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Les mains de l'acteur sont crispées l'une contre l'autre, si fort qu'on peut voir ses jointures blanchir.
Neville Chamberlin vient de mettre fin à tout espoir d'échapper à la guerre qui a éclaté en Europe. Le royaume-uni entre dans le conflit.
Toute la troupe est rassemblée autour de la petite radio qui crachote, encore et encore, le communiqué du premier ministre. Claudius pose la main sur l'épaule d'Hamlet, Gerturde renifle dans les bras d'Horatio. Laerte se gratte la tête en regardant autour de lui. Ses parents sont allemands après tout. Guildenstern se rends compte de son désarroi et lui ouvre les bras.

Ce soir-là, la salle est anormalement silencieuse ; parfois on entend des sanglots un peu étouffés.
Arrive le cinquième acte. Hamlet s'agenouille au milieu de la scène et ramasse le crâne en papier mâché de Yorik. Il regarde fixement les deux trous ronds, noirs et béant, de l'endroit où se seraient trouvés les yeux de l'ancien bouffon. Il ouvre la bouche, et soupire :
-Alas, Poor Yorik...
Un silence pensant suit ses mots. Le crâne le regarde. Hamlet pâlit. Quelle idée de jouer avec un crâne. Bientôt son pays sera à feu et à sang.
-Alas, Poor Yorik...
Il ne parvient pas à aller au de là de ces quelques mots. Il a l'impression que le crâne se moque. Bientôt, bientôt. Très bientôt. Tu seras comme moi. Et Peter, le jeune machiniste, et Laerte, et Horatio.
-Alas... Alas... Alas, poor Yorik...
La voix d'Hamlet tremble, et s'éteint une troisième fois. Jamais de sa vie il n'a oublié un seul des mots du Barde. Et pourtant, ce soir, c'est le vide absolu.
Le crâne se moque. Il en est certain.
Hamlet jette brusquement l'accessoire de théâtre loin de lui. Pas un murmure ne vient secouer la foule muette des spectateurs lorsque le jeune homme se recroqueville sur lui même, le visage entre les mains.
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