Les révélations d'Halloween by MaPlumeAPapote
Summary:

Helen est une fille ordinaire. Du moins pas seulement. Dans un contexte assez sombre, la jeune fille devra trouver ses réponses et affronter ses peurs pour avancer et trouver un sens à sa vie.


Categories: Nuits HPF, Tragique, drame, Fantastique Characters: Aucun
Avertissement: Aucun
Langue: Français
Genre Narratif: Nouvelle
Challenges:
Series: Aucun
Chapters: 6 Completed: Oui Word count: 5762 Read: 6538 Published: 01/11/2020 Updated: 03/11/2020
Story Notes:

Histoire écrite dans le cadre de Hallonuit, nuit d'écriture du 31 octobre 2020.

1. Chapitre 1 : Attaque du manoir by MaPlumeAPapote

2. Chapitre 2 : Une famille cachée by MaPlumeAPapote

3. Chapitre 3 : Nos compagnons by MaPlumeAPapote

4. Chapitre 4 : Peur by MaPlumeAPapote

5. Chapitre 5 : Lunes by MaPlumeAPapote

6. Chapitre 6 : Nouveau départ by MaPlumeAPapote

Chapitre 1 : Attaque du manoir by MaPlumeAPapote
Author's Notes:
Répondant au thème de 20h : Manoir
La nuit était tombée depuis plus de trois heures lorsque la population s’était soulevée. Une foule en colère qui convergeait vers le même endroit. On pouvait les repérer à presque un kilomètre. Soit par le bruit effroyable qu’ils faisaient : par leurs cris presque bestiaux, soit par la lueur des torches brandies dans les airs avec fureur. Ils ne cherchaient pas à se cacher. Leur force était leur nombre. Leur colère.

Helen avait le cœur au bord des lèvres. Elle s’était levée en entendant son père et son oncle s’agiter au rez-de-chaussée. Elle avait juste eu le temps d’arriver en haut des escaliers pour les voir sortir et claquer la porte dans leur dos pour rejoindre la foule. Helen n’avait pas mis longtemps à comprendre ce qu’ils faisaient – ce que le village entier allait faire. Un immense frisson l’avait fait chavirer et elle n’avait pas perdu une seule seconde pour les suivre.

Sa peur et son angoisse lui faisaient oublier le froid du début de l’hiver. Elle pouvait néanmoins sentir la chair de poule parcourir sa peau alors qu’elle courait dans le petit bois dans lequel la procession de villageois se dirigeait. Elle avait emprunté le chemin moins dégagé, afin de pouvoir aller plus vite, les dépasser. Les branches et les ronces lui arrachaient ses vêtements, lui griffaient les membres. Mais elle ne s’arrêterait pas pour cela. Car elle devait les prévenir.

Lorsqu’elle arriva au manoir, le ciel se dégagea et laissa apparaître une lune pleine et blanche. La lueur de l’astre nocturne drapait les lieux d’un voile qui semblait irréel. La façade de la bâtisse n'en était que plus impressionnante. Avec ses nombreuses fenêtres qui trouaient la pierre, tels les yeux noirs d’un insecte qui attendait de voir la foule en colère se dresser devant ses grilles. La porte d’entrée, immense, ressemblait à une gueule prête à engloutir quiconque tenterait de pénétrer les lieux. Un aller simple. Sans retour.

Pourtant Helen franchit les grilles sans hésiter plus d’une minute. Elle devait les prévenir. Elle devait les sauver. Quitte à ne jamais pouvoir sortir de ce manoir monstrueux.

Un peu plus loin dans son dos, la foule se rapprochait dangereusement, grimpant la colline pour les rejoindre.

Les portes s’ouvrirent alors qu’Helen arrivait en haut des marches. La jeune fille ralentit automatiquement l’allure jusqu’à s’arrêter sur le seuil. Elle n’avait pas envie de rentrer. Elle voulait retourner au fond de son lit, s’endormir et ne plus penser au massacre qu’il pourrait y avoir ici. Pourtant, si elle ne faisait rien, alors toute une famille allait être décimée.

Prenant son courage à deux mains, Helen pénétra alors dans la bâtisse, tout en retenant son souffle. Au moment où son pied franchit le seuil de la porte, la lune fut de nouveau cachée par un nuage noir et la pénombre s’abattit sur les lieux. Helen ouvrit la bouche mais son cri se bloqua au fond de sa gorge et elle faillit s’étouffer.

