Une plus belle histoire d'amour by Pikenikdouille
Summary: Vous ne me connaissez pas, mais vous m'avez sans doute déjà croisée.
Je suis une femme ordinaire. J'ai un peu de chacune de vous, dans la profondeur de mon être.
Je voudrais simplement sublimer mes ténèbres.
Categories: Tragique, drame Characters: Aucun
Avertissement: Aucun
Langue: Français
Genre Narratif: Aucun
Challenges:
Series: Ma plus belle histoire...
Chapters: 3 Completed: Non Word count: 2209 Read: 213 Published: 10/07/2022 Updated: 16/08/2022
Story Notes:
Voici ma participation au concours hommage à Barbara : Ma plus belle histoire (superbement) organisé par Juliette54 et Amnésie !

1. 1. Nantes by Pikenikdouille

2. 2. Parce que je t'aime by Pikenikdouille

3. 3. La belle amour by Pikenikdouille

1. Nantes by Pikenikdouille
Author's Notes:
La chanson choisie pour ce premier chapitre (vous l'avez deviné) : Nantes

Bonne lecture
J’ai regardé la gare s’éloigner. Le tramway me tirait par devant le long de ses rails luisants. Les allées, les passants, perdus sous la pluie. Pressés d’en finir. Mon téléphone serré dans la poche de ma veste. Ce téléphone par lequel le message était arrivé :

Madame, soyez au rdv
25 rue de la Grange-au-loup
Faites vite. Il y a peu d’espoir.
Il a demandé à vous voir…

Il était tôt encore. Le ciel était gris. Les gens, blafards. Nantes les tenait comme dans un lit et je pensais au corps d’un homme à l’agonie.
Je ne savais plus rien de lui. Je ne savais plus pourquoi venir ici.
La solitude de ma destinée, de la sienne aussi, m’envahissait. J’aurais voulu pouvoir ; quoi, tenir une main, tenir quelqu’un.
Mais encore et soudain, c’est sa main à lui qui me revint…
Je cramponnais la barre de métal. Faire semblant de tenir, et peut-être aurais-je fini par y croire moi-même. Si je la serrais assez fort, peut-être…
Toutes ces années à le savoir et à l’ignorer. Même cette ville qui s’étendait à présent, je l’avais souvent contournée. Tout ce temps. Voilà ce que j’avais espéré : un appel, une adresse, un adieu, un rendez-vous.
Il a demandé à vous voir.
25 rue de la grange-au-loup.
A l’heure de sa dernière heure.

La bruine de Nantes, comme des diamants. La bruine bruissait sur moi, larmes et perles à la fois.
J’ai marché comme une nantaise, citadine étrangère et urbaine inconnue. Jusqu’au quartier indiqué, jusqu’à la rue elle-même, l'adresse et son numéro fiévreusement guetté. Une porte s’est ouverte. Un long couloir sans fond, une lueur fébrile, en demi-ton.

Quand j’avance en silence dans le noir, depuis ce jour-là, c’est comme revenir en arrière. L’obscurité et le silence deviennent épais. Une chaleur soudaine, et soudain le froid. Plus aucune voix.
Il était allongé là, semblable à autrefois. Mais les habits, non. Pas ces habits-là…

J’ai compris. J’ai compris, petit à petit. Ne savais-je pas déjà ?
Il y avait là trois messieurs debout. Dans le couloir. Au bout. Ils se sont postés plus près, mais sans s’avancer vraiment, avec cette réserve de circonstance ; la distance. La pudeur imposée ; le silence. Comme trois cierges noirs.
Enfin quelqu’un a parlé.
La voix était le seul signe d’humanité. La seule humanité qu’il restait. De l’extérieur, elle a appelé :
« Papa ?! »

L’un des hommes s’est retourné en même temps que moi.
Il pleuvait sur mon cœur comme il pleuvait sur cette fille. Là, derrière la fenêtre, elle frappait doucement aux carreaux.
L’homme est allé lui ouvrir une porte. Ils se sont regardés. L’un comme une ombre moustachue, sec et tendu. L’une comme une lueur de douceur, ses longs cheveux pleins de blondeur. Luisante et mouillée, elle se tenait, souple et légère comme une fée.
Dans leur face à face, je nous voyais autrefois, lui et moi. Je nous voyais en eux, comme nous aurions pu être, peut-être.
Comme nous n’avions pas été. Comme nous ne serions jamais.
Elle. Moi. Son père, mon père.

Elle m’a regardée. Dans sa main, son téléphone était serré. J’ai pu deviné alors qu’elle était la voix du message. Ces mots, c’est elle qui me les avait envoyés.

Que s’est-il passé, de quoi ai-je parlé ? Je n’étais plus à moi que lorsque je m’affairais. Pour ne pas penser, pour ne pas sentir ce qui s’était passé.
Elle et moi nous avons tout préparé. Tandis que les trois cierges noirs erraient autour de la maison, pris au piège de l’attachement et de l’impuissance.
Elle et moi jusqu’à la nuit qui se fiançait pudiquement avec la pluie.
Et quand tout a paru fini, je n’avais pas versé une larme. Elle a touché mon épaule :

« Pour l’enterrement, a-t-elle soufflé. Je viendrai »

Sa main, juste là, encore, s’est posée.
Mon cœur.

