Madel Loupian: Meurtre à la bibliothèque: by bellatrix92
Summary:

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Madel n'a jamais compris que la curiosité est un vilain défaut.


Et lorsqu'un professeur de son université est assassinée, celle-ci est mise à rude épreuve.


Alors, règlement de comptes? Crime crapuleux? Féminicide ou agression ayant mal tourné?


Madel veut le savoir et c'est aidée de quelques amis qu'elle se lance dans l'enquête...


 


Montage réalisé par moi-même à partir d'images libres de droits


Categories: Policier, Thriller, Espionnage Characters: Aucun
Avertissement: Contrainte (chantage, viol...), Discrimination (racisme, sexisme, homophobie, xénophobie), Violence physique
Langue: Français
Genre Narratif: Roman
Challenges:
Series: Aucun
Chapters: 2 Completed: Non Word count: 8666 Read: 486 Published: 17/04/2021 Updated: 20/04/2021
Story Notes:

Merci DE TOUT COEUR à Guette pour sa relecture et sa correction attentive!!!

1. Prologue: by bellatrix92

2. Du sang sur les livres by bellatrix92

Prologue: by bellatrix92
Author's Notes:

Ce chapitre s'inscrit dans la Boîte à flemme n°1 « Le moment d'avant »

Consigne: Décrivez les 5 min avant (au choix) :


- Sa propre mort

Contraintes obligatoires
- Vous pouvez aller jusqu'à l'après (LE moment) mais les 5 min en question doivent représenter les 3/4 de votre texte
- Les 5 min doivent faire 500 mots minimum

Je vous souhaite bonne lecture!!!

Lucretia Casanova entendit pour la première fois du bruit alors qu'elle déployait la carte géologique du Causse pour examiner la disposition des roches sédimentaires, à  la lumière de la lampe de bureau qui éclairait le plan de travail de l'espace cartographique. 

Elle consultait des cartes géologiques dans la bibliothèque depuis un peu plus d'une demie-heure lorsqu'elle sursauta et leva aussitôt la tête, soudainement effrayée. 

Il était tard en effet, tous les occupants de la bibliothèque avaient quitté les lieux ou auraient dû l'avoir fait à cette heure, aussi  le bruit, qui n'était pourtant qu'un simple claquement de porte, la mit aussitôt en alerte.

 

À présent, des pas résonnaient dans le couloir, elle avisa un instant de se cacher, avant de se raviser et de se morigéner intérieurement pour sa couardise. 

L'angoisse de ces derniers temps lui avait sérieusement mis les méninges en vrac ! songea-t-elle non sans une certaine honte. Il s'agissait probablement de l'agent d'entretien, tout simplement. S'il lui posait des questions sur sa présence, elle l'expliquerait, même si cela ne lui plaisait pas.

De toute manière, elle était parfaitement autorisée à venir travailler ici, à condition de partir avant vingt-et-une heure. D'ailleurs, il n'était pas rare qu'elle le fasse, même si en temps normal elle évitait d'allumer cette forte lumière, surtout afin d'éviter qu'on ne remarque sa présence. Après tout, une femme seule, de nuit dans un endroit désert avait de quoi être anxieuse.

 

Elle s'efforça de ne pas bouger et de maîtriser son angoisse soudaine, même lorsqu'elle perçut à travers les portes de la bibliothèque des bruits de pas qui ne pouvaient appartenir à une seule personne. Elle ne voulait pas fuir, pas une fois de plus.

Pourtant, quand les deux dont elle avait entendu les pas se rapprocher entrèrent dans l'espace de documentation où elle se trouvait, et se dirigèrent droit sur elle, Lucretia regretta amèrement son courage. Les deux silhouettes se figèrent en même temps à quelques mètres d'elle. Un lourd silence s'intalla.

Durant quelques secondes, personne ne bougea ni ne parla. Lucretia, elle, restait totalement figée tandis que la terreur s'emparait de son corps comme de son esprit. 

Elle les reconnaissait parfaitement tous les deux. Et malgré le fait qu'ils soient cagoulés, entièrement vêtus de noir et réduits à l'apparence de silhouettes à l'aspect lugubre et menaçant, Lucretia sut qu'elles étaient venues précisément pour elle. Alors le souvenir lugubre du combat qui avait opposé des personnes semblables aux étudiants de la fac de droit quelques années plus tôt acheva de lui nouer la gorge. 

 

Lucretia prit sa décision en moins d'une seconde, mais il était déjà trop tard lorsqu'elle bondit sur le côté.

Alors qu'elle essayait de s'enfuir en courant par la porte de secours située à sa droite, le plus imposant de ses agresseurs le comprit et se jeta en plein milieu de sa route. 

Il le fit avec une telle rapidité que Lucretia tomba littéralement dans ses bras, l'homme la bloqua alors et l'empêcha d'atteindre l'issue, emprisonnant son buste dans une étreinte d'acier. 

Elle tenta de se débattre mais son agresseur était bien trop fort pour elle et pour lui laisser la moindre chance de parvenir à se dégager. Il la maîtrisa sans problème en quelques secondes, l'empêchant alors totalement de bouger.

 

L'autre silhouette, plus petite et presque fluette, était quant à elle restée dans immobile, ce qui n'était pourtant pas dans sa nature et Lucretia la connaissait de longue date. Elle eut cependant à peine le temps de s'en étonner qu'un déclic retentit, suivi d'un flash. Elle se rendit alors compte avec horreur que son corsage avait glissé de ses épaules, dénudant sa poitrine, et que la petite silhouette, toujours immobile face à elle, venait pourtant de la prendre en photo.

 

- Non... supplia-t-elle horrifiée, craignant de comprendre ce que ces deux-là étaient venus chercher.

 

Elle se débattit de plus belle, et  l'homme qui la maintenait s'en rendit bien sûr compte, alors il resserra davantage sa prise en lui murmurant par la même occasion une phrase à l'oreille, ce qui fit monter le rouge aux joues de Lucretia. 

Il l'immobilisait complètement à présent et du coin de l'œil elle le vit adresser un regard entendu à l'autre silhouette dans la main de laquelle luisait d'une lueur sinistre un appareil photographique. 

Il y eut un second flash qui l'aveugla totalement durant plusieurs secondes, puis un autre et encore un autre. 

 

Deux larmes roulèrent sur les joues de Lucretia. Elle était consciente que si ces clichés paraissaient, l'humiliation serait telle qu'elle n'était pas sûre d'y survivre.

Abattue et alors résignée à passer un mauvais moment, elle renonça à essayer de se dégager et baissa la tête, honteuse et essayant désespérément de se dissimuler derrière ses cheveux.

 

Mais en face d'elle, la silhouette n'avait toujours pas bougé et cette immobilité si incongrue l'effrayait peut-être encore plus que la solide poigne de l'homme qui, toujours debout derrière elle, la maintenait encore  presque totalement immobile, ou plutôt flottant les jambes pendant dans le vide, et le souffle court :

 

- Qu'est-ce que vous me voulez ? demanda Lucretia en essayant sans grand succès de donner à sa voix le même ton sec que celui qu'elle employait lorsqu'elle devait rabrouer un étudiant, chose qui lui arrivait rarement, heureusement.

