Le Geek et la Belle by Ocee
Summary:

Participation à l'atelier d'écriture #10 - Réécritures

Contes et légendes / Contrainte 1 : Donnez une tournure nouvelle aux histoires qui ont bercé votre enfance en inversant les rôles du héros et de l’opposant : c’est le « méchant » du conte habituel qui devient héros, tandis que « le gentil » montre dans votre conte un visage plus sombre.


Montage maison réalisé à partir d'une photo libre de droit



Pour dépanner son frangin, un geek adorable sort de sa tanière et se retrouve coincé chez une beauté au caractère bien trempé... Mais est-elle aussi glaciale que le laisse penser cette façade ? Et que cache ce dossier qu'elle cherche à tout prix à récupérer en un temps imparti ?


Categories: Ateliers, Romance, Réécriture Characters: Aucun
Avertissement: Aucun
Langue: Français
Genre Narratif: Nouvelle
Challenges:
Series: #10 : Réécritures
Chapters: 5 Completed: Oui Word count: 13989 Read: 14435 Published: 06/03/2013 Updated: 18/02/2019
Story Notes:

Faute de temps, les deux premiers chapitres ont été écrits quasiment d’une traite chacun dans le cadre de l'Atelier, ils mériteraient relecture et recherches pour approfondir certains points. Merci d’excuser les incohérences/invraisemblances qui pourront être rencontrées XD

Les chapitres suivants ont été écrits beaucoup plus lentement par la suite avec de grands intervalles entre chaque. Le tout manque donc peut-être d'harmonie mais, au moins, il y a une fin !

1. Fichier 1.0 by Ocee

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Fichier 1.0 by Ocee
Le Geek et la Belle



Fichier 1.0

- Sois pas bête ! Tu vas y passer tes journées entières. J’irai, ça sera beaucoup plus rapide comme ça.

- Tu es sûr que ça ne te dérange pas ? Cette fille, on dirait une harpie. Je ne peux quand même pas te laisser te sacrifier comme ça, c’est moi qui suis en tort dans l’histoire.

- Puisque je te le dis ! Ça ne me dérange absolument pas. Tu as ton job, il ne va pas se faire tout seul et je devais justement poser quelques jours de congés alors je peux bien te dépanner. Entre frères, il faut se serrer les coudes, non ?

En guise de remerciement, il eut droit à un ébouriffage de cheveux en règle. Oui, son frère avait toujours manqué de mots lorsqu’il s’agissait de montrer ses sentiments. Alors il compensait par ces petits gestes ridicules. Ça aurait pu l’énerver à la longue mais c’était justement l’habitude qui lui avait permis de comprendre ce qu’ils signifiaient et combien ils représentaient venant de lui. Pour la forme, il leva les yeux au ciel avec un sourire en coin mais il accepta sa reconnaissance en se mettant tout de suite à pianoter sur son ordinateur.

À l’écran, le serveur frontal sur lequel il était en train de travailler laissa alors sa place aux photos que son frère avait prises de l’accident. Il avait beau être au courant et connaître les détails, voir les dégâts lui arracha une grimace. Évidemment, cette fille n’y connaissait rien mais, quand on avait de l’argent comme elle, on se payait toujours le meilleur matos. Lui qui avait toujours dit à son frère que ce 4x4 était une ânerie sans nom, voilà qui le confortait dans son opinion ! C’était un tel gâchis… il doutait qu’une simple voiture aurait pu en faire autant. Bon, d’accord, son frère était indemne au moins et c’était plutôt une très bonne chose qu’il n’ait subi aucun dommage physique. Mais on ne pouvait pas en dire autant de la décapotable de cette princesse et de ce que contenait son coffre. Portable de dernière génération et disques durs à plusieurs téraoctets d’après ce qu’il pouvait déduire. Et tout semblait bon à mettre à la poubelle pour un novice.

Heureusement, il serait très probablement en mesure de récupérer les données les plus importantes et de faire le nécessaire pour que la propriétaire ne fasse pas marche arrière. Il ignorait ce que contenaient ces disques durs et ce qu’elle voulait vraiment en faire mais, une chose était certaine d’après les propos de son frangin, c’était qu’elle y tenait tellement qu’elle était absolument hors d’elle après l’accident (à tel point que s’il l’avait laissé faire, elle aurait essayé de lui arracher les yeux avec ses ongles - acérés, paraît-il - mais bon, son frère avait souvent tendance à exagérer alors il préférait mettre cette partie de l’histoire entre parenthèses). Bref, d’après ce qu’il en savait, elle en avait impérativement besoin avant la fin de la semaine. Et elle n’imaginait pas réussir à trouver quelqu’un capable de l’aider en si peu de temps, sans compter qu’elle refusait tout net de perdre du temps avec les assurances. Alors elle avait sauté sur l’occasion quand son frère lui avait dit qu’il pouvait très certainement arranger les choses. Ni une ni deux, elle s’était engouffrée dans la brèche et lui avait fait miroiter cet échange : pas de constat d’accident s’il pouvait effectivement régler le problème et faire tout ce dont elle avait besoin avec son attirail dans les jours à venir.

Personnellement, il trouvait que son frère s’en tirait plutôt très bien mais ce dernier ne semblait pas de cet avis. Même s’il était soulagé pour ses finances, il avait une telle aversion pour cette femme qu’il trouvait cher payé de faire subir sa présence et ses caprices au seul membre de sa famille restant. Rien d’étonnant, cela dit, il s’était toujours efforcé de le protéger et de freiner les appétits de ses amis concernant ses talents en informatique. Lui, il s’en fichait, ça ne l’aurait pas dérangé plus que ça de donner un coup de main de temps en temps. Mais son frère ne supportait pas qu’on abuse de sa gentillesse alors que, d’un autre côté, on ne l’intégrait pas assez à son goût aux soirées ou autres sorties auxquelles il aurait bien aimé le voir. Pourtant, il lui avait répété à de nombreuses reprises que ça ne le dérangeait absolument pas.

Il était plutôt solitaire et son mode de vie lui convenait parfaitement. S’évader sur le net et dans ces univers sortis tout droit de l’imaginaire des génies qui avaient foulé cette planète, c’était cool ! Alors que côtoyer les amis de son frère qui n’avaient même pas le quotient intellectuel - voire émotionnel - d’une petite cuillère, il ne voyait pas vraiment en quoi ça pouvait être palpitant. Quant à leurs remarques très subtiles sur le fait qu’il ressemblait à une bête, cloîtrée dans sa tanière de geek à longueur de journée, il y avait longtemps qu’il avait appris à les ignorer. L’important, c’était qu’il se sentait à l’aise dans ses baskets et pour ce qui était d’être heureux… eh bien… il ne pensait pas être sur la mauvaise voie… juste… son tour viendrait quand ce serait le moment, voilà tout… En attendant, il n’était pas malheureux et il était persuadé que les abrutis qui servaient d’amis à son frangin - et qui traitaient leurs petites copines comme des serviettes jetables ou qui les trompaient régulièrement pour s’offrir du bon temps - n’étaient franchement pas l’exemple à suivre niveau félicité.

***


Lorsqu’elle lui arracha le disque dur des mains pour le balancer contre le mur, il ne put retenir plus longtemps la colère qui le gagnait :

- Non mais t’es malade ! Ça fait quatre jours que je bosse non stop pour te réparer ce fichu machin - qui, au passage, est un petit bijou de technologie qui mérite un peu plus de considération ! - et tu fous tout en l’air sur un coup de tête ? Faut te faire soigner ma parole ! J’en ai plus qu’assez, je me barre ! T’es complètement cinglée !

- Je t’interdis de franchir le seuil de cette maison !

- Ah ouais ? Bah j’aimerais bien te voir m’en empêcher.

- Ton frère m’a fait une promesse !

- Qui stipulait que je devais t’aider, j’te signale ! Pas que tu bousilles mon job !

- Je fais encore ce que je veux de mes affaires. C’était le mauvais disque dur, c’est tout ! Répare l’autre et ça devrait être bon.

- Ça devrait ? Ça devrait ? Parce que ce n’est même pas sûr en plus ? T’en as encore beaucoup des disques durs volés à des entreprises du CAC 40, princesse ? Tu me prends pour quoi au juste ? Tu crois que je ne m’en suis pas rendu compte ? J’ai fermé les yeux sur ceux-là pour que mon frère n’ait pas d’ennuis mais ne compte pas sur moi pour te servir de hacker plus longtemps.

Ses narines frémirent le temps qu’elle accuse le coup mais elle parvint de façon étonnante à retrouver son calme en quelques secondes. Et à cet instant, tout excédé qu’il était par son comportement, il ne put néanmoins que constater à quel point elle était belle.

Oh ! Bien sûr, il s’en était rendu compte dès qu’il l’avait rencontrée, quatre jours plus tôt. Typiquement le genre de fille qui fait la une des magazines, comme le lui avait assuré son frère, qui n’avait pas menti pour le coup. Mais avec un petit quelque chose en plus. De moins artificiel. Sur le moment, il avait mis ça sur le compte de l’absence de retouches informatiques - vu qu’il n’avait pas vraiment l’habitude de côtoyer des mannequins et des actrices, qui était-il pour comparer la réalité au papier glacé, hein ?

Et puis, au fil des heures, des jours, à la voir évoluer furtivement autour de lui, à entendre des bribes de ses conversations chuchotées au téléphone, à être surpris par la découverte de certains de ses fichiers qui semblaient s’ouvrir tout seuls, comme pour mieux lui montrer qu’il y avait justement plus que cette simple façade tape-à-l’oeil, qu’il lui suffisait de creuser un peu… il s’était mis à douter de cette théorie du photoshopage. Il y avait clairement quelque chose de mystérieux, de plus profond, derrière le masque de reine de beauté. Et ça s’était confirmé quand il avait découvert hier le pot-aux-roses concernant le véritable propriétaire du disque dur. Pourquoi une fille comme elle détenait-elle de telles données ?

