Triste journée by Catie
Summary:

Frank Luca sur Unsplash, libre de droits

 

Louis est triste, et le voir si désespéré brise le coeur d'Emilie.

Elle erre dans la ville et ses rues pluvieuses parsemées de feuilles d'automne, l'âme en peine.

Se demandant ce qu'elle pouvait faire, pour le rassurer.

 

Participation à la Boîte à Flemme n°4 - L'art de la chute


Categories: Tragique, drame, Contemporain Characters: Aucun
Avertissement: Aucun
Langue: Français
Genre Narratif: Nouvelle
Challenges:
Series: Aucun
Chapters: 1 Completed: Oui Word count: 1708 Read: 157 Published: 18/12/2021 Updated: 18/12/2021

1. Chapitre 1 by Catie

Chapitre 1 by Catie
Author's Notes:

Bonjour à tous.tes !

Voici ma participation à la quatrième Boîte à Flemme : L'art de la chute. Mon texte répond aux contraintes suivantes :

- Ecrivez une rencontre dont la chute met en évidence que votre héroïne est... vous verrez à la fin du texte !

- Un seul état d'esprit prédomine dans le texte : la tristesse

Merci à dreamer et Fleur pour leurs consignes qui m'ont bien inspirée, j'espère que ce texte vous plaira, et bonne lecture !

 

Louis pleure. Il ne s’en aperçoit même pas. Emilie le regarde sans un mot, étouffée par la tristesse. Il fixe le fond de sa tasse un long moment, sans bouger, puis essuie les larmes sur ses joues et se lève brusquement. Il n’a même pas fini son café.

— A ce soir, Em’, murmure-t-il d’une voix brisée.

Par la fatigue, le chagrin, la douleur.

Emilie le regarde partir et il n’entend pas les mots qu’elle souffle juste avant qu’il ne claque la porte d’entrée : « A ce soir ».

Elle reste un long moment dans la cuisine, à regarder le soleil se lever derrière les carreaux. Le ciel est gris, empli de nuages annonçant la pluie. Encore une mauvaise journée.

Elle n’aime pas la pluie, Emilie. Elle a toujours été déprimée à l’annonce de quelques gouttes d’eau, s’est toujours renfrognée en voyant le ciel pleurer. Elle ne comprenait pas Julie, sa meilleure amie, qui adorait l’automne, sa saison préférée. Certes, les feuilles qui tombaient n’étaient pas moches, mais quel bonheur y avait-il, à ne plus voir le soleil ?

Désœuvrée, Emilie erre du salon à la chambre, du bureau à la cuisine, telle une âme en peine. Elle aussi se laisse submergée par la tristesse. Elle pense à Louis, devant son bureau, en train d’essayer de travailler mais plus occupé à retenir ses larmes, et ça lui donne envie de pleurer elle aussi.

Alors elle se roule en boule dans le canapé, et elle regarde la pluie courir le long des vitres, le menton posé sur ses genoux pliés. Ses pensées ne sont jamais très loin de son mari. Triste, si triste…

Elle ne sait pas combien de temps elle reste là, sans rien faire, mais quand l’horloge de la cuisine sonne midi, elle sursaute, comme prise en faute. Elle se sent coupable de n’avoir rien fait aujourd’hui, d’avoir laissé la matinée lui filer entre les doigts.

Soucieuse de rattraper le temps perdu, Emilie sort en vitesse, sans même penser à prendre un parapluie. Elle grimace et tente d’éviter les gouttes d’eau comme elle le peut, bien qu’elle sache cela inutile. Elle veut passer chez le fleuriste, mais il y a trop de monde, idem à la boulangerie, alors elle va chez Julie les mains vides.

Sauf que Julie n’est pas là. Sa voiture n’est pas devant chez elle, et elle ne répond pas quand elle toque à la porte. Emilie fait de son mieux pour ne pas s’énerver. Elle était persuadée qu’elles avaient rendez-vous cet après-midi, mais elle s’est peut-être trompée de jour ?

Confuse, Emilie retourne chez elle à pas lents. Elle se sent désorientée, perdue. Toujours triste. Pourquoi est-elle si triste ? L’image de Louis s’impose à elle, elle le revoit ce matin, à la table de la cuisine, la tête basse, pleurant. Voilà pourquoi elle est triste. Savoir son mari si mal la bouleverse.