 

À présent, elle avait si peur qu'elle sentait que tout son corps était parcouru de tremblements incontrôlables.

Elle se força à détourner son regard de la silhouette toujours immobile en face d'elle et, derrière elle, l'homme desserra légèrement le bras qu'il avait enroulé contre sa poitrine et sa main vint alors enserrer sa gorge. Lucretia gémit de terreur mais le son fut atténué par le semi-étranglement qu'il lui infligeait.

 

- Que voulons-nous ? murmura l'homme avec une froideur polaire qui détonnait par rapport à la vigueur de son étreinte. Je suis sûr que vous pouvez aisément deviner pourquoi nous sommes ici, ajouta-t-il.

 

Lucretia secoua la tête, elle ne voulait pas... Elle ne pouvait pas lui dire ce qu'elle en pensait d'autant qu'elle sentait le regard appuyé qu'il dardait sur son buste dénudé. À présent la peur qu'elle ressentait était trop grande et sa gorge nouée n'avait même plus rien à voir avec la main de l'homme qui l'agrippait.

Elle serra même les lèvres pour s'empêcher de répondre, tout en se faisant violence pour ne pas jeter un œil à la silhouette qui, en face d'elle, se tenait toujours si étrangement immobile. 

Malgré tout, elle finit par croiser son regard et la honte l'envahit de plus belle. Elle frissonna d'angoisse et détourna aussitôt les yeux.

 

Difficile de croire que, quelques années plus tôt, elle avait partagé une belle complicité avec la personne qui tenait à présent l'appareil photographique braqué dans sa direction. Mais d'un autre côté, tout ce qu'elle avait vécu depuis n'aurait guère pu être prévu non plus.

 

L'homme qui la tenait toujours inclina la tête dans sa direction :

 

- Mieux vaut pour vous ne pas essayer d'alerter qui que ce soit, Madame Casanova. Que ce soit maintenant ou plus tard... Est-ce que vous m'avez compris ? la menaça-t-il.

 

Elle hocha la tête, tremblante. Il la lâcha aussitôt, la repoussant brutalement devant lui et elle trébucha jusqu'à presque aller heurter la silhouette à l'appareil photo dont elle croisa une nouvelle fois le regard rempli d'une haine mortelle.

Derrière elle, l'homme lui demanda de nouveau :

 

- Vous n'avez vraiment aucune idée de ce que nous sommes venus chercher ?

 

Elle se recroquevilla tout en remettant précipitamment son corsage en place, secoua désespérément la tête et se mit à sangloter de plus belle lorsqu'elle sentit qu'il se rapprochait d'elle :

 

- Vous n'en savez vraiment rien ? répéta t-il.

- Non..., gémit-elle tandis qu'il lui attrapait les épaules.

 

En face d'elle, la silhouette se décida enfin à bouger, dégainant un peu plus l'appareil photographique et adressant à son complice un geste impatient. Elle s'adressa à Lucretia pour la première fois depuis qu'ils étaient entré :

 

- Disons, dit-elle d'une voix basse qui trahissait la peine qu'elle avait à contenir la haine qu'elle ressentait. Que nous devons nous assurer de votre silence.

 

La voix résonnait d'une haine aussi glaciale que mortelle et Lucretia trembla de plus belle. Pouvait-elle vraiment avoir mérité cela ? Avait-elle donc agi d'une si mauvaise manière qu'un tel ressentiment se justifie, voire même puisse simplement s'expliquer ?

À cet instant, elle comprit qu'elle ne sortirait pas de là vivante, quand-bien-même l'homme derrière elle lui glissait à l'oreille :

 

- Vous allez prendre la pose, ici et maintenant... Cette simple photo nous suffira comme gage de votre coopération, Madame Casanova. Je suis sûr qu'avec cela nous pourrons ensuite nous entendre...

 

Lucretia secoua la tête, protégeant sa poitrine nue de ses bras et se tourna vers l'autre silhouette, plus petite mais aussi tellement plus tonique en temps normal et la supplia du regard, sans grand espoir. 

Mais ses yeux ne se dépareraient pas de cette haine qu'ils lui renvoyaient toujours, elle le savait. Même l'amitié et l'estime qui les liaient auparavant n'y pouvait plus rien, maintenant que le venin de la calomnie avait fait son œuvre.

 

Cela faisait des années qu'elle l'avait compris à présent, alors que pourtant tout était allé si vite au départ. 

Des années qui s'étaient passées comme un cauchemar et durant lesquelles ses dernières illusions s'étaient totalement brisées, à l'épreuve du caractère impitoyable de la personne cagoulée qui lui faisait face..

 

Et cette même personne s'avançait lentement vers elle. C'était comme si dans la pénombre, elle voulait cadrer à la perfection le cliché convoité. 

Mais soudain, Lucretia qui avait de nouveau détourné le regard sentit le froid d'une lame de métal lui transpercer le bas de la poitrine, juste au-dessous des côtes.

 

La douleur ne mit qu'une ou deux secondes à apparaître, mais aussitôt présente, Lucretia s'effondra en gémissant tandis que ses deux agresseurs l'entouraient en l'observant sans un mot.

Tout devint alors flou autour d'elle et sa respiration se fit de plus en plus pénible.

 

Elle eut le temps de comprendre que cela n'était pas prévu au départ en entendant au-dessus d'elle que ses agresseurs se disputaient à voix basse. La silhouette la plus imposante paniquait, et elle s'énerva contre la plus petite dans une exclamation horrifiée que Lucretia ne comprit pas.

 

- Ne t'inquiète pas, répondit tranquillement le plus petit des protagonistes, la voix à présent totalement apaisée. J'ai mis des gants et il n'y aura aucune trace.

 

L'homme se calma et les deux complices regardèrent Lucretia mourir. Ils ne semblaient ni l'un ni l'autre avoir le courage de l'achever et n'osaient même plus la toucher à présent, comme si l'acte en lui-même les rebutait tous les deux, songea douloureusement Lucretia, avant que ses pensées ne perdent leur dernière cohérence.

 

Désespérée, elle tenta d'appeler au secours tout en se traînant sur le sol pour échapper à ses deux agresseurs. 

Elle entendit alors distinctement la petite silhouette dire à la grande, comme pour la rassurer:

 

- J'ai tout prévu. Il n'y a personne ici.

 

Non, il n'y avait personne. Et Lucretia se sentait partir, tandis que ses yeux se posaient sur l'issue de secours qu'elle n'avait pas réussi à atteindre quelques minutes plus tôt.

Pour Lucretia, tout devient progressivement noir et elle sombra lentement dans l'inconscience.

 

Les deux silhouettes cagoulées et habillées de noir attendirent d'être sûres que leur victime avait arrêté de respirer pour quitter les lieux, la petite en première puis la grande juste derrière elle, après avoir jeté au cadavre un dernier regard dans lequel il était presque possible de lire du regret.

 

 

Du sang sur les livres by bellatrix92
Author's Notes:

Un second chapitre qui ne correspond à aucun challenge ou quoi que ce soit en cours, mais poursuit tout simplement cette histoire!

Je remercie encore Guette de sa super correction et je vous souhait bonne lecture. N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez!

