Disparus, ses rêves by Seonne
Summary:

 

Une enfant trébuche sur des gravats.

Cette enfant n’a rien à chanter. Rien à réparer. Sa terre est partie en fumée.

 

PEF 3 – Épreuve 6 – 2ème place de l'épreuve

 

Crédits image : Libre de droits (iStock)


Categories: Société, Textes engagés, Guerre, Concours Characters: Aucun
Avertissement: Aucun
Langue: Français
Genre Narratif: Poésie (prose)
Challenges:
Series: Plume en Folie 3 : La Revanche des Plumes
Chapters: 1 Completed: Oui Word count: 507 Read: 62 Published: 15/11/2021 Updated: 15/11/2021

1. Chapitre unique by Seonne

Chapitre unique by Seonne

Ce texte n’a qu’un but : ranimer des vies éteintes.

 

Une nuit de ténèbres tapissait une de ces cités parmi tant d’autres. Ce texte n’a pas de temps, pas de décennie, pas de date, pas d’heure. Sa triste vérité est pérenne et infinie.

 

Une enfant trébuche sur des gravats. Des ruines de misère et de briques fracassées. Ses pas hésitent, tressautent. De ses chaussures humides, des fragments pendent et se disperse à mesure que ses pieds butent et râpent. Agressives aspérités de ciment.

 

Une scène de cinéma, vue et revue par une entièreté d’(in)humanité. Une enfant dans un cadre de cauchemar. Une enfant sans substantif, sans titre ni identité. Une enfant qui est chacun et aucun en même temps.

 

Une enfant dans cet abîme de neige et de cendres. Une rescapée du gâchis. Un ange candide qui arpente ce qui fut sa bastide. Des rues désertes ; gavée de vide. Persister à survivre, maintenant, est-ce faire preuve de sens ? Une infamie terminée ; une autre est à venir. Après cris et gémissements, meurtres et fuite, cette absence de bruit paraît dangereuse.

 

Une guerre a pris fin et ne restent que des bris de verre – des bris de vie ? des vies brisées ? Absurdité. Une enfant qui évite des cadavres. Ainsi que dans un jeu de piste, sauf que cette heure n’a rien de fantasque.

 

Certains chantent un armistice qui ne saurait durer. D’autres se mettent déjà en marche afin de réparer débris et dégâts. Cette enfant n’a rien à chanter. Rien à réparer. Sa terre est partie en fumée.

 

Disparue, sa naïveté. Disparus, ses parents. Disparue, sa vie d’avant.

 

Disparus, ses rêves.

 

Une enfant sans identité qui a vu ses êtres aimés arrachés. Père, mère, frères. Une grand-mère aussi. Rendus aux terres de ses ancêtres. Ses yeux suintent de chagrin. Humeur d’eau chargée de regrets. Une enfant qui demande justice, qui demande si sa survie sert un but ? Qui demande un argument à ce départ.

 

Cette enfant a existé par centaines. Cette enfant persistera d’apparaître tant que cette humanité persistera à se détruire. Sa vie est éteinte, bien davantage que d’autres – ceux écrasé en guerre s’épargnent cette peine, cette peine d’encaisser absence et frénésie ambiante. Heureux ceux qui n’endurent aucune perte. Ce n’est pas sa chance.

 

Ses battements cardiaques engendrent une géhenne tragique.

 

Ce texte aimerait ranimer sa gaieté éteinte.

 

Ce texte, c’est un vacarme feutré d’une enfant désemparée. Une prière, une amende, un châtiment : Gardez en esprit ces trépassés.

 

Une unique arme face aux destinées répétées, face aux désastres causés des mains des humains. Vestiges du passé, essais et récits. Ces évènements si banaux et si tristes : tâchez d’en faire diatribe. Épigramme mais pas censure. Exécrer sans excepter. Une part de dires et vérités à démystifier : ces guerres participent aux avancements mais autant aux déchéances.

 

Une enfant regarde dans ses gravats, ses ruines de misère. Une enfant regarde ceux qui décryptent ces phrases, avant de disparaître.

 

Rendez un sens à sa vie éteinte.

 


Cette histoire est archivée sur http://www.le-heron.com/fr/viewstory.php?sid=2303