- Occupe-toi du deuxième, on verra ensuite, affirma-t-elle placidement tout en plissant les yeux comme pour le dissuader de toute tentative de la contredire.

- T’es pas croyable ! Tu crois quoi ? Que la situation a changé depuis l’autre jour ? Si on a choisi le premier, c’est parce que l’autre est vraiment trop endommagé pour que j’arrive à en tirer quelque chose de satisfaisant. Et devine quoi, je ne sais toujours pas faire de miracle !

- Il va bien falloir pourtant. Et ce qui ne sera pas satisfaisant pour toi le sera peut-être pour moi. Récupère tout ce que tu peux, c’est tout.

Il leva les yeux au ciel et se retint d’en faire de même avec ses mains. Ce qu’elle pouvait être butée ! Pour ça, il pouvait bien avouer que son frère n’avait pas beaucoup forcé le trait niveau caractère finalement. Au début, il l’avait pourtant cru…

Elle s’était montrée plus que correcte avec lui. Polie, accueillante - elle lui avait proposé une chambre pour qu’il puisse bosser au maximum sur place et qu’il ne perde pas de temps dans les transports en commun - et même aimable, à sa manière. Celle des gens riches. Qui vous regardent comme si vous débarquiez de Tatooine quand vous leur dites que vous vous déplacez en métro et en bus. Un poil d’arrogance en moins que ce qu’il avait pu craindre en arrivant devant sa baraque la première fois, cependant. Dans le genre haute société, le bâtiment se posait. En imposait, même.

Oui, il s’était même fait la réflexion que pour une reine de bal de promo à l’américaine, elle semblait un peu moins peste que ce que la tenue cliché exigeait. Mais ça, c’était avant qu’elle se mette à rôder autour de lui pour voir s’il avançait comme elle l’espérait, lui mettant la pression alors qu’il avait besoin d’un environnement calme et serein pour arriver à quelque chose. Et certainement pas de regards noirs et de menaces dès qu’il osait lui demander de sortir de la pièce. Le deuxième soir, n’en pouvant plus, il lui en avait parlé. Lui avait dit que ce n’était plus possible, qu’elle devait juste être patiente et qu’il n’ouvrirait pas les dossiers qu’il arriverait à récupérer sans son accord, si c’était la raison pour laquelle elle l’espionnait en permanence. Alors, elle s’était excusée, lui avait proposé une bière et ils s’étaient installés sur les marches du perron, dans son jardin, pour la déguster sous les étoiles.

Bizarrement, la sérénité dont il avait besoin pour débloquer la situation s’était enfin incrustée, naturellement, comme s’il suffisait qu’ils discutent tranquillement pour établir un certain lien, planter les bases de sa confiance en lui. Le jour suivant, elle l’avait même aidé un peu. Elle était loin d’être l’écervelée empotée en informatique qu’il avait craint quand son frère lui en avait brossé le portrait. Et c’était une accro aux gadgets électroniques qui lui permettaient de réduire les tâches ménagères. Bon, elle manquait clairement de patience lorsqu’un de ces gadgets n’obéissait pas comme il le devait et elle avait tendance à rapidement s’énerver et à le secouer en lui murmurant tantôt mots doux tantôt jurons bien placés plutôt qu’à se prendre la tête avec le mode d’emploi. Mais il avait trouvé ça limite attendrissant. Elle avait beau être pleine aux as, ça donnait l’impression qu’elle préférait s’entourer d’objets déglingués qu’elle affectionnait plutôt que d’êtres humains davantage fonctionnels. Du coup, il s’était un peu retrouvé en elle…

Et puis il avait découvert d’où venait le disque dur. Et avant même qu’il se décide ou non à lui poser des questions à ce sujet, elle s’était mise tellement en pétard au téléphone qu’il avait fait profil bas. Une vraie furie ! Tant et si bien qu’il en était venu à se demander s’il n’avait pas rêvé la parenthèse du calme et de la sérénité - après tout, il avait tellement peu fermé l’oeil de la nuit ces deux derniers jours, occupé à pianoter, qu’il s’était peut-être empaffé sans le savoir. Et ce n’était pas avec la façon peu amène dont elle l’avait regardé que ses doutes avaient pu s’envoler. Il n’avait absolument rien fait ! Alors pourquoi l’avait-elle fusillé du regard comme s’il l’avait trahie ?
Même au réveil ce jour-là, le climat était encore tellement lourd et orageux qu’il était pressé d’en finir, lui qui s’était surpris à apprécier sa compagnie la veille, avant son coup d’éclat. Par chance, le disque dur était enfin en mesure de révéler ses secrets et il avait cru que tout rentrerait dans l’ordre en lui apprenant la bonne nouvelle et en voyant sa surprise laisser place à un sourire.

Mais voilà qu’elle avait à nouveau pété un câble après avoir consulté les fichiers sans y trouver ce qu’elle attendait. Et lui, il en avait par-dessus la tête de ses sautes d’humeur. Il avait besoin de comprendre. Alors, tandis qu’elle commençait à s’éloigner pour quitter la pièce, il lança :

- Tu pourrais au moins me dire ce qu’on cherche au juste, tu ne crois pas ?! Ça permettrait peut-être d’aller plus vite.

Elle se figea à cette question, pivota lentement vers lui et l’observa longuement en plissant les yeux, comme pour l’évaluer, le sonder. Et puis elle lâcha :

- Mon passé. On cherche mon passé.
Fichier 2.0 by Ocee
Fichier 2.0

- Bosse, bosse, bosse… ne cessait-il de se marmonner.

Mais il n’y avait rien à faire. Il devait avoir atteint ses limites parce qu’il n’y arrivait plus. Les picotements dans ses yeux étaient juste insupportables depuis trop longtemps pour réussir encore à les ignorer, tout comme le bourdonnement incessant dans sa tête. Inutile de continuer dans cet état, il valait mieux qu’il dorme pour s’y remettre en meilleure forme le lendemain. Las, il se leva et prit le chemin de sa chambre.

Arrivé à un croisement de couloir, il crut entendre un bruit sur sa droite. Il se figea et resta un peu plus paralysé lorsqu’il s’aperçut que c’était elle, à moitié somnolente elle aussi, et à moitié gênée tout comme lui. Il la salua d’un hochement de tête, notant tout de même mentalement au passage qu’elle ne portait pas ce genre de petite nuisette affriolante que toutes les filles de son âge semblaient affectionner dans les séries télé et les magazines. Non, elle, elle portait un tee-shirt qui lui faisait encore plus d’effet, vu le geek qu’il était. Keep calm and exterminate. Avec un dalek, of course. Tout un message…

Il continua son chemin et elle ne chercha pas à l’arrêter. Depuis qu’elle lui avait balancé qu’ils cherchaient « son passé », elle n’avait pas été capable de lui en dire plus. Elle lui avait juste demandé sur un ton glacial si ça lui suffisait, s’il était content de le savoir et lui, comme l’imbécile qu’il était, il avait acquiescé sur le coup, trop surpris par cette révélation. Et parce qu’il avait vu, ou bien imaginé - il n’en était plus très sûr à présent - qu’au fond, elle semblait assez effrayée. Qu’elle le défiait pour mieux se protéger, pour l’inciter à garder ses distances parce qu’elle n’était pas encore prête à se confier. Alors il s’était remis au boulot parce que ça lui paraissait important, cette recherche d’identité, ou quelle que soit la quête dont il s’agissait. Ça semblait compter pour elle et, mine de rien, ça faisait ressortir le côté humain qu’il avait appris à apprécier chez elle.

Ouais… plutôt pathétique quand il s’essayait à jouer les chevaliers servants, hein ? Il s’était fait lui-même la réflexion et puis avait haussé les épaules. Au moins, il se sentait un peu plus utile et ça s’annonçait plus passionnant que de réaliser des programmes pour protéger les intérêts capitalistes des diverses banques et entreprises moisies qui l’embauchaient. Un peu de mystère, c’était forcément plus palpitant…

***


Deux jours plus tard, alors qu’il avait avancé étonnamment plus rapidement que ce à quoi il s’était attendu sur la récupération des données, son portable se mit à sonner. Son frère. La discussion fut brève mais concise. Il avait besoin de lui.

Il hésita cinq secondes sur le comment il allait pouvoir le lui annoncer et puis il leva les yeux au ciel devant sa propre bêtise. Il fallait vraiment qu’il manque de sommeil pour prendre davantage en considération les intérêts d’une fille rencontrée il y avait seulement quelques jours plutôt que ceux de son frère. Bon, à la réflexion, les deux étaient en partie liés, se rassura-t-il. Mais là, c’était une urgence. Et avec un peu de chance, il n’en aurait pas pour trop longtemps.

Il la trouva dans la cuisine, en train de se préparer un bol de céréales. Il ne pensa même pas à tourner la tête vers une horloge cette fois-ci, il s’était habitué à la voir grignoter à longueur de journée, quelle que soit l’heure - et sans aucune incidence sur sa ligne, était-il besoin de préciser. Cette fille devait avoir tellement d’ennemies, songea-t-il avec un sourire aux lèvres.

Se rappelant pourquoi il était là, il reprit son sérieux et se racla la gorge pour attirer son attention. Elle posa ses grands yeux étonnés aux cils naturellement recourbés vers lui.

- Il y a un problème ? s’enquit-elle, inquiète.