 

Madel pestait à présent, mais à voix basse et tout en nourrissant son chat qui n'avait pas cessé de miauler depuis son retour à l'appartement. Inutile de réveiller son voisin dont les ronflements lui indiquaient sans équivoque qu'il dormait encore.

De toute manière, il serait tiré bien assez tôt de son sommeil, lorsque ses amis arriveraient et qu'ils commenceraient, comme à leur habitude, à discuter avec animation.

 

- Tchoupi arrête ! gronda-t-elle pendant que le petit animal essayait de grimper sur sa jambe en s'agrippant à son pantalon à l'aide de ses griffes minuscules mais acérées.

 

Elle lui donna une petite tape et le chaton noir et blanc alla rouler par terre avec un miaulement outragé. Il n'avait que trois mois mais déjà un caractère bien affirmé et une capacité prodigieuse à obtenir ce qu'il voulait.

Et ce qu'il voulait, en l'occurrence, c'était manger.

 

Or, Madel avait bien d'autres sujets de préoccupation ce matin-là, car l'université avait totalement fermé ses portes et ne rouvrirait probablement pas avant le lendemain, Vigipirate oblige. 

 

Déjà, elle attendait avec impatience ses trois plus proches amis dont elle guettait presque avec angoisse une réponse affirmative au sms qu'elle venait de leur envoyer. Et ensuite, son esprit turbinait à toute vitesse, essayant désespérément de donner un sens à ce qu'elle avait vu et entendu un peu plus tôt.

Qu'au moins une chose positive lui arrive car, le moins qu'on puisse dire, songea-t-elle sombrement en consultant sa montre une énième fois, c'est que sa journée avait déjà bien mal démarré. 

 

Il fallait maintenant espérer que Louis, Elisa et Gontran auraient reçu son message désespéré et seraient disposés à venir, car elle ne supporterait pas de rester seule et inactive pour la journée tandis que le périmètre de l'Université était totalement quadrillé par la police.


En fait, Madel avait été réveillée sur les coups de six heures, une demie-heure plus tôt que prévu par son réveil, par le bruit tonitruant des sirènes qui avait résonné dans tout le quartier étudiant pourtant très calme cette nuit-là.

 

Vu le boucan et surtout sa durée, il était clair qu'il ne pouvait s'agir d'une simple ambulance en transit avait-elle pensé. Une boule s'était formée dans son estomac au fur et à mesure que le bruit s'amplifiait. Et une chose était sûre, la police était déjà là.

 

Lorsqu'elle en avait pris conscience, Madel s'était levée immédiatement, angoissée comme à chaque fois que quelque-chose sortait ainsi de l'ordinaire, elle avait ouvert les volets pour voir ce qui se passait sitôt son pantalon et son corsage enfilés.

Par la fenêtre de l'appartement du cinquième étage dans lequel elle vivait depuis le début de l'année, et qui en donnant sur une large avenue lui permettait de voir la quasi-totalité de l'Université qui se trouvait de l'autre côté, elle avait assisté, non sans horreur, à l'arrivée de plusieurs voitures de police qui avaient investi les lieux rapidement, d'une ambulance qui était restée stationnée et d'un peloton de la brigade criminelle. 

Tout cela semblait d'ailleurs se concentrer dans la zone qui correspondait à l'UFR des Sciences humaines. Mais à cause des arbres, elle ne pouvait guère en voir plus.

 

En tout cas, le tout faisait tellement de bruit et de lumière que même les décorations de Noël qui ornaient la grande avenue jouxtant l'université semblaient avoir pâli sous leur effet.

 

Aucun doute possible, il s'était passé quelque chose de grave dans ce lieu où elle se rendait quotidiennement depuis bientôt deux ans et qu'elle affectionnait d'une manière toute particulière, aussi Madel avait senti son cœur se serrer avec un funeste pressentiment.

 

Elle n'avait même pas pris le temps de déjeuner tant son estomac était noué d'anxiété. Au lieu de cela, elle s'était coiffée en vitesse, débarbouillée, même pas maquillée, avait mis ses chaussures montantes, enfilé sa veste en moumoute, attrapé son sac à dos et était sortie de chez elle le cœur battant avec un seul objectif : aller voir ce qu'il se passait là bas.

 

Il faisait humide, sacrément froid, nuit et, de ce qu'elle pouvait voir du ciel, celui-ci resterait probablement gris une fois qu'il aurait cessé d'être coloré d'un noir malsain mélangé à la lueur jaunâtre des lumières de la ville. 

Pour plus de discrétion, car quelque-chose lui disait qu'elle en aurait besoin, elle avait rabattu sa capuche sur ses cheveux frisés, dissimulant ainsi aux rares passants les pointes bleu électrique de sa chevelure. 

Et à la lumière maladive des réverbères, l'ombre de sa petite silhouette semblait elle-même trembler de froid sur le sol goudronné. 

 

À présent qu'elle passait à l'action, Madel ressentait comme toujours un mélange d'excitation et d'anxiété, un cocktail qui, au fil des années, était devenu totalement addictif pour elle.

D'aussi loin qu'elle se souvenait, Madel avait toujours été effrayée mais surtout fascinée par l'imprévu, les incidents et la nouveauté. De plus, elle ne supportait pas d'être tenue hors de la boucle des informations, ce qui lui avait parfois attiré pas mal d'ennuis. Mais elle aimait s'impliquer. 

Et elle ne comptait plus les brusques décharges d'adrénaline qu'elle ressentait à chaque fois que, comme aujourd'hui, elle était sur le point de se mêler de quelque-chose « qui ne la regardait pas ». Sa mère n'aurait pas approuvé mais tant pis, de toute manière ce qu'elle ignorait ne pouvait pas lui porter peine.

 

Malgré l'angoisse qui lui nouait l'estomac et le sentiment que sa présence pourrait être parfaitement inopportune, c'est au pas de course que Madel prit le chemin très court qui devait la mener à l'Université et qu'elle passa devant le restaurant universitaire pour s'engager sur la passerelle, un incontestable raccourci depuis la résidence Marcellin Albert où elle habitait.

 

Mais mauvais hasard ou simplement effet de l'heure très matinale, la grille permettant d'accéder à l'université par ici était encore fermée.

Madel souffla de contrariété et fronça le nez une seconde...

Et en moins de temps qu'il n'en fallu pour le dire, elle se décida tout bonnement à l'escalader.

 

Madel avait toujours détesté les obstacles, surtout lorsqu'ils étaient imprévus et son caractère impatient l'avait souvent conduite à recourir à ce genre d'extrémités.

Par ailleurs, ce n'était pas la première fois qu'elle pénétrait ainsi dans l'établissement, par une entrée non conventionnelle s'entend. Et elle en était déjà sortie par des moyens semblables, notamment l'année précédente lorsque plusieurs doctorants et professeurs cagoulés étaient venus déloger le blocus auquel elle avait participé dans l'amphithéâtre D. 

L'action s'était déroulée en pleine nuit, les agresseurs les surprenant et les délogeant à grands renforts de lattes en bois. Petite, fine, discrète et surtout en train de se laver les mains après être allée aux toilettes à l'autre bout de l'amphithéâtre lorsque l'assaut avait éclaté, Madel avait réussi à s'échapper par une fenêtre sans être vue, évitant ainsi non seulement une bastonnade qui l'aurait probablement laissée sur le carreau, mais également un potentiel Conseil de discipline. 

