Nuisibles by Pimy
Summary:


Crédits: image de MacRebisz sur Deviantart, modifiée par mes soins


 


Elle avance sans relâche, elle avance seule mais son espoir la guide. L’espoir d’un monde meilleur, pour Jade.


Categories: Science-Fiction Characters: Aucun
Avertissement: Aucun
Langue: Anglais
Genre Narratif: Nouvelle
Challenges:
Series: Koh-Lanta, l'île des HPFiens
Chapters: 1 Completed: Oui Word count: 1719 Read: 55 Published: 06/05/2021 Updated: 06/05/2021
Story Notes:

Ce texte est ma participation à la deuxième épreuve d'immunité (textes originaux) du concours de Catie et Omi : Koh-Lanta, l'île des HPFiens.

Contraintes générales :

Contraintes personnelles :

1. Chapitre unique by Pimy

Chapitre unique by Pimy

 

2872 apr. J.-C.

An 499 de la Nouvelle Ere


Anaëlle serre la boîte en métal contre son coeur. A présent ses yeux se sont habitués à l’obscurité et elle peut progresser plus rapidement. Ici pas de vision nocturne ou de régulation thermique, il n’y a que son corps, sa chair et le tissu de ses vêtements. Toute technologie étrangère au Système est parasitée par les ondes électromagnétiques qui émanent du Noyau et, sans ses implants, Anaëlle se sent nue. Ce n’est pas désagréable. Le bourdonnement qui émane du Système est presque apaisant, il calme les battements de son coeur qui menacent de s’envoler à chaque fois que la perspective de ce qu’elle accomplit effleure l’orée de sa conscience.


Elle sait qu’il n’y a pas de raison, leur préparation est parfaite, mais elle ne peut s’empêcher d’être anxieuse. Elles ont veillé à choisir le moment parfait, le chemin idéal. Il n’y a pas de risque. Il n’y a rien entre elle et son but. Rien d’autre que ces longs couloirs vides.


Elle avance sans relâche, s’enfonce un peu plus profondément sous terre, concentrée sur le bruit étouffé de ses pas. Elle est seule mais son espoir la guide. L’espoir d’un monde meilleur, pour Jade, avec qui tout a commencé.


~


— Il faut trouver la faille, répétait Anaëlle.

— Il n’y a pas de faille, répondait Jade. 

— C’est une machine ! Juste une machine. Y’a forcément un moyen.


Jade avait soupiré. Ce n’était pas nouveau, Anaëlle avait toujours été butée, mais aujourd’hui encore plus. L’an 500 était presque là et le monde semblait en ébullition à l’approche de cette date anniversaire. Jade et Anaëlle n’étaient pas seules, ils étaient des centaines. Et ils savaient que c’était le moment de frapper. L’organisation des célébrations serait coûteuse en ressources et la sécurité serait relâchée. Alors ils cherchaient un moyen, sans relâche, mais aucune solution n’était convaincante. Et pourtant s’ils ne saisissaient pas cette chance, il n’y en aurait pas d’autre avant des années, des centaines d’années. Mais tout était trop bien pensé.


— C’est une putain d’IA, Ana, comment tu veux qu’on rivalise avec nos pauvres cerveaux d’humains ?


Anaëlle n’avait pas répondu tout de suite. Elle l’avait fixé, et dans ses yeux un feu brûlait. Il y avait la rage et la détermination qui les avaient réunies au départ, elles et tous les autres.


— Tu peux pas dire ça.

— Mais c’est vrai…

— TU PEUX PAS DIRE ÇA !


Anaëlle avait crié et Jade s’était tue. L’air autour d’elles était devenu lourd et épais.


— Tu peux pas dire ça, avait répété Anaëlle dans un chuchotement. C’est à cause de ces mots qu’on a laissé une machine nous gouverner, prendre les décisions à notre place. Qu’on a cru que le Système résoudrait tous les problèmes. Qu’on est devenu impuissants. Alors qu’on a tellement plus. Nos émotions, notre empathie. Quel être humain ferait un choix aussi cruel ? Il y avait forcément une autre solution ! On se serait entraidés. On aurait trouvé un moyen...


