Make up your mind by Aoife OHara
Summary:
Image Aoife O'Hara
Fuse Ayu démarre tout juste son premier vrai travail de maquilleuse sur le tournage d'une série en plein coeur de Tokyo, mais elle réalise vite que le célèbre et superbe acteur Akida Kei dont elle doit s'occuper ne va pas lui faciliter la vie, ce qui l'énerve rien que d'y penser. Et si, en fin de compte, ils n'étaient pas si différents ?
Vous allez adorer les voir se... détester ? Vraiment ?
Après presque 5 ans de pause, MUYM reprend !
Categories: Romance Characters: Aucun
Avertissement: Aucun
Langue: Français
Genre Narratif: Roman
Challenges:
Series: Aucun
Chapters: 25 Completed: Oui Word count: 60032 Read: 46985 Published: 04/08/2013 Updated: 22/01/2020
Chapitre 20 by Aoife OHara
Author's Notes:

Figurez-vous qu'à l'heure où je vous poste ce chapitre, la météo s'est mise au diapason : il neige ! Sans plus attendre, découvrons ce qui se trame dans l'habitacle exigü d'une certaine voiture de sport jaune fluo pendant une panne d'essence qui dure...

Ayu regarda d’un air pensif la route que les phares n’éclairaient plus. Dans combien de temps allait-il commencer à faire très froid ? Il neigeait toujours, et la manie d’Akida-san de monter le chauffage autant que possible ne les avait certainement pas préparés à passer quelques heures à zéro degré. Son nouveau manteau de star la protègerait dans un premier temps, mais ça n’allait pas durer.

Elle le savait bien, elle se forçait à réfléchir à la température, parce que cela l’empêchait de penser qu’elle était seule avec Akida-san dans cet habitacle déjà bien trop petit pour lui. Ils n’allaient nulle part, l’air au-dehors était glacé, aucun autoradio ne pouvait les distraire et c’était bien parti pour durer quelques heures. Au terme de quoi, selon comment la situation évoluerait, l’un d’eux risquait bien de finir ligoté dans le coffre pour incompatibilité d’humeur. Et pour repousser cette échéance, ou bien une autre plus incertaine, elle s’interdisait formellement de tourner la tête vers la splendide moue boudeuse de son conducteur, ou vers ses mains si bien faites toujours posées sur le volant. C’était peut-être une précaution superflue, après tout leur proximité physique avait fini par faire partie du quotidien, mais la dernière fois que cette proximité l’avait travaillée de cette façon, elle avait tout de même fermé à clef la porte de sa chambre… Qu’est-ce qui lui avait pris, d’ailleurs ? Elle ne s’en souvenait plus ; tout ce qu’elle savait à présent, c’est qu’elle se demandait toujours ce qui serait advenu si elle avait fait autrement.

Ce fut Akida-san qui interrompit le fil de ses pensées, à voix basse :

— J’espère quand même que Dai va savoir tirer son épingle du jeu.

Ayu était à des kilomètres de toute inquiétude au sujet de la situation de Yamada-san. Un peu honteuse, elle réfléchit à ce qu’elle pourrait dire pour réconforter son compagnon.

— Vous disiez plus tôt que c’était pas si minable que ça comme situation… Et puis, c’est un truc de célébrités ça, vous avez plutôt tendance à vous marier entre vous, non ?

Il tourna la tête vers elle, un sourcil levé, puis sembla réfléchir.

— Pas autant qu’on pourrait le croire, déclara-t-il enfin. Il y a un bon nombre de gens qui épousent des collègues aussi célèbres qu’eux, mais je ne sais pas si c’est la majorité. Après, c’est vrai que je fréquente surtout des gens de mon âge, et typiquement, on n’est pas encore mariés.

— Typiquement, oui…

— À part quelques crétins dans le genre de Dai qui n’ont pas été assez malins, on se marie assez tard. C’est dur d’avoir à la fois une carrière et une vie de famille, alors en général on tient le coup et on travaille tant que le succès est au rendez-vous, et on reporte le mariage pour le moment où ça marchera moins.

— C’est pour ça qu’il y a autant de vieux cons chez les célébrités, alors ? s’enquit Ayu sans masquer le sarcasme dans sa voix.

— Entre autres, acquiesça-t-il. Mais il y en a parmi nous qui arrivent à avoir un semblant de vie privée et qui n’ont pas trop de comptes à rendre. Takashi-kun, par exemple. Il sort avec un mannequin qu’il a rencontrée sur un shoot photo. Les autres membres de mon groupe aussi sont assez tranquilles, il y en a un dont la copine travaille dans une agence immobilière.

