Métamorphoses by Juliette54
Summary:

1. La loi de la jungle selon Andromède : quatrième épreuve du concours Koh-Lana, organisé par Omi et Catie.

Donc tu subiras donc, vilain petit canard,

Encore un petit peu, mes pleurs et mes déboires

Et puis ceux d'Andromède, éternelle attachée,

Que sa mère vendit – quel orgueil Cassiopée !

[...]

2. Eurydice ne rit plus

Le mythe d'Eurydice n'est pas romantique,

Car rien de romanesque n'a le preux Orphée

Le mythe d'Eurydice est surtout traumatique.


Categories: Concours, Conte, Fable, Mythologie Characters: Aucun
Avertissement: Violence physique
Langue: Français
Genre Narratif: Poésie (vers)
Challenges:
Series: Koh-Lanta, l'île des HPFiens
Chapters: 2 Completed: Non Word count: 4057 Read: 1560 Published: 05/05/2021 Updated: 21/04/2022
2. Eurydice ne rit plus by Juliette54
Author's Notes:

 

TW : C'est parti pour une nouvelle réécriture/relecture de mythe... Cette fois-ci, pas de comique mais du sérieux. Si vous êtes dans un mauvais esprit (ou bad mood), évitez.  

Car comme l'annonce le premier vers : "Le mythe d'Eurydice n'est pas romantique". 

Le poème est en tierce rime, la rime de l'Enfer de Dante. 

Un immense merci à Tiiki pour la relecture minutieuse < 3 Si je te dédicace le poème, ça posera des questions, mais je te le dédicace quand même < 3

 

Eurydice ne rit plus

 

Le mythe d’Eurydice n’est pas romantique,

Car rien de romanesque n’a le preux Orphée :

Le mythe d’Eurydice est surtout traumatique.

 

On parle d’un poète et de son épousée,

De poèmes, d’amour, de descente aux enfers,

On parle d’Eurydice et puis surtout d’Orphée.

 

On parle d’un serpent, la fatale vipère,

Qui mordit au talon la mariée si belle,

Et de son agonie dans une plaine amère.

 

On parle de l’effroi, d’un deuil universel,

Qui saisit le poète et toute la contrée

Et de larmes sans fin à l’affreux goût de sel.

 

Leur histoire d’amour fut longtemps racontée,

Le périple d’Orphée a traversé les âges,

Chantés et romancés, même glamourisés.

 

Mais Orphée n’est point le principal personnage.

Il était là, c’est vrai, et il en fit beaucoup,

Mais ce n’est pourtant qu’un collatéral dommage.

 

Le malheur de femme, le mythe le bafoue.

– Eurydice et Orphée : Orphée et Eurydice –

Pour placer le mal d’homme en tête des remous.

 

Car pour la première place ils sont tous en lice

Pour que triomphe la gloire, l’argent, l’honneur,

Mais certainement pas les éternels supplices.

 

Alors on rapporte d’Orphée les nombreux pleurs,

Et sa tête tranchée par les libres Bacchantes

Qu’il repoussa et dont il brisa l’ivre cœur.

 

Quel prodige d’ouïr le deuil même qui chante,

C’est pathétique aussi, mais d’un tel héroïsme

De se traîner jusqu’aux dieux des Enfers qui hantent.

 

Hadès le solitaire est sensible au lyrisme

Perséphone à côté, une boule à la gorge,

Les deux virent en Orphée s’opérer un schisme :

 

Lui accordèrent donc de descendre à la forge

Des âmes des enfers, des désirs immortelles,

De tout ce que la Mort de tout vivant égorge.

 

Ainsi il trouve un fantôme plus pâle qu’elle,

De sa jeune épousée, son amour, sa dryade,

Celle pour qui il chante ses vers éternels.

 

Leur amour était tendre et sans jérémiade.

Ils s’aimaient simplement, avec bonté, tendresse

Et leur union avait des airs de promenade.

 

Ils allaient le matin, aux côtes de la Grèce,

Ils inspiraient le vent, ils inspiraient leurs vies,

Et œuvraient la journée comme voix poétesse.

 

Elle était sa muse, il était muse aussi,

Ils se regardaient eux, pour admirer le monde.

Ils avaient des amis, ils avaient des envies.

 

Jamais ils n’auraient pris la tête d’une fronde,

Ils auraient préféré mourir plus que blesser

Ils étaient l’honnêteté, la joie vagabonde.

