Les Chroniques des Sentinelles by Alena Aeterna
Summary:

 


Crédit : Wikilmages sur Pixabay, montage Canva

 

Lorsque Sargas, esclave et criminel, se rebelle contre ses maîtres et prend le contrôle d'Arion, les Sentinelles n'ont pas d'autre choix que d'intervenir pour ramener l'ordre. Seule femme de l'équipe, Callisto est envoyée en première ligne pour prendre contact avec les rescapés.

Mais saura-t-elle mener à bien sa mission alors que l'ennemi a une armée entière à son service ?

 


Categories: Cadeaux, Science-Fiction Characters: Aucun
Avertissement: Aucun
Langue: Français
Genre Narratif: Roman
Challenges:
Series: Échange de Noël XII - 2019
Chapters: 1 Completed: Non Word count: 2111 Read: 139 Published: 17/03/2021 Updated: 17/03/2021
Story Notes:

Cette histoire a été écrite pour Seonne dans le cadre du Secret Santa de 2019. N'étant pas habituée à la SF, j'ai mis beaucoup (trop) de temps pour un résultat qui ne me satisfait pas totalement.

1. Prologue by Alena Aeterna

Prologue by Alena Aeterna
Author's Notes:

Ce prologue a été envoyé tel quel à sa destinatrice et j'ai donc préféré ne pas y retoucher malgré quelques détails qui me font désormais grincer des dents.

La première déflagration ébranla le bouclier de protection du palais et dévoila brièvement son existence, éclairant les alentours d’une teinte orangée. Les rares gardes en faction sonnèrent aussitôt l’alerte avant d’aller affermir la défense des portes en attendant les renforts. Un vaisseau non identifié les survolait en bombardant sans interruption l’invisible dôme qui crépitait furieusement sous les assauts incessants. Les armes au sol n’étaient pas suffisantes pour ralentir sa progression, les quelques tirs émis par les soldats ne faisaient qu’effleurer la surface métallique du vaisseau sans causer de dommages et ils ne possédaient pas la technologie nécessaire pour affronter une attaque de si grande ampleur. Leur planète vivait dans la paix depuis tant de décennies qu’il leur semblait improbable de subir une telle agression et ils avaient perdu l’habitude de combattre des opposants de toute origine.

À l’intérieur du palais, la famille royale avait été réunie dans la salle d’audience, en compagnie des domestiques et de quelques gardes qui guettaient nerveusement les trop nombreux accès, particulièrement ceux qui donnaient sur le dehors. Le couple régnant gardait la tête haute sans ployer sous la panique générale, le roi distribuait ses ordres avec sang-froid tout en activant son bracelet émetteur tandis que la reine veillait sur leurs héritiers. Le bruit des chocs sur le bouclier leur parvenait amplifié et les murs tremblaient sous la force de l’offensive. Ce n’était plus qu’une question de temps avant la rupture du dôme et chacun craignait cet instant décisif. Il n’y avait eu aucune menace, rien qui aurait pu annoncer ce déferlement soudain de violence sur Arion. Les relations avec les autres planètes étaient principalement commerciales, sans animosité, et ils n’avaient offensé personne.

« Je demande de l'aide aux sentinelles d'Arcas, déclara le souverain d'un ton posé dès qu'il fut mis en liaison avec son destinataire. Nous sommes la cible d'une attaque étrangère, un vaisseau indéterminé s'apprête à pénétrer nos défenses.
— Votre message va être transmis, nous vous recommandons de trouver un abri jusqu'à l'arrivée des forces de soutien. »

La communication s'interrompit au moment-même où le bouclier se rompit et où l'une des portes s'écroula sous la puissance d'un impact sans précédent. Un vaisseau, plus petit que celui qui les assiégeait, venait de briser les lourds battants métalliques. L'appareil était encore intact malgré l'assaut et seule la poussière ternissait son éclat émeraude. Un homme de haute stature descendit la passerelle, détaillant les environs d'un regard ennuyé. Ses yeux semblaient rouges mais nul n'aurait pu croire qu'ils l'étaient de naissance. Cette teinte particulière associée à son uniforme anthracite et à son crâne rasé clamait son appartenance à la caste des esclaves envoyés dans les mines de la galaxie commerciale. Il avançait comme s'il était son propre maître, d'une démarche fière et conquérante qui tranchait avec son apparence servile, suivi par des soldats lourdement armés.

