurais pu parler des victimes, de ceux dont les photos apparaissent chaque jour sur les réseaux sociaux mais j'ai pensé à tous ceux qui devront se relever et recommencer à vivre avec cette plaie béante...

Ce texte est pour toi, pour moi, pour ceux qui sont morts d'avoir profité de la vie cette nuit là et ceux qui s'en sont sortis mais qui doivent apprendre à vivre avec.
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