- Non, non. Ça avance plutôt bien, même. Plus vite que ce que j’aurais cru. Et, justement, à ce propos, ça tombe plutôt bien parce que mon frangin vient de m’appeler. Il s’est chopé un virus sur son réseau pro alors qu’il est en plein dans un projet crucial pour sa boîte et il a vraiment besoin de mon aide pour s’en débarrasser. Du coup… si ça ne te dérange pas, j’aimerais vraiment pouvoir aller lui donner un coup de main.

Il vit la main qui tenait sa cuillère trembler légèrement, nota son visage qui se figea comme un masque le temps qu’elle se reprenne pour lui demander :

- Tu en aurais pour longtemps ?

- S’il m’a appelé, c’est que c’est un virus un peu trop coriace pour qu’il puisse s’en défaire rapidement. Mais j’ai plus d’expérience dans le domaine donc je devrais pouvoir le tirer d’affaire avant que les dégâts ne soient trop dommageables. Par contre, pour le temps que ça me prendra, je ne le saurai qu’en étant devant.

- Bon…

Il la voyait accuser le coup, chercher quoi dire, comment réagir. Mais il trouva drôlement encourageant et appréciable qu’elle ne refuse pas immédiatement sa requête. Pas sûr qu’elle aurait réagi de la sorte quelques jours plus tôt. Pour un peu, il lui en aurait presque été reconnaissant alors que, oh ! réveille-toi mon gars ! elle n’avait quand même aucun droit à te retenir en captivité dans sa cage dorée.

- Tu penses… dans deux jours, tu penses que tu pourrais être de nouveau ici ?

- … c’est possible, préféra-t-il rester prudent.

- Ok… On va tâcher de compter là-dessus alors. J’avais… j’avais un peu raccourci le délai pour les disques durs au cas où tu n’aurais pas réussi, pour que j’aie le temps de trouver une porte de sortie, essaya-t-elle de dire d’un ton détaché.

Cette fois, ce fut lui qui accusa le coup sans broncher. Il avait bien compris qu’elle était loin d’être une écervelée mais apprendre qu’elle s’était jouée de lui… bon, bah… ça ne faisait jamais de bien pour l’ego quoi…

Il hocha la tête pour notifier qu’il avait bien enregistré l’information et, sans doute un peu plus à contrecoeur qu’il ne se serait apprêté à le faire quelques secondes auparavant, il la remercia.

- Arrête… Inutile de te forcer, tu sais ! Je sais très bien ce que tu penses. Je suis loin d’être l’hôte la plus agréable et la plus cordiale qui soit, j’en ai parfaitement conscience. Et je m’en moque pas mal, en fait. C’est juste… j’ai vraiment besoin des documents qui sont sur ce fichu disque dur, ok ? Donc si tu ne reviens pas…

Avait-il rêvé ou y avait-il bien eu un trémolo sur sa dernière phrase ? S’était-elle retournée vers l’évier justement parce qu’elle avait senti sa voix se mettre à vibrer malgré elle ?

- Ne t’en fais pas. Je te promets que je reviendrai. Je me suis engagé à t’aider, et je compte bien tenir parole.

- Bien… merci. Dépêche-toi de filer alors, plus tôt tu auras dépanné ton frère, plus tôt tu pourras finir ce que tu dois faire ici et être débarrassé de moi, se força-t-elle à sourire.

- Je… on peut rester en contact, si tu veux.

Et il ajouta devant son regard franchement étonné :

- Je veux dire, pendant que je serai chez mon frère. Tu peux surveiller les opérations là-haut si je te montre deux ou trois trucs et m’appeler de temps en temps pour que je vérifie si tout se passe bien.

- Ah ! D’accord… c’est pour m’avoir encore moins longtemps dans les pattes alors. Je comprends mieux, j’ai cru un instant que tu parlais d’après, plaisanta-t-elle en riant peut-être un peu trop pour que ce soit de bon coeur.

- Bah, si jamais t’as besoin, avec tous tes gadgets de badass, je pourrai toujours te montrer comment les faire fonctionner sans leur taper dessus, tu sais, avec un peu de douceur et de technique. Tu me sembles assez intelligente pour que ça ne te paraisse pas plus compliqué que le dosage des croquettes pour un chien, lui proposa-t-il avec un sourire en coin.

Elle laissa échapper une petite exclamation outragée, surprise et amusée qu’il ose la taquiner :

- Fais attention à tes propositions, Mr Geek, je pourrais bien les prendre à la lettre et te donner du boulot jusqu’à ce que tu aies au moins l’âge de Yoda avant de revoir la lumière du jour. Et autant te dire que tu auras le teint qui va avec, à ce rythme-là…

- Tant que tu m’offres le sabre laser qui va avec, princesse, tout ce que tu veux ! ne put-il s’empêcher d’ajouter avec un large sourire.

Punaise ! Et en plus, elle avait de l’humour. Et pas n’importe lequel. Citer Star Wars après le tee-shirt Dr Who... à ce train-là, il avait presque hâte de revenir s’abrutir de travail ici pour savoir quelle serait sa prochaine référence... Ouais... c’était officiel, il était atteint ! Syndrome de Stockholm, probablement. Ces quelques jours auprès de son frère ne lui feraient pas de mal pour se remettre les idées en place.
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Author's Notes:
J'avais pris pour décision de ne pas poster la suite de cette histoire sans avoir tout écrit au préalable. Ça m'aura pris bien plus de temps que je ne l'avais pensé... mais au moins, c'est fait ! J'espère que ça continuera à plaire aux personnes qui avaient accroché si elles traînent toujours dans le coin ;)

Précédemment : alors qu’il essaye de trouver “le passé” de son hôte sur le deuxième disque dur d’une entreprise du CAC 40 qu’elle a en sa possession, notre geek a été appelé à la rescousse par son frangin pour se débarrasser d’un virus...
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Il suspendit son index au dessus de la touche Entrée quelques secondes avant de l’abaisser dans un geste théâtral, fier de lui. Et voilà : virus : 0 ; Geek : 1 ! Il l’avait enfin éradiqué et se permit de lever les bras - autant en signe de victoire que pour s’étirer, à vrai dire. C’est qu’il lui avait donné du fil à retordre ce polymorphe qui, évidemment, avait invité quelques amis rootkits et rogues à la partie via un cheval de Troie, histoire de lui faire perdre un peu de temps avant d’arriver à le débusquer.

Satisfait, il regarda l’heure et s’aperçut avec surprise que la soirée n’était pas aussi entamée qu’il l’avait pensé. Il fallait dire qu’il avait bossé quasiment toute la nuit précédente pour être sûr de se débarrasser de cette menace à temps. Il ne s’était accordé que deux petites heures de sommeil et cela commençait à se faire sentir. Mais il avait bien fait, il allait pouvoir s’accorder une nuit entière de sommeil avant de réinstaller tout un système de sécurité digne de ce nom sur le PC de son frangin, qui allait déjà être ravi et soulagé de la bonne nouvelle. Et avec tout ça, il serait encore dans le délai imparti pour venir en aide à sa b... enfin, à Elle, quoi. Ouais, il était vraiment temps qu’il aille dormir, se dit-il en amorçant un mouvement pour se lever.

À ce moment-là, la porte du bureau s’ouvrit sur son frère qui le regarda plein d’espoir :

- Tu t’en sors, vieux ?

Avec un sourire en coin et un air un peu supérieur qu’il n’arborait qu’en de rares occasions pour plaisanter, il répliqua :

- Si je m’en sors ? Tu rigoles, j’espère ? Depuis tout ce temps, tu ne sais toujours pas à qui tu as affaire ou quoi ?

Il savoura le moment. Voir l’anxiété quitter le visage de son frère pour laisser place peu à peu à un large sourire était une belle récompense à ses yeux.

- T’es le meilleur ! Je savais que je pouvais compter sur toi. Et ça tombe à pic, les autres viennent de débarquer pour faire la fête, on va pouvoir célébrer ça avec des toasts à ton honneur.

- Quoi ? Me dis pas que tu les as invités alors que je me tuais à la tâche pour toi ?

- Bien sûr que non ! Ils n’étaient pas au courant, ils sont venus comme d’hab, sans prévenir. Je les aurais virés si tu n’avais pas fini, c’est justement pour ça que je venais voir où tu en étais. Je ne suis peut-être pas aussi doué que toi mais je suis bien moins bête qu’eux, hein ! Je sais que tu as besoin de calme pour bosser, lui assura-t-il en lui ébouriffant affectueusement les cheveux.

- Et là j’ai besoin de dormir. Je suis désolé mais je suis HS, ça sera vraiment sans moi la petite fête si tu veux que je protège ton PC demain avant de retourner chez elle.

- Chez elle ? Me dis pas que tu penses à cette cinglée avant de penser à toi ? Tu l’as déjà bien assez aidée comme ça. Tu as le droit de profiter un peu, t’es en vacances quand même ! J’aurais jamais dû t’impliquer là-dedans...

- T’inquiètes ! Ça ne me dérange pas. Vraiment ! ajouta-t-il devant l’air sceptique de son frère. C’est même plutôt intéressant au final, on...

Il se retint quand il entendit du bruit dans le couloir. Les potes de son frère approchaient et, avec leur élégance habituelle, le saluèrent en entrant :

- Hey ! Comment va ? Toujours devant ton PC à ce que je vois ?

- Vous êtes lourds, les gars, il vient de me rendre une fière chandelle. D’ailleurs, ce soir, on boit en son honneur, leur apprit-il en le prenant par l’épaule pour l’entraîner avec eux.

- Cool ! Merci le génie !

- Tu veux qu’on appelle des filles pour fêter ça ? Ça te changera.

- Non, merci. Et je suis vraiment crevé donc ça sera sans moi, désolé.

- Arrête ! La laisse pas pourrir la soirée, profite ! Elle peut bien attendre un jour de plus.

