Talents volés by Molly59
Summary: UA. Nous sommes en Serdane, pays écrasé sous le joug d’une dictature brutale et corrompue. En rentrant un soir de leur cours de musique, Nalki, quinze ans, et sa sœur Perle, treize ans, sont accueillis par des policiers. Leurs parents ont disparu. Les deux adolescents sont emmenés de force vers une destination inconnue... 
Categories: Inclassable Characters: Aucun
Avertissement: Violence psychologique
Langue: Français
Genre Narratif: Roman
Challenges:
Series: Aucun
Chapters: 2 Completed: Non Word count: 2230 Read: 10529 Published: 22/06/2011 Updated: 21/05/2014

1. Mauvaise surprise by Molly59

2. Annonce by Molly59

Mauvaise surprise by Molly59
Author's Notes:
Serdane. Nous sommes en l'an 1359 de l'Ère du Renouveau. Le niveau de développement technique correspond à peu près à celui de l'Europe occidentale en 1970.
Chapitre un : Mauvaise surprise


Peut-être y avait-il eu des indices, ce jour là. Des signes, plus ou moins apparents, que sa vie allait basculer. Simplement, il ne les avait pas remarqués.

À ses yeux, tout s’était déroulé comme un mercredi ordinaire. Jour où il passait presque tout l’après-midi au Conservatoire. La routine, en somme.

Il sortit de son cours de violon à six heures et demie. Il se sentait léger, détendu. Heureux…

Le professeur Trapp l’avait félicité avec chaleur, elle qui était en général si avare de compliments. Et surtout, elle lui avait annoncé qu’il jouerait en soliste, aux fêtes du Renouveau. Il en avait à peine cru ses oreilles. C’était un défi exaltant, bien qu’assez angoissant, quand on y pensait. Mais Nalki gardait confiance. Habituellement, le trac ne l’handicapait guère. Au contraire, la présence d’un public le stimulait.

Il eût volontiers sauté de joie dans le couloir, mais il réfréna ses ardeurs et se mit à dévaler deux à deux les marches du grand escalier, sa boîte de violon sur l’épaule. Il cherchait des yeux sa sœur Perle. Son cours de solfège se terminait à la même heure ; sans doute l’attendait-elle déjà dans le hall d’entrée du Conservatoire.

Le garçon balaya du regard l’espace d’accueil. Il évita de s’attarder sur l’immense portrait en pied de Sorbier Pamor, posant en costume d’apparat, l’air satisfait, sa large poitrine barrée d’un énorme ruban aux couleurs criardes.

Le hall était désert.

D’un œil distrait, Nalki parcourut les feuilles placardées sur le panneau d’affichage officiel. Il prenait rarement le temps de les consulter. Toutes sortes de nouvelles directives venaient de sortir, des interdictions pour la plupart. Soudain, son attention se concentra sur l’une d’elles.

« En raison de la situation internationale, l’accès au Conservatoire sera désormais interdit à tout ressortissant de nationalité forsenne, sauf autorisation spéciale du directeur. Tout contrevenant risque un emprisonnement ainsi qu’une reconduite immédiate à la frontière. »

Encore une atteinte aux libertés ! Pour en avoir beaucoup entendu parler à la maison, Nalki était au courant des tensions qui existaient entre la Serdane et le pays voisin, la Forsénie. Il fallait les mettre sur le compte de Sorbier Pamor, triste sire au discours populiste, élu de manière suspecte à la tête de l’État serdan grâce à une crise économique virulente. Le chef de l’État semblait avoir un vieux contentieux à régler avec les forsennes, Ioumah seule savait pourquoi. Depuis qu’il présidait au destin de la nation, celui qui se faisait appeler "le Guide Suprême" ne ratait pas une occasion de lancer des provocations en direction de ses voisins.

Nalki sursauta. Une main venait de se poser sur son bras. Elle appartenait à Myrtille, une petite brune de treize ans au regard brillant. Perle et elle s’étaient approchées sans bruit. Il se pencha pour embrasser l’amie de sa sœur.

— Salut, vieux, comment tu vas ? lança-t-elle d’un ton guilleret.

Il grimaça.

— J’allais bien… avant d’avoir vu ce torchon.

Il désigna du menton le décret nouvellement placardé. Les deux filles collèrent le nez au panneau d’affichage. Perle fut la première à réagir.

— Qu’est-ce que c’est que ça ?

— De la discrimination pure et simple.

— Nalki, c’est grave ! Il faut qu’on en parle à la maison.

— Ils sont cinglés, ajouta Myrtille. Je commence à comprendre pourquoi il manquait trois élèves au cours, ce soir… Et la prof qui n’a rien dit… Elle avait l’air super mal à l’aise, quand on a fait le compte des absents…

— Chut, moins fort ! murmura Nalki en jetant un regard alentour. Venez, on parlera dehors.

