L’Œil du cyclone by Seonne
Summary:

Call of Duty Infinite Warfare © 2016 Activision Publishing

 

Qui aurait cru qu'une pause au Dunkin' Donuts se solderait par une course-poursuite de fin du monde ?

 

PEF 3 – Épreuve 3 – 1ère place de l'épreuve


Categories: Concours, Post-Apocalyptique, Absurde Characters: Aucun
Avertissement: Aucun
Langue: Français
Genre Narratif: Nouvelle
Challenges:
Series: Plume en Folie 3 : La Revanche des Plumes
Chapters: 1 Completed: Oui Word count: 2006 Read: 129 Published: 10/10/2021 Updated: 10/10/2021

1. Chapitre unique by Seonne

Chapitre unique by Seonne

Épreuve 3 – L’Œil du cyclone

 

Berthe s’était bien dit que le monde, autour d’elle, était particulièrement silencieux.

 

Elle n’avait pas vraiment remarqué que les rues étaient désertes, ni même qu’elle était la seule à arpenter les allées du centre commercial. Toujours la tête plongée dans un bouquin, cette frenchie en voyage Erasmus forcé à New York s’était rapidement lassée des rues bondées d’animations, des écrans géants et autres coups de klaxon.

 

Aussi parcourait-elle la galerie marchande, résolument vide, sans prêter la moindre attention à l’inanité de la ville qui, pourtant, ne dormait jamais. Ce qui la tira de ses pensées – centrées sur les réactions biochimiques d’une molécule dont ni vous ni moi ne connaissez le nom – fut le rideau de fer baissé de la devanture du Dunkin’ Donuts.

 

— Merde alors, lâcha-t-elle dans sa langue natale en levant le nez de son manuel.

 

Elle réajusta ses lunettes en cul-de-bouteille sur son nez. Enfin, sa solitude la frappa. Elle grimaça. Un nouveau confinement international aurait-il été mis en place, pour que l’Oculus Mall se trouve désert, aux alentours de 14h ?

 

— Il y a quelqu’un ?

 

Un grognement sourd lui répondit : elle se retourna. Une silhouette crasseuse s’avançait vers elle en boitant. Myope comme elle l’était, elle n’arrivait pas à apercevoir son visage.

 

— Oh, bonjour, me voilà soulagée de trouver quelqu’un d’autre par ici. Savez-vous pourquoi… Eh bien, toutes les boutiques semblent fermées.

 

Avait-elle loupé une information importante ? Elle ne regardait jamais les informations – et depuis les dernières pannes de Twitter, Instagram et Facebook, elle avait supprimé ses réseaux sociaux.

 

— Excusez-moi, pourriez-vous me dire…

 

Elle n’eut pas le temps de finir sa phrase que quelqu’un, derrière elle, l’attrapait par le bras pour la tirer vers une porte « Réservée au personnel ».

 

— Que – lâchez-moi, enfin !

 

— Tais-toi !

 

Berthe eut beau se défendre, son assaillant avait plus de force qu’elle. En une seconde, elle se trouva enfermée dans un cagibi de ménage aux odeurs de désinfectant.

 

— Mais que…

 

— Moins de bruit, chuchota une voix qu’elle eut du mal à reconnaître.

 

Le flash d’un iPhone s’alluma dans l’obscurité. Berthe fut éblouie quelques secondes puis évalua les autres personnes coincées dans le placard à balais. Trois visages familiers et… une gamine ?

 

— Jackson ? Thompson, Williams ?

 

Trois noms connus de tous ceux de son université – Calvin Jackson, quarterback de l’équipe de football, Achilleas Thompson, fils-à-papa destiné à récupérer la firme d’avocat familiale et Isabella Williams, pom-pom girl et déléguée de leur promotion.

 

— Je peux savoir ce que vous fichez dans cet endroit ? Et qui est cette…

 

— Arrête de crier, la française, ou il va nous entendre !

 

— Qui ça ? Le boiteux dans le couloir ?

 

Les trois autres se dévisagèrent avec stupéfaction.

 

— Pourquoi, tu veux lui offrir ta cervelle en guise de déjeuner ? cracha Achilleas avec hargne.

 

Berthe fronça les sourcils. Elle avait décidemment manqué une info importante.

 

— Qu’est-ce que tu racontes ?

 

— C’est l’un d’entre eux, Bourdillon ! Un des…

 

Bella frissonna, incapable de finir sa phrase. Cal prit le relais.

 

— Un des zombies.

 

— Des… pardon ?

 

Achilleas prit sa tête dans ses mains. La gamine, qu’on n’avait toujours pas présentée, restait silencieuse mais ne perdait pas une miette de la conversation.

 

— Les zombies ? Le virus échappé d’une base militaire, l’effondrement de tous les gouvernements, l’apocalypse ? Ça ne te dit rien ?