La gorge nouée, Emilie se décide et bifurque dans une rue qu’elle connaît bien, pour gagner le parc qui a été construit il y a quelques années, à quelques centaines de mètres de chez eux, dans l’espoir d’amplifier la surface des espaces verts de la ville. Une tentative vaine de contrer l’urbanisation.

Elle entre dans le parc derrière un vieux couple, ils doivent chacun avoir quatre-vingts ans, et pourtant ils se tiennent toujours la main. Elle sourit, attendrie, et espère qu’un jour, ce sera elle et Louis.

Elle se promène dans les allées, les mains au fond des poches. La pluie s’est arrêtée, elle ne s’en est même pas rendu compte. L’herbe est humide, dépouillée de groupes en plein pique-nique comme c’est le cas en été. Il n’y a presque personne dans les allées gravillonnées, mais elle sourit à chaque passant, un peu apaisée de ce silence. Enfin, elle ressent une paix qui la désertait depuis ce matin.

Au fond du parc, il y a un petit pont, qui enjambe une étendue d’eau bien moins calme qu’en été, gonflée par les eaux de pluie. Emilie s’y arrête, regardant d’un air pensif le courant emporter les feuilles, les petits poissons qu’elle voit naviguer entre deux courants. Elle se fait pensive, et de nouveau, elle songe à Louis. Que peut-elle faire, pour endiguer sa tristesse ?

— Maman, maman ! Regarde !

Emilie sursaute et regarde la petite fille qui court vers sa mère, quelques mètres plus loin, avec un objet dans les mains qu’elle lui tend avec un immense sourire. Sûrement un caillou, une branche, un escargot. Emilie a un sourire tendre devant cette scène, et dans le même temps, son cœur se pince douloureusement. Cela fait si longtemps qu’elle n’a pas vue les jumelles. Elles sont en vacances chez leurs grands-parents depuis… Combien de temps, déjà ?

Pensive, Emilie regarde d’un air absent le vent emporter dans un tourbillon des feuilles rouges et orangées. Vraiment, elle n’aime pas l’automne.

Comme pour accompagner sa pensée, la pluie recommence à tomber. Juste quelques gouttes, mais assez pour qu’elle perde toute sérénité, et qu’elle soit de nouveau frappée par cette tristesse indicible qui l’accompagne depuis son lever.

Renfrognée, boudeuse, Emilie gagne le chemin de la sortie, à pas bien plus rapides qu’à l’aller. Le parc est désert. Elle accélère le pas pour sortir derrière la gamine qui a couru vers sa mère tout à l’heure. Il fait trop froid pour sortir les mains de ses poches.

Elle retourne chez elle, lasse, avec le sentiment de n’avoir rien fait. Elle a envie de voir Julie, ses filles, Louis, de tromper la solitude de sa vie de chômeuse. Peut-être qu’elle aurait dû essayer de trouver un travail, aujourd’hui, ça aurait été plus productif. Mais elle a déjà essayé, elle ne trouve pas. C’est peut-être pour ça, que Louis est si triste, en tout cas en partie. Et qu’il n’ose tout simplement pas le lui dire.

Lorsqu’Emilie est enfin dans son chez elle, son cocon, elle soupire de bien-être. Dans peu de temps, Louis sera là, elle pourrait lui en parler. Elle évite de trop ressasser ce qu’elle a dans le crâne, ce n’est pas bon pour leur couple. C’est le docteur Martin qui le leur a dit, la thérapeute qu’ils ont consulté quelques années plus tôt, quand elle a fait une fausse couche. Louis n’avait jamais réellement compris son mal-être, et ils n’avaient jamais été aussi proches du divorce.

Elle veut faire le ménage avant qu’il arrive, la cuisine, la vaisselle, quelque chose, pour lui montrer qu’elle n’est pas qu’une impotente incapable qui se tourne les pouces. Mais elle est fatiguée, si fatiguée. Alors elle s’allonge dans le canapé, ferme les yeux et se dit qu’elle dormira une minute. Juste une minute, juste pour…

Quand elle se réveille, il fait nuit noire.