Nombre de ses collègues n'avaient cependant pas eu cette chance et certains avaient même subi les deux. Aussi Madel s'estimait-elle particulièrement chanceuse, ce qui ne l'avait pas empêché de se tenir un peu plus sur ses gardes par la suite. Car, elle tenait à ses études de philosophie et il aurait été bien dommage qu'elle soit renvoyée à cause de son activité politique, même si celle-ci n'était un secret pour personne.

 

Il faut dire qu'elle ne manquait pas de souplesse et encore moins d'aplomb ou de suite dans les idées. Petite et maigre, mais très nerveuse et servie par un fort caractère, elle avait longtemps pratiqué la gymnastique, l'athlétisme et courait tous les soirs une heure environ, lorsqu'elle ne crapahutait pas à droite ou à gauche pour ses explorations urbaines habituelles. 

Il lui arrivait même à l'occasion de pratiquer le Rooftoops et, après quelques semaines d'exploration l'année précédente, l'Université de Lettres et Sciences humaines n'avait plus beaucoup de secrets pour elle. Les bâtisses alentour n'avaient d'ailleurs pas tardé à suivre même si elle ne pratiquait cette activité que lorsque son binôme, un peu plus frileux qu'elle sur les infractions aux règles, acceptait de l'accompagner.

 

Toujours est-il qu'elle franchit l'obstacle que représentait la barrière sans aucune difficulté et qu'elle se retrouva en quelques secondes sur la passerelle d'accès qui menait tout droit à la bibliothèque centrale de l'Université.

Comme elle l'avait prévu, le genre d'avenue qui regroupait toutes les institutions étudiantes le long de la passerelle du restaurant universitaire étaient encore complètement vides. Rien d'étonnant à cela d'ailleurs, puisqu'il n'était pas encore sept heure du matin.

Quant au syndicat étudiant dont elle faisait partie intégrante, il ne fallait pas espérer le joindre avant un bon moment, aussi Madel se hâta-t-elle en direction de l'UFR de Sciences humaines, là où elle avait aperçu l'attroupement depuis sa fenêtre.

 

Comme celui-ci se trouvait au fond d'une large avenue qui traversait tout le campus, elle vit la scène qui s'y déroulait alors même qu'elle se trouvait à plus de cent mètres de son objectif, et son estomac se noua encore un peu plus.

La police était toujours là, la criminelle et les pompiers aussi et il y avait même le président de la fac, déjà accompagné de deux professeurs qu'elle supposait impliqués dans la vie du Campus. Tous les trois étaient habillés de manière un peu négligée, aucun ne portant de costume, comme s'ils avaient dû se lever et venir sur les lieux le plus vite possible. 

Madel remarqua immédiatement à quel point leur visage était grave et tendu. 

 

L'un des professeurs répondait aux questions d'un policier et il s'était pour cela un peu éloigné des deux autres. Son visage était fermé, ses gestes, notamment le fait qu'il se torde les mains, trahissaient une profonde émotion et il avait le teint pâle, presque livide. Madel le reconnut de loin comme Monsieur Louvain, un professeur assez âgé qui enseignait la Géographie et dont elle avait suivi un cours durant son premier semestre l'année précédente, très intéressant d'ailleurs. 

Même à cette distance, il était clair qu'il retenait ses larmes et la jeune fille eut de la peine pour lui en même temps qu'elle se questionna de plus belle : Que se passait-il donc ici pour que tout se beau monde s'y soit précipité en catastrophe ?

 

- Mademoiselle, on ne passe pas !

 

La voix avait résonné derrière elle, forte, impérieuse et Madel se retourna, stoppant net son élan. Elle se retrouva face à un jeune policier qui lui faisait sèchement signe de s'éloigner.

 

- Oh pardon, dit-elle d'une voix qu'elle s'efforça de rendre mal assurée. Je... J'allais en cours, enfin à la cafétéria pour prendre un truc et... Que se passe t-il ?

 

En réalité, elle se sentait si bel et bien confuse qu'elle n'eut aucun mal à faire illusion auprès du jeune homme qui s'adoucit :

 

- Vous le voyez bien, répondit-il d'une voix un peu bourrue. La police quadrille les lieux. Ce n'est pas un endroit pour les passants.

 

Madel s'éloigna de quelques pas, tout en demandant d'une voix paniquée :

 

- Que s'est-il passé ? Quelqu'un a été blessé ?

 

Mais peine perdue, le jeune homme ne tomba pas dans la brèche et se contenta de lui faire signe de circuler avec un sourire mi-ironique mi-paternel. Vexée et agacée, Madel dut se résoudre à obéir et s'éloigna après une moue mutine à l'adresse du jeune homme qui soupira.

Madel savait que son apparence inoffensive pouvait la servir dans ce genre de circonstances et c'est éhontément qu'elle avait pris l'habitude d'en user. Que cela n'ait marché que partiellement cette fois-ci n'aurait su la décourager.

 

Elle avait en fait décidé de faire mine de rebrousser chemin, mais lorsqu'elle eut terminé de longer la bibliothèque centrale, elle obliqua brusquement dans une voie latérale où elle savait pouvoir trouver un passage praticable.

Là, elle marcha quelques pas et, après s'être assurée que personne ne la voyait, elle serra les sangles de son sac sur son dos, escalada une fenêtre de l'édifice, prit appui sur une corniche et monta ainsi de plusieurs mètres, totalement indifférente au risque d'une chute potentiellement mortelle.

Il lui fallut à peine une minute pour atteindre son objectif : l'échelle des pompiers qui se trouvait sur le flanc du bâtiment. À partir de là, sa progression devint franchement facile et elle sourit avec satisfaction.

 

Le toit de la bibliothèque était entièrement plat, de ce fait, elle put le parcourir de long en large et parvenir de l'autre côté en quelques dizaines de secondes et sans prendre le moindre risque. 

Là, elle s'aplatit pour ne pas trahir sa présence et entreprit d'écouter les conversations qui se déroulaient plus bas.

 

En effet, la façade arrière de la bibliothèque jouxtait celle de l'UFR de Sciences humaines et elle se trouvait à présent juste au-dessus du Président et de ses deux collègues qui discutaient toujours. Elle sourit en apercevant un troisième larron les rejoindre, le visage visiblement catastrophé.

 

Voilà qui s'annonçait instructif.

 

Ce quatrième homme (décidément il n'y avait que des hommes ici!) salua le Président d'un serrement de main aussi rapide que solennel et lui posa une question que Madel n'entendit pas.

En revanche, et à son grand soulagement, elle perçut la réponse depuis sa cachette surélevée :

 

- Oui, Monsieur l'inspecteur, dit le Président tandis qu'à côté de lui, Monsieur Louvain hochait la tête avec fébrilité, le visage toujours aussi pâle. Nous sommes tous terriblement choqués par cette tragédie et le Secrétariat est en train de prévenir l'ensemble du personnel et des étudiants que l'Université gardera ses portes fermées aujourd'hui.

