L'Affaire Carpenter by Fleurdepine
Summary:

Un vieil homme de 76 ans retrouvé mort dans son appartement de l’Illinois, à Alorton, dans le comté de St. Clair, dans des circonstances qui apparaissent de plus en plus étranges. 

Bientôt des lettres anonymes donnent à l'histoire des accents plus graves que ce que l'on aurait pensé à première vue. 

Et qui est William X ?

Cliquez sur l'histoire pour suivre l'Affaire Carpenter comme si vous y étiez !


Source = pixabay, libre de droits


Categories: Guerre, Policier, Thriller, Espionnage, Concours, Whodunit Characters: Aucun
Avertissement: Contrainte (chantage, viol...), Violence physique
Langue: Français
Genre Narratif: Nouvelle
Challenges:
Series: Aucun
Chapters: 1 Completed: Oui Word count: 2061 Read: 181 Published: 05/05/2021 Updated: 05/05/2021
Story Notes:

Hello ! 

Vous trouverez ci-dessous une histoire policière de moins de 2000 mots, un grand défi qui m'a posé beaucoup de difficulté mais je remercie du fond du cœur Nighty et mon ami Jéjé (ainsi que Tiiki, par ricochet) qui m'ont permis de trouver mon idée <3

Evidemment, ce n'est pas parfait, mais je pense m'en être pas trop mal tirée au vu des conditions !

Merci aussi à Carminny pour le passage en allemand <3

(Le choix des contraintes se trouve en note de fin)

1. Chapitre 1 by Fleurdepine

Chapitre 1 by Fleurdepine
Author's Notes:

Ce texte n'est pas spécialement joyeux, mais j'imagine que le genre du policier était déjà un indice ;)

Bonne lecture :hug:

19 avril 2019.

 

Chronique mortuaire du Daily Journal de l’Illinois : John Carpenter, 76 ans, célibataire et sans enfants. Une cérémonie sera rendue à l’église d'Alorton, vendredi matin à onze heures.

 

 

23 avril 2019.

 

Faits divers : un vieil homme de 76 ans retrouvé mort dans son appartement de l’Illinois, à Alorton, dans le comté de St. Clair, dans des circonstances qui apparaissent de plus en plus étranges. C’est sa voisine, Janet Davies, qui a appelé les secours constatant son absence inhabituelle au rendez-vous quotidien de bridge. John Carpenter était apprécié du voisinage. On le décrivait comme un homme gentil, discret, solitaire mais toujours prêt à mettre la main à la pâte pour aider son prochain. “Sa mort nous attriste beaucoup” déclare Robert, 56 ans, du pâté de maison voisin. Après une première autopsie de routine, des traces d’empoisonnement ont été constatées dans son système digestif. Crime, accident ou suicide ? L’arme du possible crime ou ses motifs sont pour le moment totalement inconnus. Sur place, les villageois sont sous le choc. “Celui ou celle qui a commis cette atrocité doit être enfermé. C’est une œuvre de Satan. Qui pourrait en avoir après John Carpenter ?” Une enquête a été ouverte. 

 

 

*

 

 

27 novembre 1967.

 

« La guerre du Viêt Nam est de plus en plus impopulaire au sein de l'opinion publique américaine… »



30 décembre 1972.

 

‘Nixon Orders a Halt In Bombing of North above 20th Parallel; Peace Talks Will Resume Jan.8’

 

 

23 janvier 1973.

 

‘Vietnam Accord is Reached; Cease-Fire Begins Saturday; P.OW.’s to be Free in 60 Days’

 

 

— Guten Tag, hier ist Ihr Reporter Klaus Müller vom Deutschlandfunk. Heute unterzeichnen Nordvietnam, die USA und Südvietnam in Paris das Friedensabkommen. Folgt nun die Entschlüßelung...

 

 

27 janvier 1973.

 

« Les Accords de Paris signés n’apportent pas encore la paix au Vietnam » 

 

 

29 mars 1973.

 

‘U.S. Forces Out of Vietnam; Hanoi Frees the Last P.O.W.’

 

 

30 mars 1973.