Les parents leur avaient recommandé de ne pas afficher leurs opinions. Certains disaient que la police offrait de l’argent en échange de "renseignements", pur encouragement à la délation.

Les trois adolescents sortirent du Conservatoire et s’engagèrent dans l’avenue imposante qui le longeait. Un peu plus loin, ils obliquèrent dans une rue calme et beaucoup plus étroite, bordée de villas luxueuses entourées de jardins bien entretenus. Les filles parlaient de leur cours de solfège et de l’examen qu’elles allaient bientôt devoir passer. Nalki marchait devant elles, son violon dans le dos, toujours préoccupé par l’annonce affichée dans le hall.

Chasserait-on du pays les ressortissants forsennes dans les semaines à venir ? À coup sûr, on allait persécuter ceux qui désireraient rester malgré tout. Les contrevenants seraient obligés de vivre dans la clandestinité...

Ils ne vont quand même pas s’en prendre à des gens comme maman, qui ont acquis tardivement la nationalité serdane…

— Hé, Nalki ! Tu m’entends ?

Perle tirait son frère par la manche. Ils suivaient maintenant un trottoir étroit, éclairé par le soleil rasant de cette soirée d’automne.

— On va avec Myrtille jusqu’au coin de sa rue, d’accord ?

Tandis que les filles repartaient dans leur conversation, Nalki contemplait le parc qu’ils devaient contourner pour raccompagner l’amie de sa sœur. Derrière les hautes grilles, les arbres rivalisaient de couleurs vives, mêlant les teintes d’or, de rouille et de brun. Les habituels vents d’automne n’avaient pas encore ravagé le jardin, et il s’offrait aux regards sous son apparence la plus somptueuse.

— On passe par le parc ? proposa-t-il.

— Non, Nalki ! Je suis pressée. J’ai un devoir de maths à terminer.

— Faut se dépêcher d’en profiter, intervint Myrtille. Il paraît que le jardin va fermer.

Nalki la fixa, stupéfait.

— Fermer ? Et pourquoi donc ?

— D’après mon père, ils ont l’intention de construire des logements et des bureaux sur le terrain. Le parc deviendra un lieu privé.

Le garçon serra les poings. Voir fermer, puis saccager ce jardin qu’il connaissait depuis sa plus tendre enfance serait presque aussi douloureux que d’assister à la mort d’un proche.

Un instant plus tard, Myrtille les quittait avec un petit geste de la main, et s’engageait dans sa rue d’un pas sautillant.

Perle a des amies sympas, qui partagent ses goûts… pourquoi je ne suis pas dans le même cas ? Si je fais le compte de mes copains, les vrais, il ne reste pas grand monde. À part Shen, bien sûr…

Le garçon lâcha un soupir. La montagne lui manquait, les longues randonnées avec son ami en particulier. D’un an plus âgé que lui, Shen ne faisait pas de musique. Il avait déjà mis fin à sa scolarité pour travailler dans l’exploitation agricole familiale. Cependant, c’était avec lui que Nalki partageait le plus de complicité. Difficile d’expliquer pourquoi. Le regard sérieux et attentif du jeune montagnard devait y être pour beaucoup.

Avant de le revoir, il lui faudrait attendre les prochaines vacances…

Les oiseaux chantaient dans la lumière déclinante. On reconnaissait les trilles d’un merle qui se grisait de la douceur automnale.

— Tiens, voilà la mère Fromy. Fais un effort pour lui dire bonjour, Nalki, s’il te plaît !

— Quelle poisse ! chuchota le garçon. Si au moins elle savait sourire, ce serait moins dur…

Tirant sur la laisse de son chien, une femme d’un certain âge, coiffée d’un ridicule petit chapeau, venait à leur rencontre, l’air guindé.

— Je te parie cinq parnes qu’elle va changer de trottoir, murmura Perle entre ses dents.

La femme se rapprochait en les dévisageant. Elle sembla hésiter un moment, comme si elle s’apprêtait à leur parler.

— Bonsoir…, grommelèrent-ils ensemble du bout des lèvres.

Elle émit une sorte de grognement – à moins que ce ne fût son chien – et poursuivit son chemin.

— Tu as perdu ton pari. Elle n’a pas traversé, ricana Nalki quand ils eurent mis un peu de distance entre eux et la femme au bouledogue.

— C’était un pari en l’air ! Mais j’aurais juré qu’elle voulait nous dire un truc.

— En attendant qu’elle se décide, c’est son clébard qui a parlé à sa place.

— Et on n’a pas eu droit à la traduction, gloussa Perle.

