Epreuve 7 - Un mousse à New York by flodalys
Summary:

Ange vient de débarquer à New York après sa première traversée, le jeune mousse a fait ce voyage pour retrouver sa grande sœur, son héroïne.


Categories: Temps Modernes (1492-1792), Concours, Historique Characters: Aucun
Avertissement: Aucun
Langue: Français
Genre Narratif: Aucun
Challenges:
Series: Plume en Folie 3 : La Revanche des Plumes
Chapters: 1 Completed: Oui Word count: 1397 Read: 41 Published: 23/11/2021 Updated: 24/11/2021

1. Chapitre 1 by flodalys

Chapitre 1 by flodalys

15 mars 1763

 

Ange débarqua enfin sur le sol de la Nouvelle Angleterre après sa première traversée en tant que mousse sur le Roi Louis. Sa première et sa dernière traversée, l’adolescent ne voulait pas revoir le sol de France, jamais ! Le destin que lui avait choisi son père ne lui convenait pas.

 

Ange devait maintenant retrouver cette sœur dont il ne gardait aucun souvenir. Le mousse n’avait pas encore trois ans lorsque Antoinette, alors âgée de onze ans, avait été envoyée au couvent des Ursulines pour en faire une vraie dame du monde, docile, prête à épouser un vieux barbon choisi par leur père. Mais à l’âge de quinze ans, Antoinette a fuit le couvent. Deux ans plus tard une lettre leur était parvenue de New York : elle avait épousée un tailleur et tenait boutique. Leur père avait tempêté suite à cette mésalliance, mais Ange éprouvait une admiration sans borne pour cette sœur, aînée de la fratrie, qui avait su refuser le destin qu’avait choisi leur père. Ses frères n’avaient pas su se rebiffer Jean était au séminaire alors qu’il n’avait pas le goût pour la religion. Henri avait été envoyé aux armées pour ne pas revenir. Mais Ange était du même bois qu’Antoinette, et comptait sur elle pour l’aider à s’établir ici, loin de l’influence paternelle.

 

Seulement Ange n’avait pas pensé qu’une fois à New York, Antoinette ne serait pas sur le port à l’attendre, sa sœur ignorait tout de son arrivée. La seule chose que le mousse savait c’est qu’il lui fallait trouver la boutique d’un tailleur. Ange alpagua un des matelots du bateau.

 

— Scuse moi Etienne, t’sais où j’peux trouver un tailleur ?

 

Cela répugnait l’adolescent de parler aussi mal, mais il aurait été étrange que quelqu’un avec son éducation veuille s’engager en tant que mousse. Il avait fallu adopter le parler des marins pour mieux se fondre dans la masse.

 

Le susnommé Etienne rit en regardant le mousse.

 

— Aucune idée, j’suis comme les autres, ici on ne connaît que les tavernes et les bordels, si tu veux pour ça j’peux te donner les bonnes adresses. J’suis sûr qu’t’a encore pas trempé ton biscuit pas vrai !

 

Ange connaissait bien maintenant les blagues graveleuses des matelots, le mousse se contenta de sourire et de répondre son excuse habituelle, parlant de sa fiancée au pays.

 

— J’peux pas m’parjurer et je lui ai promis d’lui ramener une robe. J’vais essayer d’trouver.

 

Ange s’aventura dans les rues autour du port, mais rien ne ressemblait à une échoppe de tailleur. Il fallait s’enfoncer davantage dans la ville. Le mousse essaya de se trouver des points de repères pour ne pas se perdre. Les rues étaient encore désertes, il était tôt, enfin l’adolescent aperçut une dame, avec un panier vide.

 

— Excusez moi madame, vous connaissez un tailleur ?

— I’m sorry young man I don’t understand.

 

Ange resta bouche bée, c’était la première fois que l’adolescent était confronté à cette langue, depuis le départ d’Antoinette l’anglais était une langue interdite, ni Ange ni ses frères n’en avaient appris un seul mot.

 

Comment Ange avait pu oublier qu’ici le français n’était pas forcément parlé par les gens qu’il croiserait. Peut-être pouvait-il tenter l’espagnol.

 

— Por favor señora…

 

Les yeux de son interlocutrice reflétait toujours l’incompréhension.

 

— C’est pas grave merci, quand même.

 

Les heures passaient et Ange ne trouvait ni boutique de tailleur, ni de personne maîtrisant sa langue. Comment communiquer avec ces personnes qui pourraient lui indiquer comment trouver les tailleurs.

 

Vers midi le jeune mousse arriva vers des quartiers moins pauvres. Les bâtiments les vêtements des passants en témoignaient, Ange aurait peut-être un peu plus de chance ?

 

— Bonjour monsieur, parlez-vous français ?

— Just un peu.

— Connaissez-vous un tailleur s’il vous plaît, fit Ange le plus lentement possible avec force de gestes pour se faire comprendre.

