Un jour comme un autre by lalaulau38
Summary:

Svensson sur DA

Votre personnage se lève, s'habille, prend un café et sort de chez lui. Il se rend à la pharmacie. Puis il prend le métro .

Categories: Tragique, drame Characters: Aucun
Avertissement: Aucun
Langue: Français
Genre Narratif: Nouvelle
Challenges:
Series: Boîtes à flemme
Chapters: 2 Completed: Non Word count: 1763 Read: 4197 Published: 20/12/2013 Updated: 15/02/2014
Story Notes:
Participation à la boite à flemme n°2

1. Déprimée by lalaulau38

2. Gueule de bois by lalaulau38

Déprimée by lalaulau38


Le réveil sonne à sept heures pile. Comme d’habitude. Je le programme par reflexe, ça fait bien longtemps que je ne dors plus à cette heure là. Les informations sortant de la radio sont catastrophiques. Comme d’habitude. Un train a déraillé en Inde, le cours la bourse qui dégringole, et un père, qui après avoir égorgé ses enfants, a sauté du quatrième étage de son immeuble. Pas mieux du côté de la météo : pluie annoncée sur toute la France.
De toute façon qu’importe ? J’aimerais me dire que la journée va être belle et pleine d’espoir, mais justement, de l’espoir, ça fait un moment que  j’en n’ai plus. Je me lève doucement, mets mes pieds un par un dans mes chaussons. Je refais mon coté du lit. L’autre est intacte depuis qu’il n’est plus là. J’essaye de me souvenir, parfois, de la sensation de ses lèvres sur moi, lorsqu’il me réveillait, sa barbe de trois jours griffant ma joue au passage. Par reflexe, j’y passe ma main doucement, perdue dans mes pensés.
Une larme tombe de mes yeux. Je suis sa chute et la regarde s’écraser entre mes pieds, faisant une petite auréole sur le plancher de ma chambre. J’essuie mes yeux, renifle un bon coup, essaye de me convaincre que tout ira mieux, qu’il me faut du temps, c’est tout.
 
Je passe en vitesse à la salle de bain. M’habille avec les premiers vêtements qui me tombent sous la main. Me regarde un instant dans le miroir. Je remarque mon maquillage, posé sur l’étagère sous la glace, mais je ne m’en préoccupe pas. C’est au dessus de mes forces.
 
Lorsque j’arrive dans la cuisine, tout est froid, silencieux. Je fais couler mon café et j’allume la radio, sur une station musicale cette fois. Des chants de Noël, il ne manquait plus que ça. Rien chez moi ne me fait penser à cette fête. Le sapin est resté chez le marchand. Les décorations, dans leurs boites, quelque part au grenier. Mon cœur et mon esprit de Noël ? Partis avec lui.
Je touille mon café jusqu'à créer une espèce de cyclone dans ma tasse. Les souvenirs se noient dans le reflet noir du liquide. Les chants de Noël résonnant dans la radio se brouillent. Je n’entends plus rien. Une boule se forme dans ma gorge, mes poumons refusent d’obéir. Je suffoque. Des bribes de sons me remontent aux oreilles. Les excuses des gendarmes venant m’annoncer la mort de mon mari, les appels de ma mère, me demandant de vivre pour lui.
L’angoisse du jour qui se lève, inlassablement.
J’essaye de respirer doucement. Il faut que je me calme. Mon cœur semble avoir abandonné l’idée de passer à travers ma poitrine. Je prends ma plaquette de Xanax, en détache le dernier comprimé que je fourre dans ma bouche, avant d’avaler cul-sec mon café par-dessus.
Je me dis qu’au moins, ce soir en rentrant, ça fera toujours une journée de plus de passée.

 
Je sors de mon appartement et me rends compte que j’ai oublié mon parapluie. Tant pis, la pharmacie n’est pas loin.
L’employé me regarde avec compassion. J’ai horreur de ça. La ville est grande, mais dans le quartier, tout se sait. Il me demande si ça va. Je sais que ça part d’une bonne intention, mais je ne réponds pas. Je n’en n’ai pas le courage. Il part dans l’arrière boutique et me ramène mes cachets. Je tends ma carte vitale. Il emballe la boite dans un sachet qu’il me tend. Il a la délicatesse de ne pas me souhaiter une bonne journée, il est conscient que ça ne sert à rien.
Dehors, la pluie n’a pas cessée. Je cours jusqu’aux escaliers qui descendent dans la station de métro. Mes angoisses sont de retour. Mes larmes se remettent à couler toutes seules et je ne peux pas les arrêter. Je repense aux paroles de mon psy, le jour où je lui ai annoncé que j’avais repris le métro à partir de cette station, et ça m’aide un peu. Enfin je crois. Il m’avait dit que pour vaincre mon angoisse, il fallait l’affronter. Je suis sûr qu’un homme qui dit ça n’a jamais eu à le faire.
 
J’arrive sur le quai. Il faut que je m’assoie. Comme si ce n’était déjà pas assez dur, la seule place restante est à coté du distributeur de boissons. Tant pis, j’y vais.
Je garde mes yeux baissés sur mes chaussures. Je lutte pour ne pas lever la tête, mais mon envie de voir son visage est plus forte que la douleur qui suivra quand je réaliserai une fois de plus qu’il n’est plus là. Doucement, mon regard quitte mes chaussures et se porte sur le côté du distributeur. Quelques fleurs sont encore accrochées négligemment contre le mur, et à coté, sa photo, scotchée par je ne sais qui en guise de dernier hommage. La colère, le chagrin, toutes ces émotions se mélangent. Les gens passent et repassent, sans regarder la photo de mon mari, mort ici, peut être même sous leurs yeux, il y a six mois, pour une histoire de cigarettes.
Le métro arrive. Je monte et trouve une place coté fenêtre. Mon regard ne lâche pas la photo de mon mari. Lorsque les portes se ferment et que la rame part, la douleur dans le fin fond de mon être se réveille et me cloue sur mon siège.
 
