Métamorphoses by Juliette54
Summary:

1. La loi de la jungle selon Andromède : quatrième épreuve du concours Koh-Lana, organisé par Omi et Catie.

Donc tu subiras donc, vilain petit canard,

Encore un petit peu, mes pleurs et mes déboires

Et puis ceux d'Andromède, éternelle attachée,

Que sa mère vendit – quel orgueil Cassiopée !

[...]

2. Eurydice ne rit plus

Le mythe d'Eurydice n'est pas romantique,

Car rien de romanesque n'a le preux Orphée

Le mythe d'Eurydice est surtout traumatique.


Categories: Concours, Conte, Fable, Mythologie Characters: Aucun
Avertissement: Violence physique
Langue: Français
Genre Narratif: Poésie (vers)
Challenges:
Series: Koh-Lanta, l'île des HPFiens
Chapters: 2 Completed: Non Word count: 4057 Read: 1451 Published: 05/05/2021 Updated: 21/04/2022
Story Notes:

Salut à tous et à toutes !

Voici un recueil de poème sur les mythes. Réécritures ou relectures, comique ou sujet grave, beauté et laideur : tout vient dans la métamorphose des êtres et du monde. Merci au concours KL d'Omi et Catie pour l'idée du projet. TW pour le deuxième poème.

1. La loi de la jungle selon Andromède : Participation à la quatrième épreuve du concours Koh-Lana, l’île des HPFiens organisé par Omi et Catie Brogniart.

1. 1. La loi de la jungle selon Andromède by Juliette54

2. 2. Eurydice ne rit plus by Juliette54

1. La loi de la jungle selon Andromède by Juliette54
Author's Notes:

Bonjouuur !

Voici ma participation à la quatrième épreuve du concours Koh-Lana, l’île des HPFiens organisé par Omi et Catie Brogniart, deuxième épreuve d'immunité, équipe jaune, Négociation Collective !

J'ai donc négocié le double thème Lianes/Vent (qui doivent être également représenté dans le texte), et le genre Conte/Fable/Mythologie.

Je mets les contraintes à la fin ! Bonne lecture !

Je dois te l’avouer, j’eus des difficultés

À définir de quoi, d’abord, je parlerai :

La jungle a une loi, tu dois bien le savoir :

Si les lianes t’attrapent’ elle devient mouroir.

C’était fort ambitieux, même présomptueux

De penser faire un texte, un poème véreux,

Avec autant de mots et aussi peu de temps

Mais qui a une vie en ce covid-moment ?

Les vers de mon poème seront pas réglo

(Un instant, ça craque, j’ai putain d’mal au dos),

Mais ils seront parfois libres, cruels, venteux

Chassés par le passé, le présent ou les deux,

Et souvent bien calés d’une onomatopée,

D’un mot bidon, débile ou bien d’une envolée

Lyrique et amusante ou soufflée par les vents

Tout comme Andromède dans le loin Orient.

Je sais qu’on dit lointain mais c’était trop trop long.

Et puis loin a le chic d’être moins polisson.

Même si le ver libre est bon pour les poissons

Le vers l’est un peu moins pour nos auditions,

Et dis-moi t’es réac ! pour que je passe en prose

Ça ne marchera pas même si tu… tu l’oses ?!

Eh bien je suis butée et je veux m’amuser

À compter les syllabes dans les mots français.

Donc tu subiras donc, vilain petit canard,

Encore un petit peu, mes pleurs et mes déboires

Et ceux d’Andromède, éternelle attachée,

Que sa mère vendit – quel orgueil, Cassiopée ! –

À ce monstre marin pour laver ses discours

Superbes et vantards, sous les conseils balourds

(Et injustes aussi) de l’oracle d’Ammon

(Demande pas qui c’est, je sais juste son nom).

Est certain qu’Andromède ne pouvait bouger

À cause de ces lianes qui se resserraient

Comme de vils serpents autour du gros rocher,

De ses membres faibles et frigorifiés,

Ses mèches de cheveux, les vents les fouettaient fort,

Sans parler de ses joues ni même de son corps.

