Les cabanes de Nomi by Seonne
Summary:


Ewan est un Protecteur Extérieur.
Un des chasseurs chargés de surveiller les alentours d'Esperanta – et surtout d'y éliminer toute menace.
Mais la forêt marécageuse dissimule ses secrets. Il est bien placé pour le savoir.

— Participation à la deuxième Épreuve d'Immunité de Koh-Lanta HPF —
Organisé par Omicronn et Catie


Crédit image : Abandoned hut par ThemeFinland sur DA.
Categories: Science-Fiction, Projets/Activités HPF Characters: Aucun
Avertissement: Aucun
Langue: Français
Genre Narratif: Nouvelle
Challenges:
Series: Koh-Lanta, l'île des HPFiens
Chapters: 1 Completed: Oui Word count: 2130 Read: 132 Published: 05/05/2021 Updated: 05/05/2021

1. Chapitre unique by Seonne

Chapitre unique by Seonne
Author's Notes:
Je n'ai pas (encore) été éliminée : voici donc ma participation à la deuxième épreuve d'immunité de ce Koh-Lanta HPFien ! Voici les contraintes données :
– Genre : science-fiction.
– Mots centraux (thème) : cabane et stratégie.
Langage (3) : Un personnage doit s’exprimer dans une langue étrangère.
Endurance (2) : Écrire plus de 1700 mots (plus ou pile 1700).
J'ai eu vraiment du mal à respecter la contrainte maximale des 2000 mots mais au final, c'est rentré en 1998 (après du découpage sauvage qui m'a brisé le cœur). J'avoue avoir mis du teeeemps à trouver une idée mais au final maintenant je suis frustrée de ce texte si court et j'ai envie de reprendre cet univers pour en faire une histoire longue, merci pas merci Omi et Catie ! (i'm kiddin)
Merci du fond du cœur à Juliette de l'équipe jaune pour sa relecture et son soutien. Tu m'as bien rassurée (et c'est pas rien, me connaissant).
Bref, j'arrête de raconter ma vie : bonne lecture !
Avant de descendre de son glisseur, Ewan s’assura que sa géolocalisation était bien désactivée. Il l’avait débranchée au moment où il avait bifurqué pour s’enfoncer plus profondément dans les bois marécageux, laissant ses collègues à l’orée de la forêt sombre et glauque où très peu osaient s’aventurer. Si ses supérieurs le prenaient pour un brave soldat, il s’agissait en réalité d’un bon moyen pour lui de s’éclipser des radars d’Esperanta quelques heures chaque semaine. Chose qu’il n’aurait pas dû pouvoir faire. Mais il avait toujours été un très bon mécano.

Il stationna son engin et le passa en mode veille. Il ne coupait jamais totalement le contact. Il était peut-être intrépide, il n’était pas inconscient pour autant. Perdu dans un endroit pareil, il pouvait avoir à décamper en urgence à tout instant.

Il s’assura que sa visière soit fermée de façon hermétique et sauta à terre. Ses bottes s’enfoncèrent dans la vase jusqu’aux genoux. Il referma la porte du glisseur. Puis il se mit en route. Il ne devait pas être très loin.
Il s’orientait en se fiant à sa mémoire. Hors de question d’utiliser la lampe de son casque. Il aurait trop attiré l’attention. De temps à autre, il percevait un bruissement dans les frondaisons épaisses. Un craquement dans un des arbres ou un cri animal impossible à caractériser. On ne savait jamais sur quoi on pouvait tomber, dans ces lieux de nature sauvage. Mieux valait ne croiser le chemin de rien ni personne.

Mais c’était précisément pour croiser le chemin des créatures qui menaçaient Esperanta qu’on envoyait les Protecteurs Extérieurs, tels que lui, marauder aux alentours de la ville-état. Pour les exterminer, à vrai dire. Protecteur n’était pas un si bon terme. Chasseur aurait mieux convenu.

Rapidement, il distingua les murs de bois, que l’on identifiait à peine sous les lianes grasses et les plantes grimpantes qui les avaient recouverts. Il remonta la pente qui le conduisit hors de la rivière boueuse et activa la fonction de séchage de sa combinaison. Il passa ses doigts sur la porte couverte de mousse. Comme à chaque fois qu’il pénétrait dans l’une des cabanes, son cœur se mit à battre un peu plus forte.

Et si l’habitation était déserte ? Et si quelqu’un d’autre s’était aventuré aussi loin que lui et l’avait trouvée ? Et si l’un des Protecteurs Extérieurs avait mis la main sur…
Pour couper court à ses considérations, il poussa le battant.

Il n’eut pas le temps de s’accommoder à l’obscurité qui régnait dans la cabane qu’une silhouette phosphorescente lui bondissait dessus.

Czept Ewan ! Vagen schanelik ty swrasseb ! [1]

Ewan ne put retenir un sourire attendri. Il s’accroupit pour se mettre à sa hauteur et serra la fillette dans ses bras.