Le tic-tac d’une énorme horloge semblait avoir ralenti le temps. Le bruit résonnait dans tout le Hall, couvrant les craquements irréguliers des murs ou de l’escalier qui s’élevait vers les étages à quelques mètres. Les battements du cœur de la jeune fille se régla sur ce battement régulier et son stress diminua presque automatiquement. Elle était là pour une bonne raison. Ce manoir était imposant et personne n’avait jamais osé s’en approcher. Personne n’avait jamais croisé ses propriétaires. Sauf Helen. Ils n’étaient qu’une famille. Ils ne méritaient pas de mourir dans d’atroces souffrances pour des rumeurs stupides.

Helen se redonnait doucement courage mais ne parvenait pas à faire un pas de plus en avant. Il faisait beaucoup trop sombre et beaucoup trop froid. Comme si personne ne vivait dans ces lieux. Pourtant, Helen était certaine de ce qu’elle avait vu l’autre nuit. De la vie derrière ses carreaux. Du bruit dans le jardin. La famille était là. Elle le sentait.

- Bonsoir Helen.

L’interpellée sursauta violemment, reculant précipitamment pour sentir son dos rencontrer le bois dur de la porte – quand s’étaient-elles fermées ? La voix s’était élevée dans tout le manoir, résonnant dans le hall, dans l’escalier et dans les longs couloirs qui s’étendaient devant l’entrée. Helen ne parvenait pas à en identifier la source et une véritable terreur la clouait sur place. Comment connaissaient-ils son prénom ?

- Nous sommes ravis de te voir parmi nous.

Une deuxième voix, plus féminine mais tout aussi froide. Helen put néanmoins y déceler une note amusée.

- Viens, rejoins-nous.

Une double porte sur la droite s’ouvrit et une petite lueur s’en échappa, comme un accueil minime pour l’encourager à approcher. Et comme si quelqu’un avait pris possession de son corps, Helen se redressa et se dirigea vers la pièce qui n’était autre qu’un très grand salon tout en longueur. Les hautes fenêtres sur la droite donnaient une vue plongeante sur les grilles de la propriété. Il n’y avait aucun rideau aux fenêtres, pourtant Helen était certaine qu’en approchant elle n’avait vu aucune lumière de dehors. Le feu qui brûlait pourtant dans l’antre de l’immense cheminée n’avait cependant pas pu être allumé en quelques minutes.

Ses questions s’envolèrent cependant lorsqu’Helen aperçut les propriétaires qui lui faisaient face. Un homme et une femme entre deux âges, dans des costumes qui semblaient bien poussiéreux. Comme leur manoir, ils étaient impressionnants. Grands. Froids. Austères. Une puissance semblait cependant émaner d’eux. Une force qui écraserait toute personne osant se dresser contre eux. Mais que pouvaient faire deux personnes contre une foule en danger ?

Helen sentit une décharge lui traverser le corps et elle reprit pleinement possession de ses moyens. Son souffle se bloqua au fond de sa gorge mais une force qu’elle se pensait avoir perdu la poussa à s’exprimer, avec tout le courage qui lui restait.

- Vous devez fuir !

Sa voix n’était qu’un chuchotement. Mais elle portait toute la détresse qu’elle ressentait.

- Ils pensent que c’est vous. Les sorciers. Ils sont venus pour vous détruire…

Comme seule réponse, elle reçut le doux sourire de la femme.

- Nous allons te montrer que personne ne peut rien contre nous Helen.
- Tu n’as pas à avoir peur, enchaina l’homme en lui tendant la main.
- Car personne ne pourra rien contre toi non plus.
- Tu es comme nous.

La petite fille était apparue, comme sortie des ténèbres dans lesquelles elle se cachait et adressait son plus beau sourire à Helen. Cette petite fille aux longs cheveux noirs qu’Helen avait aperçu courir dans la propriété alors qu’elle se baladait non loin. Une petite fille qui ne devait pas avoir plus de quatre ans mais qui à présent en faisait dix.

Une famille.

Des sorciers.
End Notes:
Merci pour votre lecture et si le coeur vous en dit, rendez-vous au prochain chapitre pour le thème de 21h !

Plume
Chapitre 2 : Une famille cachée by MaPlumeAPapote
Author's Notes:
Thème de 21h : Ombre
Helen n’avait jamais pensé être quelqu’un de spécial. Elle vivait avec son père et depuis peu avec son oncle. Deux hommes qui ne s’occupaient pas vraiment d’elle. Ils ne se posaient pas la question de savoir comment les repas étaient servis chaque soir à leur table et comment la maison était toujours bien rangée malgré leurs soirées parfois arrosées.

Helen avait naturellement pris la place de sa mère lorsque cette dernière avait été emportée par une mauvaise grippe. Et son père avait décidé d’oublier le drame en coupant tout lien avec sa famille et sa maison. Tout lien avec sa fille.