N’est plus blanche sa peau, n’est plus rouge sa lèvre

Tout est mauve, violet, violenté par la fièvre

De Zéphyr, qui souffle sur l’onde de la mer

Et porte par vagues une tempête amère.

Il n’a eu Hyacinthe, Amour n’aura personne,

Surtout pas cette fille à la mère qui chantonne

Qu’elle est beauté, grâce, même Vénus, sans cesse.

Alors l’eau bout, souffle, s’abat sur la princesse

Et vent souffle, liane serre et vent arrache,

Liane broie : à bout n’en viendrait une hache.

Le rivage était jungle et la jungle rivage

Quand des larmes trop vaines rompent le barrage

De ses paupières et déversent sa peine,

Sa peur et sa douleur face au monstre sans chaîne

Qui doit la dévorer où elle se démène

Sur l’écueil éraflé. Réduite au rang de chienne,

N’est plus que sacrifiée, n’a plus un mot à dire :

Elle est sur le rocher et tenue d’y mourir,

Pour sauver sa patrie, pour sauver sa famille.

Pourquoi est-ce à elle, gentille jeune fille,

De payer un tel prix, injuste et terrifiant ?

Pourquoi suivit-elle son bourreau sagement ?

Pourquoi baissa-t-elle tête devant Destin ?

Elle ne veut plus, elle ne veut pas : « Chiens !

Mais chassez le monstre et détachez votre reine !

Me laisseriez-vous ces lianes comme chaînes ? »

Son désespoir et sa colère n’ont d’écho,

Et seul frappe le vent, et seule frappe l’eau.

Céphée, son père affligé, pleure derrière elle.

Cassiopée, sa mère, gémit, criminelle.

Mais ce sont les malheurs et les cris d’Andromède,

Qui attirent’ l’attention et ramènent de l’aide.

Il s’appelle Persée et il passe par là,

Vole sur Pégase sans épée à son bras.

C’est un malin, armé d’une tête tranchée :

La tête de Gorgone il l’a d’un coup fauchée.

Ces yeux de Basilic, les a après fermés,

Mais il peut les ouvrir selon sa volonté.

Méduse la Gorgone il a pris son pouvoir

De changer tout en pierre au plus petit regard.

Il entend la bourrasque de vent qui abîme,

Élève et tourne l’onde amère des abymes.

Il entend par-dessus une voix qui tempête,

Crie, pleure, supplie, hurle et puis : il voit la bête.

Énorme, monstrueuse, bavant, écumant :

Un chien ayant la rage n’effraierait autant.

Que le retint donc là ? La curiosité ?

La volonté d’aider ? La quête du danger ?

Ou la vue de la belle entravée de lianes ?

Coup de foudre mythique’, être toqué du crâne,

Ou tout simplement âme altruiste et serviable ?

Pour sûr un peu de tout : car qui serait capable

De plonger dans la jungle, de risquer sa vie,

D’esquiver les lianes, le vent qui frémit,

Sans parler de ce monstre et ce pour une voix ?

Qui risquerait sa vie pour la fille d’un roi,

– Mais ne le sachant pas – qu’il à peine aperçoit

De loin et mal en point, pour la première fois ?

Un truc qui pleurniche, saucissonné de lianes

Et battu par les vents ? C’est un fou, pire un âne !

Disons que cet élan timbré du chevalier,

Comme on peut ouïr, guide bêtement Persée.

L’appât du gain peut-être quand il reconnaît

Le vieux, grand, riche roi d’Éthiopie, Céphée,

Qui lui promet le trône pour dot de sa fille,

S’il la délivre plus vite que court l’anguille

(L’anguille étant le monstre mangeur de la belle,

Et donc le délivreur des lianes cruelles),

Il connaît l’Éthiopie, en entendit parler,

C’est une terre riche en or, liane et palmier.

Le grand dieu Éole lui en a tout dit,

Lui qui tient dans sa main tous les vents des pays.