- Elle ? Oh ! Me dis pas qu’il a une copine, ça y est ?

- Petit cachotier !

Il soupira, maudissant les amis de son frère de s’être pointés et d’avoir un humour aussi lourd. Franchement, ce soir, il n’était pas d’humeur et il commençait à lutter pour rester avec eux tellement Morphée lui faisait de l’oeil. Il entendit vaguement son frère leur expliquer que ce n’était pas ce qu’ils croyaient, que c’était juste une harpie qui lui menait la vie dure. Et eux de rétorquer en ricanant qu’ils ne voyaient pas la différence avec leurs copines. Il sentit aussi un poing venir s’écraser sur son avant-bras, ce qui lui arracha une grimace - vraiment, les manifestations de virilité qui lui laissaient des hématomes, il s’en passait très bien, merci. Il n’avait aucune intention de se cosplayer en Na’vi dans les jours à venir.

Il ne voyait pas trop comment se tirer de là, son frère ne semblant pas vouloir comprendre qu’il avait réellement besoin et envie de dormir. Et il n’avait pas la force d’argumenter avec eux alors qu’ils ne l’écouteraient pas, trop heureux qu’ils étaient d’être réunis et trop égoïstes ou justes incapables d’essayer de se mettre à sa place une seconde. Pour eux, la définition d’une bonne soirée était gravée dans le marbre et l’idée que d’autres puissent penser différemment n’avait jamais dû leur venir à l’esprit. Et puis, l’un d’eux s’écria :

- Hey, les mecs ! C’est qui cette bombe ?

Interloqués, tous se tournèrent dans la direction indiquée et il ne réalisa vraiment de qui il était question que lorsqu’il entendit un ton railleur répliquer :

- Sympa l’accueil.

Bizarrement, cela eut le don de le réveiller et il sentit un sourire narquois se former malgré lui sur ses lèvres alors qu’il s’approchait de son PC. Mais son frangin le devança et s’assit devant l’engin pour être bien visible de la webcam intégrée :

- Tu pourrais le lâcher deux secondes, s’il te plaît ? Ce soir, il profite de sa liberté alors merci d’arrêter de le harceler, ok ?

Il voulut protester et expliquer la situation mais il eut droit à un nouveau coup de poing amical dans l’omoplate qui ne lui en donna pas l’occasion.

- Arrête ! C’est elle le soi-disant tyran infernal qui te pourrit la vie ?

- J’ai jam...

- Ma belle, tu me retiens prisonnier chez toi quand tu veux, je serai moins grognon que le Schtroumpf geek ici présent.

- Moi aussi, c’est quand tu veux, beauté ! surenchérit un autre avec un clin d’oeil et un sourire Colgate digne de Ken - le Ken de Barbie, évidemment ; le faciès du Survivant, c’est elle qui l’afficha lorsqu’elle répondit froidement :

- Très peu pour moi le baby-sitting, et encore moins avec des gosses lourdingues dans votre genre.

- C’est pas... tenta-t-il de lui dire mais elle avait déjà coupé la connexion.

- Bien, elle a compris le message cette fois on dirait, se félicita son frère.

- Mais pas toi, apparemment ! répliqua-t-il d’un ton sans appel.

Et puis il ajouta, pour compenser mais sans oser le regarder dans les yeux pour qu’il ne voie pas la colère et la déception qui le gagnaient :

- Je suis crevé, je vais me coucher.

Tout en ignorant les ricanements et les remarques sexistes qui avaient fusé, il prit son PC portable et les planta là pour rejoindre la chambre d’amis où il dormait quand il venait ici. Maintenant, en plus d’être exténué, une boule d’appréhension squattait son estomac et il savait qu’il n’arriverait pas à dormir correctement s’il ne parvenait pas à la chasser.

Était-il trop tard ? Avait-elle réellement pris la mouche ? Elle pouvait croire n’importe quoi à l’heure qu’il était : qu’il s’était fichu d’elle en prétextant devoir aider son frère alors qu’il venait faire la fête avec des abrutis, qu’il leur racontait au passage qu’elle était une mégère insupportable, qu’il en avait marre de l’aider... Il voulait lui dire qu’il n’en était rien, rétablir la vérité pour qu’elle n’ait pas l’impression d’être trahie ou abandonnée mais, évidemment, quand il ralluma Skype, elle n’était plus en ligne...

Las, il se passa une main sur le visage pour se donner une seconde de réflexion. Un mail ? Était-ce une bonne idée dans son état de fatigue avancée ? Il allait s’épuiser à trouver les bonnes tournures et, au bout du compte, risquait de tout supprimer décrétant qu’il s’agirait d’une preuve trop flagrante de quelconques sentiments qu’il n’était même pas bien sûr d’éprouver. Tout ce à quoi il arrivait à penser sonnait comme des justifications et, par Merlin, il n’avait rien à se reprocher ! D’ailleurs, qui avait parlé de sentiments, à l’instant ? Il ne voulait juste pas qu’elle lui en veuille pour quelque chose dont il n’était pas coupable parce que… parce qu’il lui avait promis de l’aider. Et qu’il tenait toujours parole. Voilà. Donc… pas de mail.

Il actualisa sa connexion, espérant que cela la fasse apparaître comme par magie de l’autre côté de l’écran. Mais non, toujours rien. Sentant ses paupières s’alourdir et ses yeux le picoter, il se décida finalement pour quelques mots rapides par messagerie instantanée. Il lui tendait déjà une perche. À elle d’être plus futée que les copains de son frère et de la saisir. Elle l’avait côtoyé durant presque une semaine maintenant, elle devait bien être capable de lui faire confiance pour ce genre de trucs, non ?

Après ça, il se força à rester éveillé cinq minutes dans l’espoir qu’elle lise ce message et qu’elle y réponde. Il ne se rappelait pas de la dernière fois où il avait failli à ce point se décrocher la mâchoire tellement il bâillait. Cinq minutes encore, au cas où elle serait dans une autre pièce sans connexion. Parfois il se demandait comment une tête pouvait soudain devenir aussi lourde alors qu’elle restait en place toute la journée sans se faire remarquer. Cinq autres le temps d’aller vérifier ses propres mails et messages qu’il avait négligés en bossant toute la journée et qu’il…

Le lendemain matin, il émergea difficilement d’un sommeil agité et mit quelques secondes à comprendre pourquoi il avait un sentiment d’inachevé. Lorsque les souvenirs de la veille se remirent en ordre, il se rua sur son PC, le coeur battant la chamade. Avait-elle répondu ?

Rarement identification lui avait paru aussi longue à s’établir. Bon, ok, il se faisait souvent cette réflexion, mais ça ramait quand même plus que d’habitude, non ? Quand sa session s’ouvrit enfin et que Skype se lança, il vit avec soulagement l’icône lui indiquant qu’il avait un nouveau message. Il cliqua dessus sans hésiter et découvrit sous ses quelques mots d’explication la réponse qu’elle lui avait laissée seulement quelques minutes après qu’il se soit endormi :

Fichier trouvé. Incapable de l’ouvrir.



Tu fais chier la marmotte


ROSE.cod
End Notes:
Je ne connais pas bien les délais de validation mais je pense poster un chapitre par semaine. Il y en aura 5 ou 6 en tout (j'hésite encore à couper le dernier en deux vu sa taille démesurée par rapport aux autres ^^)
Fichier 4.0 by Ocee
Author's Notes:
Je crois qu'il y a eu quelques lectures depuis la publication du 3e chapitre donc voici la suite pour celles et ceux qui la voudraient ;)
Fichier 4.0

Il avait dû lutter pour ne pas planter son frère dès son réveil mais il était trop loyal pour cela. Il s’était donc contenté de répondre qu’il allait faire au plus vite pour sécuriser le PC de son frangin et la retrouver dans la foulée pour décrypter ce fichier.

Bien sûr, c’était sans compter sur ledit frangin qui avait essayé de le retenir le plus longtemps possible en s’excusant d’abord pour la veille, puis en lui demandant de faire des manips supplémentaires, puis en s’inquiétant ouvertement - une fois encore - qu’il veuille à ce point retourner la voir. Il lui avait même avoué avoir imaginé avec ses potes une sorte d’intervention pour lui faire ouvrir les yeux mais il avait réalisé que le prendre ainsi en otage était précisément ce qu’il reprochait à cette fille et que cela risquait de le braquer encore plus - merci, Captain Obvious ! Sans compter qu’il s’était rendu compte que ses potes prenaient tout cela à la rigolade et ne l’auraient fait que par pure jalousie envers lui puisqu’ils n’avaient cessé de radoter sur le fait que cette fille était bien trop belle pour lui. Sympa.

Bref, son frère avait finalement viré ses amis de chez lui pour qu’ils puissent en discuter calmement tous les deux ce matin. Et puisqu’il prenait réellement en compte son bien-être, il l’avait enfin libéré quand il lui avait assuré que, non, il ne retournait pas chez elle uniquement parce qu’il se sentait responsable pour lui et ce stupide accident, et que, oui, il jurait qu’elle n’était pas aussi garce que ça, qu’il avait même appris à l’apprécier et que cela lui faisait sincèrement plaisir de pouvoir lui venir en aide.

Aussi, quand il sonna enfin avec entrain à la porte du manoir - comme il s’amusait à le dénommer - il ne s’attendait pas du tout à ce qui allait suivre. L’attente. Il était tellement persuadé qu’elle devait être comme un lion en cage en train de tourner dans le hall, ou dans une pièce avec vue sur l’entrée pour guetter son arrivée tout en ruminant sur sa lenteur, qu’il en fut interloqué. Il sortit son téléphone de sa poche pour vérifier qu’elle n’avait rien ajouté au « ok » qui avait suivi sa réponse du matin, mais non, rien. Se pouvait-il qu’à bout de patience, elle soit partie à la recherche de quelqu’un d’autre pour la dépanner ?