— Yes, un tailor, three rues on the left, répondit l’homme en indiquant la direction.

— Merci monsieur. Bonne journée.

 

Ange se rendit dans la direction indiquée par l’homme, il y avait en effet une enseigne de tailleur il rentra donc dans la boutique, une clochette tintinnabula faisant venir une dame bien trop âgée pour être Antoinette. La boutiquière toisa le jeune mousse d’un œil réprobateur.

 

— Good afternoon.

— Bonjour madame, parlez-vous français ?

— John ! appela la matrone.

Un homme âgé arriva.

— The young man speaks french.

 

L’homme se tourna vers Ange.

— Monsieur ? demanda l’homme avec un fort accent.

— Bonjour, je recherche ma sœur, elle est mariée avec un tailleur et vit ici à New York, exposa Ange. Mais je n’ai pas son adresse.

— Le nom  ?

— Elle s’appelle Antoinette.

 

L’homme fit non de la tête.

— Son mari ?

— Je ne sais pas.

 

L’homme pris un papier et nota quatre adresses

— Mes amis tailleurs. Un connaît peut-être.

 

Ange pris le papier avec un sourire.

— Merci beaucoup monsieur.

 

Armé de sa liste d’adresses, Ange arpenta les rue et demandait aux personnes qui croisaient sa route s’ils connaissaient une de ces adresses. Mais peu savaient lire. Le mousse put tout de même localiser un tailleur, mais il ne connaissait pas Antoinette.

 

Le soir tombait et Ange devait trouver un endroit où dormir. Grâce à son travail de mousse l’adolescent avait quelques pièces dans sa bourse. Il fallait retourner au port pour trouver une auberge mais il s’était un peu perdu dans dans la ville.

 

Il faisait nuit noire quand Ange retrouva le port. L’adolescent entra dans une auberge et commanda par gestes, un plat et et une chambre. Le lendemain matin le mousse se leva de bonne heure et continua à errer dans les rues.Ange trouva une troisième adresse, la boutiquière semblait dégoûtée par l’apparence du jeune mousse et paraissait pressée qu’il sorte de l’échoppe, comme si sa simple présence nuisait au prestige de l’établissement.

 

— Bonjour madame, je cherche ma sœur, articula Ange.

— Get out! fit-elle en montrant la porte.

— Vous ne la connaissez pas ? Elle s’appelle Antoinette.

 

La boutiquière stoppa son geste, les traits de son visage s’éclairèrent.

 

— Auntwanet? She's my friend! You know Auntwanet?

Elle détailla le visage d’Ange.

— You have her eyes.

— Vous connaissez son adresse ? demanda le jeune mousse, plein d’espoir en montrant son papier.

— Her address, yes!!!

 

Elle prit le papier et raya les deux adresses restantes pour en écrire une nouvelle. Elle lui indiqua où trouver le bon quartier.

 

Ange remercia chaleureusement la boutiquière, le sourire aux lèvres. Enfin sa sœur, son héroïne semblait plus proche que jamais. Le mousse se sentait pousser des ailes montrant son adresse à qui voulait bien le renseigner. Et enfin Ange vit une belle boutique, la devanture était élégante, la vitre laissait entrevoir un endroit spacieux, des tissus luxueux. Depuis l’extérieur Ange aperçut la tenancière de l’échoppe.

 

— Maman… chuchota le mousse, on dirait maman. Ça ne peut-être que toi Antoinette je t’ai retrouvée, enfin !

 

Timidement Ange poussa la porte, la clochette tinta, attirant l’attention d’Antoinette.

 

— I think, you’re lost! fit elle d’un ton doux.

— Antoinette ?

Les yeux de la jeune femme s’écarquillèrent il y avait longtemps qu’elle n’avait pas entendu son prénom sans qu’il ne soit écorché.

— Oui, répondit-elle surprise.

Les larmes montèrent aux yeux de Ange.

— Je t’ai enfin retrouvée, tu ressembles tellement à maman.

— Qui es-tu ? demanda-elle soupçonneuse. Jean a les yeux verts de père, Henri a les cheveux noirs.

— J’étais encore presque un bébé quand tu as été envoyée aux Ursulines. Mais tu es mon héroïne, celle qui a su défier père.

 

Antoinette écarquilla les yeux de surprise.

 

— Angélique ?

— Comme toi j’ai fuit un mariage avec un barbon, je me suis déguisée pour pouvoir voyager et te retrouver, maintenant je n’ai plus besoin de me faire passer pour ce que je ne suis pas.

 

Antoinette contourna le comptoir, et enlaça sa petite sœur.

— Je suis tellement heureuse que tu aies pu échapper toi aussi à ce terrible destin. C’est une belle surprise pour moi de t’avoir ici. Viens ma chérie, j’imagine que tu apprécieras de te rafraîchir et t’habiller de propre. Ta nouvelle vie commence maintenant et je vais t’aider.

 

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