Ayu s’accorda quelques instants pour digérer l’information. Quoi que fassent les membres de son groupe, elle voyait mal Akida-san dans une relation longue avec une employée de bureau. À la limite, avec un mannequin, pourvu qu’elle soit grande et blonde. Mais elle ne l’imaginait certainement pas avec une anonyme. Quelqu’un pour qui la célébrité était aussi importante ne renoncerait pas à la possibilité d’afficher son couple, et quoi de mieux à afficher qu’une belle actrice ? Peut-être même était-il déjà sorti avec plusieurs collègues.

Mais une fois de plus, ils avaient suivi un cheminement de pensées tout à fait différent, et Akida-san lui demanda sur le ton de la plaisanterie :

— Qu’est-ce qui vous fait réfléchir comme ça, vous essayez de vous caser ?

Elle rougit jusqu’aux oreilles, heureusement cachée par la pénombre, et il continua :

— À peu de choses près vous auriez pu vous récupérer Dai, comme bon parti il se pose là, c’est trop bête…

Vexée, Ayu répliqua peut-être un peu sèchement :

— Figurez-vous que tout le monde ne cherche pas une relation longue avec quelqu’un qui passe ses soirées en boîte à se préparer une cirrhose.

Elle réalisa que la description était dangereusement applicable à Akida-san et tempéra quelque peu ses paroles :

— Je ne veux pas avoir à gérer la personne avec qui je sors. Dans une vraie relation longue, j’ai envie de m’adresser à un adulte, pas à un grand ado.

Discrètement, elle surprit le regard en coin d’Akida-san, qui n’avait pas l’air particulièrement convaincu. Il déclara pour la forme :

— N’empêche, si vous aviez été à la place de Sanae, ne me dites pas que ça vous aurait déplu.

— Eh bien moi, à la place de Sanae, j’ai pensé aux capotes, répliqua-t-elle avec agacement. Yamada-san a beau être d’agréable compagnie, et très sympathique, ce n’est certainement pas le genre d’homme que je recherche. Et puis c’est quoi tout ça, je vous demande avec combien d’Américaines vous êtes sorti peut-être ? Alors maintenant, s’il vous plaît, est-ce qu’on pourrait parler d’autre chose ?

Ayu ne comprenait pas du tout où il voulait en venir. Ennui, jalousie mal placée ? Toujours était-il que la conversation prenait une tournure qui la mettait mal à l’aise, et si jamais c’était l’idée qu’Akida-san se faisait d’une approche en douceur, il ferait vraiment mieux de prendre des cours. Mais Akida-san sembla accepter sa demande et passa illico du coq à l’âne :

— Très bien. J’ai froid. Vous avez froid, vous ?

Il y avait parfois dans sa façon de s’exprimer une simplicité qui laissait Ayu interdite.

— Froid… Oui, évidemment. Mais qu’est-ce qu’on y peut, de toute façon ?

— Attendez, j’ai une idée.

La dernière fois qu’elle avait entendu cette phrase, la suite des évènements avait prouvé que l’idée n’était pas si bonne que ça, mais comme elle voyait difficilement ce qui pouvait arriver de pire, Ayu lui fit signe de s’exprimer. Au lieu de ça, il ouvrit sa portière pour s’extraire de la voiture de sport – toujours aussi basse – et contourna le véhicule pour venir du côté d’Ayu qui le regarda avec des yeux de poisson derrière sa vitre. Ils n’étaient pas déjà assez serrés comme ça, il tenait à venir de son côté ? Il finit par ouvrir lui-même la portière, saisit Ayu par la taille pour qu’elle se lève, et se glissa sur le siège à sa place.

— Venez sur mes genoux, vite, qu’on puisse fermer la porte.

Remettant la réflexion à plus tard, Ayu s’exécuta en silence et prit place sur les genoux d’Akida-san pendant qu’il refermait la portière pour éviter de refroidir davantage l’habitacle. Il avait des jambes minces sur lesquelles elle arrivait difficilement à asseoir les os de ses fesses, et alors qu’ils bougeaient, leurs visages se frôlèrent et une mèche de cheveux chatouilla le nez d’Ayu ; Akida-san sentait l’après-shampoing, le parfum pour homme, et un très léger mélange de l’odeur du fond de teint du travail et de celle du démaquillant.