Il fronça les sourcils tout en sonnant une nouvelle fois et tendit l’oreille pour tenter de percevoir un quelconque son de l’autre côté. Évidemment, ce fut lorsqu’il se rapprocha du battant que la porte s’ouvrit et qu’il manqua de justesse de tomber littéralement sur son hôte. Enfin, son hôte. Pas vraiment l’hôte auquel il s’attendait, comme il le constata avec surprise et un nouveau froncement de sourcils.

- C’est toi le super geek qui vient pour nous aider ? s’enquit un bellâtre au sourire avenant.

- Euh… ouais, répondit-il encore confus.

- Excuse, tu dois te demander qui je suis. Gaston, son ami, ajouta-t-il, toujours en souriant et en lui tendant une main.

Il la serra par automatisme mais il devait toujours faire une drôle de tête car ledit Gaston ajouta avec un nouveau sourire - sans rire, ce gars devait avoir des zygomatiques en béton :

- Elle est au téléphone. Mais viens, entre, fais comme chez toi.

Ce qu’il fit en ayant inévitablement l’impression inverse. Marrant comme le fait qu’un autre mec lui dise ça faisait s’envoler le sentiment de confort qu’il avait ressenti en ces lieux les jours précédents. Est-ce que l’autre tentait de marquer son territoire en agissant comme si c’était sa baraque et en soulignant le fait que lui n’était qu’un invité ou est-ce que tout cela n’avait aucun sens caché ? Difficile à dire avec l’air affable que ce Gaston affichait.

Mais la vraie question était plutôt : est-ce que c’était aussi sa baraque, en fait ? Et puis une autre, tiens : son ami ? C’était son petit ami ou juste son pote ? C’était bien un truc de bourges de dire « son ami » plutôt que « son petit ami », non ? Mais c’était dingue qu’il n’en ait pas entendu parler avant si c’était son copain, non ?

Alors qu’ils montaient vers le bureau, il essaya de chasser toutes ces questions perturbantes de son esprit pour se concentrer sur la raison de sa présence ici :

- Alors, euh… tu connais toute l’histoire ?

- Oh, oui ! Depuis son origine ! Fichu bordel, tout ça. C’est une chance que ton frère lui soit rentré dedans, en un sens. Pas sûr qu’elle aurait réussi à temps sans toi d’après ce qu’elle m’a dit.

- Ah… content de pouvoir être utile alors…

Il rongea son frein tout en s’installant devant le poste. Gaston en savait clairement plus que lui mais était-il au courant de ce que lui savait ? S’il posait des questions l’air de rien, en apprendrait-il plus ? Le voulait-il, seulement ? Enfin, bien sûr que oui, il le voulait. Mais de quelqu’un d’autre qu’elle, est-ce que ce ne serait pas une sorte de trahison ? Elle lui en voudrait de chercher à fouiner dans sa vie, non ? Lui n’aimerait pas ça si la situation était inversée, se dit-il, même s’il comprendrait que la tentation puisse être grande…

Mais il n’eut pas le temps de chercher à titiller le dragon endormi plus longtemps car elle fit justement son entrée dans la pièce. La première chose qu’il remarqua fut son air fatigué : des cernes lui mangeaient les joues et ses traits étaient tirés. Et puis, quand elle posa ses yeux sur lui, ce fut son sourire qui éclaira ce triste visage. Dans le même temps, son propre estomac, tendu depuis son arrivée ici, se relaxa. Évidemment. S’il n’avait pas eu peur de passer pour un idiot il aurait levé les yeux au ciel pour lui-même à cet instant précis.

Elle le taquina bien vite en lui reprochant d’avoir été encore plus lent qu’une fille qui s’apprête pour un rencard dans le but de se faire désirer. Ce à quoi il ne put que répliquer qu’elle avait vu clair dans son jeu et il pointa du doigt ses propres vêtements :

- Regarde-moi ça ! Un tee-shirt du Conseil régional emprunté à mon frangin et un baggy. Qwertee et Armani n’ont qu’à bien se tenir !

Elle sourit de plus belle et enchaîna :

- Et si je te disais que c’était idiot d’avoir fait autant d’efforts parce que Gaston a réussi à ouvrir le fichier ?

La tête qu’il afficha alors dut valoir son pesant de gallions parce qu’elle laissa échapper un éclat de rire avant de lancer un malicieux :

- Bazinga !

Ok. C’était une blague. Et elle était contente d’elle la bougresse. Et la voir ainsi capable de plaisanter avec un sujet qui l’aurait rendue folle il y a deux jours lui procura un drôle de soulagement qui lui donna à son tour le virus du sourire. Pour le coup, c’était celui de Gaston qui devait être le moins éblouissant des trois et, pourtant, il en affichait toujours un de compète, pour dire…

Et puis la réalité retomba sur elle comme une chape de plomb et, plus sérieuse et nerveuse, elle lui demanda avec espoir et appréhension mêlés :

- Tu vas bien pouvoir l’ouvrir, alors ?

- On va voir ça tout de suite, Shelly.

Il se tourna vers l’écran mais nota quand même le haussement de sourcil interrogatif de Gaston au passage. Bizarrement, il ressentit un certain contentement à ce qu’elle doive lui expliquer la référence - et non seulement il ne savait pas que Shelly était le surnom de Sheldon mais il n’avait même pas capté le bazinga en fait… bref, Gaston ne regardait pas The Big Bang Theory, dommage pour monsieur sourire-parfait.

Il lui fallut un bon quart d’heure pour ouvrir le fichier « ROSE » mais celui-ci n’était qu’une première porte vers d’autres données. Quand il leur annonça qu’il en aurait encore pour deux ou trois heures de décodage mais qu’il devrait y arriver sans problème, elle soupira de soulagement et proposa qu’ils quittent la pièce pour qu’il puisse travailler en silence comme il l’aimait. Elle avait de toute façon de nombreux coups de fil à passer pour arranger la suite.

Une heure intensive devant l’écran plus tard, il s’étira pour faire craquer son dos et décida de faire un tour dans la cuisine pour récompenser son estomac pendant que son labeur portait ses fruits tranquillement mais sûrement. Il était plutôt content de lui et il remarqua que la tâche l’avait tellement absorbé qu’il ne s’était pas posé davantage de questions sur toute cette histoire, sur elle, et sur Gaston…

Quand il arriva devant la porte de la cuisine qui était à peine entrouverte, il se figea lorsqu’il comprit qu’elle était à l’intérieur, en pleine conversation avec Gaston. Quelque chose le retint d’entrer tout de suite, comme s’il sentait que cette discussion n’était pas anodine, et il hésita à faire demi-tour mais des bribes de mots captèrent son attention et il laissa la curiosité l’emporter...

- … courage, plus qu’un jour et on pourra fêter ton anniversaire comme il se doit !

- Fêter mon anniversaire ? Et qui viendra ? Ils me détestent tous à cause d’elle.

- Ils sont aveuglés par toutes les salades qu’elle leur a fait ingurgiter mais ils verront que tu n’étais pas cette peste capricieuse et égoïste qu’elle a inventée. J’en suis sûr.

- Il n’y a bien que toi pour y croire encore Gaston. On n’est pas dans un conte de fées. Même si ces fichiers révèlent la vérité à temps, il y en aura encore pour des mois de procédure judiciaire pour prouver que je suis dans mon bon droit. Et même après ça, il y en aura toujours pour croire que je suis réellement cette opportuniste avide qui se fichait bien d’eux.

- Si c’est vraiment le cas, c’est qu’ils ne te méritent pas.

- Ça n’en fait pas moins mal, murmura-t-elle.

- Je sais…

Un peu sonné par ce qu’il venait d’entendre, il se mit néanmoins à cogiter. S’il restait planté là, c’était un risque qu’il soit surpris en train d’écouter aux portes. S’il partait, vu le silence qui régnait à présent, il pouvait être repéré au moindre bruit. Le mieux était sans doute de reculer doucement de quelques pas pour mieux avancer à grandes enjambées comme s’il venait d’arriver. Oui, il allait faire ça. Il fallait juste qu’il s’ébroue un peu pour sortir cette conversation de sa tête et ne pas la regarder différemment de d’habitude. Voilà, secouage de caboche fait. Respire un bon coup, souris et c’est parti…

Il n’eut même pas vraiment besoin de simuler la surprise en les découvrant assis à la table parce qu’il fut réellement étonné de voir sa tête reposer sur l’épaule de Gaston dont une main caressait son dos.

- Oh ! Dé… désolé si je vous interromps, je…

Il resta figé quelques secondes, le temps de voir sa transformation s’opérer : de vulnérable, elle se redressa en position de défense, la colère passant furtivement sur son visage avant qu’elle ne parvienne à la contrôler. Sans demander son reste, il commença aussitôt à faire demi-tour en se morigénant. Idiot ! Tu t’attendais à quoi au juste après une telle discussion ? À ce qu’ils jouent aux échecs ?

Il était déjà bien avancé dans le couloir lorsqu’il l’entendit :

- Attends ! Pourquoi tu t’enfuis comme ça ? Tu as réussi à décrypter le reste ?

- Pas encore, mais c’est en train de se faire. Je… je venais juste grignoter un truc.

