Increvables by Pruls
Summary:



2250, à bord de L'Increvable, quelque part au-dessus de l'océan Indien

Dans un monde où les continents ont été submergés par les eaux, ceux qui n’ont pas pu quitter la Terre à temps volent de plateforme en plateforme pour fuir la course du soleil.


Koh-Lanta, l'île des HPFiens (3ème épreuve d'immunité)


Crédits : Image libre de droits (Pixabay)
Categories: Post-Apocalyptique, Science-Fiction, Concours Characters: Aucun
Avertissement: Aucun
Langue: Français
Genre Narratif: Nouvelle
Challenges:
Series: Koh-Lanta, l'île des HPFiens
Chapters: 1 Completed: Oui Word count: 1725 Read: 597 Published: 27/05/2021 Updated: 27/05/2021
Story Notes:
Bonjour à tous et à toutes ! Ceci est un texte écrit pour la troisième épreuve d'immunité (textes originaux) du concours de Koh-Lant'HPF, organisé par Catie et Omicronn sur le forum.

Un merci tout particulier à Ella pour sa relecture attentive ♥

Et bonne lecture à vous !

1. Chapitre unique by Pruls

Chapitre unique by Pruls
Author's Notes:

Épreuve 3 - Immunité - Hors-Jeu

Consignes générales :
- Votre histoire ne doit pas se dérouler sur terre
- Insérer un sport d'au moins 6 lettres qui devront constituer la première lettre de chaque phrase d'un même paragraphe (AVIRON)
- Entre 500 et 2000 mots (1628 selon ce compteur)

Contraintes personnelles :
- Sentimentalisme (2) : insérer au moins 3 sentiments différents (cf. notes de fin)
- Sensibilité (3) : insérer (au moins) trois verbes de chaque sens (cf. notes de fin)

Par ailleurs, je dispose d'une liste avec :
- 1 mot obligatoire : endurance
- 8 mots interdits : (commandement, organisation, feu), improvisation, soins, travail en équipe, lance, camion

Abarran ouvrit les yeux avec difficulté, la joue endolorie. Le vieillard avait dû bouger dans son sommeil car il pouvait sentir les marques que l’osier de la nacelle avait laissées contre son visage.

« Où sommes-nous ? demanda-t-il, groggy, en relevant la tête vers ses compagnons d’infortune.
— Nous survolons les anciennes îles Andaman, répondit sa fille Danaé de sa voix grave et profonde. Avec un peu de chance, nous passerons bientôt suffisamment au nord pour apercevoir le K2.
— Pas trop au nord tout de même ! la corrigea la voix forte de son frère. Nous devons arriver à la plateforme de Madagascar sans tarder.
— Oh, allez Marc’ ! On a neuf heures d’avance ! Est-ce qu’on ne profiterait pas un peu de la vue ?
— Ce n’est pas parce que nous avons de l’avance que nous pouvons nous permettre de flâner. Profite de ce que tu as déjà sous les yeux », ironisa-t-il.

À bord de L’Increvable, ils survolaient une mer de brumes épaisses, manteau cotonneux dont la Terre avait du mal à se défaire depuis la montée des eaux radioactives. Ils n’avaient pas vu venir la catastrophe alors qu’elle leur pendait au nez… Depuis la fin du vingtième siècle, les experts et les scientifiques avaient alerté sur le réchauffement global de la planète et sur le risque de montée des eaux. Après une multitude d’estimations en centimètres, on avait commencé à parler en mètres puis, petit à petit, sans vraiment s'en rendre compte, on était passés aux kilomètres. Nombreux avaient été les archipels et les littoraux engloutis en l’espace de trente ans. Aucun n’avait été épargné : les îles du Pacifique d’abord, puis les Caraïbes, la Corne de l’Afrique, le pourtour méditerranéen... Le nombre de réfugiés climatiques avait explosé, jusqu’à dépasser un jour celui de personnes non réfugiées. Les quelques personnes qui avaient suffisamment de moyens – pour ainsi dire, les très riches – avaient embarqué pour des navettes direction Mars, qui commençait alors tout juste à être habitée. Et les autres… étaient allés se faire foutre. Ceux qui n’avaient pu quitter la Terre l’avaient payé de leur vie ou d’une vie de souffrance. Au tournant du vingt-deuxième siècle, la fonte des glaces avait accéléré comme jamais auparavant et les deux-tiers des surfaces habitables de la planète s’étaient retrouvés sous les eaux. À ce moment-là, noyés par les flots, plusieurs réacteurs nucléaires avaient explosé.