 

Sans cette panne de batterie, ils auraient sans doute pu mettre un peu de musique (du groupe d’Akida-san bien entendu, pourquoi changer les bonnes vieilles habitudes), mais pour être tout à fait honnête, Ayu n’était pas certaine qu’elle aurait volontiers échangé sa place à cet instant précis pour une série interminable de tubes sirupeux. L’air de rien, elle enleva son manteau pour pouvoir se blottir un peu plus près contre le torse d’Akida-san, profitant en partie de la chaleur de sa parka, et principalement de sa chaleur à lui. Après tout, c’était bien pour ça qu’il était venu là, non ? Elle le surprit en train de la regarder, le sourcil relevé, ce à quoi elle répondit en levant les yeux au ciel et en enfouissant son nez dans la clavicule saillante et chaude qui ne demandait sûrement que ça. S’il avait saisi le prétexte le plus gros du monde pour se rapprocher, ce serait le comble qu’il trouve quelque chose à redire alors qu’elle ne faisait que le prendre au mot. Et en attendant que Yamada-san arrive à la rescousse, elle pourrait passer un bon moment bien installée tout contre un merveilleux acteur qui, s’il avait un véritable caractère de cochon, était particulièrement sublime et bien loin d’être un mauvais bougre. Elle était si bien qu’elle ne put réprimer un bâillement.

— Bon, on ne va pas se laisser abattre, déclara Akida-san avec pragmatisme. Je vais vous chanter une chanson !

Ayu leva les yeux au ciel. Bien sûr. Chacun sa façon de gérer une crise. Elle décida de profiter de cette situation délicieuse qu’elle n’avait rien fait pour mériter, et se lova encore plus près d’Akida-san, le visage dans la douce chaleur de son cou. Les vibrations de sa voix de velours résonnaient dans ses os, elle sentait la gorge du chanteur contre son front. La musique l’enveloppait presque aussi bien que la gigantesque parka en plumes d’oie. En cet instant, malgré les circonstances générales vaguement désastreuses, elle n’aurait échangé sa place pour rien au monde.

Après avoir papillonné des yeux quelques instants, elle finit par les fermer, et sentit alors les bras d’Akida-san l’entourer et ses mains aux longs doigts fins se resserrer sur sa taille. Ayu sourit, et malgré l’inconfort de ses jambes installées n’importe comment, elle se sentit soudain incroyablement détendue.

 

Elle se réveilla en sursaut à la sensation de quelqu’un qui lui caressait les cheveux. La chanson avait cessé. L’esprit embrumé, elle se frotta les yeux et recula de quelques centimètres pour mieux voir Akida-san.

— J’ai dormi combien de temps ?

— Aucune idée, déclara-t-il, vous êtes entre ma montre et moi.

Ayu l’entendit sans réellement l’écouter. Il avait une main dans ses cheveux. Dans ses cheveux en bataille à cause de la perruque blonde, emmêlés, qu’elle était censée laver ce soir. C’était lui, qui lui caressait les cheveux. Interdite, elle le dévisagea, et il soutint son regard. Du coin de l’œil, elle réalisa qu’ils étaient si proches que la buée qui s’échappait de leurs lèvres entrouvertes se mélangeait. Elle voulait trouver quelque chose à dire avant que le silence ne devienne trop pesant, ou plutôt, avant qu’il ne le soit encore plus, mais quelque chose dans le regard d’Akida-san la réduisait au silence. Elle n’avait encore jamais vraiment pris la peine de le regarder droit dans les yeux, et ne s’était pas vraiment attendue à ce qu’elle y voyait à présent.

Il était calme. Il la regardait franchement, sans un sourire en coin, sans un haussement de sourcil. Cela ne collait absolument pas à l’image qu’elle aurait pu se faire de la situation. C’était un chanteur incroyablement imbu de lui-même, et même Yamada-san ne se départait jamais d’une moue, d’un clin d’œil ou d’un petit sourire charmeur. Akida-san, lui, en plus d’avoir un ego surdimensionné, était loin d’être une flèche, et c’était bien le dernier homme qu’elle aurait imaginé la regarder dans le blanc des yeux. À moins bien sûr qu’elle ne lui fasse strictement aucun effet, hypothèse qui n’était pas à écarter – mais enfin, il était venu la prendre sur ses genoux, l’avait tenue dans ses bras pendant son sommeil et lui caressait les cheveux ! Son contrat ne comprenait aucune clause qui traite de ça, il l’avait fait de son propre chef et ce n’était sûrement pas sans raison. Seulement, Ayu avait vraiment beaucoup de mal à se faire à l’idée. Certes, elle l’avait envisagé après quelques coupes de champagne, mais tout était plus facile à imaginer avec trois grammes dans le sang.

Il finit par prendre un air vaguement agacé.

