Omen by via_ferata
Summary:
A mes yeux, tu ne me retrouverais plus. Enfin nous nous accordions.

Categories: Inclassable Characters: Aucun
Avertissement: Aucun
Langue: Français
Genre Narratif: Nouvelle
Challenges:
Series: Aucun
Chapters: 1 Completed: Oui Word count: 994 Read: 1967 Published: 07/10/2011 Updated: 10/10/2011

1. Omen by via_ferata

Omen by via_ferata
Author's Notes:
Vous avez de la chance, ce texte a failli s'appeler Morue. Et puis Verowyn, tel un envoyé céleste, a élevé la voix et m'a remise sur le droit chemin.
Verowyn qui, au passage, est ma bêta, et que je ne saurais remercier assez pour tout ce qu'elle fait, pour sa patience et ses relectures.
Je suis ton seul échec. Je ne veux pas t’entendre le dire, je ne veux plus t’entendre, jamais. Savoir me suffit, et je sais tout par toi. Les mots deviennent inutiles à ma science. Les mots sont littérature, je suis ta rature, ton mot rayé. Ton mot raté.

Je me souviens de tes yeux sur mon enfance, de ta fierté rayonnante et de tes espoirs. Tu savais déjà que je ruinerais ta vie, ton œuvre, mais j’étais là, et ça suffisait à te faire l’oublier. Et puis tu t’es attaché. Etait-ce mon regard, mes questions ou ma confiance ? Moi, je t’aimais, et je t’aimais pour ta voix. Elle grondait et faisait trembler la terre des peurs des savoirs révélés. Le ciel lui-même semblait craindre que tu lui dévoiles son nom.
Un jour, tu m’as longtemps sondée avant de me murmurer, si bas que je l’ai à peine entendu, Nomen est omen. Les vieux le disaient souvent, et je n’y avais jamais cru, mais sous ta voix, la vérité semblait se faire. Comme une tapisserie.
J’étais jeune, je t’ai crue, et j’ai détaché une à une les syllabes de mon prénom. Aujourd’hui encore, je te crois en toutes choses, car j’ai de chaque instant vérifié les certitudes, jusqu’à m’en lasser.

Je me demande si c’est là que tu as compris que tu devrais t’y faire. Tu t’habituais à ne plus m’adorer que de loin, mais je ne l’ai pas ressenti. Ca me vexerait, plus tard. C’est un soir que se sont fait les liens, quand sous l’arbre de nos promenades tu n’as pas attendu que je pose mes questions avant d’y répondre. Tu as raconté le silence. Je me souviens que c’était étrange, et que je l’ai vite oublié.
Les bruits du silence ne m’importaient plus tant quand je m’apercevais que ton regard sur moi avait changé. Tu brisais nos traditions pour me laisser partir.

Je voulais rester, tu sais. Je me suis levée, je t’ai quitté sans un mot, et durant sept jours je me suis tue. Nous nous croisions chaque nuit aux détours de nos pensées errantes, mais tu ne me regardais même pas. Je t’avais blessé, tu m’avais heurtée. J’étais malade d’angoisse, malade de ne plus t’aimer, malade de prétendre et de jouer ou de croire à ton jeu.
Puis il y a eu le sourire. Nos regards s’étaient croisés, par hasard bien sûr. Nous n’avions pas prévu leurs excuses, leurs pardons, leurs affects. Nous avons parlé sept heures durant.

Après, nous avons prétendu. Comme si tout allait bien, comme si tu croyais à l’avenir. Mais tu me voyais au loin, et je n’osais rester près de toi.
Le goût féroce des gâteaux que nous partagions, l’arôme forcé des sourires que nous échangions.
Et puis les voyages. Toi d’abord, moi ensuite. Nous ne nous voyions plus, nous ne nous pensions plus, et chez nous est peu à peu devenu chez toi. J’ai traversé la Manche autant de fois que je l’ai pu, traversé l’océan, même, pour me dire maître des mers. C’était stupide, tu aurais ri, mais ça m’a servie. La réputation est restée.
Et tu n’as pas ri. Je faisais l’enfant, tu m’as crue adulte. Enorme de moi-même, redoutable sans doute. J’ai voulu revenir, les routes m’étaient fermées, les portes m’étaient cachées. Tout ce que tu avais se dérobait à mon approche. Sous la boue des chemins, c’est ton hostilité que j’ai ressentie, petit à petit.

Je ne t’avais alors encore rien fait.

J’ai suivi la route des enfants perdus, je me suis enfoncée dans le monde. A mes yeux, tu ne me retrouverais plus. Enfin nous nous accordions.
Je ne te haïssais pas, nous étions au-delà de ça, j’avais juste à te détruire, et ça ne m’était pas difficile. Il me suffisait de me souvenir. Et comme je tenais tout de toi, mémoire et savoir, il me semblait que tu m’avais élevée à te perdre. J’étais ton suicide.

Et je n’ai pas pleuré. Je m’en croyais capable, pourtant, des larmes par sanglots, sans dignité. Mais je suis la mère de ton mal, et la mère ne pleure pas. Elle œuvre. Et j’ai œuvré, j’ai œuvré comme jamais je n’avais rien fait, avec l’énergie du naturel. Je me sentais forte de l’évidence de mes actes, et j’étendais mon pouvoir à toute chose. Je me taisais, je me sentais le silence. Le silence de tes mots, le silence de toi. J’ai tu tes arguments, tu ta loi. Tu tes mots que je ne pouvais entendre.

Je t’imaginais guetter la cacophonie de ton œuvre, chercher dans le lointain les rires gras de ta victoire et ne trouver partout que des bribes d’échec.

Parfois, aussi, je ruminais. Enfant, je t’avais aidé à monter ton œuvre, mais je n’y avais plus de place. Pas de place. Tu aurais pu me sculpter une chaise, tu ne l’as pas fait. Ainsi m’as-tu créée.
Je suis née des hier aux demain inaccomplis. Aubes avortées de nuits tourmentées. Et parfois je me dis qu’en détruisant tes rêves ce sont les restes de moi que je lamine bout à bout. Ma main dans la tienne que j’écorche par lambeaux.

Je suis ton seul échec, et souvent je me demande qui de nous me craint le plus.
End Notes:
Pour la petite histoire, j'ai écrit ce texte après avoir lu les premières pages de Morgane, de Michel Rio, ce qui m'a beaucoup influencée.

Ah, et sinon, je vis d'amour, d'eau fraîche et de critiques, ne m'oubliez pas, s'il vous plait ^^
Cette histoire est archivée sur http://www.le-heron.com/fr/viewstory.php?sid=316