Abarran sentit son cœur se gorger de rancœur. Ils avaient à présent une immensité stérile devant les yeux et sous leurs pieds. La vacuité. Voilà le misérable spectacle auquel ils étaient réduits désormais. Ses enfants avaient à peine connu la terre ferme qu’il les avait emmenés avec lui sur l’un des deux-cents ballons expérimentaux affrétés par la NASA. Il avait eu la chance d’en être l’un des ingénieurs. Quelle chance… Il avait pu embarquer avec sa famille. Et les autres… étaient encore une fois allés se faire foutre. Mais il n’avait jamais pensé aux autres, à aucun moment. Quand on lui avait proposé de survivre, il n’avait jamais pensé qu’à lui, aux siens. Mais à quoi en étaient-ils réduits aujourd’hui ? Quelle triste survie. Quelle triste vie. Aurait-il accepté l'opportunité de L'Increvable s’il avait su quelle effroyable endurance cela leur demanderait ? Aurait-il accepté de nouveau cette opportunité s'il avait eu l'occasion de revenir en arrière ?

« Papa… ça va ? »

L’inquiétude marquait le visage de son cadet. Il ne voulait pas que ses enfants soient inquiets… Il huma l’odeur rassurante du propane chaud, contempla un instant la flamme qui les maintenait en l’air et en vie, et trouva finalement l’énergie nécessaire pour agripper le bord de la nacelle.

« Je pensais juste à l’avant. »

Marcus hocha la tête, sans un mot de plus.

« Raconte-nous encore comment c’était, avant. »

Danaé avait le regard plein d’espoir.

« Avant… ?
— Le soleil. Raconte-nous le soleil.
— Le soleil… »

Abarran sentit une agréable chaleur envahir sa poitrine. Le soleil… Il n’avait pas connu les Eaux Basses mais avait eu la chance de connaître le Soleil Froid. Le soleil qui caressait la peau avec tendresse, qui devenait parfois violent et frappait de rouge les épidermes pendant les quelques mois que l’on appelait été. Quand il y avait encore des saisons… Le soleil qui se cachait parfois et se faisait taquin. Celui que l’on regrettait quand les nuages et les averses dévoraient ses rayons. Le soleil qui annonçait le jour et réveillait chaque pan de planète l’un après l’autre. Le soleil qui parait les choses de lumière et de couleurs et les rendait si belles. Le soleil qui faisait fleurir le monde et qui célébrait la vie.

« Je donnerais n’importe quoi, commença-t-il la voix pleine d’émotion, pour sentir un seul jour sur ma peau le moindre de ses rayons sans qu’il ne me tue. Avant que l’on ne détruise l’ozone, on pouvait l’admirer jusqu’à quinze, seize heures par jour. Plus encore lorsque l’on s’approchait des extrémités des hémisphères — c’est pour cela que nous n’irons jamais près des pôles. C’était lui qui rythmait nos journées. Il venait nous tirer hors du lit, tôt le matin. Il ne nous quittait que le soir, lorsque nous avions déjà bien vécu. Il nous disait « au revoir », et en effet on s’est mille et une fois revus. C’était… un ami, un intime que nous tenions pour acquis. Avec le recul, peut-être mon meilleur ami. Nous nous en sommes fait seuls un ennemi.
— Et l’eau, papa, l’eau ? Quel goût elle avait avant ?
— Avant… »

Abarran sentit son cœur se serrer. Voilà que l'inquiétude le saisissait encore. Il se faisait si vieux, il avait parfois si peur d'oublier… Rien que l'idée de ne plus se rappeler avant le tétanisait. Oublierait-il ? N'allait-il pas finir par ne plus se rappeler, un jour, la sensation du soleil contre sa peau ou le goût qu'avait eu l'eau jadis ?