 

« Les soldats américains rentrent enfin au pays ! 

Après presque vingt ans et des centaines de milliers de morts, la guerre est finie… pour les Etats-Unis. »

 

 

10 décembre 1973.

 

« Viet Nâm : 150 000 vétérans du Vietnam se sont donnés la mort suite à leur retour. On ne mesure pas encore les retombées psychologiques de ce désastre ».

 

 

30 avril 1975.

 

« La chute de Saïgon met fin à la guerre du Vietnam : récit des dernières 24 heures »

 

 

13 avril 1976.

 

« La Guerre du Viet Nâm a-t-elle été un désastre pour les Etats-Unis ? Analyse d’un échec annoncé. »  

 

 

— Hier ist Klaus Müller, Ihr Reporter vom Deutschlandfunk. Das ende des 30-jährigen Krieges in Vietnam ist bis heute ein amerikanisches Trauma: sie verloren gegen den Kommunismus…

 

 

10 novembre 1982.

 

‘Tribute to Vietnam Dead: Words, a Wall’

 

 

*

 

 

25 avril 2019. 

 

Rapport du commissaire :

 

De nouveaux éléments nous ont été communiqués sur l’affaire dite Carpenter. L’homme avait reçu des menaces sous forme de lettres anonymes. Nous en avons trouvées cinq au total. Elles sont rassemblées dans les pièces à conviction.

 

Nous avons identifié l’arme du crime : d’après les analyses des experts, il s’agirait du manioc, une plante originaire d’Amérique du sud et produite en grande quantité en Asie et en Afrique. L’individu décédé aurait ingurgité massivement une dose mal cuite, ce qui peut provoquer la mort (cf rapport du légiste). 

 

Il est encore trop tôt pour en arriver à des conclusions définitives mais la piste d’un meurtre est de plus en plus à privilégier. 

 

 

Pièce à conviction numéro 1 :

« Je sais ce que vous avez fait »

 

Pièce à conviction numéro 2 : 

« Vous allez payer »

 

Pièce à conviction numéro 3 : 

« Bien joué la nouvelle identité. Vous pensez leurrer Dieu comme ça ? »

 

Pièce à conviction numéro 4 :

« Combien de fois par jours devez-vous laver vos mains pour effacer tout ce sang ? »

 

Pièce à conviction numéro 5 :

« Vous savez que vous devez payer pour ce que vous avez fait William. Craignez pour votre vie, pleurez la nuit, j’espère que vous faites des cauchemars et que vous pensez à eux. Salopard. L’enfer t’accueillera les bras ouverts »

 

 

Plusieurs observations

Les lettres n’ont pas été timbrées, on peut donc en conclure qu’un individu au sein du village faisait chanter John Carpenter. Il pourrait s’agir de quelqu’un de proche. 

 

Il est mention d’une autre identité : William X. Est-ce une erreur d’adresse ou le dénommé John Carpenter avait-il une fausse identité ? Qui est William X ?

 

Marche à suivre

- Interroger les villageois

- Prendre connaissance de l’emploi du temps de Carpenter le jour de sa mort (avec qui a-t-il mangé ?)

- Enquêter sur les origines de Carpenter 

 

 

*

 

 

Dictionnaire : Les propriétés du manioc

 

Le manioc (Manihot esculenta) est une espèce de plantes dicotylédones de la famille des Euphorbiaceae. On consomme généralement ses racines riches en glucide et sans gluten, mais aussi ses feuilles. Toutefois, sa consommation sans préparation adéquate est source de graves risques pour la santé. 

 

Le manioc amer contient en effet des glucosides cyanogéniques toxiques, la linamarine (pour 90 %) et la lotaustraline (pour 10 %), qui, lorsque les cellules de la plante sont endommagées, se décomposent sous l'effet d'enzymes, en libérant de l'acide cyanhydrique.

 

Cette décomposition se fait en deux étapes : l'hydrolyse de la molécule de linamarine, sous l'effet de la linamarase, produit du glucose et de la cyanhydrine d'acétone. Cette dernière molécule, instable, se décompose en cyanure d'hydrogène et en acétone, soit spontanément à une température supérieure à 35 °C, soit sous l'effet d'une autre enzyme, l'hydroxynitrile lyase.