Leur rue était modeste, mais agréable, bordée de petits jardins qui dégageaient des senteurs variées et délicieuses. Soudain, Nalki se souvint de l’état d’euphorie dans lequel il baignait en sortant de son cours de violon. Comment avait-il pu oublier d’annoncer la grande nouvelle à sa sœur ?

— Tu sais quoi ? lança-t-il en lui prenant le bras. Mme Trapp m’a appris quelque chose de… d’incroyable, tout à l’heure, à la fin du cours…

— Ah bon ? Et quoi donc ?

— Je vais jouer le concerto de Guertvàn… aux fêtes du Renouveau.

— Sérieux ? En soliste ?

La jeune fille considérait son frère avec attention.

— Ouais… Si tout va bien… accompagné par l’orchestre.

Gros malin ! Tu fanfaronnes, mais tu oses à peine y croire toi-même…

Perle s’arrêta net. Puis, dans un élan, elle se jeta au cou de Nalki.

— Oh, c’est trop génial ! Tu dois être super content, non ?

— Mouais… j’ai la trouille, surtout…

— Tu ne dois pas ! Si la mère Trapp te l’a proposé, c’est que tu en es capable. Elle ne prendrait jamais le risque, sinon.

Ils arrivaient en vue de leur maison, et Nalki se sentit ramené à des pensées plus terre-à-terre.

— Je me demande ce qu’on va manger… Je meurs de faim.

Perle sourit.

— Papa a préparé un gratin de courgettes pour ce soir… Hmmm… j’en ai l’eau à la bouche, rien que d’y penser…Tiens, c’est quoi, cette voiture, garée là ?

Nalki suivit le regard de sa sœur ; ils ralentirent le pas.

— On dirait une bagnole de la police…, chuchota-t-il.

Ils se trouvaient à vingt mètres à peine de chez eux.

— Bizarre. Pile devant la maison… Tu as vu, il y a quelqu’un à l’intérieur…

À travers les vitres teintées du véhicule, on devinait une silhouette assise à l’avant. Nalki s’arrêta.

— Bon, qu’est ce qu’on fait ?

— Je crois qu’on n’a pas trop le choix. Tu ne veux pas voir les parents ?

— Bien sûr que si ! J’espère juste que… Écoute, on ferait peut-être mieux d’attendre, avant d’entrer… Ou alors, on passe par le jardin et…

— Non ! Il est tard, on a faim, et j’ai du travail. Après tout, rien ne dit que les flics soient chez nous.

— Ils sont garés devant la porte.

— Et alors, ça prouve quoi ? Et puis, de quoi tu as peur ? On n’a rien fait de mal, que je sache.

— Tu sais, avec ce qui se passe en ce moment…

— Allez, viens ! Papa et maman nous attendent sûrement.

— Tu crois que la mère Fromy voulait nous parler de ça ?… des flics ?

— Ça se peut. Mais elle est toujours à l’affût du moindre ragot, alors… Viens, allons-y !

— Si tu le dis…, souffla le garçon.

D’où te vient ce mauvais pressentiment ?

Ils se remirent en marche. La maison leur semblait si familière, avec sa façade d’un blanc crème, ses fenêtres ornées de pots de fleurs, ses volets et sa porte peints en vert. L’idée que des visiteurs indésirables aient pu pénétrer dans ce nid douillet n’avait rien de rassurant.

En approchant de la porte, les deux adolescents tendirent l’oreille. Pas un bruit n’était perceptible. Nalki hésitait à introduire sa clé dans la serrure, mais Perle lui envoya un coup de coude pour le rappeler à l’ordre.

Il ouvrit doucement. À la place de la confortable senteur de gratin aux courgettes à laquelle s’attendaient les adolescents, ce fut une âcre odeur de cigarette qui leur sauta aux narines.

Ni leur père, ni leur mère ne fumait.

Ils se regardèrent. Perle s’impatientait. Elle bouscula son frère et passa devant lui. Il voulut la retenir, mais elle avait déjà avancé jusqu’au milieu de l’entrée.

Tu n’as plus le choix, maintenant.

Il repoussa la porte et la suivit.

— Ah, vous voilà enfin, vous deux ! fit une voix dure, surgie de nulle part. Venez donc un peu par ici !


o0o
End Notes:
Vos impressions sur ce premier chapitre ?
Annonce by Molly59
Ceci n'est pas un chapitre, mais une annonce destinée à ceux qui ont suivi cette histoire.
"Talents volés" sort en deux tomes le 3 juin aux éditions du Lamantin sous le titre de "Nalki". Voici le lien vers le site de l'éditeur :

http://www.lelamantin.fr/ados-jeunes-adultes/22-nalki-tome-1-matricule-307-d-alice-adenot-meyer-9791092271065.html

Merci à tous ceux qui m'ont soutenue dans cette belle aventure !
Cette histoire est archivée sur http://www.le-heron.com/fr/viewstory.php?sid=263