Elle se redresse d’un coup, haletante, surprise d’avoir dormi si longtemps. La lumière de la cuisine est allumée.

— Louis ? Pourquoi est-ce que tu ne m’as pas réveillée ?

Sa voix est ensommeillée, et sa question n’obtient aucune réponse. Elle entend vaguement quelqu’un renifler. Le cœur serré, elle se lève et se dirige vers la cuisine, au bord des larmes. Elle déteste l’entendre pleurer, savoir qu’il va mal, et encore plus sachant que c’est de sa faute à elle.

— Louis, je… Je suis désolée, d’accord ? Promis, je trouverai un travail bientôt, je…

— Allô ?

Il lui coupe la parole, d’une voix faussement joyeuse. Interdite, elle regarde son dos courbé par le chagrin, sa tête enfouie dans sa main gauche, le combiné collé à son oreille droite. Elle pince ses lèvres, gênée de l’avoir dérangé en pleine conversation, et elle finit par faire le tour de la table. Elle s’adosse au plan de travail, face à lui, attendant calmement qu’il ait fini. Son visage n’est qu’un masque de désespoir.

Elle n’écoute que d’une oreille, mais elle est surprise de l’entendre si joyeux. Il se force, elle le voit bien. Pourquoi ? Ça lui fait tant de peine, de le voir ainsi. Pour qui essaye-t-il de faire semblant ?

Une phrase attire soudain son attention.

— Oui, je vous assure Jeanne, je vais bien. Les filles pourront revenir demain.

Jeanne ? Sa mère à elle ? Pourquoi est-il au téléphone avec sa mère ? C’est elle qui devrait l’appeler, prendre des nouvelles. Cette pensée fait naître un sentiment de honte en elle, qu’elle étouffe comme elle peut.

— Les filles rentrent demain ? demande-t-elle tout de même, sincèrement heureuse de revoir ses chères jumelles.

Louis lève la tête, ses yeux sont vides. Il regarde dans sa direction, mais c’est comme s’il ne la voyait pas.

— Oui, dit-il d’un air un peu absent. Bien sûr. Tout à fait. Je comprends. A demain, Jeanne.

Puis il raccroche. Et il fond en larmes.

Inquiète, Emilie s’approche, sans trop savoir quoi faire. Elle aimerait être là pour lui, le réconforter, faire quelque chose, mais quoi ? Sa détresse est si immense, elle se sent impuissante.

— Em’…, gémit-il.

— Je suis là, Louis, dit-elle d’une voix douce. Parle-moi, dis-moi ce qui ne va pas. Il y a un problème avec une des jumelles ? A ton travail ? Qu’est-ce qui se passe ?

— Pourquoi…

Sa phrase s’achève dans des sanglots. Emilie se rapproche encore, des larmes coulent sur ses joues. Ça lui est insupportable, de le voir comme ça. Comme si son cœur à elle se brisait aussi.

— Pourquoi tu es partie ? finit-il par dire, en un hurlement presque animal.

— Mais enfin chéri… Je suis là, répond Emilie, désorientée.

Elle tend la main et tente de la poser sur son épaule. Quel n’est pas son choc lorsque ses doigts traversent l’étoffe de la chemise, sans rien rencontrer. Elle ramène sa main contre sa poitrine, les yeux écarquillés, haletante. Louis lève de nouveau le visage vers elle.

Sans la voir, car elle lui est invisible.

— J’espère au moins que tu es plus heureuse que moi là où tu es…

Sa voix est d’une infinie douceur, mais pourtant elle brise Emilie en mille morceaux. Ça lui revient d’un coup, de manière violente. L’accident. Les cris. Les sirènes. La douleur. La peur. Le noir.

Louis continue de pleurer, inconsolable, dépouillé de toute volonté. Elle se tourne vers la fenêtre, derrière laquelle s’étale un ciel noir d’encre.

Et elle n’y voit pas son reflet.

Et elle hurle, sans que personne ne l’entende, dévastée par une tristesse sans nom.

Frappée par l’inéluctabilité de sa propre mort.

 

End Notes:

J'espère que ça vous a plu, n'hésitez pas à laisser un petit mot !

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