Mon chagrin a grandi de la regarder. De la regarder s’éloigner…
Je reviendrai, disait son geste.

Et elle vint. Ce jour d’angoisse en forme de fin. Quand sous la pierre, j’ai mis ce père. Elle était là, cette main nouvelle. Cette main posée sur mon chagrin. Cette main tendue, comme un début.
End Notes:
J'espère que le style de ce premier chapitre ne sera pas trop "étrange" à lire. Pour une fois, je me suis un peu laissée portée par la musique et j'ai peu traficoté le résultat ensuite alors...vous me direz !
2. Parce que je t'aime by Pikenikdouille
Author's Notes:
Pour ce deuxième tour, j'ai choisi le niveau trois de la contrainte :
Placer (en gras dans le texte) tous les mots de la chanson Parce que je t'aime (que j'ai adoré découvrir, écouter, laisser m'inspirer...)

J'espère que je n'aurais rien oublié !
Bonne lecture...
Il a fallu attendre que les endeuillés pleurent tout leur soûl.
Il a fallu porter le noir, entre chien et loup. Du matin au soir, du soir au matin. Quel mauvais goût ! Mourir, quel manque d’ambition !
Voilà que je commençais à lui en vouloir, à l’oiseau de nuit. Un père devrait toujours être là pour son enfant… Oui, j’étais furieuse, comme je l’avais été dans le passé, d’être punie injustement.
Tout ce temps que j’avais passé esclave du vœu de le retrouver… Et au dernier moment, il m’avait fait un pied-de-nez.
J’étais restée blessée et renfrognée, là, devant le caveau… Même pas triste, à peine les genoux flageolants. Emportée d’ennui plutôt, tandis que les gens venaient me présenter leurs mines défaites, certains que je n’avais jamais vus me tombant presque dans les bras, en sanglots… ça me faisait froid dans le dos. Ça me laissait froide et sans regret.
Quelle sorte de fille ne pleure pas son père ?
En voyant s’approcher Anna, enfin, la question m’a saisie… Elle tenait par le bras celui que je l’avais entendu appeler papa. Leurs deux silhouettes sont passées devant l’arc du soleil couchant, dans la lumière du jour finissantIls se sont arrêtés, juste là, à l’ombre de mon immobilité.
J’ai senti la peur monter, qu’elle ne voie pas de larmes, qu’elle ne me voie pas pleurer… Et cette culpabilité d’autrefois, de toujours, la honte au creux des reins.
Mais coupable de quoi ? De rien ! De rien qu’une envie. Vivre ma vie.
Anna a laissé son père me saluer, puis nous quitter de ce pas d’ancien combattant qui ne m’inspirait rien.
« Oh, je suis désolée… a-t-elle soufflé. Je suis désolée. On restera avec toi ce soir. »
Mon souffle à moi s’est perdu un instant. L’ancien combattant est rentré à l’hôtel. Ce soir-là, après le cimetière de mon père, Anna a passé la porte de chez moi…
Que fut la vie, avant cette nuit ? Je ne sais plus. J’ai oublié…

Depuis que tu es repartie, combien de fois… ? Combien de silences à te rêver ? Les minutes et les secondes, à les compter. Des heures à te chercher. Et sur le bord de ma fenêtre, parfois, il me semble te voir. Il semble que tu me souris. Ah, je préfère ne pas y penser…
Comme je me souviens, encore, de ta main. Cette main. Sur mon épaule, ton épaule, la lumière sans chagrin. J’ai pensé, ce chagrin, qu’il meure entre nos mains… Mes mains, tes mains. Avant demain. Entre nous deux, rien qu’un destin, un fil, rien que du bien
J’ai pensé N’y va pas, sur ce lit de vivant
Tu as dit Viens.
C’était suffisant.
Me pencher dans ton cou, ici, à même ta joue. Notre étreinte, quand la nuit vient. Qu’elle vienne, je n’ai plus peur, je respire enfin.
Ton parfum qui m’emporte, n’importe où ; qu’importe le pays… Qu’importe. Toutes tes envies.
Ce que tu veux, ce que je veux. Pourvu que cet aller soit sans retour. Pourvu que ton souffle caresse mon amour, au rythme lent de tes soupirs. Parce que je ne veux plus de larmes, plus d’adieu. Le silence de mes nuits, c’est la seule chose que je veux. Pour, avec toi, le déchirer… Même s’il faut parfois s’agenouiller. Jusqu’à ta bouche, de mes baisers, faire taire l’envie de t’embrasser… Dans tes cheveux, m’oublier. Renaître, réexister.
Tu sais qu’avant, je sais qu’avant, j’aurais laissé un autre, une autre ; n’importe qui, m’emporter. Dans le noir, me frôler, m’effleurer. Mais maintenant, je suis ta voix, tu es ma voie.
Quel que soit l’après, dis… Je t’aime, il faut l’avouer.
Ne me laisse pas me taire, ni te laisser t’en aller. Je ne veux plus de souvenirs au passé. Je veux ; mieux, mon présent, ta présence. Ou les deux. Oui, les deux, les marier.
Notre nous, le conjuguer.
End Notes:
Et à très vite pour le dernier chapitre !
3. La belle amour by Pikenikdouille
Author's Notes:
Voilà le dernier chapitre de ce concours génial !