 

Elle fit « non » de la tête. Mais cela expliquait bien des choses bizarres de ces derniers jours – comme les hurlements qui montaient régulièrement de la rue et le silence général

 

— Merde, la française, t’étais où ces deux dernières semaines ?

 

— En train de rédiger ma thèse, répondit-elle comme si cela expliquait tout.

 

Nouveau soupir général.

 

— Il va falloir te mettre à la page rapidement. Cela fait des semaines que les gens ressortent de leur tombe…

 

— C’est littéralement impossible. Une dalle en béton…

 

— Métaphore, ok ? Notre dernière chance de quitter New York pour se réfugier en sécurité, c’est aujourd’hui.

 

— Se réfugier où ?

 

— Dans une base militaire du New Jersey.

 

— Alors que le virus mortel a fuité d’une base militaire ? Logique, comme comportement.

 

— Tu as mieux à suggérer ? C’est notre seul espoir. Le train du PATH part dans moins d’une heure. Il faut absolument qu’on réussisse à traverser tout le centre commercial, à sortir pour atteindre la gare.

 

— Allons-y, alors.

 

Elle fit mine de se lever. Les autres lui sautèrent dessus pour la retenir.

 

— Quoi ?

 

— Le mall est infesté de… de plein d’entre eux.

 

— Pourquoi est-ce que vous y êtes allés, alors ?

 

— Pour récupérer à manger, quelle question.

 

— Et vous ne vous êtes pas dit que des zombies affamés se dirigeraient aussi vers un endroit qui contient des réserves incalculables de nourriture ?

 

Un murmure d’ébahissement parcourut l’assemblée. Berthe était plutôt lassée par leur manque de réflexion, à vrai dire.

 

— Et elle, c’est qui ? demanda-t-elle en désignant la môme du menton.

 

— Mia, souffla l’intéressée.

 

— On sait pas trop. On l’a récupérée en cours de route. On pouvait pas la laisser, tu comprends ?

 

Se trimballer une enfant lorsqu’on se battait contre des morts-vivants qui veulent vous bouffer la cervelle, ça lui apparaissait plus comme traîner un boulet qu’autre chose. Ses camarades avaient un bien piètre instinct de survie. Mais pour ne pas paraître dénuée d’empathie, Berthe garda ses réflexions pour elle-même.

 

— C’est quoi votre stratégie, alors ?

 

— S’armer, le plus possible. Et foncer dans le tas.

 

À ce rythme-là, Berthe allait avoir du mal à contenir ses réflexions. Elle suivit du regard ce que lui montrait Cal : des mitraillettes, revolvers, et un set de couteaux à cran d’arrêt. Achilleas, qui avait été amputé d’un avant-bras, s’était greffé une matraque entourée de barbelé.

 

— Mais où avez-vous trouvé tout ça ?

 

— Dans une armurerie.

 

Cal haussa les épaules, le plus naturellement du monde. Berthe se dit qu’il n’y avait vraiment qu’aux USA que ce genre de situations pouvaient se produire. D’ailleurs, leur épidémie se limitait-elle à l’Amérique ? Pourquoi les scénarios-catastrophes se déroulaient-ils toujours là-bas ? Elle aurait vraiment mieux faire de rester à Aubusson. Avec la densité de population de la Creuse, même une invasion de cannibales n’aurait pu la mettre en danger.

 

— T’es avec nous, alors, la française ?

 

Elle haussa les épaules.

 

— J’imagine.

 

Quel autre choix avait-elle ? Elle regrettait juste d’être sortie sans son ordinateur – zombies ou pas zombies, réécrire les centre-trente-six pages de sa thèse serait exténuant.

 

— Équipe-toi, alors.

 

— Je n’ai jamais tiré de ma vie.

 

— Peu importe.

 

Son choix se porta finalement sur une batte : pendant son premier semestre, elle avait testé le baseball. Désastreux essai, mais ce serait toujours mieux que rien.

 

— Parés ? demanda Cal avant d’ouvrir la porte.

 

Il tenait un pistolet dans chaque main. De sa main gauche, Achilleas se cramponnait à une mitraillette – ce qui était excessivement dangereux, Berthe l’avait fait remarquer, on ne l’avait pas écouté. Bella avait un cran d’arrêt pour chaque bras et un entre ses dents (pourquoi ? se demanda encore Berthe, désespérée de comprendre). Et la petite… peu importait – en vérité, Berthe l’avait oubliée.

 

— Alors, c’est parti.

 

Cal ouvrit le battant d’un coup de pied et se précipita dans l’allée. Les autres suivirent. Sur les cinq cents premiers mètres ils ne croisèrent personne. Ils continuèrent leur chemin – deuxième allée, escalator. Toujours personne.