 

 

*

 

 

29 avril 2019.

 

Extraits des interrogatoires

 

- Janet Davies, la voisine :

« John est arrivée au village en 1985. Il avait alors quarante-deux ans. Il était venu remplacer notre plombier, décédé quelques semaines auparavant. Il s’est bien intégré dans la vie du village. Ce n’était pas un homme à problèmes. Je ne vois pas qui pourrait lui avoir fait du mal. On est tous soudés ici. On vit même avec trois Indiens et un Asiatique. »

 

- Mark Jones, le buraliste : 

« Je connais John depuis son arrivée. Il n’a jamais parlé de son passé. C’était un homme assez mystérieux, ça se sentait qu’il avait vécu des choses sales. Personne ne l’a croisé le jour de sa mort. Enfin, il est allé travailler chez les Vermont mais après ça… Il est juste rentré chez lui »

 

- Les Vermont :

« Nous n’avons rien constaté de particulier »

 

Conclusion

Rien à déclarer concernant la journée du 18 avril 2019, date de mort de John Carpenter. 

Nous sommes toujours dans l’incertitude concernant son passé. 

Nous avons lancé un appel à témoins en diffusant une photo de son visage, datant de 2003. Quelqu’un le reconnaîtra certainement.  

 

Les lettres ont été envoyées pour expertise calligraphique et nous organiserons prochainement des tests. 

 

 

*

 

 

3 mai 2019. 


Quatrième page du Herald Tribune :

 

Nouvelle disparition inquiétante d’un habitant du village d’Alorton, dans l’Illinois. 

Que se passe-t-il dans ce village peuplé d’à peine 2002 habitants ? L’Alorton serait-il devenu le lieu d’une série de mystères criminels ? L’ambiance sur place prend de plus en plus des accents de terreur.

Monsieur Gary C. a disparu subitement. Il aurait été aperçu pour la dernière fois le 28 avril dernier. « Il est parti sans laisser de trace » nous confie une autre habitante du village. S’est-il volatilisé ? A-t-il été enlevé par les extraterrestres ? Ceux qui se sont attaqués à John Carpenter se sont-ils attaqués à lui ? Ou est-il lié au meurtre de Carpenter ? Une tonne d’interrogations auxquelles le commissaire en chef Bridget va devoir répondre. “Chaque chose en son temps. Une enquête a été ouverte, nous sommes en train de la mener.” 

C’est une ambiance anxiogène qui règne au sein du village. Les habitants sont terrorisés et tout le monde se demande : « Qui sera le prochain ? »

 


*

 

 

Rapport de police

 

Disparition de Gary Chao.

Nationalité : coréenne d’après les voisins (aucun papier n’a été retrouvé).

Arrivée au village en 2010-2011.

Société : compagnie d’essence. 

 

A la question : était-il proche de Carpenter ?

Les voisins ne savent pas réellement. « Ils s’aidaient mutuellement dans leurs travaux. Ils se croisaient de temps en temps mais de là à dire qu’ils avaient tissé une relation… Nous n’avons rien remarqué. »

 

Piste privilégiée : la fuite. Son appartement était vide. Nous sommes en train d’analyser les éventuelles traces digitales car Monsieur Gary Chao devient notre premier suspect dans l’affaire dite Carpenter. 

 

Concernant Carpenter : Nous n’avons trouvé trace de son acte de naissance dans la mairie de Chicago, où il prétendait être né. L’hypothèse d’une fausse identité se confirme.

 

 

*

 

 

20 novembre 1969.

 

SCANDALE : Des massacres commis pendant la guerre au Viet Nâm, par des Américains, sur place.

« Des centaines de civils furent assassinés par l’armée américaine à My Mai, le 16 mars 1968, au milieu des bambous et du manioc. »

 

 

8 décembre 1969.

 

« L’AMÉRIQUE S’ACCUSE.

