Monocorde by via_ferata
Summary:
Tu t’assieds et tu attends la vie, simplement, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de vie, alors il est temps d’applaudir et de revenir.
Categories: Inclassable Characters: Aucun
Avertissement: Aucun
Langue: Français
Genre Narratif: Nouvelle
Challenges:
Series: Aucun
Chapters: 1 Completed: Oui Word count: 997 Read: 1958 Published: 05/09/2012 Updated: 06/09/2012
Story Notes:
Encore une fois, mille merci à Verowyn pour sa relecture - et aussi pour ses conseils, sa patience et tout ce qui me sert et dont j'use et abuse à chaque texte écrit.

1. Chapitre 1 by via_ferata

Chapitre 1 by via_ferata
Perroquet ? Dis-moi, Perroquet, dis-je, n’es-tu pas bien, ici ? Tu n’es pas très parlant, perroquet, je te trouve même un peu pâle. Je ne dirais pas fâdasse, j’aurais peur de te toucher, tu te perdrais assurément plus encore en toi-même, mais tout cela n’empêche pas les faits, Perroquet, je te trouve disparu. Perdu. Dis-moi, Perroquet, n’es-tu pas bien ici ?

Tu sais, je ne me faisais pas de souci, au début, quand tu m’as regardé. Tu n’étais pas exactement sombre, mais sérieux, certainement l’étais-tu, et tu as fait trois pas en avant, trois pas en arrière, trois pas sur le côté et voilà que tu t’accrochais à mon ombre. Ca s’augurait bien, non ? J’ai cru que ça te définissait, que je pouvais me fier à cet instant pour bâtir notre relation. J’ai pris ta main dans mon ombre, tu sais, pour te guider à travers tout, et voilà qu’un jour je me rends compte qu’il n’y a rien, juste un château de cartes entre nous deux. Même pas du sable pour la métaphore, je garde pour moi mes marées, mes vents et ma déception.

Qu’est-ce que c’est ? De la colle ? Qu’est-ce que je peux faire avec de la colle ? Je ne veux pas te gluer à moi. Je ne veux pas d’un toi qui ne voudrait pas de moi, Perroquet. Attends. Est-ce pour les cartes ? C’est gentil. J’étais sûr que tu étais gentil. Ca se voit dans tes yeux. Détourne-les, d’ailleurs, ne me regarde pas, je ne pleure pas, tu sais, c’est juste tout le sable des métaphores perdues. Je suis sans émotion, regarde, je colle platement, j’en ai plein les doigts, si je savais mieux entendre, ça ferait souiiifsch, souafsch quand je les ouvre, mais je suis un peu sourd de ton chant, ça tire juste légèrement ma peau. Ca va sécher, ne t’en fait pas. C’est comme les larmes. Tout passe.
Ce n’est pas exactement une Vérité, mais mon expérience me l’a dit, donc j’aurais tendance à dire que si, quand même. Tu ne dois pas me prendre au mot, Perroquet, mais si tu me faisais confiance malgré tout, ça me ferait plaisir.
Je suis plu. Voilà. Merci. Tu es adorable, tu sais, encore un peu et je serais ému, mais c’est comme ça, je suis un roc.

J’aimerais aller au théâtre avec toi, ça te plairait. Ce sont des jeux, sur une scène, comme vivre en criant que c’est vivre. On vit discrètement, sans vraiment l’admettre, tu sais. Je voudrais bien vivre sur une scène. C’est aéré, en plus. Tu aimerais beaucoup. Si tu veux, on ira, un jour. Pas ce soir, mais demain, peut-être. Tu apprécieras.
Tu vas voir, tu seras bien, ici.

Je n’ai pas vraiment peur de te perdre, mais ça m’ennuierait d’être tout seul de nouveau. Je ne me suis pas attaché, mais on s’habitue au changement, et un jour, c’est comme ça, le changement devient monocorde. Personne n’aime perdre son monocorde. Ne le prends pas mal, je l’entends comme un compliment. Tu as su devenir monocorde, tous n’y parviennent pas.
D’ailleurs, je me vois mal jamais te critiquer. Tu es très conciliant, je trouve ça étonnant. Je n’aurais jamais cru ça, au premier abord. Je ne sais pas si tu es au courant, mais tu as un regard assez impitoyable avec tes yeux noirs comme ça, là, et le nez au milieu du visage, si tu vois ce que je veux dire.
Moi, je n’ai plus le nez au milieu du visage depuis qu’on me l’a cassé. C’était un des grands de la cour de la récré, il n’avait même pas fait exprès, mais bon, tu sais, les enfants qui courent, ça a des coudes partout, c’est comme dans les BD, et l’un des coudes a été mal dessiné et paf, dans mon nez. Au début, j’ai cru que je saignais, mais en fait, comme je pleurais, je saignais mêlé de sel. Après, on a été à l’hôpital et c’est vite passé. Donc je me contente d’être schieve, comme ça, je trouve que ça me va bien, en plus.

Enfin, en tous cas, on ne peut pas dire qu’on se ressemble, toi et moi. Déjà, tu t’appelles Perroquet.
Je pourrais dire plein d’autres choses, mais ce n’est pas si intéressant. Tu es vraiment différent. Presque trop, je ne comprends pas comment nous est né. Peut-être que nous devrions être on. Ca serait mieux. On se sépare plus facilement.
En fait, tu devrais aller au théâtre ce soir, je n’y vais pas, tu sais, mais ce serait une occasion pour nous d’être on. Je suis sûr que tu aimerais. Je te montre où c’est, et après, il te suffit d’entrer. Il y a plein de chaises, parfois même quelques fauteuil, tu t’installes où tu veux. Moi, je préfère le troisième rang, mais seulement si les sièges sont en escaliers. Sinon, va tout devant, tu verras mieux. Et donc, après, tu t’assieds et tu attends la vie, simplement, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de vie, alors il est temps d’applaudir et de revenir. Tu pourras même redevenir nous, après coup, si tu veux.

Quand tu auras essayé, tu me diras quoi ?
End Notes:
Il est temps de l'avouer, je suis belge.
Le genre de belge qui vient de Bruxelles et qui jure en flamand, pour être précise. Donc : schieve signifie "de travers" et "dire quoi" signifie "tenir au courant."
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