 

Peut-être qu’ils sont repartis, quand ils ont vu eux aussi que le Dunkin’ Donuts était fermé, songea Berthe.

 

Ils firent leur trajet sans embûche. Sauf, bien sûr quand ils arrivèrent…

 

— Pourquoi, de tous les endroits de New York, faut-il qu’une horde de zombies s’accumule devant les portiques de la gare ? explosa Berthe en levant les yeux au ciel.

 

Pendant deux secondes, elle se sentit comme une Sims prise au piège par un joueur qui aurait retiré l’échelle de la piscine. Belle facilité scénaristique, puissant créateur.

 

— Prêts à vous battre ?

 

Cal endossait à merveille le rôle du leader – même ses longues mèches blondes étaient bien trop soyeuses, compte tenu de la situation. Bella trembla et se mit en position, poings devant. Les yeux de Thompson étaient fiévreux – vraiment, Berthe se demanda s’il était malade. La gamine avait disparu dans un coin. Bonne technique, se planquer pendant que les adultes combattent. Mia avait sûrement le meilleur instinct de toute la bande.

 

— CHARGEZ !

 

Alors que l’armée de cadavres leur fonçait dessus, Achilleas tira dans le tas. Bella hurla de peur – faisant au passage tomber l’un de ses couteaux – et resta paralysée. En retrait, Berthe attendit le premier contact.

 

La force brute d’Achilleas fit son effet. La première ligne tomba comme des mouches. Mais rapidement, ils furent submergés par le nombre. Ces zombies étaient bien trop rapides, pour des morts en décomposition ! Des cellules nécrosées ne devraient pas permettre de…

 

— Bella, attention !

 

La cheerleader s’époumonait toujours – toujours immobile. Trop occupée à assommer ses assaillants, Berthe ne pouvait lui venir en aide. Les monstres lui grimpaient dessus : Cal les dégommait tous un à un d’une balle dans la tête. C’est indécent de viser aussi bien, remarqua Berthe entre deux éclaboussures de cervelle. Et puis, il n’a jamais besoin de recharger ?

 

Justement, Achilleas vint à court de munitions. Trop concentré à faire le preux chevalier, Cal en oublia son bro : après quelques secondes de cris de mort, Achilleas succomba. Première perte pour eux – contre une trentaine pour l’ennemi. Ils s’en sortaient bien.

 

Finalement, ils vinrent à bout de la horde. Bella s’effondra au sol, Cal accourut – Berthe se sentit obligée de suivre le mouvement. L’autre était pâlotte, et ses yeux, injectés de sang.

 

— Bella… que…

 

Elle pleurait. Dans un soupir dramatique, elle déboutonna son col roulé. Sous le pull en laine, une large morsure infectée, verdâtre, pourrissait.

 

— Je ne… Je n’arrivais pas à vous le dire… Et dire que tu… Tu as sacrifié Achilleas pour me protéger… Oh, Cal je suis si… si désolée…

 

— Non ! Non, c’est impossible !

 

Fou de rage, Cal était en larmes.

 

— Achevez-moi…

 

— Non, on ne peut pas… On ne peut pas se permettre de perdre encore…

 

— C’est la seule solution, je…

 

BANG !

 

Berthe avait ramassé le pistolet – qui contenait toujours des balles, visiblement, le chargeur devait être illimité – et s’était chargée du sale boulot. Cal la dévisagea, à l’agonie.

 

— Elle avait raison, fit-elle. Attendre n’aurait servi à rien d’autre que de lui donner une chance de nous bouffer.

 

Il ne trouva rien à redire. Normal, sa logique était implacable.

 

— Bon, on va le prendre, ce train, ou pas ?

 

Comme par magie, la gamine ressortit d’on-ne-sait-où elle s’était terrée. Berthe aurait aimé avoir les mêmes capacités de camouflages.

 

Sans attendre les deux autres, elle sauta par-dessus les portiques. C’était la première fois qu’elle fraudait dans les transports en commun : la sensation d’être une petite délinquante lui arracha un rire nerveux. Grisant. La gosse et le beau gosse lui emboîtèrent le pas.

 

Ils se suivirent de près, dans les escaliers. Et alors qu’ils arrivaient sur le quai, un dernier zombie déboucha d’un couloir perpendiculaire et se jeta sur la gamine.

 

— Non, Mia !

 

Cal ne la connaissait pas deux heures plus tôt mais son désespoir était palpable. Le mort-vivant attrapa la fillette, la souleva du sol, quand soudain…

 

Elle lui mordit le bras.

 

*

 

— Et le prix Nobel de la Paix est attribué à Mia Kaneko, pour sa découverte qui a permis de sauver l’humanité !

 

Dans l’assemblée, Berthe grommelait.

 

Pourquoi personne avant la gamine n’avait-il jamais pensé à mordre un zombie pour le guérir, tout simplement ?

 

 

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