Ziiga kaago. Mne ne lubii ostivus, kaagonemi. [2]

Il avait eu beau enseigner toutes les bases de la langue officielle d’Esperanta à la gamine, elle s’obstinait à converser dans sa langue maternelle, que lui ne maîtrisait pas. À force, ils avaient bien fini par se comprendre, bien que chacun réponde dans son propre langage.

— Je sais, Nomi. Mais regarde ce que je t’ai apporté.

Elle se détacha de lui alors qu’il ouvrait son sac à dos. Il y avait créé un compartiment secret rien que pour y transporter – illégalement – divers objets pour la petite. Nomi gardait ses yeux translucides rivés sur les trésors qu’il lui apportait.

Ses habituelles rations de nourriture déshydratées. Un gros gilet. Mais surtout, un nouveau carnet de coloriage et deux crayons. Le visage phosphorescent de Nomi s’illumina.
Elle se pendit à son cou en exultant de joie. Ewan rit lui aussi, alors que ses mèches de cheveux rose bonbon lui encombraient la vue.

Aisbo, aisbo, aisbo ! Dlatyn ty dujlo simpadni ryuni, promit-elle. [3]
— D’accord. C’est bien. Mais avant, il faut qu’on te trouve ta nouvelle maison.

Elle se renfrogna tout de suite mais elle ne protesta pas. Au fil des années, elle avait fini par comprendre qu’il ne servait à rien de geindre. Elle ne pouvait se soustraire à ses déménagements hebdomadaires.

Ewan s’assit à même le sol. Les planches étaient poussiéreuses et mangées par l’humidité à plusieurs endroits. Si la dégradation de cet abri de fortune le dégoûtait, elle ne gênait en rien Nomi. La petite avait grandi dans la végétation drue de l’extérieur, alors que lui était né dans les espaces aseptisés d’Esperanta.

Après les cataclysmes atomiques qui avaient rayé de la carte la majorité de la population de la Terre, les plus riches avaient fui le système solaire, à la conquête de nouveaux espaces habitables. La classe moyenne, à laquelle les ancêtres d’Ewan avaient appartenu, s’était contenté de réserver des billets au rabais pour se payer un voyage dans l’une des prochaines vagues d’émigrations planifiées. Mais l’organisation prenait plus de temps que prévu, et bon nombre de familles auraient encore des dizaines de générations à attendre avant de quitter leur planète d’origine.

On avait cloisonné les espaces vivables pour y rassembler ceux qui pouvaient s’y payer une place. Les autres, on les avait laissé mourir dans la nature.

Sauf qu’ils n’étaient pas tous morts.

— Viens à côté de moi pour regarder la carte. Ne fais pas la tête. Tu pourras choisir, comme ça. Qu’est-ce que tu en dis ?

Elle acquiesça timidement et se rapprocha de lui. Ewan tapota sur son bracelet et projeta sa cartographie holographique secrète de la région. Les différentes bicoques qu’il avait pu repérer lors de ses maraudes y étaient répertoriées à leurs emplacements exacts. Celles qu’ils avaient déjà utilisées apparaissaient en rouge, les autres, en vert.

Tout de suite, Nomi pointa du doigt un vieux moulin à eau où elle avait séjourné le mois précédent.

— Non, je t’ai dit qu’il fallait laisser plus de temps avant de retourner au même endroit. Je sais que tu l’avais beaucoup aimé, mais il faut que l’on varie les cachettes. Ou bien les méchants risquent de te retrouver.

Elle leva les yeux au ciel et il vit la peau de son front se tendre. Elle aurait sûrement haussé les sourcils, si elle en avait eu. Il ne releva pas.

Elle désigna un point différent.

— Non. Pas par ici. Je sais que tu n’as jamais vu ces clairières mais… Ce serait trop proche d’Esperanta. Trop risqué.

Elle émit un sifflement étranglé, agacée.

— Tiens, ça, c’est une cabane en pierre sèche et très vieille, qui est au sommet d’une montagne, indiqua-t-il sur le plan. Ça pourrait être sympa, non ? Tu verrais toute la vallée, de là-haut.

Il y eut quelques minutes de marchandage puis elle finit par accepter. Rapidement, ils emballèrent les maigres affaires qu’elle possédait dans une sacoche et Ewan la prit sur ses épaules pour la ramener jusqu’à son glisseur. Lorsqu’il passa la porte, elle passa sa main sur l’encadrement qui se décomposait, avec un air presque nostalgique.

Ewan ne montra la peine que cela lui causait. Il se détestait de la bouger de cabane en cabane chaque semaine. Anciens refuges de chasseurs, habitations de paysans ayant survécu à la reforestation, roulottes abandonnées et jeux d’enfants bâtis dans les arbres des décennies auparavant, tout y passait. Des refuges temporaires, plus bancals les uns que les autres, pour une fuite permanente.

Le trajet se passa en silence. De façon générale, Ewan et Nomi ne parlaient pas beaucoup. Il avait beau être tout son monde, elle se montrait rarement bavarde. C’était une débrouillarde, une solitaire dans l’âme ; parce que la vie ne lui avait pas laissé d’autre choix.