Sa voix s’était brisée et Jade avait voulu la serrer dans ses bras. Mais ce n’était pas le moment. Pas maintenant. Elle aussi aurait voulu pleurer, faire le deuil de ceux qui avaient été sacrifiés pour des chiffres, des indicateurs, pour un modèle mathématique. Mais pour le moment il fallait agir.


— Alors on a deux problèmes, avait-elle cédé. Comment on y accède et comment on le détruit.

— On a aucune chance à distance, il faut aller sur place.

— Mais il est partout...

— Si on neutralise ses Noyaux, ça sera gagné.

— Y’a un putain de champ radioactif autour, avait rappelé Jade. Et on n’a personne avec nous qui a l’Immunité, même toi tu l’as pas.


Anaëlle était réparatrice, elle gérait la maintenance des composants physiques du Système. Avant, elle avait été fascinée par tout ça, par la puissance et les possibilités d’une telle intelligence. Elle avait voulu dédier sa vie à comprendre ce qui n’en resterait qu’une infime partie. Et surtout, elle avait rêvé d’obtenir l’Immunité, cette opération réservée à une poignée de réparateurs choisis par le Système, qui lui permettrait d’accéder jusqu’au coeur du système, les Noyaux, d’être immunisée à la radioactivité qui protégeait les quatre sources d’énergie du Système.


Avant.


A présent, elle voulait le détruire.


Il y avait eu un long silence entre les deux femmes. Puis Anaëlle avait pris la parole :


— Je vais recevoir l’Immunité.


Jade l’avait fixée, sans un mot, et Anaëlle avait soutenu son regard. Elle avait l’impression que l’air était devenu solide autour d’elle. Mille questions passaient dans les yeux de Jade, mais aucune n’avait franchit ses lèvres. Parce qu’il n’y avait rien à dire. Parce que ça changeait tout.


Parce que maintenant, elles pouvaient espérer.


~


Les couloirs n’en finissent pas. Ils se succèdent, et elle avance, presqu’à tâtons dans ce dédale qu’elle connait pourtant déjà bien. C’est le dernier Noyau. Le chemin est familier à présent et malgré tout le temps lui paraît plus long. Chaque pas lui demande un effort et elle doit s’arrêter quelques secondes pour reprendre son souffle.  


Elle ignore la démangeaison sur sa peau, elle ignore la nausée, et elle se remet en marche. L’anxiété ne l’a jamais quittée. Elle aurait voulu être calme et sereine, elle aurait voulu que sa détermination la rende imperturbable, qu’elle fasse disparaître sa peur et ses doutes. Mais ça ne fonctionne pas comme ça. Ses craintes ne sont pas effacées par ses certitudes, son courage ne suffit pas à faire taire toutes les émotions qui l’assaillent. Alors elle oublie son estomac qui se retourne, la bile qui lui monte à la gorge et elle avance.


Fixée sur sont objectif, elle ne doute pas. Elle ne pense pas à l’après, elle sait juste que ça ne pourra pas être pire. Ce n’est pas possible. Non, les humains ne sont pas aussi cruels, n’est-ce pas?


~


Restait la question de comment. Comment détruire le Système.


— Rentrer dans le programme, hacker le Système, tout ça, on a aucune chance. On peut pas rivaliser sur son propre terrain.

— Alors on joue sur notre propre terrain ? avait suggéré Jade.

— Yes. On la détruit physiquement.


En théorie, c’était pas compliqué. En pratique, c’était bien moins évident. Il y avait quatre noyaux qui alimentaient le Système, et si l’un d’entre eux était attaqué avant qu’Anaëlle n’ait pu agir sur les autres, le système passerait en état d’alerte et ce serait terminé. De plus, aucun appareil électronique ne pourrait être utilisé, à cause des émissions électromagnétiques.


Elles avaient réfléchi à la question pendant des semaines.


C’est Jade qui avait trouvé ce qui resterait leur meilleure solution. Par hasard. C’était un livre abimé, qui devait déjà être vieux lorsque les premières techniques de conservation avaient été mises en place. Il était dans cette langue ancienne dont elle avait seulement quelques notions. Elle avait demandé son aide à Elise, une amie linguiste, qui avait lu à voix haute :


—  Today we call errors or glitches in a program a bug.