 

Ses larmes tarirent en voyant l’éplorée,

Car Eurydice pleure et crie dans son errance,

Mais elle était ici, face à lui, à portée…

 

…de main qu’il traversa tantôt car sans substance

Elle était, et sans sang. Il essuya ses larmes,

Il essaya sa voix, pour lui dire leur chance :

 

« Viens mon amour, mon Eurydice, viens, mon Charme,

– car dryade elle était, de ce bois, de cet art –

Ma voix nous mènera là-haut sans besoin d’arme.

 

Le gardien des Enfers accepte ton départ,

La gardienne te donne à désirs consentantes,

Tous ils veulent de toi… je sais, je suis bavard,

 

Mais moi le premier, je veux te voir vivante,

Et te voir sourire, que ce soit à moi-même,

Que ce soit à tout autre, un peu souriante. »

 

Fébrile Eurydice, frémit sous son diadème,

Car la Mort est ravage d’un autre univers.

« Mon Eurydice, oui, c’est heureux que je t’aime. »

 

« Je ne veux ton regard, perdue dans mes enfers. »

Elle parle en tremblant de tout son corps, son cœur.

« Ni ton regard sur moi, salie par la poussière.

 

Retourne-toi, et guide-moi loin de l’horreur

Retourne-toi, jusqu’à la sortie des tourments,

Tourne-toi, je veux te suivre hors du malheur.

 

S’il te plaît mon Orphée, mon époux, mon amant,

Accepte ma demande, ne regarde pas,

Accepte mon silence encore un court moment,

 

Je fais ce que je peux dans le monde d’en-bas,

J’ai besoin de ta voix, j’ai besoin d’une voie,

Pour quitter mes prisons et retrouver tes bras,

 

Et retrouver la vie que j’avais avec toi. »

Sacrement solennel, car bien sûr qu’il accepte

De lui laisser du temps, de retrouver la joie.

 

Eurydice est dikè, de la justice adepte,

Elle est aussi eurus, sans bornes et sans fin,

Elle aime son Orphée, mais elle n’est pas prête :

 

Que la loi soit rendue – en prison l’assassin,

L’assassin de la vie, l’assassin de l’amour !

Eurydice fantôme, spectre d’un chemin,

 

Se raccroche à l’idée qu’Orphée, son troubadour,

Lui redonnera la vie d’un baiser funèbre,

Et taira ses démons, acariâtres vautours,

 

Qui mangent même mortes, l’âme et ses ténèbres.

Eurydice remonte et tourments et traumas,

Elle remonte les tristes enfers célèbres.

 

Elle revoit, revit le mal qu’on lui causa,

Le serpent, la morsure, la mort sans prière,

Et elle revit ces yeux au néfaste éclat.

 

Je conte en tierce rime une histoire d’enfers,

De ténèbres, de mal, de tourments, de violence.

Je conte une femme brisée d’un bras de fer.

 

Je vous l’ai déjà dit, on aime l’ignorance,

Car ce qu’on oublia concerne le serpent :

Le serpent était homme, il lui fit des avances.

 

L’homme était Aristée, un jeune paysan,

Qui, bel apiculteur, veillait sur ses abeilles.

Son regard dévia, sur l’amante au cou blanc.

 

Oh oui elle était belle, brune de soleil,

Belle pour elle-même et belle de bonheur,

Belle qui aimait Orphée à l’éclat vermeil.

 

Il s’approche, touche sa main, et dit sans heurt :

« Tu brilles de lumière, veux-tu boire un verre ? »

Elle, gentiment, dit : « Vous êtes beau parleur.

 

Décalez-vous, monsieur, je veux passer derrière. »

Il ne l’écoute pas, car elle lui plaît bien.

Il insiste juste un peu, fait une prière.

 

« Marchons ensemble. L’herbe se transforme en foin.

L’été est là, c’est la saison des amours et… »

« Vraiment, je ne le veux, poussez-vous du chemin.

 

C’est la fin de journée, je n’suis que fatiguée. »

Il s’amuse du ton, n’y voit que mise en scène.

Tous les codes sont là : rencontre romancée.

 

« Ne sois pas farouche, n’aies pas ce ton de haine,

Je veux simplement t’offrir un verre à l’orée… »

« Je n’en veux pas, monsieur, je veux gagner la plaine.

 

Laissez-moi, s’il vous plaît. Dois-je vous supplier ? »

Elle reste très calme et parle fermement,

Elle veut rentrer chez elle se reposer.