Il n’avait même pas osé se retourner pour lui dire ça. Il avait quoi ? Onze ans d’âge mental ? Allez, reprends-toi, vieux ! Il se gratta maladroitement l’arrière du crâne tout en pivotant vers elle et lui jeta à peine un regard avant de fixer le pot de fleurs à côté d’elle - très joli vase, vraiment, peut-être un Ming… ou un Ikea… quelle importance, hein ? Sauf si elle envisageait de le lui jeter à la tête, peut-être qu’elle s’abstiendrait si c’était un Ming… Pourquoi fallait-il qu’il soit aussi ignorant en art décoratif ? Ça aurait pu être très utile de savoir ce genre de trucs pour calmer les battements de son coeur à ce moment précis… - puis il se racla la gorge pour ajouter :

- Désolé, je ne voulais pas vous déranger.

- Hey, ça va, je ne vais pas te manger, hein ! Tu verrais ta tête… Je sais que… que j’ai pu parfois m’emporter un peu cette semaine…

- Un peu ? reprit-il avec un sourire en coin, soulagé de sa réaction.

- Bon, ok, un peu trop. Mais j’ai évité ton visage quand j’ai lancé le premier disque dur !

- Probablement parce que tu avais encore besoin de ma tête pour bosser sur le deuxième, plaisanta-t-il.

- Probablement, ouais, entra-t-elle dans son jeu en souriant avec complicité. Bref, je… j’ai peut-être fait une drôle de tête parce que tu m’as surprise tout à l’heure en entrant dans la cuisine alors que…

- … alors que tu pleurais dans les bras de ton copain ? J’aurais dû frapper, c’est ma faut…

- Quoi ?! C’est n’importe quoi…

Il releva la tête d’un mouvement vif : Gaston n’était pas son copain ?

- … je ne pleurais pas !

Ah…

- Et Gaston est juste mon meilleur ami, mon seul ami, même, si tu veux tout savoir. Donc inutile de t’imaginer ce que tu aurais pu interrompre, il n’y a aucune gêne à avoir. C’est juste…

Il avait vraiment très faim à présent ou son estomac avait simplement décidé de faire une partie de Just Dance là, comme ça, sans raison ?

- … je n’ai pas l’habitude de… Oh ! Et puis on s’en fiche. Si tu as faim, va manger, c’est tout.

Interloqué par son changement de ton, il la scruta avec un peu plus d’attention. Elle semblait agacée dorénavant. Contre lui ou contre elle-même ? Venait-elle d’essayer de s’ouvrir un peu à lui avant de finalement abandonner ? Si c’était le cas, c’était l’occasion ou jamais de faire un pas vers elle…

- Merci. Et si ça peut te rassurer, je trouve que tu progresses vachement niveau carapace.

- Pardon ? répliqua-t-elle d’une voix glaciale en lui lançant un regard perçant.

Il déglutit avec difficulté et leva les mains en signe de reddition.

- Désolé, je voulais dire… enfin… je sais ce que c’est, de ne pas vouloir montrer ses sentiments, de se protéger derrière cette carapace qui s’est endurcie à mesure que les autres nous ont attaqué ou déçu… La tienne semble pas mal épaisse et je suis désolé que tu aies été blessée à ce point. Enfin, je me goure peut-être complètement, hein ! Mon frangin dirait sans doute que je projette mais… c’est l’impression que j’ai eue… et je voulais juste que tu saches que tu n’avais pas à t’en faire en ce qui me concerne. Même si je te vois sans cette carapace comme dans la cuisine tout à l’heure, je n’ai aucune intention de te faire du mal.

- … Tu dois vraiment être en hypoglycémie pour délirer comme ça. Allez, file manger quelque chose, Monsieur l’escargot !

- Escargot ? J’ai parlé de carapace, pas de coquille.

- Tu n’as pas lu Ensemble, c’est tout ? Je me garde l’escargot alors. Pour toi ce sera Carapuce.

Il échangea un sourire en coin avec elle, rassuré qu’elle accepte cette main tendue au lieu de se renfermer davantage au fond de sa coquille, donc. Un pas à la fois.

- Tant que tu me proposes autre chose que de la salade pour remplir mon estomac, ça me va.

- Tu deviens insultant ! Tu as déjà oublié que c’était toujours la fête dans mon frigo ou quoi ?
End Notes:
Je crois que c'est un des chapitres que j'ai préféré écrire avec la scène finale.
Bref, au début, je n’étais vraiment pas sûre de faire intervenir Gaston car je me basais davantage sur le conte de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont que sur le Disney (et Gaston n’existe pas dans le premier). Mais, finalement, j’ai mixé les deux et quand j’ai lu sur un site de prénoms que Gaston était connu pour sa grande gentillesse, toujours de bonne humeur et répandant la joie autour de lui, ça m’a décidée à l’inclure parce que ça collait bien avec la contrainte de l’atelier quand même, vu le Gaston de Disney !

Quelqu'un veut lire le dernier chapitre ? ^^
Fichier 5.0 by Ocee
Author's Notes:
Un grand merci à Pimy dont le retour m'a motivée à relire et à enfin publier ce dernier chapitre aujourd'hui alors que je procrastinais de semaine en semaine vu qu'il ne semblait intéresser personne ^^' J'espère que cette fin ne te décevra pas !
Fichier 5.0

Cela faisait environ une heure qu’il était à nouveau devant son PC lorsqu’il entendit la sonnette de la porte d’entrée retentir. C’était la première fois depuis une semaine qu’elle avait de la visite en sa présence, Gaston et lui exceptés. Curieux, il se demanda qui cela pouvait être et tendit l’oreille… Rien. Il devait être trop éloigné pour entendre leur conversation.

Et puis, de nouveau, la sonnette résonna dans toute la maison, le faisant sursauter. Pourquoi n’avait-elle pas ouvert ? Gaston était parti après sa pause culinaire pour aller travailler mais elle non. Était-elle dans le jardin ? Ou dans une Batcave insonorisée dont il ignorait l’existence mais qui le faisait déjà fantasmer comme un gamin rien qu’à l’idée ?

La sonnette fut encore actionnée, le tirant de ses rêveries. Qui que soit la personne qui souhaitait entrer, elle n’était visiblement pas prête à baisser les bras vu l’insistance avec laquelle elle appuyait désormais sur le bouton. Intrigué, il se décida donc à descendre pour voir de quoi il retournait.

Il découvrit avec étonnement que la propriétaire des lieux était parfaitement consciente de la situation. Elle était dans le hall d’entrée, assise sur la dernière marche de l’escalier qu’il était en train de dévaler, la tête entre les mains comme si elle essayait de faire taire cette sonnette qui n’en finissait pas.

- Hey ! Tout va bien ? Qu’est-ce qui se passe ? lui demanda-t-il une fois arrivé en bas en posant une main sur son épaule.

Surprise, elle releva vivement la tête vers lui et son regard vira d’apeuré à suppliant :

- Tu as réussi ? Dis-moi que tu as les fichiers !

- Pas encore, mais ce n’est plus qu’une question de minutes, je t’ass…

Des coups violents furent frappés à la porte, détournant leur attention.

- Cessez de faire l’enfant et ouvrez-moi, maintenant, Mademoiselle. Le délai est écoulé, vous devriez privilégier un accord à l’amiable avant que je revienne avec un titre exécutoire, s’écria la voix à demi étouffée du visiteur de l’autre côté.

- C’est… c’est un huissier ? s’enquit-il à voix basse.

- C’est ce qu’il prétend, mais je sais que c’est ma tante qui l’envoie pour me faire peur. Il nous reste plusieurs heures, elle n’a pas le droit, soupira-t-elle alors que de nouveaux coups donnés la firent trembler malgré elle.

- Ok. Dans ce cas, ça ne sert à rien que tu restes ici. Viens plutôt là-haut avec une bonne tasse de thé pour être aux premières loges quand les fichiers seront prêts, d’accord ? lui proposa-t-il en lui tendant la main.

Il n’aurait su dire si c’était la situation qui la paralysait à ce point ou si c’était le geste en lui-même. Toujours est-il qu’elle resta figée plusieurs secondes - qui lui parurent à lui fatalement très longues - à regarder cette main tendue comme si c’était un animal fantastique qu’elle n’osait pas approcher, mi-fascinée et mi-méfiante, semblant en lutte intérieure pour savoir ce qu’il convenait de faire. Il se trouvait un peu bête, là, debout devant elle alors qu’elle s’apprêtait à lui mettre probablement l’un des plus beaux vents de sa vie. Mais il n’osait bizarrement pas bouger. Quelque chose lui disait que mieux valait encore choper une crampe plutôt que de faire marche arrière.

- Princesse ? tenta-t-il doucement pour la faire réagir.

Elle releva alors les yeux vers lui, les cligna deux ou trois fois et sembla enfin reprendre ses esprits.

- Princesse ? répéta-t-elle d’une voix railleuse en faisant la moue. Sérieusement, tu te prends pour Aladdin, là ?

- Hey, j’ai pas non plus demandé si tu avais confiance en moi, que je sache ! Mais si tu me dis que le tapis qui se trouve sous nos pieds peut voler, je veux bien faire un effort et rembobiner pour te poser la question, si tu veux, répliqua-t-il avec son sourire en coin habituel, soulagé de la retrouver telle qu’il la connaissait.

Elle hocha la tête de droite à gauche tout en souriant et en s’appuyant sur sa main tendue juste le temps de se relever. Ce n’est qu’arrivée au milieu de leur ascension qu’elle s’étonna :

- Non mais, sérieusement, tu sais comment je m’appelle au moins ?

- Evidemment, mon frère m’avait donné tes coordonnées.

- Ah, oui… Et… ton prénom à toi, c’est quoi déjà ?

- Tu plaisantes, là ? Mon frère ne te l’a pas dit ? Il serait temps de s’en soucier…

Elle leva les yeux au ciel comme si ce n’était qu’un détail mais une légère rougeur sur ses joues trahit son embarras.

- Tu n’as qu’à m’appeler G.

- G, comme la lettre G ? Tu te crois dans un James Bond ou quoi ?

