Murmures by ZEurydice
Summary: Leurs mains enlacées.
Leurs chants.
Et le silence.
Et la solitude, enfin.



Image de couverture réalisée par la merveilleuse et talentueuse Alma, montage par mes soins.
Categories: Tragique, drame, Romance, H/F, Réécriture Characters: Aucun
Avertissement: Aucun
Langue: Français
Genre Narratif: Poésie (prose)
Challenges:
Series: Aucun
Chapters: 1 Completed: Oui Word count: 1791 Read: 89 Published: 27/10/2021 Updated: 01/11/2021

1. Chants by ZEurydice

Chants by ZEurydice
Author's Notes:
Ce texte s'inscrit dans le cycle de mes réécritures des mythes antiques, Jusqu'à la lie, dont il est le second épisode. La lecture du texte précédent n'est pas nécessaire pour autant, les textes sont totalement indépendants les uns des autres. Je n'en dis pas plus, on se retrouve en notes de fin !
Bonne lecture !
ELLE — Tes mots me portaient. Quand je glissais dans l’herbe, quand je humais le doux parfum du printemps, ta voix me berçait. La caresse de l’herbe me brûlait quand j’entendais ton chant. Mes pieds nus effleuraient le sol, et je percevais avec une précision folle le ronronnement de la Terre sous mes pas. Une légère brise s’était glissée derrière moi. Je dansai. Je dansai avec toute la force de mon âme, avec toute la force du printemps nouveau-né. Je dansai sur les notes que le vent me susurrait. Le vent portait les bras que je levais vers toi, mon ami, mon aimé, mon amant. Je dansai sur les notes de cette musique que nous partagions.

LUI — Ta danse berçait mon âme. Tes délicats mouvements suivaient une cadence à nulle autre pareille. Portés par le vent, tes longs cheveux caressaient tes épaules nues. Je souriais, et ton sourire reflétait le mien. Nulle musique ne faisait vibrer l’air que nous respirions de concert, mais je pouvais pourtant percevoir la mélodie qui nous unissait. Tu étais belle, mon amie, mon aimée, mon amante. Je garde encore sur moi la suave empreinte de tes doux doigts.

ELLE — Un éclair soudain me lacéra. Je m’effondrai au sol, rejoignant la Terre brûlante qui tanguait à n’en plus finir. Prostrée, le monde devant moi se confondait. Mes yeux affolés cherchaient les tiens dans cette myriade de couleurs insensées. Tes mains enfin trouvaient les miennes, et je me raccrochai avec l’énergie du désespoir à nos doigts enlacés.

LUI — Mon amie, mon aimée, mon amante, ton corps recroquevillé semblait s’accrocher au sol. Ton pied dont j’admirais tant la courbe épanchait de ton sang la soif insatiable de la Terre. Prise de frissons, tu tremblais dans mes mains. Les fleurs, vermeille, s’inclinaient sous le poids des années qui t’échappaient. Ma voix rendue rauque par les larmes criait ton nom en tressautant. Mes lèvres baisaient les tiennes d’une ardeur éperdue, comme si mon souffle pouvait te rendre le tien. Ton regard se voilait, mon amie, mon aimée, mon amante, et ton corps qu’éperdument j’enlaçais s’affaissait. Je te perdais.

ELLE — Ô mon ami, ô joie de mes jours et charme de mes nuits, je te perdis. Mon sang inexorablement s’en retournait vers mon cœur gonflé du chagrin de te perdre. La chaleur de ton corps ne parvenait plus à réchauffer mon âme perdue. Ô mon aimé, je sentais avec toi mes forces m’abandonner. Je me débattais dans la froideur d’un lac sombre. Le feu glacial de la nuit engloutissait mes appels déchirés. Ô mon amant, mes mains t’échappaient, tes mains m’échappaient, et je sombrai.