C’est lui qui à Ulysse donna l’outre pleine

De tourbillons des airs, qui donna de la peine,

À ce rusé soldat, et lui vola sept ans

Sept ans en pleine mer, sept ans sans son enfant,

Sept sans Pénélope, sept avec Calypso,

Sept ans à faire plus qu’écouter les oiseaux…

Oiseaux portant déjà la nouvelle rumeur :

Un vent de liberté amène le bonheur.

Ce vent n’est point Zéphyr, n’est point Favonius,

Ce vent n’est point Borée ou autre dieu Ventus.

Ce vent nommé Pégase est monté de Persée,

C’est un cheval ailé à la paternité

Très doucement étrange et assez insolite

Pour ne pas être omise mais mentionnée vite :

Sa mère est Méduse dont Persée tient la tête.

Son père est Neptune, nom que les Romains prêtent

Au vieux Poséidon, dieux des mers, des eaux,

Des séismes et des indomptables chevaux.

Il sortit de la tête que Persée coupa

Prêt à voler par-ci, prêt à voler par-là.

Ces têtus de serpents de cheveux de Méduse

N’inspirent pas Persée à en faire mumuse,

Il les a donc noués et pourtant ils s’entêtent

Mais vain est leur combat, Persée leur tient tête

D’une main ferme et parle à sa belle chouquette :

« Ma chouquette… » « C’est Andromède. » « Ô ma chouquette,

Mon Andromette ! » « Avec un D, tu comprends pas ? »

« Dis-donc Andy, traîne pas tant et puis prends-la,

Cette main que je tends, pour te sortir des lianes

En un rien de temps. » « Crois-tu que sarbacane,

Serait suffisante pour arracher ces liens

Qui toujours se resserrent ? » « Eh ben on dirait bien. »

« J’ai pas crié helpeu pour qu’on m’invite au bal,

J’ai crié aidez-moi, car il y a l’animal,

Un énorme monstre et une tempête pire

Qu’un essaim, un troupeau, une horde de vampires.

Les lianes tirent ma peau, et échauffent mon sang,

Me font tourner de l’œil, crier sauvagement ! »

« Mais que dois-je donc faire, ô ma belle chouquette ? »

« Utilise ta tête ! UTILISE TA TÊTE ! »

Heureusement une percée atteint Persée.

Et il comprend les mots de sa belle adorée,

Car le génie n’est pas, proscrit à l’être humain,

Mais il déserte bien le cerveau de certains.

Il agite sa tête, tête de Méduse,

Face au monstre écumant, et déployant sa ruse,

Il excite la bête et défie et menace

De s’en prendre à elle puis à toute sa race.

Le monstre rit au large : il a mangé ses piots,

À l’instar de Saturne, il a peur des complots.

Sa race il s’en tamponne’ ; Andromède il la veut,

Pas pour sa libido mais pour son petit creux.

Elle est sa prisonnière elle est son déjeuner

Que lianes maintiennent’ sur l’assiette-rocher.

Alors le monstre approche les dents découvertes

Il approche toujours malgré le vent-tempête.

Zéphyr se calme un peu, Éole l’a repris :

Avec tout ce boucan, cassée l’antenne wifi,

Cassée la TNT et même la télé !

Persée s’en moque un peu, il préfère les BD

Et puis il a un monstre à transformer en pierre.

Alors irrité face à si peu de manières

Il brandit la tête bien tenue par les lianes

Et d’un mot fait s’ouvrir les deux petits organes.

La pupille de Méduse est fatale à la bête,

Qui instantanément devient Gorgora-Crête.

Le vent s’abat alors sur la roche friable,

Et Andromède accepte de se faire aimable.

Elle regarde Persée trancher, tant bien que mal,

Les lianes capricieuses aux odeurs fatales.

La folle émanation étourdit Andromède

Qui peine à respirer, pense qu’elle va dead.

Jusqu’au dernier moment, Persée bataille tant,

Qu’il crée des vents violents et même des courants.