- Oui, voilà. Il y avait Q pour Quartermaster… et G sera pour Génie.

- Je rêve ! Ça va les chevilles, Mr Geek ?

- Très bien, merci. Et moi c’est G, Genius G.

Elle ricana alors qu’ils entraient dans le bureau, ses ennuis presque oubliés l’espace d’un instant malgré l’écho sourd des coups encore frappés en bas. Mission réussie.

Quelques minutes plus tard, bien installés avec une tasse de thé chaude en main, ils fixaient l’écran avec avidité alors que la barre de téléchargement approchait de son but. Lorsque la petite sonnerie caractéristique leur apprit que c’était fini, elle ne put s’empêcher d’empoigner son bras, comme pour mieux le retenir, pour suspendre cet instant tant attendu, ou pour se retenir, elle, à quelque chose pour ne pas chavirer. Alors, il recouvrit sa main de la sienne pour la rassurer et l’invita à ouvrir les fichiers elle-même. Il lui proposa même d’attendre dans le couloir, si elle préférait être seule, mais elle raffermit aussitôt sa prise autour de son avant-bras, prière muette pour qu’il reste auprès d’elle.

Elle ferma les yeux une seconde, inspira un bon coup, puis cliqua pour ouvrir ce qui devait enfin la libérer. Mais son coeur rata un battement au son qui s’éleva alors des enceintes. Dans une vaine tentative de se rassurer, elle se tourna vers lui, pleine d’espoir, mais les sourcils froncés qu’il arbora confirmèrent ses craintes. Aussitôt, il reprit le contrôle du clavier pour tenter quelques manips mais rien n’y fit, il ne pouvait pas détourner le système et la nouvelle fenêtre qui s’était lancée pour leur barrer la route était une étape inévitable.

- Je suis désolé, si tu n’as pas le mot de passe, vu le type d’encodage, ça va prendre à nouveau des heures pour parvenir à les ouvrir. Ils sont tous protégés. Une vraie poupée russe, ce truc, si j’avais su…

- Laisse tomber, c’est trop tard. Tu as fait tout ce que tu as pu, dit-elle d’une voix blanche.

- Non ! On est si proches du but, c’est trop bête ! Tu dois sûrement pouvoir faire quelque chose. Tu m’as dit qu’il s’agissait de ton passé. Qui a créé ces fichiers ? Tu connais peut-être le mot de passe ! On peut tenter. Et on peut barricader les entrées en bas pour gagner encore un peu de temps dans le pire des cas, ta tante ne va pas débarquer à minuit pile pour te sortir d’ici, tu… j’en sais rien… il doit bien y avoir quelque chose à faire !

Elle le fixa alors avec dans le regard une tendresse qu’il ne lui avait encore jamais vue.

- Merci, murmura-t-elle en continuant à le regarder avec gratitude. Tu ne sais même pas pourquoi je me bats et pourtant… Merci d’être à mes côtés alors que rien ne t’y oblige. Ça représente bien plus que tu ne peux l’imaginer pour moi…

- Alors explique-moi ! Donne-moi encore de quoi t’aider !

Lasse, elle soupira en fermant les yeux et puis elle se leva pour aller chercher du courage en regardant par la fenêtre. Après tout, il méritait bien de savoir… Alors, elle prit une grande inspiration et se lança d’un ton sarcastique :

- Il était une fois…

Et ainsi lui conta-t-elle l’histoire de cette pauvre petite fille de onze ans qui apprit l’identité de son père seulement quelques jours avant le décès de sa mère mourante, qui l’avait élevée seule dans un milieu plus que modeste, loin du luxe et des paillettes auxquels elle aurait pu prétendre. Et parce qu’elle était en colère après sa mère pour lui avoir caché la vérité et surtout pour l’avoir abandonnée si tôt, parce qu’elle était en colère après ce père millionnaire absent qui - après les tests de paternité de rigueur effectués, évidemment - avait souhaité dorénavant être le parent modèle, parce qu’elle était en colère après la terre entière à ce moment-là, elle lui raconta aussi cette adolescence difficile qui la fit sombrer dans des travers dont elle n’était pas fière.

Elle lui raconta comment elle s’était adaptée du mieux qu’elle avait pu à ce milieu où le paraître est roi, comment elle avait vogué entre rébellion, dédain des autres et sourires feints pour se faire accepter de sa nouvelle famille et de ses nouveaux amis, qui trouvaient la nouvelle héritière de l’empire familial tellement intéressante puisque son père l’avait adoubée comme telle. Comment elle avait fini par baisser ses défenses et réellement apprécier quelques personnes de son entourage, y compris son père, malgré des débuts chaotiques. Comment il s’était montré patient avec elle, comment il l’avait supportée dans ses pires moments pour lui prouver qu’elle n’était pas seule, qu’il serait toujours là pour elle… Et comment il l’avait finalement abandonnée lui aussi en mourant dans un accident l’année de ses 17 ans.

Entra alors en scène sa tutrice de tante qui complota pour détruire toutes les preuves qui la reliaient à son père avant de montrer son vrai visage le jour de sa majorité.

Avec amertume, elle lui narra comment cette parente la plus proche l’avait fait passer pour une opportuniste qui n’en avait qu’après l’argent de son frère alors qu’elle n’avait aucun droit à y prétendre, affirmait-elle. Elle lui expliqua comment sa tante avait retourné tout le monde contre elle grâce à ses faux papiers et témoignages, allant jusqu’à la décrédibiliser avec avis médical à l’appui. Comment elle l’avait décrite comme une personne instable et manipulatrice, devant les employés et actionnaires de leur société pour empêcher les dernières volontés de son père de la voir hériter de ses parts, et donc de son pouvoir, à ses 21 ans. Jusqu’à cette date, elle était protégée par son testament mais, ensuite, sans preuve, c’était comme si elle n’avait jamais existé pour lui. Comme si tout cela n’avait été qu’une parenthèse inventée. Une vaste supercherie dont elle était soi-disant l’instigatrice et sa brave tante, héritière légitime, la victime.

- … alors… ces fichiers…

- D’après ce que j’en sais, ce sont les sauvegardes de mon père me concernant. La première année, ça m’a pris du temps à encaisser, à voir jusqu’où ma tante était allée. Elle avait même réussi à m’effacer des registres d’état civil ! Et comme j’ai tendance à être ma propre kryptonite, j’ai un peu… débloqué. Ce qui n’a fait que renforcer sa théorie. Heureusement, Gaston a finalement réussi à me remettre sur les rails. À partir de là, j’ai cherché des preuves partout où il pouvait en rester. Ça m’a pris un temps fou, mais j’ai finalement pu mettre la main sur ces disques durs l’autre jour.

- D’après ce que tu en sais…

- Encore faut-il réussir à les ouvrir pour en être certaine. Mais avec ce nom… et toutes ces protections… Je sais que c’est ça !

- Rose ?

- Le prénom de ma mère.

- Est-ce que… est-ce qu’il… il l’aimait vraiment, au final ?

- C’est ce qu’il m’a assuré l’unique fois où il s’est confié à moi sur le sujet. Il m’a dit que c’est elle qui avait disparu du jour au lendemain sans explication alors qu’ils étaient tombés fous amoureux, répondit-elle en fronçant les sourcils. Pourquoi ? Tu ne serais pas un grand romantique dans l’âme, Mr Geek, par hasard ? Je te raconte tout ça et… ce qui t’intéresse, c’est si mes parents s’aimaient ?

- Hey, j’y peux rien ! se défendit-il en se grattant l’arrière de la tête gauchement. Il a appelé le fichier source Rose… et beaucoup de mots de passe sont choisis en fonction de nos sentiments. Du coup, il y a encore de l’espoir ! Je vais lancer un programme en parallèle pour aider à débloquer le truc mais, toi, essaye tout ce qui te passe par la tête concernant ta mère et ton père, ok ? Date de naissance, date et/ou lieu de rencontre, surnoms… Écris chaque combinaison essayée à côté pour t’y retrouver et…

- Pourquoi tu fais tout ça ? l’interrompit-elle alors de but en blanc en le regardant comme si quelque chose lui échappait. Qu’est-ce que tu as à y gagner ?

Y gagner ? Interloqué, il la dévisagea en plissant les yeux alors qu’elle faisait de même.

À quoi rimait ce face-à-face ? Et même toute cette histoire ? Était-ce normal d’aider à ce point une personne qu’il ne connaissait que depuis une semaine ? C’est ça, qu’elle lui demandait ? Était-elle incapable de croire que les gens pouvaient agir de manière désintéressée ? Évidemment, vu tout ce qu’elle venait de lui raconter, il comprenait que se méfier soit devenu une seconde nature chez elle, il y avait de quoi mais… il pensait qu’ils avaient passé ce stade tous les deux, qu’elle avait fini par sortir de sa coquille, justement, vu comme elle s’était confiée à lui.

- Mon frangin ne t’avait pas prévenue que j’avais le syndrome du Bisounours ? C’est mon truc d’aider les gens sans rien attendre en retour - et généralement sans rien obtenir d’ailleurs. Toi ou une autre personne, ça aurait été pareil, j’aurais essayé jusqu’au bout…

- Oh… Vraiment ? se reprit-elle, suspicieuse.

- Quoi ?! Non, bien sûr que non ! Tu ne vois pas que je fais mon Carapuce pour contrer ton repli dans ta coquille, là ? J’aide les gens qui en valent la peine, je ne suis pas complètement maso. Si tu m’avais traité comme un chien tous les jours comme mon frère le redoutait au départ, je t’aurais lâchée dès qu’une porte de sortie se serait présentée à moi. J’ai failli le faire, d’ailleurs, quand tu as balancé le premier disque. Mais, que tu en aies conscience ou pas, tu m’as fait confiance, tu t’es ouverte à moi peu à peu et… à partir de là, c’est normal que je fasse mon possible pour t’aider, non ? Tu me demandes pourquoi je fais ça mais… pourquoi je ne le ferais pas ? Je me sentirais comment si je te laissais tomber au pire moment alors qu’on n’a pas encore tout essayé, à ton avis ?

