Sous le regard de l'hêtre by Carminny
Summary:

Montage à partir d'images libres de droit


Un meurtre dans une colonie de vacances et puis quoi encore ? Augustine a peur qu'on ne la croie pas mais les faits sont indéniables. Qui a bien pu tuer Monique ?

Prologue écrit dans le cadre de la Boîte à flemme : 5 minutes avant...
Rétrospective 3 (en 6ème position) écrit dans le cadre de la Boîte à flemme : La première fois

Categories: Projets/Activités HPF, Policier, Thriller, Espionnage Characters: Aucun
Avertissement: Discrimination (racisme, sexisme, homophobie, xénophobie)
Langue: Français
Genre Narratif: Roman
Challenges:
Series: Les Boîtes à flemme : le retour, Plus d'un cas pour Augustine Pinson
Chapters: 14 Completed: Oui Word count: 18359 Read: 10923 Published: 11/05/2021 Updated: 05/10/2021
Chapitre 2 : Quatorze heures un by Carminny
– Bon, Augustine, c’était bien sympa mais tu voulais me montrer quoi au juste ? s’agaça l’animatrice.
Augustine resta abasourdie. Le corps avait disparu. Elle l’avait vu, elle l’avait vérifié. Et maintenant il n’était plus là. En plus, elle n’avait même pas pris son ardoise pour expliquer tout ça à Natalie. Frénétiquement, elle passait en revue l’endroit où Monique avait été tuée. Il devait y avoir un indice. Une grande flaque de sang au moins. Ciel, il devait y avoir du sang sur le sol. Une blessure au cou laissait forcément des traces. Pourtant elle ne voyait rien du tout. Ses yeux s’embuèrent tout seul.
– Qu’est-ce que tu as encore inventé ? soupira Natalie en se détournant. Tu m’as suffisamment mis en retard pour aujourd’hui. Faut qu’on se dépêche pour être à l’heure au petit-déjeuner.
L’adolescente se força à cligner des yeux et à respirer doucement pour que l’autre ne remarque rien. Comment cela se faisait ? Pourquoi le corps avait-il disparu ? S’était-elle imaginée des choses ? Ne pouvait-elle pas faire confiance à ce qu’elle avait vu de ses propres yeux ? Elle avait vérifié ! Personne ne la croirait et ils avaient bien raison. Mais pourquoi le corps n’y était plus ? Pourquoi il pouvait y avoir des crimes et personne ne les remarquait ? C’était injuste ! Monique n’aurait pas dû mourir et certainement pas sans que personne ne le sache. Sa mère aurait dû être vengée. Comment pourraient-elles reposer en paix alors que leurs meurtriers étaient impunis ? Tout le monde détournait le regard parce qu’ils ne la croyaient pas. Pourquoi ils ne la croyaient jamais ?!
– Allez, viens maintenant !
Le ton de l’animatrice était sans appel mais les jambes d’Augustine refusaient de bouger. Il devait y avoir une tache de sang. C’était obligé ! Elle secoua la tête pour chasser celles qui dansaient devant ses yeux. C’était que des illusions, elle le savait. Elle déraillait. Si ça se trouvait, elle n’avait rien vu du tout, elle s’était trompée, imaginée des choses sans fondement, rêvée. Ce serait tellement mieux si personne ne mourait assassiné. Les adultes avaient raison, elle fabulait, on ne pouvait pas lui faire confiance, elle inventait tout ça pour se rendre intéressante. Il n’y avait pas d’autre explication. Rien n’était vrai.