 

- Les autres campus font de même, répondit l'inspecteur avec gravité. Le plan Vigipirate est activé sur toute la ville et je ne suis même pas sûr que les autres établissements scolaires ouvriront aujourd'hui. D'après Madame le Prefet, il y a déjà de quoi craindre que cet acte soit en lien avec le terrorisme.

 

- Comment cela ? demanda le président, soudain sincèrement étonné.

 

- Des photos, répondit l'inspecteur. Il y a des photos qui circulent sur les réseaux sociaux même si on s'efforce de les bloquer.

 

- Des photos du corps ? s'étrangla le professeur Louvain tandis que son collègue commençait à vaciller dangereusement.

 

- Pas tout à fait, répondit l'inspecteur. Madame le Préfet a parlé de photos dénudées, visiblement prises sous la contrainte et probablement hier soir...

 

- Voilà donc pourquoi la police a pris soigneusement en photo chaque recoin de la bibliothèque, souffla le professeur Louvain en s'épongeant le front. Mais quels liens du coup avec Vigipirate ? Ne devrait-on pas plutôt penser à un règlement de comptes ou à une agression ?

 

L'inspecteur hocha la tête d'un côté sur l'autre et il répondit sur un ton impuissant :

 

- Je n'en sais pas plus, à priori la diffusion des images inquiète les autorités... Peut-être ont-elles été revendiquées, je ne sais pas...

 

- Mais tout de même, répliqua le professeur qui se tenait juste à côté de Louvain d'une voix chevrotante. Pourquoi Lucretia, et surtout pourquoi ici dans la bibliothèque ?

 

- C'est incompréhensible ce qui est arrivé,  se lamenta à son tour le Professeur Louvain. En tout cas, cela me rappelle de bien mauvais souvenirs...

 

Le professeur à côté de lui renifla et Madel l'examina un peu plus attentivement. Il était assez jeune, une quarantaine d'années peut-être ou même moins, les cheveux noirs mi-longs et le teint mat sur un corps fin et un peu angulaire... 

En vérité il lui faisait un peu penser au Professeur Rogue dans Harry Potter, mais elle aurait été bien incapable de dire qui il était, quand-bien-même il lui semblait l'avoir déjà vu.

À présent qu'elle le regardait plus attentivement, il avait l'air encore plus bouleversé que le Professeur Louvain et celui-ci lui lançait d'ailleurs des regards inquiets :

 

- Est-ce que ça va aller Christophe ? lui demanda-t-il d'une voix presque paternelle.

 

Le dénommé Christophe hocha la tête mais Madel, même si elle ne pouvait le voir de près, devina qu'il s'était mis à pleurer.

De sa place, elle pouvait également voir que la police s'était mise à quadriller tout le périmètre du Campus et elle se mit soudain à frémir en se demandant comment elle allait bien pouvoir sortir de là, si les entrées et sorties étaient définitivement bloquées. En tout cas, aucun étudiant ne pourrait entrer, ou du moins s'approcher du périmètre. Même si à présent elle apercevait  plusieurs professeurs qui ralliaient la zone juste au-dessous d'elle, rendant la conversation si confuse qu'elle n'en comprenait plus grand-chose.

 

Elle reconnut notamment, qui s'avançait à grands pas et le visage très pâle, un des professeurs que les membres du syndicat avaient épinglé comme « connard d'extrême-droite » l'année précédente, lorsqu'il avait refusé à deux d'entre-eux l'entrée dans son cours pour annoncer une assemblée générale.

Si ses souvenirs étaient bons, il s'agissait du professeur Touraine qui enseignait l'Histoire contemporaine dans l'Université, une décennie et demie de « terreur réactionnaire » d'après le type du syndicat, enfin celui qui ressemblait à Don Camillo.

Pour le reste, et si elle ne se trompait pas, il faisait partie de ceux que l'on soupçonnait fortement mais sans aucune preuve, d'avoir participé à « l'évacuation » musclée du blocus l'année précédente. Cela par contre, Madel n'en était pas sûre, en effet l'homme n'avait pas le profil-type du videur d'amphithéâtre, et ceci quelles que puissent être ses idées politiques.

 

Le professeur Touraine semblait bouleversé en tout cas, tout comme les autres, et c'est d'une manière presque automatique qu'il rejoignit le professeur Louvain, le dénommé Christophe et le fameux inspecteur qu'il salua comme s'il les connaissait très bien :

 

- Bonjour Messieurs, dit-il d'une voix affectée. Est-ce que c'est vrai ?

 

- Oui, répondit le professeur Louvain d'une voix tremblante tandis qu'à côté de lui le dénommé Christophe enfouissait sa tête dans ses mains. Elle a reçu un coup de couteau au bas de la poitrine... Ce n'était vraiment pas beau à voir...

 

- Horrible oui, s'étrangla le nouveau venu, visiblement le cœur au bord des lèvres, avant de s'adresser à l'inspecteur : Qui l'aurait cru hier soir, hein Henry ?

 

Pâle également, l'inspecteur hocha la tête sans rien répondre.

 

- Quand je pense, poursuivit le Professeur Louvain, toujours aussi pâle. Que nous sommes tous sortis de cette réunion et que l'absence de Lucretia ne nous a même pas alertés plus que cela...

 

Il avait la voix de quelqu'un qui se sentait coupable et Madel eut de la peine pour lui.

 

- En même temps, fit remarquer le dénommé Christophe entre deux sanglots. Elle nous avait bien dit qu'elle devait travailler ici, son retard n'avait aucune raison de vous alerter Robert...

 

Il ne put en dire plus car, soudain, un bruit métallique se fit entendre et une civière poussée par un homme en blanc et recouverte d'une housse quitta le bâtiment.

 

Le professeur Touraine se signa frénétiquement et Madel elle-même eut un haut-le-cœur. Elle s'aperçut que le dénommé Christophe s'affaissait contre l'épaule du professeur Louvain, complètement livide, que ce dernier tremblait légèrement en le soutenant et que l'inspecteur les regardait avec ce qui ressemblait à de la franche inquiétude mêlée de perplexité.

 

- Qui l'a retrouvée ? demanda t-il au Professeur Louvain, davantage pour dissiper le malaise ambiant que pour autre-chose, à première vue.

 

- L'agent d'entretien, répondit celui-ci. C'est ce que m'a dit le Commissaire. Et le pauvre a été tellement choqué que les pompiers ont dû l'amener. Il y avait du sang partout et c'était horrible. Le... La police pense qu'elle a eu le temps de se traîner sur un mètre ou deux avant de succomber...

 

- Vous avez vu la scène ? s'étrangla presque le Professeur Touraine.

 

- Robert est entré, oui, lui expliqua le Président. Lorsqu'il a entendu ce qui se passait, il a limite forcé le passage.

 

- J'imagine que la police a dû apprécier..., répondit le Professeur Touraine sur un ton à la fois ironique et désabusé.

 

- Pas trop, répliqua l'enseignant de Géographie dont le visage se ferma un peu plus. Mais ils ont apprécié en revanche que je puisse les renseigner... Et leur donner les coordonnées de la famille de Lucretia.

 

- Ils savent ?