 

« N’es-tu pas flattée, toi, de ce que tu entends ? »

« Je ne suis pas flattée par la vôtre insistance. »

Elle est même inquiète d’être au milieu du champ,

 

Seule, isolée, face à un inconnu… sans chance.

N’apprécie-t-il pas, lui, d’être ainsi repoussé ?

Ou Eurydice était trop belle dans sa danse ?...

 

Bien sûr que non : il est en tort, elle n’y est

Pour rien. Il est devenu fauve, elle proie.

Elle est une victime : il l’a attaquée.

 

Le serpent la déchire, le serpent la broie.

Elle peut bien courir : il est trop tard pour vivre.

Le serpent s’est enfui : c’est elle qui se noie.

 

La marque indélébile ronge et va la suivre.

Elle tombe dans l’horreur et la tétanie,

Elle oublie de manger et l’oublieront les livres.

 

Orphée peut bien l’aider, le dégoût la saisit :

Les prisons attachant un cœur et un corps d’or,

Sont les névroses qui hantent : enfers maudits.

 

Elle a peur, elle a mal, elle se sent sale, or

Orphée n’est qu’à l’écoute : il n’est pas docteur.

Il entend l’horreur mais, du trauma il est hors.

 

Eurydice en prison, ne ressent que la peur.

Eurydice en enfers, cherche en vain la sortie.

Quand elle voit la lumière, repart son cœur.

 

Orphée pourra l’aider, c’est une voix amie :

Elle peut s’en sortir avec son amoureux.

Soignée par sa parole elle sera guérie ?...

 

Qu’il ne la touche pas, ni des mains ni des yeux.

Elle a besoin de temps pour panser ses blessures,

Elle veut qu’ils revivent heureux, tous les deux.

 

Mais Orphée lui a peur ; s’est érigé un mur.

Eurydice est loin d’eux, de la terre et la vie.

Il a peur qu’elle meure à cause des murmures.

 

Alors il la cherche, observe son amie :

– Orphée est troubadour, pas médecin-soigneur –

Personne ne l’aide tant qu’Eurydice vit.

 

Les Enfers ont gagné, ils ont pris le bonheur.

Le Serpent-violeur a dévoré Dikè,

Les Ténèbres ont tué l’Éternelle en fleur.

 

La Dryade est morte de la main d’Aristée.

Quand Orphée l’enterre il attire enfin les pleurs :

Bougies, larmes, compassion sont étalées.

 

La mort a plus touché, que la femme violée :

Leur aide a fait défaut et la femme est défunte.

Et Orphée s’en veut tant de n’avoir su l’aider,

 

Qu’il conte et chante et crie, sa douleur qui chuinte :

Il gémit, il suffoque et remue ciel et terre,

Et la nature touchée en garda l’empreinte.

 

Il a remué la roche et la poussière,

Dryades sœurs d’Eurydice cherchent partout :

Elles veulent qu’on venge leur sœur aux yeux verts.

 

Aristée est trouvé, placé sous les verrous,

Mais le violeur s’en sort, encore – et toujours :

Avec des deniers, maman sauve de tout.

 

Voilà l’histoire vraie qu’on oublia un jour :

Eurydice perdue dans les enfers qui broient

Et Orphée impuissant à sauver son amour,

 

Et tout cela à cause d’un homme sans foi,

Possessif et violeur. À cause aussi d’un voile

Opaque plus ou moins qu’on garde devant soi.

 

Voir la souffrance qui brise jusqu’à la moelle

Est trop difficile. D’autres voulant Orphée,

Mais lui n’en voulant pas, elles tuent l’autre étoile.

 

Et tout le monde pleure sans trop rien changer :

La douleur pétrifie puis revient le mutisme.

Elle se fait violer et lui décapiter :

            Le mythe d’Eurydice n’est que traumatismes.

 

End Notes:

Sources pour le mythe : Ovide, Métamorphoses, X, 1-86 ; Virgile, Géorgiques, IV, surtout 453-527, et aussi plus largement 315-558. Modèles autres : Aragon, « Le Téméraire », Le Roman Inachevé.

C'est une proposition de relecture du mythe. N'hésitez pas à me dire ce que vous pensez du texte. Merci d'avoir lu et à bientôt pour un nouveau mythe ! 

Cette histoire est archivée sur http://www.le-heron.com/fr/viewstory.php?sid=2136