Demain, elle dansera by CacheCoeur
Summary:

 

Photographie de Jess More, sur unsplash.

 

Nina écrit des lettres. Dedans, elle y met très peu de sa personne et beaucoup de sa haine.

 

Participation à la cinquième épreuve d'immunité de Koh-Lanta HPF


Categories: Contemporain Characters: Aucun
Avertissement: Violence psychologique
Langue: Aucun
Genre Narratif: Aucun
Challenges:
Series: Koh-Lanta, l'île des HPFiens
Chapters: 1 Completed: Oui Word count: 2061 Read: 155 Published: 11/07/2021 Updated: 12/07/2021
Story Notes:

❤ ❤ Merci MadameGuipure pour la correction ❤ ❤

1. Chapitre unique by CacheCoeur

Chapitre unique by CacheCoeur
Author's Notes:

 

Langage (2) : un personnage doit parler dans un langage soutenu. (à chaque prise de parole, avec au minimum deux prises de parole différentes.)

Sprint (2) : écrire et poster en cinq jours

Le texte ne doit pas comporter d'apostrophe, 2k +40 mots pile.

Mon mot à placer: Cadenas.

Mots interdits : logique, rapidité, énigmes, code, mystère, jeu, histoire, travail d'équipe.

TW : allusion au suicide et à la mort.

La chanson : Méchant – Vio

 

 

Nina aimait les mots, attendre le RER toute à la fin du quai pour sentir le vent soulever ses cheveux et ses vêtements, les odeurs des marqueurs et des surligneurs, le goût particulier du vendredi soir et manger de la glace à la noisette.

Elle aimait beaucoup de choses. Des choses simples. Des choses qui ne suffisaient plus à présent. Elle avait posé le premier mot de sa première lettre six mois auparavant et depuis, tous les jours, une suivante venait grossir le paquet.

« Chère maman,

Pourquoi es-tu si froide ? Je voulais juste un câlin, un bisou, une tendresse dans tes mots ou dans tes gestes..

Je veux juste un peu … de ton temps et de tes sentiments.

Ta fille qui ne sait plus comment faire,

Nina. »

« Cher père,

Tu es un parfait connard et je te souhaite de crever

Meurs.

Nina, ta progéniture. »

« Chère Sarah. J. Maas,

Ok, les scènes de cul dans vos livres sont sympathiques mais franchement… personne ne peut baiser en apesanteur. Même le faë le plus fort et puissant au monde. Et qui voudrait faire ça ? Sérieux, la perspective de mourir aplati comme une crêpe en plein orgasme … Moyen, moyen!

Une lectrice insignifiante parmi un milliard,

Nina.»

« Cher Jean-Pierre Pernault,

Mes larmes ont coulées quand vous avez présenté votre dernier journal.

Une très grande fan,

Nina. »

« Chère Myriam,

Tu étais mon amie quand nous étions toutes petites. Nous avons grandies ensemble. Nous avons été séparées au collège, au lycée, mais nous sommes restées proches. Quand est-ce que tout est parti en vrille ? Pourquoi on ne se parle plus ? Tu me manques et pourtant, je ne saurai plus quoi te dire maintenant…

Ton amie à qui tu manques atrocement,

Nina. »

« Cher Oasis,

Tu es mort dans mes bras. Mon tout petit chat, mon amour de chat, mon fripon de chat, mon adorable chat, mon confident… Tu es revenu alors que tu avais disparu depuis des jours. Le vétérinaire nous a annoncé que tu avais sûrement été empoisonné et que tu ne tiendrai pas très longtemps. Je suis restée près de toi quand nous sommes rentrés. Mes doigts ont caressé tes poils pendant des heures. Puis tu es mort. Mon cœur a été brisé, ce jour-là.

Ta maîtresse qui a échoué à te protéger,

Nina »

« Chère Madame Oranoud,

Merci. « Toi, ma fille, tu as un petit don ! ». Je me souviens de cette phrase. Et chaque fois que je commence une nouvelle fiction, je me la répète. « Toi, ma fille, tu as un petit don ! ». Vous avez été ma première vraie lectrice et la petite part de confiance que je possède en moi, je vous la dois.

Votre élève,

Nina. »

« Chère Claire,

Je suis venue aux funérailles de ton père. Myriam aussi. On a pleuré pour toi. Nous étions amies toutes les trois. Quand nous sommes arrivés au collège, toi et moi, sans Myriam, tu es partie de ton côté avec les populaires. Tu as ri de mes cheveux fourchus, de mes tenues trop originales, de mes dents de castor. Je te déteste encore pour ça. Et pourtant… Je suis désolée. Je sais que tu réussiras bien dans la vie et que tu seras heureuse.