« Voici donc Arion. Je m'attendais à mieux.
— Votre présence n'a pas été annoncée, intervint le roi avec froideur. Partez immédiatement ou je devrai vous dénoncer aux sentinelles.
— Ce qui est déjà le cas, il est inutile de me mentir, répliqua le nouveau venu en esquissant un rictus. J’ai pris les précautions nécessaires pour intercepter vos communications, personne ne viendra à votre secours. Majestés, votre règne se termine enfin. Il est temps de rendre à cette planète sa gloire d'autant et, malheureusement, ce sera sans vous. »

D'un simple signe de la main, il ordonna à ses hommes d'agir. Les quelques gardes furent rapidement éliminés sans pouvoir riposter puis le couple royal se retrouva séparé de ses enfants, arrachés à l'étreinte de leur mère pour être emmenés à l'écart du palais. L'esclave traversa la salle sans se soucier des corps qui gisaient à ses pieds et il s'immobilisa devant les deux trônes taillés dans une roche sombre issue d'une étoile éteinte. Il en connaissait les moindres aspects pour avoir passé la plus grande partie de sa vie à l'extraire, plongé dans une pénombre perpétuelle qui avait doucement blanchi sa peau et rougi ses yeux. Du bout des doigts, il effleura la surface polie en la caressant presque, perdu dans ses pensées. Puis, brusquement, il se tourna vers les monarques, la haine déformant les traits de son visage en un masque grotesque. L'émotion qui brilla de manière fugace dans son regard fut un vague écho d'une folie à moitié consumée mais elle disparut assez vite pour redonner à ses pupilles une expression tranchante.

« Vous avez trop longtemps vécu aux dépends des autres. Vos trônes existent parce que des hommes ont risqué leur vie dans les mines, vos bâtiments ont été construits par notre sang. Pendant que vous vous prélassez dans votre paix, l'univers se bat pour survivre. Il n'y a pas de justice et je compte la rétablir à ma façon.
— Mais qui êtes-vous ?
— Un esclave qui rêve de liberté. J'ai oublié mon nom, comme tous les miens. Mais je garde le souvenir d'une époque fastueuse, d'une planète où j'étais bien plus qu'un outil. Et puisque je ne peux retrouver ma terre natale, je vous prendrai la vôtre. »

Sa phrase fut ponctuée par des secousses inquiétantes. Les tirs à l'extérieur avaient cessé à la mort du dernier défenseur et les envahisseurs s'attelaient à détruire les monuments les plus imposants. Les souverains surent à cet instant qu'Arion débutait sa lente descente vers le chaos et qu'ils étaient impuissants à la sauver. Ils n'ignoraient pas le sort qui leur était réservé mais il n'y avait plus de marche arrière possible. Ils éprouvaient au moins le soulagement de savoir leurs enfants en vie. Les soldats ennemis pointèrent leurs armes dans leur direction et la reine étouffa un sanglot. La mort ne lui faisait pas peur, c’était là le lot de tous, mais elle aurait préféré éviter un assassinat aussi froid. À ses côtés, son époux saisit sa main en un ultime geste de réconfort, son regard toujours fixé sur l’esclave qui prenait place sur l’un des trônes.

« Le peuple ne vous soutiendra pas, affirma le souverain. Vous pourrez les contraindre autant que vous le souhaitez mais vous n’aurez jamais leur respect.
— Les habitants d’Arion sauront me remercier et reconnaître ma valeur. L’histoire se souviendra de moi comme d’un libérateur. »

Avec cruauté, il ordonna la mise à mort du couple royal. C’était bref, sans signe avant-coureur, et les tirs furent aussi nets. Un sourire vainqueur étira les lèvres de l’esclave qui délaissa un instant son trône afin de récupérer la couronne tombée au sol.

« Cette planète sera dotée d’un roi plus fort. Bientôt, les galaxies trembleront au nom de Sargas. »

Il se détourna du monde assemblé dans la salle et traversa l’espace désormais libre qui menait à l’extérieur, ses propres gardes à sa suite. Les domestiques échangèrent des regards choqués mais aucun ne tenta un geste pour empêcher la sortie du meurtrier. Pour la plupart d’entre eux, c’était la première fois qu’ils voyaient des corps sans vie ou des armes et ils savaient que ce jour resterait gravé dans leur mémoire comme l’un des pires de leur existence.

Profitant de l'absence de celui qui s’était lui-même prénommé Sargas, l'un des domestiques récupéra le bracelet émetteur sur le cadavre de son roi. Il ne lui fallut que peu de temps pour calibrer un nouveau canal de communication, certain de pouvoir contacter les sentinelles sans voir son appel à l'aide être intercepté. Il veilla à ne pas être surpris par les hommes de main de celui qui se clamait leur souverain et enregistra un message où perçait toute sa détresse. Il implora les sentinelles d'Arcas de leur porter secours pour le bien-être du peuple d'Arion puis rapporta la mort de ses dirigeants. Il n'y eut aucune réponse mais ce n'était pas décourageant pour autant. L'employé du palais ne perdait pas espoir d'apercevoir dans le ciel le vaisseau immaculé des gardiens de la paix.