Finalement c’est la mâchoire de Pégase

Qui broute liane tendre et chasse glauque gaz.

Lors tombe Andromède dans les bras de Persée

Qui emporte sa belle très durement gagnée.

Mais la bataille est loin d’être ainsi achevée :

Andromède n’aime guère être kidnappée

Comme tout le monde, hors des contes de fées.

Patientez un peu, j’ai besoin de cent mots

Pour achever ce très sinistre fiasco.

Les vents les portent loin, sous les yeux éplorés

Des parents et lianes abandonnés.

Andromède est inerte alanguie sur son homme

Ou plutôt sur celui qui l’amène à son home.

Il vit comme un Tarzan, au milieu de la jungle

Vivant de peu de rien et de quelques épingles.

Andromède accrochée à son dos bien sculpté

De liane en liane il saute vers la maisonnée

Qu’il s’est aménagée en haut du plus haut pin.

Persée est tout foufou, tout heureux turlupin,

Il pose Andromède sur son lit de feuillage,

Sort une jolie robe d’un ancien bagage.

Pauvre de lui pourtant, car la belle Andromède,

Massacrée par les vents, est d’une humeur de merde.

Humeur massacrante éclate contre Persée

Qui court se cacher dans son grenier secret.

Quand elle accepte enfin qu’il vienne enlever les lianes

Ses joues ont la couleur rouge d’une pivoine

Car le pauvre innocent à la vue du sein blanc

De sa charmante amie dont tous les vêtements

Sont réduits en charpie ne sait plus trop que dire

Se laisse rabrouer, remercier et maudire :

« Insensé que tu es ! Pourtant tu as deux têtes !

Insensé de Persée, je vais te faire ta fête !

As-tu conscience que tu ne m’as pas sauvée

Mais scandaleusement tout aussi enlevée !

Si c’est pour me sortir des griffes de ce monstre

Et me prendre avec toi comme un bon vieux gros rustre

Ce n’était pas la peine d’écouter ma voix :

J’étais saucissonnée à la roche à la noix,

Et comme enrubannée d’un bon film cellophane :

J’échange des lianes pour d’autres lianes !

Tu m’as sauvée, merci, mais tu m’as achetée

Comme un sac à patates à l’hypermarché.

On sauve pas quelqu’un pour l’enlever ensuite

Sinon c’est un beau vent, qu’on se prend à la suite ! »

 

Que peut-on en tirer comme moralité ?

Que les chevaliers sont enfin démodés ?

Que tous les Walt Disney sont à autodafer ?

Ou simplement dire qu’Andromède agacée

Ordonna à Persée de la laisser passer

Et de la courtiser en mec civilisé.

End Notes:

Merci à Ella, Tiiki, Seonne et MadameGuipure pour leurs relectures, vous êtes merveilleuses les filles

Pour les lianes : celles qui maintiennent Andromède au rocher, celles de la jungles... Pour le vent : celui qui s'abat dans la tempête, celui d'Eole, et le vent final.

Contrainte endurance niveau 2 : plus de 1700 mots et moins de 2000 (1994 avec votre compteur).

Contrainte sentimentalisme niveau 2 : trois sentiments différents dans le texte (peur d'Andromède, puis son désespoir, et sa colère (contre la situation puis contre Persée), Céphée est affligé, Persée est « tout foufou, tout heureux turlupin », bref il est tout heureux, et Andromède est agacée à la fin.

Pas de mots interdits ou obligatoires.

Je me suis servie de cette traduction d'Ovide pour le mythe de Persée et Andromède si ça vous intéresse !

Merci d’avoir lu !

2. Eurydice ne rit plus by Juliette54
Author's Notes:

 

TW : C'est parti pour une nouvelle réécriture/relecture de mythe... Cette fois-ci, pas de comique mais du sérieux. Si vous êtes dans un mauvais esprit (ou bad mood), évitez.  

Car comme l'annonce le premier vers : "Le mythe d'Eurydice n'est pas romantique". 