Ici, la seule contrainte était de placer le plus de titres de chansons de Barbara possible (en gras et listés en note de fin).

J'ai choisi de m'inspirer de la chanson La belle amour, que j'ai découverte grâce à ce concours, et que j'aime beaucoup !

Bonne lecture...

Paris, le 13 octobre 1961

Anna, ma belle amour,

Je t’accompagnerai Gare de Lyon à l’heure que tu m’as écrite (Madame Arthur m’a porté ton mot ce matin). Pour rien au monde je ne raterais ton train…

Pourquoi faut-il que tu t’en ailles, déjà… ? Rappelle-le-moi, j’oublie à chaque fois ! J’oublie tout ce qui me sépare de toi. Parce que je t’aime, tu sais

Comment vais-je faire sans ton sourire à même la peau ? Sans les reflets dans tes yeux bleus, pour tapisser mon cœur fiévreux… ? Enfin, Vienne, ce n’est pas la mer à boire. S’il faut, j’irai t’y voir !

Le reste du temps, je garderai la solitude comme on garde le lit. Je suis malade sans toi, je te le dis… Je suis malade de toi, pour la vie.

Paris, le 20 octobre 1961

Anna, ma chérie,

C’est moi encore…

La ville est vide depuis que tu es partie… Elle est stupide, pourrait-on dire, et triste. Figée dans la stupeur de l’automne et les rues désertes qui résonnent. Pleines de gens et pourtant… Tous les passants ressemblent à des fantômes.

Dis, quand reviendras-tu ? Par instants, la colère me prend… Je ne sais pas pourquoi, sans raison, contre toi. Et je pleure ma frustration. Mes amis m’ennuient. Ils ne me comprennent plus. Ils veulent me traîner partout. Lucy voudrait même que je vienne avec elle à Göttingen !

Je repousse toutes les propositions. Je n’arrive pas à m’expliquer. Je ne peux quand même pas leur cracher au visage : Attendez que ma joie revienne !

C’est pourtant ce que moi je fais : attendre que revienne ma joie, toi, ma vie qui s’en est allée…

De celle que je deviens ; cette âme en peine, ce cœur blessé, es-tu encore l’amoureuse ?

Paris, le 24 novembre 1961

Anna, de loin en loin,

Où est le temps où tu me prenais la main ? Même tes lettres à présent se sont évaporées.

Ton absence déjà, et maintenant ta distance et ton silence, auront raison de nos promesses. Si tu ne comprends pas qu’il te faut revenir, ma belle amour, comment puis-je me battre ? L’ennemi est absent, le temps joue contre nous et efface ton visage. J’essaie d’enlacer un mirage. De nos rires, que reste-t-il ? Des soupirs. Le mal de vivre

Je t’aime pourtant, tu sais…

Ecris-moi fort, écris-moi vite.

Je t’aime encore, à en crever.

Vienne, le 22 mai 1989

Madame,

Elle arrive bien tard, je sais, cette lettre…

Elle vous trouvera, je l’espère, en meilleure santé que lorsque je vous ai quittée.

Les années ont passé…

Oui, je vous ai quittée. Lâchement, je veux bien l’avouer. Salement même, bien que je vous aie aimée… Et

vous le savez. J’ai souvent prié pour que vous ne l’oubliez pas, que vous n’en doutiez jamais.

L’autre jour en me promenant à l’ombre des arbres je me suis souvenue le petit bois de Saint-Amand. Vous voyez bien : je me souviens. De vous, de nous, de tout. Je me suis toujours souvenue, et de vos mains et de votre chant… Ma dame brune, ma femme piano. Et des soleils que vous allumiez sur ma peau.

Je voudrais savoir ; dites-le-moi, que vous avez gardé vos rêves, après mon passage… Que toutes vos illusions ont été réalisées. Je l’ai tant souhaité pour vous. De l’amour, beaucoup. Tous les jours, toutes les nuits, de l’amour à en crever comme vous aimiez dire, lorsque vous en parliez…

Ecrivez-moi, mon doux souvenir, que vous avez été aimée d’un grand Amour… Grand comme votre cœur, à votre hauteur, avec un grand A, toute votre vie. D’un bel Amour, grand comme Paris…

Anna

End Notes:
Liste des titres en gras dans le texte :

Lieux
Göttingen
Gare de Lyon
Le petit-bois de Saint-Amand
Vienne
émotions, sentiments
La colère
Attendez que ma joie revienne
La solitude
Le mal de vivre
Parce que je t’aime
Ma plus belle histoire d’amour
Du bout des lèvres

Personnages/Prénom
Madame Arthur
L’amoureuse
Madame
Tous les passants
Femme piano
Lucy
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