 

- Sûrement, à l'heure qu'il est... Et Paul doit être effondré.

 

Le dénommé Christophe déglutit péniblement et le Professeur Touraine proposa, après avoir échangé un regard avec l'inspecteur :

 

- Si notre présence n'est plus requise, peut-être pourrions-nous quitter les lieux et aller boire quelque-chose un peu plus loin, avant de voir si nous pourrions être d'une quelconque utilité...

 

Toujours allongée à plat-ventre sur le toit de la bibliothèque, Madel les regarda partir, le cœur lourd de tout ce qu'elle venait d'apprendre, puis elle examina prudemment les alentours.

La police quadrillait la zone de manière de plus en plus serrée, mais si elle se dépêchait, elle pouvait peut-être passer sans être vue par l'interstice entre les bâtiments G et H, tout au fond du campus. En effet, les lieux semblaient être encore totalement vides par là-bas.

 

Descendre du toit lui fut difficile, en effet elle n'avait pas anticipé le passage de plusieurs agents de police et dut stopper sa descente deux fois. Sans compter qu'elle manqua de se faire surprendre une seconde fois par le policier blond et roula précipitamment dans un buisson pour éviter qu'il ne la voie. Là, elle attendit plusieurs minutes avant d'oser reprendre son chemin.

Fort heureusement et comme elle l'avait deviné, la zone des bâtiments G et H était totalement déserte et après être passée entre les deux, elle longea la haie sur quelques mètres et rampa sous son feuillage pour sortir de l'enceinte du campus par un trou qu'elle savait ménagé dans le grillage, et qu'elle avait déjà utilisé plusieurs fois, dont une justement pour échapper à la police et aux vigiles.

 

Enfin elle se retrouva de l'autre côté et put respirer un peu pour évacuer la tension accumulée, tout en sortant son téléphone portable de son sac pour contacter Louis, Elisa et Gontran, ses trois amis les plus proches qui devaient être en route pour la fac à cette heure-ci, s'ils n'avaient pas encore reçu l'information.

 

Tout en marchant, Madel laissait son cœur se calmer. Encore une fois, elle s'était permise de carburer à l'adrénaline et, même si elle avait réussi à passer, elle ne pouvait se cacher qu'elle aurait pu avoir de gros ennuis si elle avait été prise.

 

À présent qu'elle était tirée d'affaire, son ventre criait famine et, sitôt rentrée chez elle, elle mit du riz à cuire juste après avoir texté les trois compères dont elle espérait la visite sous peu. 

Le chat attendit qu'elle ait mis sa casserole sur le feu pour recevoir à manger et c'est peut-être pour cela qu'il se montra encore plus vindicatif que d'habitude.

À moins que le fait qu'elle l'ait totalement ignoré en se levant, toute à ses pensées, ne l'ait prodigieusement vexé.

 

À son grand soulagement, Elisa, Louis et Gontran lui répondirent rapidement et, surtout, répondirent tous présents, proposant même d'amener le petit-déjeuner chez elle.

Aussi Madel, après avoir souri à la lecture du SMS de Gontran, rangea rapidement sa chambre étudiante, l'aéra malgré le froid et replia prestement son lit afin de reformer son canapé clic-clac. D'ordinaire, elle ne le faisait jamais, sauf lorsqu'elle recevait du monde, comme ce matin.

Au dehors, le jour se levait progressivement et, comme prévu, le ciel était grisâtre, laissant tomber une pluie fine sur toute la ville. Le quartier quant à lui était plongé dans un calme étrange après la débauche de sirènes hurlantes du début de matinée, on aurait dit qu'il retenait son souffle dans l'attente d'éléments nouveaux, un peu comme elle en fait.

 

Louis fut le premier à la rejoindre alors qu'elle finissait juste son bol de riz, ce qui était logique puisqu'après tout, ils partageaient la même résidence étudiante.

 

- Salut, dit-il sur un ton empressé en déposant sur la table de la pièce à vivre un jus de pomme fraîchement sorti du frigo. Elisa vient de me dire qu'elle aura un peu de retard, elle appelle sa sœur... Et aussi qu'il faut regarder la télé.

 

- C'est déjà aux nouvelles ? s'étonna Madel et allumant son ordinateur afin de capter le flash info.

 

Louis acquiesça et lui répondit :

 

- Les journalistes ont dit que cela avait dû arriver hier, vers huit heures du soir.

 

Madel l'écouta lui raconter ce qu'il avait entendu, peu de choses en vérité et rien d'autre qu'elle ne sache déjà, pendant qu'elle accédait à la chaîne d'information. Il ne lui fallut pas très longtemps pour y parvenir et bientôt, elle écoutait le flash en compagnie de Louis.

La chaîne diffusait des images de l'université remplie de policiers, en même temps que la photographie d'une belle femme aux longs cheveux bruns ondulés, probablement âgée d'une petite quarantaine d'années tournait en boucle.. Pendant ce temps, la présentatrice débitait les maigres informations qu'elle possédait pour le moment.

 

« Lucretia Casanova, professeur de Géographie physique qui enseignait sur le Campus de Fontfroide, a été retrouvée morte tôt ce matin dans la bibliothèque du département de Géographie, où elle avait été vue hier en vie pour la dernière fois. 

Il semblerait qu'elle ait été agressée alors qu'elle effectuait des recherches en début de soirée, et poignardée à l'aide d'un couteau à viande. L'arme aurait d'ailleurs été retrouvée et il s'agirait d'un couteau tel que ceux distribués par le grill du restaurant universitaire Marcellin Albert.

L'enseignante aurait été frappée juste sous les côtes et aurait succombé à ses blessures après quelques minutes d'agonie. On a également relevé sur son corps des marques de coups ainsi que des blessures défensives. »

 

- C'est vraiment horrible, commenta sombrement Madel. Je ne sais pas ce qui est le pire, les faits où la manière dont elle les relate ?

 

A côté d'elle, Louis acquiesça tandis que le flash se poursuivait :

 

« Sur le campus de l'université, la perplexité règne. En effet Lucretia Casanova était unanimement appréciée et on ne lui connaissait aucun ennemi d'après ses collègues.

Aussi les soupçons se porteraient davantage sur une agression par un déséquilibré ou une agression sexuelle. Cette seconde piste est d'ailleurs prise très au sérieux par les enquêteurs car des photos partiellement dénudées de l'enseignante, sûrement prises au moment de l'agression, auraient circulé cette nuit sur les réseaux sociaux.

La piste terroriste, elle, n'est pas non plus écartée et l'université restera fermée aujourd'hui et demain sur ordre de Madame le Préfet. »

 

- Génial, commenta Louis. Deux jours de vacances et une super ambiance en perspective... Le tout juste avant Noël bien sûr, sinon ce n'est pas drôle, railla-t-il

 

- Le pire, répondit Madel. C'est que j'ai la désagréable impression que ce n'est pas un déséquilibré qui a fait cela. Tu les aurais vus ce matin à la fac...

 

- On dit bien que la plupart des crimes sont commis dans l'entourage plus ou moins proche, répondit Louis tandis que Tchoupi, probablement agacé d'être délaissé, lui sauta sur les genoux. C'est vraiment horrible en tout cas. Je l'avais eue l'an dernier, Madame Casanova, c'était vraiment une femme gentille, intéressante et très souriante... Je n'arrive pas à y croire...