Le poème est en tierce rime, la rime de l'Enfer de Dante. 

Un immense merci à Tiiki pour la relecture minutieuse < 3 Si je te dédicace le poème, ça posera des questions, mais je te le dédicace quand même < 3

 

Eurydice ne rit plus

 

Le mythe d’Eurydice n’est pas romantique,

Car rien de romanesque n’a le preux Orphée :

Le mythe d’Eurydice est surtout traumatique.

 

On parle d’un poète et de son épousée,

De poèmes, d’amour, de descente aux enfers,

On parle d’Eurydice et puis surtout d’Orphée.

 

On parle d’un serpent, la fatale vipère,

Qui mordit au talon la mariée si belle,

Et de son agonie dans une plaine amère.

 

On parle de l’effroi, d’un deuil universel,

Qui saisit le poète et toute la contrée

Et de larmes sans fin à l’affreux goût de sel.

 

Leur histoire d’amour fut longtemps racontée,

Le périple d’Orphée a traversé les âges,

Chantés et romancés, même glamourisés.

 

Mais Orphée n’est point le principal personnage.

Il était là, c’est vrai, et il en fit beaucoup,

Mais ce n’est pourtant qu’un collatéral dommage.

 

Le malheur de femme, le mythe le bafoue.

– Eurydice et Orphée : Orphée et Eurydice –

Pour placer le mal d’homme en tête des remous.

 

Car pour la première place ils sont tous en lice

Pour que triomphe la gloire, l’argent, l’honneur,

Mais certainement pas les éternels supplices.

 

Alors on rapporte d’Orphée les nombreux pleurs,

Et sa tête tranchée par les libres Bacchantes

Qu’il repoussa et dont il brisa l’ivre cœur.

 

Quel prodige d’ouïr le deuil même qui chante,

C’est pathétique aussi, mais d’un tel héroïsme

De se traîner jusqu’aux dieux des Enfers qui hantent.

 

Hadès le solitaire est sensible au lyrisme

Perséphone à côté, une boule à la gorge,

Les deux virent en Orphée s’opérer un schisme :

 

Lui accordèrent donc de descendre à la forge

Des âmes des enfers, des désirs immortelles,

De tout ce que la Mort de tout vivant égorge.

 

Ainsi il trouve un fantôme plus pâle qu’elle,

De sa jeune épousée, son amour, sa dryade,

Celle pour qui il chante ses vers éternels.

 

Leur amour était tendre et sans jérémiade.

Ils s’aimaient simplement, avec bonté, tendresse

Et leur union avait des airs de promenade.

 

Ils allaient le matin, aux côtes de la Grèce,

Ils inspiraient le vent, ils inspiraient leurs vies,

Et œuvraient la journée comme voix poétesse.

 

Elle était sa muse, il était muse aussi,

Ils se regardaient eux, pour admirer le monde.

Ils avaient des amis, ils avaient des envies.

 

Jamais ils n’auraient pris la tête d’une fronde,

Ils auraient préféré mourir plus que blesser

Ils étaient l’honnêteté, la joie vagabonde.

 

Ses larmes tarirent en voyant l’éplorée,

Car Eurydice pleure et crie dans son errance,

Mais elle était ici, face à lui, à portée…

 

…de main qu’il traversa tantôt car sans substance

Elle était, et sans sang. Il essuya ses larmes,

Il essaya sa voix, pour lui dire leur chance :

 

« Viens mon amour, mon Eurydice, viens, mon Charme,

– car dryade elle était, de ce bois, de cet art –

Ma voix nous mènera là-haut sans besoin d’arme.

 

Le gardien des Enfers accepte ton départ,

La gardienne te donne à désirs consentantes,

Tous ils veulent de toi… je sais, je suis bavard,

 

Mais moi le premier, je veux te voir vivante,

Et te voir sourire, que ce soit à moi-même,

Que ce soit à tout autre, un peu souriante. »

 

Fébrile Eurydice, frémit sous son diadème,

Car la Mort est ravage d’un autre univers.