- … comme une merde ?

Malgré lui, il lâcha un ricanement à cette proposition, ne s’attendant pas à une réponse de sa part. C’était censé être une question rhétorique. Ils échangèrent alors un regard et un sourire complices et il confirma :

- À peu près comme une merde, ouais. T’as l’idée Princesse.

- Arrête de m’appeler comme ça ! C’est pas le syndrome du Bisounours que tu as, c’est celui du Prince Charmant. Et ça craint, si tu veux mon avis, tu es bien plus cool avec ta casquette de Genius G, asséna-t-elle en reportant son attention sur l’écran pour commencer à tester des mots de passe.

- T’en fais pas, va, je sais où est ma place, marmonna-t-il en sortant son smartphone pour rechercher un programme adéquat. Je suis loin d’avoir le compte en banque des princes que tu as pu fréquenter.

- Mais eux étaient loin d’être charmants, répondit-elle spontanément, tout en continuant sa tâche.

- … ah ? Et intelligents ? Ils l’étaient ? demanda-t-il l’air de rien tandis que son cou virait au rouge.

Elle marqua un temps d’arrêt à sa question, se mordant la lèvre inférieure pour ne pas trop sourire. Elle le trouvait vraiment craquant quand il doutait de lui, c’était plus fort qu’elle, elle avait pris goût à le taquiner.

- Oh, la plupart, oui, quand même. Les grandes écoles, tout ça, tu sais…

- Ah, oui, évidemment.

- Je vais refaire du thé, tu en veux ? Tu pourras installer ton programme pendant ce temps comme ça.

Ils passèrent ensuite toute la soirée à tenter les combinaisons qui leur passaient par la tête. Et à mesure que le temps filait, il la voyait s’éteindre peu à peu, perdre ce regain de motivation qu’il avait su lui insuffler. Les piques et plaisanteries s’amenuisaient, les sourires tristes se répétaient à chaque tentative ratée. Il se sentait tellement impuissant et chamboulé par son désespoir. Il aurait tellement voulu être son sauveur, quoi qu’il en dise. Parce que, oui, son histoire l’avait touché au-delà de ce qu’il aurait pu imaginer. Et oui, ça ne faisait qu’une semaine qu’ils s’étaient rencontrés et, c’était dingue, mais il avait l’impression de la connaître bien mieux que certaines personnes qu’il côtoyait depuis des années…

Peu avant minuit, elle se laissa aller contre lui en posant sa tête sur son épaule.

- Je suis désolé, lui souffla-t-il, la gorge serrée.

- Tu n’y es pour rien ! Tu m’as tellement aidée. Et supportée durant cette semaine infernale… J’ai eu de la chance de t’avoir rencontré. Merci.

- Tu es sûre que si on débloque ça demain, ce sera trop tard ? Maintenant, on sait déjà combien de caractères il y a grâce au programme. À quelques heures près… ce n’est pas possible que le sort s’acharne à ce point…

- Bienvenue dans mon univers ! Ma tante a probablement le stylo au-dessus de toute la paperasse nécessaire dans le bureau du notaire là. Il y avait des clauses très strictes, et elle s’est assurée de tout cadenasser, crois-moi. Il y a tellement d’argent en jeu pour elle, tu ne te rends pas compte ! Mais ce n’est pas grave… tu sais pourquoi ?

Intrigué, il s’écarta légèrement d’elle pour tourner sa tête dans sa direction. Mais elle garda son regard fixé vers l’écran, comme si elle n’osait pas le regarder en même temps qu’elle déclara :

- Ce n’est pas grave parce que… tu m’as rappelé ce qui comptait vraiment. Tout cet argent, cet héritage… même le nom de mon père. Au final, peu importe. Je n’ai pas besoin que tous ces snobs sachent qui je suis. Ce qui compte, c’est que moi je le sache. Et que je me souvienne que, malgré leur séparation, j’avais deux parents qui m’aimaient vraiment et qui s’étaient vraiment aimés. C’est ça l’important… non ? demanda-t-elle presque timidement en tournant finalement son visage le sien, comme si elle avait besoin qu’il lui confirme qu’elle n’avait pas été seule.

Il approuva d’un léger hochement de tête et ils restèrent ainsi immobiles, leur regard ancré l’un à l’autre comme si plus rien n’existait autour d’eux. Et puis, soudain, il se détourna d’elle pour se ruer sur le clavier, la laissant pantelante alors qu’il pianotait une dernière tentative.

- Qu’est-ce que…

- Ça doit être ça, il le faut ! s’impatienta-t-il tandis qu’il validait, fébrile, ces deux mots qui lui paraissaient tellement évidents à l’instant.

Et sous leurs yeux ébahis, les fichiers consentirent enfin à livrer leurs secrets. Test de paternité, extraits d’actes de naissance et de reconnaissance, acte notarié… Toutes les copies étaient là. Ils avaient réussi !

Aussitôt, elle envoya les mails nécessaires pour que l’heure d’envoi fasse foi puis appela avocat et notaire pour leur signifier l’arrivée des documents et pour caler des rendez-vous. Il s’étonna qu’ils soient encore debout à cette heure-là et puis se rappela que lorsqu’il était question d’argent, de beaucoup d’argent, certaines personnes ne rechignaient pas à faire quelques heures supplémentaires. C’était dans leur intérêt. Il s’éclipsa discrètement du bureau, préférant lui laisser de l’espace pour gérer tout ça, et en profita pour aller prendre l’air dans le jardin.

Assis sur les marches du perron, il se mit à contempler les étoiles en essayant de réaliser. Il avait du mal à croire que c’était fini. Oh, bien sûr, pour elle, la bataille s’engageait ! Comme elle l’avait dit à Gaston, il y en aurait encore probablement pour des mois de procédure judiciaire. Mais pour lui, c’était fini. Il avait rempli sa part du marché. Son frère était libre. Il était libre. Il pouvait retourner vaquer à ses occupations ordinaires, à son traintrain quotidien. Elle n’avait plus besoin de lui.

- C’était quoi, ce soupir à fendre l’âme ? s’enquit une voix joyeuse derrière lui.

Il serra les dents pour se forcer à sourire et se tourna vers elle.

- La perspective du retour au boulot bientôt. Réjouissant ! Tu ne sais pas ce que tu rates, Princesse !

- Ah, je compatis… Tu auras intérêt à me raconter tous tes déboires de prolétaire à l’avenir pour bien m’aider à garder les pieds sur terre, lui enjoignit-elle en venant s’asseoir à ses côtés.

- … sérieusement ?

- Bien sûr ! Et puis ça ne doit pas être aussi assommant que ça, sinon tu changerais de travail, non ? Doué comme tu es…

- Hum, il est peut-être temps que je songe à changer, en fait.

- Oh, désolée ! Je pensais…

- T’en fais pas, on n’a pas vraiment eu le temps de parler de moi, tu ne pouvais pas savoir. On n’a qu’à dire que la prochaine fois, plutôt que mes déboires de prolétaire, je te raconterai ma vie trépidante de geek trop adorable pour son bien.

- Ça me va, acquiesça-t-elle en souriant. J’ai hâte.

Gêné qu’elle ne rebondisse pas par une boutade, il se gratta l’arrière du crâne et bredouilla qu’il ne fallait pas qu’elle en attende trop non plus.

- T’inquiète ! Mais je ne tiens plus, tu ne m’as toujours pas dit ! C’était quoi au final ce mot de passe ?

- Tu n’as qu’à deviner ! Si je te le dis, tu vas encore te moquer de moi.

- Pourquoi ? s’étonna-t-elle sincèrement.

- Trop romantique ! répliqua-t-il avec un claquement de langue.

- Non ! Dis-moi ! le supplia-t-elle.

- Hey, tu crois quoi, Princesse ? Les yeux de Chat Potté, ça ne fonctionnera pas, arrête !

- S’il te plaît, Pupuce !

- Pupuce ? s’étrangla-t-il à moitié en rigolant.

- Tu m’appelles Princesse, je t’appelle Pupuce, le Pokemon.

- Ok, viens par là, lui intima-t-il avant de lui murmurer les deux mots à l’oreille, trop embarrassé pour les dire à haute voix.

- Vraiment ? lui demanda-t-elle émue, bien consciente de ce que cela signifiait pour son père.

Il le lui confirma d’un hochement de tête bienveillant, voyant comme elle était touchée.

- Merci G, souffla-t-elle alors en le regardant droit dans les yeux, reconnaissante.

- De rien ma belle, répondit-il en souriant tendrement.

Et ils restèrent ainsi côte à côte sous la voûte étoilée, à savourer l’écho de ces mots dans leur propre coeur. Comme une promesse éternelle. Un rêve inavoué.
True Love.
End Notes:
Voilà, une bonne chose de faite pour moi !

Quand je me suis lancée à la va-vite dans cette histoire pour l'atelier d'écriture, l'intrigue de base n'était vraiment pas ce sur quoi j'avais le plus cogité donc j'espère que vous n'en attendiez pas trop. Mon plaisir dans cet atelier, c'était principalement de pouvoir faire (re)vivre les persos en mode inversé avec plein de références à caser ici et là... J'espère que vous y avez pris plaisir aussi en lisant le résultat !

Un grand merci aux gens qui ont laissé et/ou laisseront un commentaire sur cette histoire qui me tient à coeur malgré le temps que ça aura pris au final pour tout sortir...
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