Iatromée by Xuulu
Summary:

Iatromée: transcription littérale du grec ancien ιατρομαία, signifiant médecin-sage-femme

Bas-relief présent sur la tombe d'une sage-femme à Ostie, 1er siècle
medecineegypte.canalblog.com


Categories: Concours, Historique, Nuits HPF Characters: Aucun
Avertissement: Aucun
Langue: Aucun
Genre Narratif: Nouvelle
Challenges:
Series: Koh-Lanta, l'île des HPFiens
Chapters: 1 Completed: Non Word count: 1125 Read: 254 Published: 26/08/2021 Updated: 26/08/2021
Story Notes:

Ce texte est écrit dans le cadre du septième tour du concours d'Omicronn et Catie

 

KOH-LANT'HPF

1. Anthéa by Xuulu

Anthéa by Xuulu
Author's Notes:

 

On termine le septième tour du concours avec ce texte dont j’ai eu l’idée en écrivant le tout premier texte original pour ce concours (qui se passe aussi pendant l’Antiquité) mais qui a vu majoritairement le jour pendant la nuit du 20 août 2021.

Contraintes :

- publier un texte écrit pendant une Nuit d’écriture : le texte qui suit est composé de trois morceaux rédigés pendant la Nuit du 20 août 2021 reliés et retravaillés (premier thème : « couture », deuxième thème : « cabane », troisième thème : « lame » + image de pleine lune)

- insérer au moins 3 sentiments différents (en gras dans le texte, précisés en note de fin)

- écrire un texte de 1200 mots tout pile

Bonne lecture !

Avertissement: mentions de sang, de maladie, accouchement et organe disséqué.

 

 

Pendant un long moment, elle se concentra sur son travail, seulement attentive à la précision de son geste qui piquait la peau avec régularité, tirait doucement, liait le fil, piquait à nouveau.

La chambre somptueuse s’éclaircissait : une aube grise se levait. Les flammes des lampes à huile pâlissaient peu à peu, et de temps en temps l’une d’elle s’éteignait, dans l’huile chaude, avec un petit sifflement liquide. Parce que les tentures du lit auraient projeté trop d’ombre sur le travail d’Anthéa, elle avait demandé à la servante de les écarter avant de commencer la suture. Depuis que celle-ci s’était exécutée, elle se tenait dans un coin de la pièce, à la limite du champ de vision d’Anthéa, brûlante de patience, toute sa concentration tendue vers sa maîtresse et les soins prodigués. L’enfant avait été emmené ailleurs par une autre servante, sur son ordre après qu’elle eut constaté sa bonne santé.

Anthéa vérifia si la patiente tenait bon. Elle lui avait donné de la jusquiame noire, contre la douleur, mais cette plante pouvait provoquer des pertes de connaissance. La patricienne était consciente. La sueur coulait dans ses yeux, les larmes coulaient sur ses oreilles, mais elle était encore là, avec elle. Anthéa termina la suture, puis s’éloigna, posant brièvement sa main sur le genou de la patiente. La chaleur de sa paume contrasta, une seconde, avec la peau refroidie de la femme.

En laissant tomber son instrument sur la bassine de cuivre, Anthéa fit retentir un bruit métallique. Celui-ci, à moins que ce ne fut la caresse qui avait précédé, provoqua une brusque détente chez la patiente. Anthéa soupira. La jusquiame aurait mieux fonctionné sur une personne détendue, mais elle se rendit compte qu’elle devait cette pensée aux automatismes de sa profession, et pas à l’empathie qu’elle aurait pu ressentir plus intensément pour la femme qui était étendue devant elle.

Contrariée, elle roula les instruments souillés dans un linge puis les rangea. Ensuite, sous les yeux de la servante, lentement, nommant chaque ingrédient en les désignant du doigt, elle prépara un cataplasme, avant de l’appliquer sur la plaie suturée.

*

Les patientes d’Anthéa n’habitaient pas toutes dans le riche quartier du Caelius.  Même si elle aurait préféré ressentir de l’indifférence à propos de la situation pécuniaire de ses patientes, il était impossible de ne pas constater la misère de l’espèce de cabane devant laquelle elle venait d’arriver. Anthéa connaissait bien la colline de l’Esquilin, notamment son cimetière où elle venait parfois, avec discrétion, chercher des cadavres, et aussi bien sûr le quartier de Subure, au pied du mont, mais c’était la première fois qu’elle montait la colline pour rejoindre une patiente.