« Mon Eurydice, oui, c’est heureux que je t’aime. »

 

« Je ne veux ton regard, perdue dans mes enfers. »

Elle parle en tremblant de tout son corps, son cœur.

« Ni ton regard sur moi, salie par la poussière.

 

Retourne-toi, et guide-moi loin de l’horreur

Retourne-toi, jusqu’à la sortie des tourments,

Tourne-toi, je veux te suivre hors du malheur.

 

S’il te plaît mon Orphée, mon époux, mon amant,

Accepte ma demande, ne regarde pas,

Accepte mon silence encore un court moment,

 

Je fais ce que je peux dans le monde d’en-bas,

J’ai besoin de ta voix, j’ai besoin d’une voie,

Pour quitter mes prisons et retrouver tes bras,

 

Et retrouver la vie que j’avais avec toi. »

Sacrement solennel, car bien sûr qu’il accepte

De lui laisser du temps, de retrouver la joie.

 

Eurydice est dikè, de la justice adepte,

Elle est aussi eurus, sans bornes et sans fin,

Elle aime son Orphée, mais elle n’est pas prête :

 

Que la loi soit rendue – en prison l’assassin,

L’assassin de la vie, l’assassin de l’amour !

Eurydice fantôme, spectre d’un chemin,

 

Se raccroche à l’idée qu’Orphée, son troubadour,

Lui redonnera la vie d’un baiser funèbre,

Et taira ses démons, acariâtres vautours,

 

Qui mangent même mortes, l’âme et ses ténèbres.

Eurydice remonte et tourments et traumas,

Elle remonte les tristes enfers célèbres.

 

Elle revoit, revit le mal qu’on lui causa,

Le serpent, la morsure, la mort sans prière,

Et elle revit ces yeux au néfaste éclat.

 

Je conte en tierce rime une histoire d’enfers,

De ténèbres, de mal, de tourments, de violence.

Je conte une femme brisée d’un bras de fer.

 

Je vous l’ai déjà dit, on aime l’ignorance,

Car ce qu’on oublia concerne le serpent :

Le serpent était homme, il lui fit des avances.

 

L’homme était Aristée, un jeune paysan,

Qui, bel apiculteur, veillait sur ses abeilles.

Son regard dévia, sur l’amante au cou blanc.

 

Oh oui elle était belle, brune de soleil,

Belle pour elle-même et belle de bonheur,

Belle qui aimait Orphée à l’éclat vermeil.

 

Il s’approche, touche sa main, et dit sans heurt :

« Tu brilles de lumière, veux-tu boire un verre ? »

Elle, gentiment, dit : « Vous êtes beau parleur.

 

Décalez-vous, monsieur, je veux passer derrière. »

Il ne l’écoute pas, car elle lui plaît bien.

Il insiste juste un peu, fait une prière.

 

« Marchons ensemble. L’herbe se transforme en foin.

L’été est là, c’est la saison des amours et… »

« Vraiment, je ne le veux, poussez-vous du chemin.

 

C’est la fin de journée, je n’suis que fatiguée. »

Il s’amuse du ton, n’y voit que mise en scène.

Tous les codes sont là : rencontre romancée.

 

« Ne sois pas farouche, n’aies pas ce ton de haine,

Je veux simplement t’offrir un verre à l’orée… »

« Je n’en veux pas, monsieur, je veux gagner la plaine.

 

Laissez-moi, s’il vous plaît. Dois-je vous supplier ? »

Elle reste très calme et parle fermement,

Elle veut rentrer chez elle se reposer.

 

« N’es-tu pas flattée, toi, de ce que tu entends ? »

« Je ne suis pas flattée par la vôtre insistance. »

Elle est même inquiète d’être au milieu du champ,

 

Seule, isolée, face à un inconnu… sans chance.

N’apprécie-t-il pas, lui, d’être ainsi repoussé ?

Ou Eurydice était trop belle dans sa danse ?...