— Quoi, qu’est-ce qui ne va pas ? s’enquit-il.

— Pardon ?

Visiblement, il en avait gros :

— On est seuls, perdus au milieu de nulle part, je vous prends dans mes bras pour vous réchauffer, nos lèvres sont à quelques centimètres et des milliers de femmes tueraient père et mère pour être à votre place… Et vous me regardez comme si je sentais le poisson ! Vous êtes super difficile, vous le savez, ça ? Ou alors vous êtes lesbienne. Est-ce que vous êtes lesbienne ?

Effarée, mais néanmoins rassurée d’avoir toujours affaire à ce bon vieil Akida-san, elle lui posa doucement la main sur la bouche pour arrêter le flot de bêtises qui en sortait avant que cela n’empire.

— Chut. À part pour chanter, vous êtes tellement mieux sans le son, vous le savez, ça ?

Il se dégagea en secouant la tête.

— Je fais ce que je peux, moi. Je sais que je dis souvent n’importe quoi, mais vous le savez aussi. Et puis si ça ne vous avait pas plu de venir sur mes genoux, vous auriez encore fait le caprice du siècle pour rester seule sur votre siège et point barre. J’ai pas l’habitude de draguer quelqu’un que je connais déjà, alors j’essaie d’aller à votre rythme, je n’insiste pas, je n’essaie pas d’entrer dans votre chambre au milieu de la nuit, je n’essaie pas non plus de venir vous chercher avec trois heures d’avance le matin pour avoir du temps à tuer dans votre chambre avant de partir…

Mais c’est que ça avait l’air de l’avoir travaillé un moment, ce pauvre enfant, remarqua intérieurement Ayu. Et il continuait toujours :

— Votre rythme, je veux bien, mais pour passer la nuit avec Dai vous avez été vachement rapide à vous décider, donc j’aimerais bien savoir si les chanteurs ça vous fait toujours fantasmer, parce que mine de rien, si c’était le cas ce serait sympa.

Un peu étourdie par cette avalanche d’informations plus ou moins désirées, Ayu secoua la tête et répondit sans réfléchir :

— Mais avec Yamada-san, ça n’a rien à voir, ça n’avait rien de sérieux !

Au moins, elle avait atteint son but : il s’était tu. Pas pour longtemps.

— En fait, un coup vous allez lentement et un coup vous allez super vite, j’ai pas encore réussi à vous embrasser et déjà on parle de relation sérieuse.

Elle leva les yeux au ciel et fit de son mieux pour résister à l’envie de le frapper.

— Je crois que je comprends pourquoi vous draguez seulement en boîte, là où personne ne vous entend parler, répliqua-t-elle du tac au tac.

Ils se fixèrent un moment, l’air mauvais, jusqu’à ce qu’Akida-san pousse un long soupir exagéré.

— Bon. Avant de publier les bans, vous ne voulez pas qu’on lâche un peu les noms de famille, pour commencer ?

Elle afficha une moue dubitative, mais comme preuve de bonne volonté, elle s’y essaya tout de même :

— Kei… san ?

— Tu vois, quand tu veux.

Il s’était légèrement rapproché, et elle pouvait à nouveau sentir son souffle l’effleurer. Son expression impassible avait cédé le pas à un léger mouvement au coin de ses lèvres.

— Évidemment, si tu continues à ajouter un « san » aussi formel derrière, on n’est pas rendus… Mais, te faire changer d’avis là-dessus, c’est mon boulot, et franchement je me sens confiant.

Et il pouvait. En achevant de se rapprocher d’elle, il inclina à peine la tête. Elle lui saisit la nuque sans trop y réfléchir, et la seule question qui la déchirait en cet instant lui semblait horriblement cruciale : fallait-il fermer les yeux pour profiter du moment où leurs lèvres se rencontreraient, ou les garder ouverts afin de ne pas rater la moindre miette de ce qui allait se produire ?

 

Ayu n’eut pas à tergiverser longtemps, car quelqu’un toqua énergiquement contre leur vitre.

— Coucou ! s’écria un Yamada-san exagérément jovial. Je dérange ?

End Notes:

En voilà un qui a bien choisi son moment ! Je prends les pronostics pour le chapitre suivant... Mais on a déjà fini le chapitre 20, et on s'approche de la fin : plus que cinq ! 

Comme d'habitude, n'hésitez pas à me laisser un petit mot pour me dire ce que vous en pensez, qui vous avez envie d'étrangler et si oui ou non il faut empêcher Akida-san de dire quoi que ce soit car c'est juste mauvais pour la santé.

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