Subure s’étendait en altitude, peu à peu. À la hauteur qu’elle venait d’atteindre, les habitations étaient peu nombreuses, et surtout moins hautes qu’au pied de la colline, mais toutes plus pitoyables les unes que les autres. Son guide, un gamin que la patiente avait envoyé pour la chercher, lui désigna l’embrasure de la cabane, protégée à peine par un tissu déchiré.

Anthéa approcha sa torche de l’habitation. La nuit enveloppait les environs, sa flamme révéla difficilement les murs faits de boue et le toit, de paille.

Elle entra.

Le foyer, au centre de l’habitation, était mourant. La femme devait être trop faible, à présent. Anthéa rappela le gamin qui était resté à l’extérieur, et lui demanda d’entretenir le feu.

Elle s’approcha ensuite de la couche, la torche toujours à la main, et distingua le regard fiévreux de la femme, son ventre énorme, et l’enfant de deux ou trois ans qui se serrait contre elle.

Elle se présenta, posa ses affaires et commença à ausculter la patiente.

*

La nuit suivante fut une nuit de pleine lune si claire qu’Anthéa en profita pour mener à bien ses expériences. Son laboratoire était une pièce isolée de sa domus dont elle avait fait abattre le toit. Cela l’obligeait à ranger ses instruments soigneusement après avoir travaillé, mais au moins, elle y voyait clair tout le jour et certaines nuits.

Quintus, revenant du charnier de l’Esquilin, lui avait apporté, dans un linge tout humide de sang, un utérus. Un utérus énorme, qu’elle allait pouvoir examiner à loisir.

Elle avait terminé de disposer ses outils. Elle vérifia que l’emplacement des torches ne projetterait pas d’ombre gênante sur sa table, jeta un nouveau regard reconnaissant à la pleine lune, puis commença à mesurer l’organe avec de la ficelle. Elle le pesa ensuite dans sa balance en cuivre, reportant les résultats de ses observations sur une tablette d’argile.

Elle avait appris à travailler la nuit, non seulement quand elle disséquait un organe ou un corps, mais aussi quand elle visitait les patientes. C’était plus simple ainsi. Son nom et ses talents étaient de plus en plus connus dans les quartiers de l’Esquilin et du Caelius. Les femmes se le répétaient discrètement, et envoyaient des enfants ou des serviteurs la chercher quand elles avaient besoin de son savoir-faire.

La lame dont elle s’empara brilla sous la lune. Elle fendit l’utérus avec précaution, dégageant la matrice et le fœtus, reliés par un cordon. Elle essayait de mesurer son excitation en se rappelant l’importance de son travail.

Anthéa était née en Grèce. On l’avait mariée à un médecin. Elle n’avait pas eu le temps de détester son mari : cet homme excentrique lui donnait, le soir, des cours d’obstétrique. Il l’avait encouragée à se déguiser en jeune homme pour qu’elle puisse l’accompagner chez les patientes qu’il visitait. La curiosité naturelle d’Anthéa, ainsi stimulée, devint sans limite. Dès lors, ils s’interrogèrent ensemble sur un possible lien entre les menstruations et le cycle lunaire, sur la durée exacte d’une grossesse, sur l’efficacité des pessaires et des spermicides. Puis son époux était mort, et elle avait voulu quitter la ville où tout le monde la connaissait pour pouvoir continuer plus librement à soigner et apprendre. Être une femme à Rome était bien plus enviable qu’à Athènes.

Elle vivait ici depuis huit ans désormais, et sa pratique n’avait cessé de s’affiner.

La taille et le stade de développement du fœtus lui permirent d’estimer son âge. Elle coupa ensuite avec lenteur la matrice en tranches, cherchant dans chacune successivement une tache, une grosseur, n’importe quoi d’inhabituel. Elle découpa aussi le cordon en segments, retraçant sur l’argile, de la pointe du stylet, la forme des canaux qu’il recelait.

Sa renommée croissante était principalement due à sa pratique des avortements. Elle faisait payer cher ses riches patientes, mais n’avait pu éviter d’attirer l’attention du préteur urbain. Celui-ci, qui n’aurait dû voir en elle qu’une riche veuve grecque, oisive, avait dû entendre des rumeurs. Anthéa pratiquait une activité dangereuse, réservée aux hommes, et devait composer avec les soupçons des uns et des autres, mais cela n’avait fait, pour l’instant, que renforcer sa détermination.

 

End Notes:

 

J'espère que je n'y suis pas allée trop fort avec le côté organique...

Sentiments insérés :

- sollicitude d’Anthéa quand elle pose la main sur le genou de la première patiente

- mécontentement envers elle-même quand elle se rend compte que son empathie pour les patientes pourrait être plus naturelle

- excitation et passion qu’elle ressent pendant la dissection

 

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