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Le moteur du vaisseau émit un bourdonnement de bon augure avant de rendre l'âme. Occupée à vérifier les autres paramètres, Callisto n'entendit que le silence soudain qui venait de s'abattre et remarqua avec consternation que toutes les lumières s'éteignaient les unes derrière les autres. Son bracelet choisit ce moment pour se rappeler à sa mémoire en produisant le son familier d'une convocation urgente à une réunion de crise. Elle délaissa les réparations pour rejoindre les autres sentinelles dans la salle de commandement. Le général en chef arborait une expression tendue qui intrigua aussitôt la jeune femme. Elle salua ses frères d’armes avant de prendre place à la table.

« Nous avons reçu un signal en provenance d’Arion. La planète a été attaquée par un esclave révolté, il a ordonné la mort des souverains et s’est proclamé roi. Fort heureusement, les enfants ont survécu. Votre devoir est de les récupérer, d’arrêter l’usurpateur et de ramener la paix.
— Savons-nous combien d’hommes sont au service de cet esclave ? demanda Callisto.
— Tous ceux qui travaillaient dans les mines l’ont suivi, répondit le général. Cette mission ne dépendra pas de votre nombre mais bien de vos compétences.
— Où sont les enfants ?
— Nous l’ignorons pour le moment. Mais vous pourrez compter sur l’aide d’Altaïr, la jeune sœur de la reine. Elle était absente lors de l’attaque du palais et elle nous propose ses services. »

Les détails de l’assaut furent ensuite établis. Le vaisseau blanc des sentinelles était prêt au décollage lorsque les gardiens de la paix y entrèrent. Avec leur moteur surpuissant, il ne leur fallait pas beaucoup de temps pour franchir la distance entre Arcas et Arion mais suffisamment pour peaufiner les derniers plans. Callisto terminait le chargement de son arme pendant que certains de ses collègues finissaient de revêtir leurs combinaisons. Elle était la seule femme de l’équipe, non pas parce que les femmes étaient exclues mais plutôt parce qu’aucune n’avait voulu devenir sentinelle. Pour cette raison, le général avait décidé de l’envoyer à la rencontre d’Altaïr. Ce serait ainsi plus simple de faire passer Callisto pour une domestique au service de la sœur de la défunte souveraine.

« Nous allons devoir te déposer ici, l’informa le général alors qu’Arion apparaissait enfin sur leurs détecteurs. Si nous entrons dans l’orbite, ils verront notre vaisseau et nous ne pouvons pas prendre ce risque. La navette est déjà configurée.
— Êtes-vous sûr que nous réussirons ? l’interrogea Callisto avec un soupçon de doute. Nous n’avons jamais dû affronter un groupe aussi armé. Cet homme, l’ancien esclave, est dans nos bases de données.
— Il me semblait avoir dit à plusieurs reprises que l’accès à nos bases est strictement réservé aux plus hauts gradés.
— Je le sais, Monsieur, mais je devais en avoir le cœur net. Il a été banni dans les mines après avoir commis des faits de haute gravité. Il avait déjà du sang sur les mains avant son passage à l’acte à Arion.
— Alors tu as dû voir que …
— Il a tué ma famille, en effet. Je suis une sentinelle, je dois faire passer la paix avant mes propres sentiments mais si je peux me venger en accomplissant ma mission, ce serait bénéfique pour moi.
— La vengeance n’est pas notre moteur, Callisto. Il sera jugé une fois que tout sera terminé mais, en attendant, tu respecteras nos règles. Je n’ai jamais été déçu par ton travail, ne m’oblige pas à l’être. »

La jeune femme acquiesça malgré le nœud qui lui serrait l’estomac. Elle avait confiance en ses collègues sentinelles, ils avaient accompli de grandes missions les uns avec les autres, mais la situation était inédite. Callisto avait perdu ses parents alors qu'elle n'était encore qu'une enfant. Élevée par un couple aimant, elle avait eu une vie des plus normales avant de choisir la voie des sentinelles. Sur Arcas, elle avait découvert des hommes transformés par les blessures de leur passé, plus profondes que celles d'une simple orpheline. Elle se sentait moins seule parmi eux, comprise et acceptée, même si elle gardait dans son cœur une place pour ses parents d'adoption. Ils avaient toujours été là pour elle et elle les aimait autant qu'une vraie famille. Cependant, si l'opportunité de venger ses parents de sang se présentait à elle, elle refusait de faire l'aveugle.

La jeune femme s'installa dans la navette et activa les commandes automatiques. Elle accorda un dernier signe aux autres sentinelles avant d'être emportée vers Arion. L'usurpateur ne verrait pas la gardienne de la paix derrière ses habits classiques, sa chevelure ébène nouée en natte comme n'importe quelle servante et son regard d'un vert banal. L'apparence physique ne distinguait pas les sentinelles des autres habitants des multiples galaxies et c'était un avantage à exploiter au maximum. Callisto profita de ce court trajet pour se remémorer les étapes du plan. Une question soudaine germa dans son esprit : Altaïr serait-elle au rendez-vous ou n'était-ce qu'un piège ? Il était sans doute trop tard pour y songer, son avenir dépendait uniquement de ce que le destin lui réservait.

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