Le nom de William Calley se confond maintenant avec celui d’un hameau du Sud-Vietnam où les hommes de son peloton massacrèrent sans raison un nombre encore indéterminé — 109 dit l’acte d’accusations — d’hommes, de femmes et d’enfants. Deux ans après cette tragédie, le lieutenant Calley comparaîtra devant une cour martial réunie à Fort Benning, en Georgie ».

 

 

*

 

4 mai 2019.

 

Rapport de police :

 

Nous n’avons trouvé aucune emprunte digitale dans l’appartement de Chao. L’individu s’est totalement volatilisé, semblant avoir vécu l’existence d’un fantôme, il n'existe dans aucun papier officiel administratif.

 

 

*

 

 

5 mai 2019.

 

— Bonsoir, ici la brigade de police de Chicago.

— J’aimerais parler au commissaire Bridget.

— Je vous le passe, un instant. 

Quelques secondes passent.

— Allo oui ?

— J’ai des informations sur John Carpenter. 

— Je vous écoute. 

— John Carpenter s’appelle en réalité William Calley. C’est un ancien lieutenant qui a fait de la prison pour avoir orchestré un massacre au Viêt Nam. 

— Vous êtes bien sûre de ce que vous avancez ?

— J’en ai vu des visages diaboliques, mais celui-là, Monsieur, je ne l’oublierai jamais. Vous pouvez vérifier ce que je dis, comparez les empreintes.

 

 

*

 

 

Il n’a pas été difficile, après cela, de comprendre que Gary Chao était en réalité vietnamien, que son vrai nom était Cong, survivant du massacre de My Lai. 

 

 

Et l’arme du crime ? Le manioc, évidemment.

Tout prend sens.

 

 

*

 

 

Lettre d’adieu envoyée à la police :

 

J’ai tué William Calley. Je ne le regrette pas. C’était une pourriture. 

 

Je prépare cette vengeance depuis maintenant quarante ans.

 

Je suis mort le 16 mars 1968, quand ce monstre a perpétré ses crimes horribles, massacrant sans raison ma femme, ma mère, mon père, mon enfant qui venait de naître. 

Je suis mort en même temps que ma famille.

Lui s’en est sorti avec trois ans et demi d’enfermement. God bless America!

 

Il a reconstruit sa vie, changeant de nom, alors qu’on m’avait tout pris. 

 

J’ai mis vingt ans à le retrouver et presque dix à agir. C’était peu, j’étais patient. La vengeance doit se laisser désirer ; dans la précipitation, elle perd toute saveur. Je ne pouvais pas commettre cette erreur.

 

Combien de fois ai-je pris sur moi pour ne pas flancher ! Il fallait que je gagne sa confiance à tout prix pour que mon plan arrive à exécution. Le manioc était l’élément central, le point culminant, pour que ma vengeance soit personnelle. C’était symbolique de le tuer avec le décor de ses crimes d’alors. 

 

Pour lui en cuisiner, je devais devenir proche de lui. Ce fut le plus difficile.

 

Je l’ai fait pour Xi, pour Cha, pour Mano, pour Mao et pour Mina. 

 

Maintenant je peux mourir en paix. 

 


*

 

On retrouva son corps quelques jours plus tard. Il s’était suicidé dans le cours du fleuve Mississippi.

Il avait trouvé la paix. 

 

*

End Notes:

William Calley a réellement existé mais il est encore vivant (et marié) et n’a pas fui dans un village pour cacher son identité. Il n'était pas le seul à avoir participé au massacre. Ils étaient une vingtaine de soldats mais il était le seul à avoir été 'jugé' pour cela.

Nombre de mots : 1998 
Contrainte langage : en gras se trouvent les phrases en allemand, prononcées par le fameux reporter Klaus Müller :mg:
Mot imposé pour ce tour = j'ai choisi "solitaire"
Genre : policier, donc
Ensemble de mots : manioc/guerre

Arme du crime = manioc
mobile = la guerre (les massacres pendant la guerre)
Du coup les deux thèmes manioc et guerre sont centraux à l’histoire, même s’ils ne sont pas évoqués tout le temps. Mais je laisse les organisatrices en juger o/

Cette histoire est archivée sur http://www.le-heron.com/fr/viewstory.php?sid=2138