La fille que tu as ignorée pendant des années,

Nina. »

Parfois, la Mort se penchait au-dessus de son épaule et lui murmurait quelques mots quand elle écrivait les siens.

– Mes salutations les plus distinguées, Mademoiselle Nina. Comment vous portez-vous ce soir ? Nous avons rendez-vous, vous et moi. Je vous serais gré de ne pas me faire patienter trop longtemps… Hâte-toi, Nina. Hâte-toi…

Nina se parlait toute seule, parfois. Entendre sa propre voix lui rappelait que sa compagnie était en réalité son unique compagnie.

Et sa Mort avait un langage soutenue.

Juste parce que Nina trouvait ça drôle. La Mort, on la pensait glaciale, cruelle même. Nina, elle, la voulait simplement noble et snob.

Personne ne pouvait comprendre Nina. Personne ne pouvait lui donner la paix. Personne ne pouvait deviner sa peine, son mal-être. Mais elle riait, mais elle chantait, mais elle vivait.

Pour quoi ? Pour qui ?

« Cher grand-père,

Je te déteste une fois sur deux et je te hais pour ce que tu me fais ressentir. Je te déteste de me faire de te détester.

Je te connais depuis toujours avec ce handicap à cause duquel tu ne parles pas et ne marches pas. Ton accident de voiture date maintenant.… Parfois, je souhaiterai ne pas te connaître du tout.

Ca me fait sourire quand maman me raconte comment tu étais avant. Sportif, exigeant, bougon, généreux, volontaire, indépendant. Quand elle me raconte comment tu es maintenant, elle inspire calmement et met toujours trois secondes avant de prononcer quoique ce soit.

Quand ma grand-mère parle de toi au passé, elle dit que tu as toujours été incroyablement chiant, que tu lui as fait du mal, beaucoup de mal, un nombre incalculable de fois, parce que tu as eu tellement de maîtresses que ce serait impossible de les compter. Dans ses yeux, je ne vois que des regrets maintenant. Tu vois, tu la tues à petit feu et tu en ris. On sacrifie nos vies pour toi.

Les gens te trouvent fort, admirable. La moitié de ton corps est paralysé, tu ne sais plus parler. Te comprendre est compliqué. Avec toi, on joue au Pictionary tout le temps, sauf que nous ne savons jamais si on gagne. Tu sais prononcer quelques mots. Mais les prénoms de ta femme, de ta fille, de ma sœur… Impossible. Le mien, quand tu te rappelles des sons que tu dois faire pour le dire, tu y arrives. "Nina" devient souvent "Mina" mais mieux vaut ça que rien.

Les autres, ils te trouvent souriant, agréable. Normal. Tu ris beaucoup. Tu ris tout le temps. Même si je ne comprends jamais pourquoi. Ton cerveau est détraqué après tout.

Tu siffles faux, tu rouspètes, tu râles. En voiture, quand on roule un peu trop vite, tu cries. Toi, tout ce que tu fais est parfait… Tu le ferais mieux que nous, avec ta moitié de corps opérationnelle. Tu critiques tout. Et ça, sans prononcer un seul mot compréhensible.

Tu essaies de communiquer. Je me déteste quand je pense que tu devrais arrêter de tenter de nous faire comprendre ce que tu veux nous dire. Ça me rend malade de passer une heure à écouter ta voix abîmée baragouiner dans le vide. Je voudrais que tu baisses les bras, parce que nous savons tous, en face de toi, que nous perdons notre temps et que nous ne te comprendrons jamais. Au fond, tu te bats... Mais je voudrais que tu laisses tomber et que tu te résignes. Juste parce que moi, égoïstement, je suis fatiguée.

Ton ingratitude alimente ma colère. Je te déteste vraiment, de me faire te détester.

Ta petite fille horrible,

Nina. »

Nina pleurait en relisant sa propre haine. Les larmes diluaient les mots mais pas les sentiments.

– Quelle bien mauvaise personne tu es…, ricanait la Mort. Jadis, Nina, tu étais bien plus loquace et tes mots étaient moins laids, moins exaspérants. Tu les aimais et maintenant, ils te détruisent. Viens Nina…

Elle savait que son imagination donnait vie aux voix dans sa tête. « Ne pas être seule. Ne pas être seule à tout prix. » se disait-elle. Alors sa mort lui parlait, la faisait se sentir moins abandonnée. Dans ses bons moments, la dame lui disait que tout irait bien, que leur rencontre se ferait dans longtemps, très longtemps. Dans ses mauvais moments, Nina ouvrait une fenêtre ou dansait sur les quais des RER et des métros.

« Chère sœur,

Je voudrais être toi. Tu es absolument tout ce que je ne suis pas. Tout ce que je rêve.