LUI — Tes lèvres exhalaient un souffle glacé et glaçant. Pâles comme la lune, tes lèvres, autrefois douces et roses, se craquelaient sous mes caresses. Ton corps ne dansait plus, ton cœur ne battait plus. Je serrai dans mes bras ton corps vide qui déjà n’était plus le tien. Tu ne tremblais plus. Tes frissons s’étaient emparés de mon corps qui tressautait de chagrin inlassablement, inexorablement. Le carmin de ton sang, mon amie, mon aimée, mon amante, avait noirci. Mes yeux gonflés cherchaient la trace de ta vie. En vain.

LUI — Mon aimée, le silence seul répondait à mes larmes. Où étais-tu ? Quel était ce vide qui soudain me dévorait ? Un sanglot m’étouffait, m’oppressait. Mes larmes semblaient taries. Mon cœur s’agitait avec une intensité folle dans ma cage thoracique. Inlassablement, je caressais tes cheveux souillés, comme si l’amour que je te portais avait le pouvoir de te ramener à moi. En vain.

LUI — Je ne sentis pas sur moi la caresse du soleil me quitter, mais je perçus celle de l’implacable nuit s’abattre sur nous. La peine de voir ton visage s’obscurcir me poussa à me lever. Eclairé seulement par la lune nous dispensant sa pâle lumière, j’allongeai ton corps et fermai tes yeux dont je me refusais à voir le vide. Je nettoyai avec un soin sans pareil le sang qui te souillait. Je plaçai des fleurs dans tes cheveux en embrassant chaque parcelle de ta peau, avec l’émoi des premières fois. Que n’avais-je pris le temps de te dire encore et encore l’amour que je te portais ? Le temps coulait mes doigts comme du sable dont nul ne pouvait arrêter la chute inexorable. Si l’on ne regardait pas ta poitrine qu’aucun souffle ne faisait se lever et s’abaissait, d’aucuns auraient pu croire que tu dormais. Le constat de cette illusion me terrifia. La pensée de ta solitude me terrifiait. Alors, d’une voix rauque, je chantai.
Je chantai la douceur du printemps que tu aimais tant.
Je chantai le charme d’une nuit pourvue d’une myriade d’étoiles étincelantes.
Je chantai les nuits que nous partagions autrefois.
Je chantai ta beauté qui encore m’éblouissait.
Je chantai ton sourire.
Je chantai la joie que j’avais prise à te connaître, à t’aimer.
Je chantai ma chance de t’avoir connue.
Je chantai la nostalgie de cette vie passée à tes côtés.
Je chantai la douleur irrémédiable que ton absence m’infligeait, affligé.

LUI — La nuit s’ouvrait à moi. Une infinité de lucioles m’entourait, me menait vers cet autre monde. Avec un tremblement, ma voix redoubla d’ardeur. Je suivis ce nouveau chemin qui s’ouvrait à moi, n’abandonnant qu’avec un regret étouffant ta dépouille dont la seule vue me blessait. Je marchai longtemps, ignorant où mes pas me menaient. Calme, la nuit ne résonnait que de ma voix, de ce chant qui m’accompagnait. Les saules abaissaient devant moi leurs longues branches, comme une douce pluie dont les gouttes me transperçaient. La nature s’était comme arrêtée, ondulant au rythme de la brise qui t’avait autrefois bercée, mon amie. La pâleur de la lune étendait derrière moi une ombre à la taille démesurée. J’adressai mes suppliques cet astre si froid et pourtant rassurant. J’implorai les eaux froides, je me prosternai devant la Terre brûlante. Je requis une vie, un mois, un jour, une heure, un seul instant avec toi, mon aimée.

ELLE — Je t’entendis. Je m’approchai de toi d’un pas lent. Derrière toi, je posai une main sur ton épaule. Tu ne me voyais pas, ô mon aimé, mais à ton léger frissonnement, je savais que tu me percevais sans le comprendre. Un sourire sur les lèvres, je t’enlaçai et posai ma tête sur ton épaule, respirant ton parfum les yeux mi-clos. Délicatement, j’embrassai ton cou, ta nuque, ton épaule, ton omoplate. Contre ma peau, je sentais ta respiration s’accélérer. Avide, je me saisis de ta main et y entrelaçai mes doigts. Mon cœur ne battait plus, et je pouvais pourtant percevoir avec une précision infinie les battements du tien.