Ewan put se stationner tout proche de la bâtisse de pierre sèche. Elle était plus accessible que la baraque dans les marécages, donc plus exposée, mais située de l’autre côté de l’épaisse forêt qui ceinturait Esperanta. Personne n’oserait se rendre jusque-là, se rassura Ewan.

Dès qu’il eut déverrouillé les portes du glisseur, Nomi bondit dehors et courut jusqu’à sa nouvelle demeure. Elle fit le tour de l’édifice minuscule dans lequel ils rentraient à peine tous les deux. Elle haussa les épaules. Ni vraiment contente, ni vraiment déçue. On s’habituait à tout, constata le chasseur.

Il aida la fillette à s’installer. Cela ne prit pas dix minutes.

Le bipeur d’Ewan sonna trois fois. Les commissures de Nomi s’affaissèrent et elle laissa échapper un faible sanglot. Il serait bientôt l’heure de se séparer à nouveau.
Ewan prit tout de même le temps de déployer sa carte holographique une deuxième fois.

— Tu as un point d’eau juste ici. C’est simple, tu vas vers la plus grande montagne. Il n’est vraiment pas loin.
C’était à peu près tout ce qu’il avait à lui expliquer. Nomi avait pris l’habitude de réhydrater les portions au goût immonde qu’il lui apportait. Quant à se défendre face aux autres êtres vivants des parages, elle n’avait guère besoin de leçon. Ses ongles longs comme ses pouces étaient pointus comme des griffes et ses canines aiguisées tenaient plus du loup que de l’humanoïde.

Le bipeur tinta à nouveau.

Le chasseur et la chassée s’offrirent une dernière étreinte avant qu’il ne reprenne le chemin de sa base.

Widvasti, marmonna tristement la gamine. [4]
— À la semaine prochaine, répliqua Ewan avec un clin d’œil complice.

Elle lui répondit par un sourire triste, et il lui tourna le dos avant qu’il ne soit trop difficile de partir.
Chaque semaine était un peu plus un crève-cœur. Le malheur dans les yeux de la petite le tuait.

Parce qu’il savait qu’il en était responsable.

Ewan était encore en formation, lorsque ses coéquipiers et lui étaient tombés sur la famille de Nomi. Des créatures aux proportions humaines, dotées d’une peau verte qui luisait dans le noir et de crocs vampiriques. D’yeux transparents et de crinières roses. Ils ne leur avaient même pas laissé le temps d’ouvrir la bouche. Ils n’avaient pas pris une seconde pour écouter les sonorités gutturales de leur langue inconnue.

Ils avaient ouvert le feu. Simple, efficace. C’était ce qu’on leur apprenait. Le couple d’adultes avait succombé en premier. Leurs trois petits, juste après.

La plus jeune, seul Ewan l’avait aperçue. Quel âge avait-elle, à l’époque ? Sur une échelle humaine, elle paraissait ne pas en avoir plus de six ou sept. Il avait eu pitié. Il avait été faible.

Il l’avait laissée s’échapper. Mais il était retombé sur elle la semaine suivante. Il s’était alors juré de réparer son erreur en prenant soin d’elle. Il s’était résigné à une vie entière de remords. De stratagèmes en tout genre pour sauver celle qu’il devait exterminer.

S’il se faisait prendre, c’était le bannissement. Peut-être même l’exécution.

Tant pis.

Malgré lui, il était devenu un révolutionnaire. Et chaque semaine, chaque jour le détournait un peu plus de la bonté apparente d’Esperanta.

Car il savait que les créatures des bois, qu’on leur demandait d’exterminer, n’étaient en aucun cas une menace pour leur cité. Ces descendants des pauvres gens condamnés à la radiation avaient survécu, muté ; ils s’étaient adaptés.

Ils étaient plus fort qu’eux, dans un sens. Et Esperanta le savait.

La Terre n’appartenait plus aux humains qui voulaient à tout prix s’en échapper. Elle était la propriété des mutants qui pouvaient réellement vivre. Telle était la vérité que les chasseurs avaient le rôle de garder secrète.

Pour la millième fois, Ewan se jura qu’un jour, il ferait éclater le mensonge.
End Notes:
[1] Bonjour, Ewan ! Je suis contente que tu sois revenu !
[2] C’était trop long. Je n’aime pas quand tu es si loin, si longtemps.
[3] Merci, merci, merci ! Je vais te faire plein de beaux dessins.
[4] Au revoir.
––––––––––––
J'ai pris le parti de créer une langue futuriste (un mélange de plusieurs langues de l'est, saurez-vous trouver lesquelles ?) parce qu'on est loin de notre présent et que les langues, ça évolue constamment ! Merci d'ailleurs aux organisatrices de nous avoir permis d'utiliser ce recours scénaristique ;)
J'espère que ce bref texte vous aura plu, en tout cas. Et si c'est le cas, guettez le Héron dans le futur, je ne m'interdis pas qu'une suite puisse voir le jour...
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