« Avant, l’eau se buvait. Elle se dégustait, elle se savourait, elle s’appréciait. Certains parfois s'en écœuraient. On l’utilisait pour tout… »

Il marqua un temps d’arrêt.

« … et n’importe quoi. On aurait pu croire qu’on avait appris de nos erreurs, mais non. L’eau, on la gaspillait. Et déjà à ce moment-là, bien avant la Grande Catastrophe nucléaire, la moitié de la planète en manquait.
— Mais quel goût elle avait ?
— Elle était… »

Il ferma les yeux un instant, tentant de se remémorer une époque où le monde sentait si bon et était encore plein de saveurs. Il se sentit nostalgique. Ses paupières tremblèrent sous les embruns apportés par les vents. Il respira les effluves salins, tranquille, alors que les images affleuraient. Il se vit lui-même, tenant simplement une bouteille en plastique à la main, un goulot bleu nuit plaqué contre sa bouche. L’eau et le sourire aux lèvres. Que cette époque lui paraissait loin…

« Elle avait le goût de l’amour. Le moindre de ses baisers vous donnait envie de lui en revoler un.
— Je donnerais tout pour une gorgée d’amour, murmura Danaé la main contre son cœur.
— Je t’aime, Dan. Je vous aime.
— Nous aussi pa... »

La nacelle fut soudain prise d’une violente secousse. Abarran pensa d’abord qu’ils avaient croisé la route d'un simple trou d’air comme ils en rencontraient parfois, mais ensuite il entendit le bruit. Le ballon sifflait.

« Quelque chose ne va pas, murmura-t-il. On a dû heurter quelque chose.
— Un oiseau peut-être, ricana l’aînée.
— C'est sérieux Dan ! C’est sérieux, papa ? »

Leur père tendit de nouveau l’oreille. Il pouvait entendre la toile être malmenée par le vent, et toujours ce petit sifflement… Quelque chose n’allait vraiment pas.

« Nous n’avons pas de temps à perdre ! affirma-t-il en tentant du mieux qu’il pouvait de dissimuler son inquiétude – sa peur même. Il faut atteindre au plus vite une plateforme mobile de ravitaillement pour rafistoler le ballon. Si on vient de passer les anciennes îles Andaman, Taïwan est encore la plus proche…
— Faire demi-tour ?! s’étonna Danaé. Mais on ne doit jamais faire demi-tour ! Si l’on fait demi-tour pour rejoindre la précédente plateforme et que nous ne repartons pas à temps… nous risquons de finir carbonisés par le soleil !
— D’où l’intérêt d’avoir un peu de marge, sœurette. Remercie-moi de ne pas être monté plus au nord pour observer le…
— Oh ça va toi ! Donc on peut faire demi-tour et sinon… »

Elle fronça les sourcils, réfléchissant à ce que cela impliquait que son père suggère de faire marche-arrière.

« Papa… quelles sont nos chances de survie si nous tentons d’atteindre la suivante ? »

Abarran garda quelques instants le silence, l’air grave.

« Quasi-nulles. Nous aurons touché les eaux radioactives avant ça.
— Alors qu’est-ce qu’on fait ? demanda Marcus d'une voix tremblante.
— On accepte notre sort ? On récolte enfin ce qu’on a semé ?
— Tais-toi, Dan ! Ce n’est franchement pas le moment pour les traits d’esprit ! »

Danaé haussa les épaules. Elle n’y pouvait rien si son frère n’avait aucun humour.

« Ça me semblait être la seule réponse véritablement appropriée, renchérit-elle d’un air pince-sans-rire. Il vaut mieux en rire qu'en pleurer.
— Alors, Pa’ ? l’ignora Marcus.
— On… On fait demi-tour. On prie pour atteindre la plateforme de Taïwan avant lui. »

Le soleil. Son vieil ami.
End Notes:
Sentiments successifs : rancœur / nostalgie / peur

Verbes :
- ouïe : entendre, siffler, tendre l’oreille
- vue : apercevoir, voir, contempler
- goût : déguster, savourer, apprécier
- odorat : humer, sentir, respirer (des effluves)
- toucher : agripper, tenir, toucher
Un grand merci pour votre lecture. En espérant que cette lecture vous aura plu !
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