C’est moi qui l’abandonne.
Gueule de bois by lalaulau38
Author's Notes:
Merci à Bevy pour son avis en avant première
Oh putain ! Qui a mis le volume de mon réveil à fond ?! Je grimace et ouvre les yeux difficilement. A cause de cette lumière, je les referme aussitôt.
Et l’autre là, qui chante à tue-tête dans la radio ! D’une main, je cherche le bouton stop tandis que de l’autre, j’écrase mon traversin contre ma joue dans l’espoir d’atténuer un peu le raffut du guignol qui s’époumone à travers les enceintes.
Je tâte, je tâte. Ah ! Enfin. Après un instant, mes yeux semblent s’habituer aux rayons de soleil passant à travers la vitre, mais ce point positif ne fait que contraster avec le mal de crâne qui décide de se pointer, me rappelant au passage la soirée de la veille… Quelle idée de se bourrer la gueule un soir de semaine ! Je m’assieds et bouge doucement jusqu’au bord de mon lit. J’ai l’impression que mes intestins viennent de déclarer la guerre à mon cerveau… Mes chaussons m’attendent bien sagement au pied du lit. Je les enfile, tenant debout par je ne sais quel miracle, et me dirige vers la salle de bain. Vite ! Une douche ! 
Sauf que le chemin ne m’a jamais paru aussi long. Restes de la beuverie, j’ai l’impression que le parquet de ma chambre fait des vagues sous mes pieds. Je me sens irrémédiablement attiré par le mur, et je suis obligé d’avancer tant bien que mal, avec les bras en guise de balancier. Là. Enfin. La salle de bain.
J’entre et je referme la porte derrière moi. Je m’adosse un instant contre le mur et mes pieds manquent de glisser contre le carrelage. Mon dieu ce mal de tête ! J’envoie valser mes chaussons, fait glisser mon caleçon au plus vite – sans tomber, il y a du mieux – et j’entre dans la douche. L’eau froide me fait du bien, et en même temps, entre en conflit avec le trop plein de liquide encore présent dans mon ventre. Je tourne le robinet de l’autre côté. L’eau chaude est agréable aussi, mais mon mal de tête s’intensifie.

Bordel.
Une fois propre, je prends les premières fringues sur la pile qui attendait d’être rangée et les enfile tant bien que mal. Un regard rapide dans la glace : je n’ai pas le temps de me raser, mais ça ira. De toute façon je suis à la bourre. Je me précipite dans la cuisine et me fais couler un café. L’odeur est… écœurante. Par reflexe, j’allume une cigarette que je porte à ma bouche.
Mauvaise idée. Mon estomac décide à cet instant précis de manifester contre un tel affront. Je n’ai que le temps de me précipiter aux toilettes. Pathétique. Plus jamais. Enfin, pas un lundi soir, je vais devoir trainer ça toute la semaine. Où sont mes vingt ans ?!

  En sortant, j’ai l’impression que le poids que j’avais au fond du ventre a décidé d’aller rejoindre la fête organisée dans ma tête. La barre que j’ai au niveau des sourcils est horrible, mais je n’ai pas le choix, il faut que j’aille bosser.
  Je prends mes clés et sors de chez moi. Dehors la lumière est insoutenable. Des gamins me doublent en trottinette, direction l’école. Le bruit des roues sur le trottoir est à peine supportable, mais ce n’est rien à comparer aux cris aigus de leurs propriétaires qui me donnent juste envie de tendre la jambe au moment où ils s’apprêtent à me doubler. Mais je risquerais de tomber. Comme si mes yeux captaient un appel à l’aide de mon organisme, mon regard se pose sur une croix verte qui clignote, la pharmacie du quartier. J’entre. Les seules clientes, des grands-mères, me regardent d’un air dédaigneux. Je me retiens de leur sortir une petite remarque cinglante quand le pharmacien me demande ce que je veux.

  — Un truc pour la… dis-je en montrant mon front avec mon index puis en le pointant en direction de l’étagère derrière lui. 

Bon sang cette saloperie de mal de crâne m’empêche d’aligner deux mots. Le gars me regarde avec un petit sourire en coin. Il se retourne et attrape une boite d’aspirine. Je lui tends en retour un billet de cinq euros, et ne vérifie pas la monnaie qu’il me rend. De toute façon, dans mon état, je serais encore incapable de compter. 

Je ressors avec mon petit sachet et me dirige vers le métro. Pour y faire exprès l’escalator est en panne. Les marches, pourtant prises à la descente, m’essoufflent en un rien de temps.

J’arrive sur le quai en même temps que la rame. Dans un effort surhumain j’accélère le pas pour monter avant que les portes ne se referment. Enfin, j’ai de la chance ! Une place assise est libre et je m’y affale sans demander mon reste. Je n’ai que deux arrêts à faire, mais c’est toujours ça de pris. Je suis fier de moi, malgré la cuite de la veille et les restes de ce matin, je ne vais pas être en retard au travail. J’ai quelques minutes devant moi pour me reposer encore.

Doucement, je ferme les yeux, bercé par la cadence du métro. Et petit à petit, sans m’en rendre compte… Je m’endors.
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