 

Bien sûr que non : il est en tort, elle n’y est

Pour rien. Il est devenu fauve, elle proie.

Elle est une victime : il l’a attaquée.

 

Le serpent la déchire, le serpent la broie.

Elle peut bien courir : il est trop tard pour vivre.

Le serpent s’est enfui : c’est elle qui se noie.

 

La marque indélébile ronge et va la suivre.

Elle tombe dans l’horreur et la tétanie,

Elle oublie de manger et l’oublieront les livres.

 

Orphée peut bien l’aider, le dégoût la saisit :

Les prisons attachant un cœur et un corps d’or,

Sont les névroses qui hantent : enfers maudits.

 

Elle a peur, elle a mal, elle se sent sale, or

Orphée n’est qu’à l’écoute : il n’est pas docteur.

Il entend l’horreur mais, du trauma il est hors.

 

Eurydice en prison, ne ressent que la peur.

Eurydice en enfers, cherche en vain la sortie.

Quand elle voit la lumière, repart son cœur.

 

Orphée pourra l’aider, c’est une voix amie :

Elle peut s’en sortir avec son amoureux.

Soignée par sa parole elle sera guérie ?...

 

Qu’il ne la touche pas, ni des mains ni des yeux.

Elle a besoin de temps pour panser ses blessures,

Elle veut qu’ils revivent heureux, tous les deux.

 

Mais Orphée lui a peur ; s’est érigé un mur.

Eurydice est loin d’eux, de la terre et la vie.

Il a peur qu’elle meure à cause des murmures.

 

Alors il la cherche, observe son amie :

– Orphée est troubadour, pas médecin-soigneur –

Personne ne l’aide tant qu’Eurydice vit.

 

Les Enfers ont gagné, ils ont pris le bonheur.

Le Serpent-violeur a dévoré Dikè,

Les Ténèbres ont tué l’Éternelle en fleur.

 

La Dryade est morte de la main d’Aristée.

Quand Orphée l’enterre il attire enfin les pleurs :

Bougies, larmes, compassion sont étalées.

 

La mort a plus touché, que la femme violée :

Leur aide a fait défaut et la femme est défunte.

Et Orphée s’en veut tant de n’avoir su l’aider,

 

Qu’il conte et chante et crie, sa douleur qui chuinte :

Il gémit, il suffoque et remue ciel et terre,

Et la nature touchée en garda l’empreinte.

 

Il a remué la roche et la poussière,

Dryades sœurs d’Eurydice cherchent partout :

Elles veulent qu’on venge leur sœur aux yeux verts.

 

Aristée est trouvé, placé sous les verrous,

Mais le violeur s’en sort, encore – et toujours :

Avec des deniers, maman sauve de tout.

 

Voilà l’histoire vraie qu’on oublia un jour :

Eurydice perdue dans les enfers qui broient

Et Orphée impuissant à sauver son amour,

 

Et tout cela à cause d’un homme sans foi,

Possessif et violeur. À cause aussi d’un voile

Opaque plus ou moins qu’on garde devant soi.

 

Voir la souffrance qui brise jusqu’à la moelle

Est trop difficile. D’autres voulant Orphée,

Mais lui n’en voulant pas, elles tuent l’autre étoile.

 

Et tout le monde pleure sans trop rien changer :

La douleur pétrifie puis revient le mutisme.

Elle se fait violer et lui décapiter :

            Le mythe d’Eurydice n’est que traumatismes.

 

End Notes:

Sources pour le mythe : Ovide, Métamorphoses, X, 1-86 ; Virgile, Géorgiques, IV, surtout 453-527, et aussi plus largement 315-558. Modèles autres : Aragon, « Le Téméraire », Le Roman Inachevé.

C'est une proposition de relecture du mythe. N'hésitez pas à me dire ce que vous pensez du texte. Merci d'avoir lu et à bientôt pour un nouveau mythe ! 

Cette histoire est archivée sur http://www.le-heron.com/fr/viewstory.php?sid=2136