– Vous n’auriez pas vu Monique ? questionna Sylvie en levant les yeux des bouts de bois qui constituaient son œuvre d’art. Elle voulait me prêter sa ficelle dorée.
Les oreilles d’Augustine se dressèrent immédiatement. Même si elle ne s’était qu’imaginée que Monique se soit faite tuer sous ses yeux, elle ne l’avait pas vu de la journée et cela paraissait étrange. De toute façon, tout était étrange depuis que Natalie l’avait abandonnée dans le réfectoire. Comme si un voile s’était placé entre elle et le reste du monde. Leurs voix lui parvenaient étouffés et les couleurs étaient ternes. Elle fixa la planche qu’elle frottait pour le rendre lisse depuis le début de l’atelier. Encore toute rugueuse, son travail n’avait jusque-là servi à rien. Rien ne servait à quelque chose.
– Pas au petit-déjeuner, répondit Martine pourtant collée à Sylvie depuis le premier jour de la colonie. Elle l’a peut-être pris avec son père ?
– Je pense qu’elle doit aider avec les minus, avança Jérôme d’un ton léger.
– Si ça se trouve, c’est la muette qui l’a étranglé, rigola Pierre. Natalie a dit qu’elle a complètement perdu la boule ce matin.
Augustine fit comme si elle n’avait rien entendu quand les regards des autres se braquèrent sur elle. Lisser la planche, c’était tout ce qui comptait. Ensuite elle pouvait y ajouter des crochets et des décorations pour en faire une petite penderie. Pas complètement inutile. Qu’ils croient ce qu’ils voulaient. Ce n’était pas comme si cela changeait de la normale. Evidemment qu’ils en profitaient. Ils ne pouvaient pas laisser passer une telle occasion. Qui aurait pu ?
– Eh, la muette ! Martine agita une main dans sa direction. Tu as fait quoi de Monique ?
L’ignorer. Continuer de l’ignorer. Si elle ne réagissait pas, ils allaient vite se détourner et s’en prendre à Amandine avec son air de zombie ou à Fabienne et Serge qui étaient la cible de tous les sous-entendus pervers ou encore Antoine et ses lunettes d’intello. Les adolescents étaient horribles entre eux. Si seulement elle avait encore pu se bercer dans l’espoir que cela s’améliorait avec l’âge…
– Eh ho ! s’agaça la blonde qui essayait de lui parler.
Augustine la regarda, lasse. Ils n’en avaient pas marre ? Elle reposa son papier à grains, se leva et s’éloigna de la table de travaux manuels. Tout simplement. Sans se retourner quand Grégoire, l’animateur, lui criait de rester. Cela ne servirait à rien puisqu’elle n’était pas fiable. Monique allait certainement revenir d’une de ses sorties en vélo mystérieuses avec un grand sourire moqueur et cette lueur froide dans les yeux. Elle avait tout imaginé.
Vérifiant d’un coup d’œil que personne ne l’observe, elle se hissa sur son hêtre préféré. Contrairement à Monique, elle ne manquerait à personne. Elle aurait la paix pour un bon moment.

Comme elle s’y attendait, personne ne la cherchait. En revanche, les cris pour Monique Germain se multiplièrent après le déjeuner. Si ça se trouvait, elle avait quand même été tuée. Ou du moins enlevée. De toute façon, si personne ne la croyait, si elle-même doutait de ce qu’elle avait vu, il n’y avait pas trente-six alternatives. Il fallait vérifier.
En partant de la supposition qu’elle avait réellement vu le cadavre ce matin, quelqu’un et plus vraisemblablement le meurtrier avait dû le cacher pendant qu’elle était allée réveiller Natalie. De combien de temps avait-il disposé ? Une vingtaine de minutes grand maximum. Cinq heures cinquante-deux, voilà l’heure fatidique qui s’était gravée dans sa mémoire. Aux environs de six heures – un peu plus –, elle avait vu le corps. Puis vers six heures vingt ou vingt-cinq, il n’y était plus. Conclusion un : celui qui avait déplacé le corps n’était pas dans le dortoir des filles à ce moment-là puisqu’il n’y avait qu’un seul escalier. Conclusion deux : il avait dû rester à proximité et donc il savait qu’il avait été vu. Enfin si meurtrier y avait. Conclusion trois : le corps n’avait toujours pas été retrouvé.
Il pouvait être n’importe où cela dit. Alors certes, la colonie de vacances était entourée d’une clôture et la grille fermée à clé pendant la nuit, mais le meurtrier pouvait très bien en posséder un double, voire l’originale. Après, ils étaient un peu perdus dans les Vosges avec le prochain village à plus de trente minutes de voiture et il était bien plus probable que le meurtrier soit quelqu’un de la colonie. Pensée très rassurante au fait. Il n’aurait donc pas pu cacher le cadavre très loin avant d’être à l’heure pour le petit-déjeuner... Au hasard, elle choisirait la remise des skis et luges. Personne ne devrait l’ouvrir avant un bon moment et le cadenas était si vieux qu’il s’effritait tout seul. Oui, si elle avait un cadavre à cacher et qu’elle ne pouvait pas l’enterrer dans la forêt, elle le mettrait entre les skis. Au contraire, elle ne le mettrait certainement pas dans la remise des outils de jardinage – que Monique fréquentait un peu trop pour être innocente.

– Aaaah ! crièrent deux voix à l’unisson un peu plus loin.
Il était probable qu’ils venaient de retrouver Monique. Ou une araignée, difficile à dire. Il était quatorze heures un.
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