 

- Très belle aussi, fit observer Madel d'un air entendu.

 

- Oui, répondit franchement Louis. Magnifique et très gracieuse... J'imagine que cela devait attiser les convoitises.


Ils restèrent un instant sans rien dire, observant simplement Tchoupi qui effectuait cabrioles sur cabrioles, posé sur les genoux de Louis.

Et puis la sonnette retentit et Madel s'empressa d'aller ouvrir.

 

C'était Elisa et Gontran qui s'étaient visiblement suivis de près et avaient sonné en même temps.

 

- Il est huit heure, nous sommes à l'heure, dit malicieusement la jeune femme à Madel alors que celle-ci les faisait entrer en souriant.

 

Gontran, comme promis, était passé à la boulangerie pour leur chercher des croissants, une délicate attention qu'ils apprécièrent tous les trois.

Pendant que Madel mettait de l'eau à chauffer, Tchoupi délaissa brusquement Louis pour se reporter sur Elisa qui, comme à son habitude, le laissa grimper sur son pantalon en rigolant et le caressa avec tendresse tandis qu'il se mettait à ronronner contre son pull.

 

Autant Madel était petite, maigre, nerveuse et impatiente, autant son amie était grande et massive, mais aussi douce et totalement attendrissante. Et elle ne connaissait personne d'aussi profondément gentil et naïf que pouvait l'être Elisa. Elles ne se seraient d'ailleurs jamais rencontrées, vu leurs caractères et leurs intérêts si différents, si seulement la jeune fille n'avait pas effectué un stage en bibliothèque auprès de la mère de Madel.

Leur passion pour la littérature jeunesse les avait immédiatement rapprochées et, depuis, elles étaient presque inséparables.

 

Quelques minutes plus tard, attablés devant un café bien chaud et un thé pour Gontran, ils étaient tous en train de discuter du meurtre devant plusieurs articles de journaux glanés sur leurs portables et ordinateurs respectifs.

 

- C'est vraiment dégueulasse d'avoir fait un truc pareil à une femme, dit Gontran sur un ton révolté. Le pire, je crois que c'est en plus de l'avoir prise en photo.

 

- Parce que tu les as regardées en plus ? le réprimanda Madel que son air soudain un peu gêné n'avait pas manqué d'alerter.

 

Gontran lui répondit sur un ton un peu agacé :

 

- Je ne suis pas allé les chercher... dit-il. Je suis tombé dessus en allumant Snapchat, Camelia me les a envoyées...

 

- Elle est frappée ou quoi ?!

 

Elisa, d'habitude si douce, venait de lever la tête et fixait le téléphone de Gontran d'un air dégoûté.

 

- Elle me les a envoyées cette nuit, répliqua le jeune homme. On ne savait pas que... Enfin voilà.

 

Madel contint un soupir atterré. Mais à quel moment envoyer les photos dénudées d'une enseignante pouvait paraître une bonne idée ? Qu'est-ce que la copine de Gontran pouvait bien avoir dans la tête ?

Pas grand-chose malheureusement, elle connaissait la réponse depuis qu'elle l'avait rencontrée pour la première fois.

 

Cependant, Gontran poursuivit et l'information qu'il leur donna juste après était plus qu'intéressante :

 

- En tout cas, dit-il. Ce n'était pas des Nudes... Disons normaux...

 

- Parce que tu reçois souvent des Nudes toi ?

 

Il rougit un peu mais répliqua :

- Ce que je veux dire, c'est que dessus on ne voit pas Lucretia Casanova dénudée volontairement. On voit un type cagoulé qui la tient et son haut qui a glissé... En fait c'est même pas un Nude ce truc...

 

Devant l'air perplexe et vaguement dubitatif des quatre autres, Tchoupi compris, il pianota un instant sur son portable et Madel devina avec agacement qu'il consultait sa galerie d'images. Enfin, il leur montra tour à tour deux clichés très ressemblants.

 

Sur le premier, Lucretia Casanova semblait se débattre sous la poigne de fer d'un individu entièrement vêtu de noir et cagoulé. D'une main, il maintenait fermement ses bras et sa poitrine tandis que l'autre, posée sur son visage, l'empêchait de hurler.

 

Effectivement, le corsage de la jeune femme avait glissé, dévoilant à moitié un soutien-gorge noir, mais surtout une poitrine petite mais fort jolie et le regard de Madel s'attarda une seconde sur le grain de beauté qui ornait le haut du sein gauche de l'enseignante.

 

- Clairement pas cool, souffla Louis tandis qu'Elisa se mit à pianoter frénétiquement sur son téléphone portable à son tour.

 

Sur le second cliché, le visage terrifié de Lucretia Casanova était un peu plus visible, et Madel ressentit un pincement de cœur à la vue des deux larmes qui avaient roulé sur ses joues. Ses derniers instants avaient vraiment dû être terribles à vivre. Elle n'aurait pas souhaité cela, même à son pire ennemi.

 

- On ne peut pas vraiment parler de photos érotiques, reprit Gontran qui tentait toujours de se dédouaner. Vous voyez bien.

 

- Par contre, lui répondit Louis sur un ton grave. Je comprends un peu mieux maintenant pourquoi le plan Vigipirate a été activé. Ce truc fait limite « prise d'otage ».

 

- Il y a peut-être des choses qu'on ne sait pas en effet, commenta sombrement Gontran. Et cela pourrait bien être un truc terroriste après tout... Une prof, une femme...

 

Tous les deux se mirent à débattre de la chose mais Madel les écouta à peine, et pour cause elle regardait fixement Elisa qui paraissait particulièrement mal à l'aise tandis qu'elle pianotait toujours frénétiquement sur son propre téléphone, ignorant même Tchoupi malgré les efforts de celui-ci pour attirer son attention.

 

- Est-ce que ça va ? s'inquiéta Louis en s'en apercevant à son tour.

 

Il avait levé la tête, alerté par le silence des deux jeunes femmes.

 

- Oui.. bredouilla Elisa. Pas de soucis mais je parle avec ma sœur parce que justement... Elle a eu Madame Casanova pendant plusieurs années et qu'elle voulait des nouvelles. Elle vient de regarder les infos vu que c'est sa matinée de congés.

 

- Elle est déjà au courant ? s'étonna Madel.

 

- Ben, répondit Elisa. Je le lui ai dit dès que j'ai su et elle a recherché elle-même des infos. Je savais qu'elle l'avait eue cette prof alors je me suis dit que cela l'intéresserait sûrement.

 

Madel soupira d'incompréhension. Ce rapport qu'entretenait Elisa avec sa sœur, pourtant de huit ans son aînée et exilée à l'autre bout de la France, avait de quoi la déstabiliser ainsi que la laisser perplexe.

Déjà, elle connaissait un peu la jeune femme qui lui avait toujours fait l'effet de quelqu'un de brisé au fond de lui-même, malgré sa bonne humeur apparente les deux fois où elle l'avait rencontrée lors de soirées jeux. 

Un mal-être qu'elle avait d'ailleurs du mal à s'expliquer.