C’était la partie “errors or glitches” qui l’avait interpelée. Elise lui avait expliqué le sens du texte et avait lu la suite, traduisant les mots que Jade ne comprenait pas. Une seconde phrase avait alors retenu son attention et elle l'avait faite répéter à Elise.


The trapped insect had disrupted the electronics of the computer.


Jade en avait tout de suite parlé à Anaëlle, et elles avaient tout planifié. Elles avaient fait des calculs, choisi les paramètres qui leur laissaient le plus de chances. Ça avait pris des jours entiers.


Elles n’avaient jamais reparlé de l’Immunité.


~


Le bruit de sa respiration se répercute sur les murs et semble envahir l’espace.  Son coeur bat dans sa cage thoracique, elle a le souffle court, elle qui pourtant aurait couru des kilomètres sans faiblir. Elle veut continuer à croire que c’est la peur, l’anxiété qui prend le contrôle de son corps, mais sa tête pèse une tonne et sa peau est en feu.


Elle sait qu’elle n’est plus très loin. Elle est tout proche même. Elle parcourt les derniers mètres avec difficulté. Elle n’est pas arrivée jusqu’au Noyau, mais sa destination est ici, près de la grille d’accès au système de ventilation, qui communique avec les relais d’alimentation.


Là, elle décole enfin la boite de son coeur. Ses jointures ont blanchi de l’avoir trop serrée, elle ne sent plus ses doigts mais ça n’a pas d’importance. Elle enlève méticuleusement le couvercle. Au fond ils grouillent comme un seul être. Des centaines d’insectes méticuleusement choisis, et dans lesquels elles placent leur futur.


~


— Qu’est-ce qu’on fera si ça ne marche pas ?


C’était Jade qui avait posé la question, un soir alors qu’elle ne réussissait pas à dormir. 


— Ça va marcher.

— Ana…

— Il faut que ça marche.


Son ton était presque implorant et Jade n’avait pas insisté.


Leur plan était incertain, leur plan n’avait pas la précision d’un mécanisme bien huilé. Elles n’avaient pas fait tourner de simulations complexes, tout ce qu’elles avaient c’était quelques calculs, quelques probabilités. Oui, il y avait une possibilité que ça ne fonctionne pas. Mais il fallait qu’elles y croient. De toutes leurs forces. Personne ne le ferait à leur place.


Jade était presque endormie lorsque Anaëlle avait prononcé son prénom.


— Jade ?

— Oui ?

— J’ai peur.


Les mots d’Anaëlle étaient à peine audibles et c’était la seule fois où Jade l’avait entendue pleurer.


~


Anaëlle a le corps engourdi, mais lorsqu’elle incline la boîte vers le bord de la grille, ses gestes son précis. Les insectes se déversent dans le réseau d’aération, et elle prie pour que l’un d’eux joue son rôle, rien qu’un seul court-circuit et ce sera suffisant. Là, pour la première fois, elle écoute enfin la voix qui lui dit que tout cela ne mènera peut-être à rien, et elle l’accepte. Elle laisse leur destin aux prises de ces petites bêtes et elle espère.


Lorsqu’enfin la boîte est vide, le dernier insecte disparu, elle la lâche et le bruit métallique de l’impact résonne autour d’elle. Elle se laisse glisser au sol, sa peau brûle, son estomac remonte dans sa gorge.


Le couloir est toujours aussi vide, le bourdonnement du Système n’a pas cessé, mais pour Jade et elle, rien ne sera plus pareil.

 

 

End Notes:

Voilà... J'espère que la lecture vous a plu.

J'ai choisi de garder le flou sur les raisons qui les poussent à avoir autant de rancoeur contre cette IA (et à prendre une décision aussi extrême pour Anaëlle). Je voulais jouer sur le contraste entre la rationnalité à toute épreuve de la technologie et leurs émotions humaines et leur désespoir qui les poussent à l'extrême sans forcément peser toutes les conséquences de leur acte. Je ne sais pas si c'est réussi ^^

N'hésitez pas à me laisser un commentaire pour me dire ce que vous en avez pensé ! :)

Cette histoire est archivée sur http://www.le-heron.com/fr/viewstory.php?sid=2141