Avec tout mon amour,

Ta sœur Nina. »

La jalousie était puissante. Elle occultait tout.

« Cher Jules,

Tu as été mon premier ami à la fac. Je suis tombée amoureuse de toi sans le savoir, sans le vouloir. Tu disais que tu me trouvais cool, belle, intelligente, tu étais impressionné chaque fois que je prenais la parole, tu me regardais avec des yeux qui me faisaient me sentir reine et quand tu me touchais, quand tu me donnais un coup de genoux sous les tables de cet amphithéâtre mal éclairé, je voulais suspendre le temps. Je voulais ravaler mon cœur et tout te dire.

Je pensais que tu serais le premier.

Je pensais que nous allions vivre quelque chose.

Mais rien.

Absolument rien et tout est de ma faute.

Avec tous mes regrets,

Nina

PS : appelle-moi.».

Jules… Putain, Jules. Avant de dormir, le soir, Nina imaginait ses bras qui la serraient contre lui et ses lèvres se poser sur sa bouche. Aimer faisait si mal …

«Chère Mathilde,

Tu étais ce genre de filles ultra populaires, belles, marrantes avec des couleurs plein la tête, débarquanun jour sur deux au lycée, avec une grande pochette verte rempli de nouveaux projets.

Moi, je tenais le rôle de cette fille, assise au fond de ta classe. Une classe que tu détestais. Pour toi, seule Ariane existait, ta meilleure-amie, ta moitié, la seule à qui tu acceptais de partager tes sourires et tes dédains. Parce que tu étais méprisable. Tu nous toisais, tu nous jaugeais et tu provoquais.

Mais le mercredi après-midi, après avoir terminé ton heure de colle hebdomadaire, tu te posais sur le même banc que moi, alors que je lisais mon roman du moment et tu me parlais. Tu accordais deux heures à nos discussions, deux heures pendant lesquelles nous parlions du roman que je lisais, de ce que je parvenais à écrire en cachette pendant les cours, des derniers ragots... Toi, tu me confiais tes peurs, ton envie de faire tes preuves, tu me dressais le portrait de ce chien que tu souhaitais avoir pour ton anniversaire et les chantages que tu faisais à tes parents pour arriver à tes fins. On refaisait le monde et on patientait ensemble. Le lendemain, nous ne nous parlions pas.

Le dernier mercredi avant les vacances de noël, tu es venue sur notre banc, un sourire aux lèvres après avoir terminé ta colle. Tu avais ta pochette, que tu as ouverte et tu as fait glissé dans mes mains une aquarelle. Elle était toute en nuance de bleus, de roses et de violets, avec des étoiles, des galaxies qui se mélangeaient les unes ou autres. Tu as dit « Tu es une grande rêveuse Nina, tu es tout le temps dans la lune alors que tu pourrais aller plus loin ». Je me suis retrouvée comme une conne.

Tu ne donnais pas beaucoup Mathilde, mais bordel… Quand tu le faisais, tu donnais tout.

Un jeudi de février, je suis allée en classe. Elle était connue pour être « la terreur des profs ». Mais là, personne ne parlait, personne ne riait, aucun sac ne volait, notre prof avait du retard.

Un murmure. Un sanglot. Des pas dans le couloir.

« Mathilde est décédée hier, percutée par une voiture ».

Sept ans déjà... Cette phrase me hante.

Tu es morte brutalement. Avec toi sont aussi mortes à petit feu beaucoup de personnes. Ton père. Ta mère. Ton frère. Ariane. Tes amies.

Elles ont hurlé quand elles ont vu mes yeux rougis. Ariane a secoué mes épaules si violemment que ma tête a heurté le mur. Elle ne comprenait pas pourquoi je pleurais alors que je ne te connaissais même pas.

Parce que notre amitié était secrète, mon deuil le fût aussi.

Ton amie qui pense à toi,

Nina. »

Nina rangeait les lettres dans une boîte, sous le lit, là où elle cachait tout ses problèmes. Comme de la poussière sous le tapis.

Nina pleurait.

Nina était triste.

Plus que ça même. Elle ne trouvait juste pas le mot exact, le mot juste…

Nina voulait tout arrêter.

Elle ne savait tout simplement pas comment faire.

La douleur était si forte.

Mais la peur aussi.

Tout était si compliqué, si dur… En permanence.

Nina était désespéramment épuisée.

Nina écrivit une dernière lettre.

Il y avait des cadenas sur ses lèvres.

Cependant ses doigts, ses mains et ses poignets étaient libres.

« Chers tous,

Merci pour tout. ».


Et demain, elle dansera près du bord des quais du RER.

Elle perdra son équilibre. Ou pas.

 

 

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