LUI — Ta seule présence rendait au vaste monde ses charmes infinis. A nouveau résonnaient dans mes oreilles notre chant, mon aimée. Le monde semblait bourgeonner à nouveau. A nos pieds nus s’ouvraient les pétales de fleurs presque incandescentes. Même si je ne pouvais percevoir ta présence sensible, la moindre de tes caresses, le moindre de tes baisers laissaient sur mon corps une empreinte inextinguible. Je ne cessai de me repaître de ton souffle chaud, de ton parfum unique.

ELLE — Chante. Pour moi, pour nous, pour notre bonheur, chante. A nouveau, berce-moi de tes mots. O mon ami, mon aimé, mon amant, fais-moi la grâce de tes mots.

LUI — A nouveau je chantai. Tes mains faisaient vibrer les cordes de ma lyre, comme si elles étaient mues d’une volonté propre. Ma voix s’élevait doucement dans le silence de cette nuit, atteignant le firmament jusqu’aux étoiles qui nous berçaient tous deux. Je chantai la caresse de tes cheveux sur ma peau. Je chantai mes sanglots entremêlés de joie et d’espoir. Je te chantai, toi mon aimée.

ELLE — Tu me chantais, hélas, et ton désir s’en trouvait exacerbé. Malgré moi, malgré toi, malgré nous, ta main cherchait la mienne. Or je n’étais que poussières, minuscules étoiles disséminées dans ton souvenir.

LUI — Un violent désir avait pris possession de mon cœur. Avec mes mots, te percevoir ne me suffisait plus. Une soif insatiable de te voir, de te sentir s’était emparée de moi. A peine avais-je pris conscience de ce désir interdit que la nature avait repris sa triste apathie. Les fleurs avaient cessé de chanter avec moi sans que je le visse. Sans que je le devinasse, le ciel s’éloignait de moi inexorablement. Je te perdais, et j’étais incapable d’en prendre conscience.

ELLE — Ta voix se brisait inexorablement. Malgré toi, malgré moi, malgré nous, ton timbre s’effondrait. Un instant, une éternité s’écoula. Brusquement, tu te retournas vers moi. Une peine indicible s’esquissa sur ton visage. Les yeux tristes, je m’avançai vers toi. Sur tes douces lèvres, je déposai un ultime baiser. Mon aimé, je t’aime et jamais ne cesserai.

LUI — L’image de toi s’effondra, fondit en poussières dorées. Mon cœur rata un battement. Je ne sentis soudain que le vide autour de moi, et ton absence m’apparut d’un coup comme inexorable. Le vide se fit en moi, et j’y sombrai dans l’espoir de t’y retrouver.

LUI — Pas un bruit ne m’entourait quand je repris mes esprits. Le souvenir de ta perte s’imposa à nouveau à moi avec une violence sans précédent et, malgré ma voix brisée, je me mis à hurler, à supplier, les larmes aux yeux, qu’on te rendît la vie. Le silence seul me répondit. L’âme vide, le cœur gros de chagrin, mes doigts s’agitaient sur ma lyre sans que je ne susse comment. J’attendais que la Mort vînt me cueillir, comme elle t’avait enlevée. Je l’appelais de toutes mes forces. Mon cœur déchiré chantait la douleur inouïe qui ne cessait de le transporter. Mais j’étais seul, et affreusement vivant.
End Notes:
Merci pour votre lecture !
C'est un texte que j'ai écrit il y a un petit moment et que j'ai laissé reposer sur mon PC avant de le ressortir d'un coup un soir.
Ce texte tire son inspiration du mythe d'Orphée et Eurydice (coucou ->) issu des Métamorphoses d'Ovide, mais aussi du Cantique des cantiques et des vers de la merveilleuse Louise Labé.
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