 

Autre fait, plus agaçant, lorsque Elisa et Jeanne Delpuech étaient ensemble, le monde semblait soudain se repolariser. L'une finissait les phrases de l'autre et elles étaient terriblement fusionnelles et complices. Madel avait d'ailleurs la désagréable impression qu'aucune n'avait de secret pour sa sœur.

 

Finalement, ce n'était pas mal qu'elle soit fille unique. Elle n'aurait jamais pu supporter une telle promiscuité sentimentale avec quiconque.

 

Cependant, aujourd'hui, le point de vue de Jeanne l'intéressait particulièrement et elle questionna son amie :

 

- Qu'est-ce que ta sœur dit de tout cela ? demanda t-elle à Elisa, non sans curiosité.

 

La jeune fille, mal à l'aise, lui répondit d'une voix prudente et montrant des guillemets avec ses mains :

 

- Elle dit que cela « lui a rappelé de mauvais souvenirs ». Mais je suis surprise, car elle n'en a pas dit beaucoup plus alors que d'habitude elle est très volubile.

 

- De mauvais souvenirs ? s'étonna Madel.

 

- Oui, répondit Elisa. C'est par rapport à ses dernières années d'études, quand elle avait eu son histoire là...

 

- Après son concours, c'est ça ?

 

- Oui, et Lucretia Casanova était justement un des professeurs impliqués, de ce dont je me souviens. Je pense qu'elle a voulu parler de ça. 

 

- Et c'était quoi cette histoire ? Lui demanda Gontran à présent piqué d'intérêt.

 

Elisa hésita un peu avant de répondre :

 

- Ma sœur a fait ses études ici, comme moi. Puis elle a passé un concours et est devenue enseignante il y a quelques années... Disons que sa première année de boulot n'a pas été top, qu'elle a vu le moment où elle se faisait licencier et qu'elle s'est retrouvée au milieu d'une embrouille entre professeurs de l'Université et de la Fac d'éducation...

 

- En même temps, fit remarquer Louis qui y suivait quelques cours depuis la rentrée. Ils sont particuliers là-bas... Et du coup Madame Casanova se fritait avec eux ?

 

- D'après Jeanne oui, répondit Elisa. Au moins avec une des formatrices en tout cas et là-dessus les inspecteurs s'en sont mêlés. Enfin elle n'en garde pas du tout de bons souvenirs... et je me rappelle que cette année-là elle était souvent malade le week-end à cause du stress.

 

- Du coup, fit remarquer Gontran. On sait que Lucretia Casanova avait un peu plus d'ennemis que ce que la télévision veut bien en dire.

 

- Mais tout de même, répliqua Madel. Ce n'est pas avec une histoire pareille qu'on tue quelqu'un...

 

Elle aurait poursuivi si, à ce moment-là, son téléphone n'avait pas sonné. Exaspérée, elle l'attrapa, reconnut le numéro de Pablo, un de ses amis du syndicat et elle soupira.

Déjà ils venaient aux nouvelles ? Hé bien ils n'avaient pas traîné !

 

- Oui ? dit-elle en décrochant l'appareil.

 

- T'as vu le boucan à la fac ? lui demanda-t-il directement. Il paraît qu'une prof s'est faîte descendre !

 

- Pablo, répliqua Madel sur un ton ferme. J'ai vu pas mal de choses si tu veux savoir, et je peux te dire que la phrase « une prof s'est faîte descendre » ne résume absolument pas la situation.

 

Devant le silence soudain de son interlocuteur, elle sourit avant d'ajouter :

 

- Tu sais où sont Jacques et Fatima ?

 

- Ils ont dit qu'ils rappliquent cet aprèm, répondit l'homme à l'autre bout du fil. Pourquoi ?

 

- Je viens aussi, répondit Madel. J'ai des choses à vous dire, et d'autres à vous demander... On se dit quatorze heure ?

 

En raccrochant, elle se tourna vers ses trois amis qui la regardaient, un peu perplexe.

 

- A mon avis, dit-elle. Le syndicat va s'en mêler et ils n'ont pas dû apprécier de se voir interdire l'accès à l'Université ce matin.

 

- Laisse-moi deviner, lui répondit Elisa. Tu comptes suivre l'affaire pour eux, c'est ça ?

 

- Oui, répondit honnêtement Madel.

 

- Il va te falloir être prudente alors, lui dit Gontran. Quelque-chose me dit qu'il ne serait pas très malin de s'exposer dans cette affaire... Mais j'y pense, tu ne devais pas nous raconter ton escapade du début de matinée ? Que je sache, il n'y a que toi qui ait ici des informations pratiquement de première main.

 

Madel hocha la tête, un peu confuse. Toute à sa curiosité, elle avait totalement oublié de raconter à ses amis ses propres découvertes. 

Aussi, elle s'empressa de rectifier le tir, leur livrant le récit des événements de la manière la plus cohérente et détaillée possible.

 

- Tu es dingue ! lui dit Elisa d'une voix paniquée lorsqu'elle eut achevé son récit. Si tu avais été prise tu aurais pu être accusée du meurtre ! Après tout tu te baladais sur la zone au moment où la police est arrivée.

 

- Sans compter, fit remarquer Louis non sans inquiétude. Que ta présence et ton entrée par infraction pourrait bien laisser penser aux enquêteurs que le syndicat est impliqué dans ce qui s'est passé.

 

Madel secoua la tête. Même si elle savait que ses amis avaient raison, elle n'arrivait pas à regretter son escapade.

 

- Les syndicats n'ont aucune raison d'être impliqués là-dedans, répliqua-t-elle. On n'a jamais eu de problème avec cette prof-là.

 

Comme Elisa le regardait toujours avec réprobation, elle ajouta :

 

- Par contre, peut-être que ta sœur pourrait nous renseigner un peu sur les autres profs que j'ai vus lorsque j'étais sur le toit. J'ai l'impression qu'ils faisaient tous plus ou moins partie du même département. Et sur ce fameux « inspecteur » aussi, parce que lui je ne sais vraiment pas qui il est.

 

Madel se sentait lancée à présent, mais lorsqu'elle capta les regards amusés que lui lançaient ses amis, elle faillit se vexer franchement :

 

- Quoi ? leur demanda t-elle sur un ton peu amène.

 

Pour toute réponse, Gontran et Elisa se lancèrent un regard gêné tandis que Louis lui répondait avec un rire exultant :

 

- Miss Catastrophe passe à l'action ! Elle fait quarante kilos toute mouillée et elle part à la chasse au tueur. Tu nous épateras toujours Madel !

 

- Bref, répliqua celle-ci. Est-ce que vous êtes avec moi ?

 

Les trois autres se regardèrent, puis Elisa répondit :

 

- Ok, je vais voir ce que ma sœur peut me dire là-dessus.

 

- Moi, répondit Louis. Si tu veux je peux faire quelques recherches sur le Net. Tu n'as qu'à me donner des noms...

 

- Et moi, répliqua Gontran, toujours sur le ton de la dérision. J'attends toujours que mes croissants soient servis !

 

Sa remarque fut accueillie par le rire des trois autres, auxquels se mêlèrent bientôt les miaulements enthousiastes de Tchoupi.

 

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