Helen se débrouillait donc seule. Elle s’occupait principalement de la maison, mais n’hésitait pas à sortir un peu lorsque son père était aux champs. Personne ne lui aurait sans doute reproché quoi que ce soit, mais elle ne souhaitait pas que son père puisse avoir quelque chose à lui reprocher. Elle n’avait plus que lui, ce lien familial pour éviter de finir à la rue.

Le meilleur moment de la journée pour effectuer ses petites sorties était en fin d’après-midi. Il n’y avait pas grand monde et Helen pouvait disparaître sans être vue. Elle aimait particulièrement se diriger vers la petite colline qui surplombait le village. Un petit bois habillait la lande et il était très facile de s’engouffrer dans les fourrés. Suivant les saisons, Helen pouvait cueillir quelques petites baies, ramasser des branches pour le feu ou des plantes pour ses infusions. La nature lui offrait ainsi tout ce dont elle avait besoin.

Elle ne s’éloignait jamais énormément pour être certaine de ne pas rentrer trop tard. Cet après-midi là pourtant, le temps lui échappa et elle parcourut plus de kilomètres qu’elle ne l’aurait pensé. Elle ne le comprit que lorsqu’elle arriva devant l’immense manoir. Le crépuscule commençait à tomber, mais du haut de lac colline, le coucher du soleil éclairait les jardins presque comme en plein jour. Quelques minutes de plus dans cette douce couleur orangée pour sublimer la nature.

En découvrant l’endroit, Helen en était restée le souffle coupé. Le manoir immense reposait paisiblement dans cet immense jardin aux nombreux massifs de fleurs qui attirèrent automatiquement le regard de la jeune fille. Elle resserra ses mains sur son panier en osier et osa s’approcher lentement des hautes grilles noires. Elle se pencha légèrement en avant mais laissa quelques centimètres entre son visage et les barreaux.

Le mouvement fut furtif mais elle l’aperçut alors que son regard balayait les lieux, admirant la magnifique sculpture qui se trouvait légèrement sur la droite – était-ce une licorne ? On aurait dit une ombre qui se fondait parfaitement dans les ténèbres de la nuit tombante. Une ombre mais une présence. Helen plissa les yeux et tenta de discerner la forme qu’elle avait vu.

Le soleil disparut d’un coup à l’horizon et le manoir et ses jardins furent plonger dans les ténèbres. Helen se redressa d’un bond. Elle réalisa alors qu’elle se trouvait devant la demeure hantée dont tout le monde parlait au village. Les plus courageux n’avaient jamais franchis le seuil des grilles. Tout le monde pensait les lieux abandonnés mais personne n’avait jamais osé y pénétrer. Même pour des paris stupides. Mais alors, quelle avait été cette ombre ?

Une petite lueur apparut à l’une des fenêtres de la demeure. Les yeux de la jeune fille furent automatiquement attirés par elle. Ce qu’elle vit néanmoins lui glaça les sangs. Était-ce une nouvelle ombre ? Cela ressemblait plus à une silhouette. Mais pourquoi semblait-elle pendue au plafond ?

La maison n’était pas abandonnée. Il y avait de la vie derrière ces murs et il n’était pas difficile de l’apercevoir. Mais qui étaient ses habitants ? Helen était terrifiée mais ne parvenait pas à tourner les talons. Quelque chose l’attirait. Elle aurait voulu franchir ces grilles et aller frapper à la porte.

Son courage n’était cependant pas de taille. Alors que la nuit s’étoffait, la jeune fille finit par reculer et s’enfuit sur le chemin principal qui redescendait jusqu’au village. Elle s’était beaucoup trop éloignée. Et si jamais elle rapportait le mauvais œil avec elle ? Les histoires d’horreur qu’on lui avaient racontées remontaient dans sa mémoire, lui donnant des ailes alors qu’elle dévalait la colline. Lorsqu’elle aperçut les lueurs des premières maisons, son cœur bondit de joie dans sa poitrine. Elle ralentit l’allure pour ne pas attirer trop l’attention sur elle et resserra son panier à moitié vide contre sa poitrine.

Elle s’était enfuie tellement vite qu’elle n’avait pas remarqué la petite fille qui s’était approchée des grilles en l’entendant approcher. Elle était partie avec tant de précipitation qu’elle n’avait pas fait attention à la silhouette qui était apparue sur le pas de la porte. La maison n’était pas abandonnée. Et ses habitants qui ne se montraient jamais avaient enfin trouvé quelqu’un avec qui partager leurs secrets.

Rester plus qu’à espérer qu’elle revienne à eux.

Oui. Helen était quelqu’un de spécial.

Elle était comme eux mais elle ne le savait simplement pas encore.
Chapitre 3 : Nos compagnons by MaPlumeAPapote
Author's Notes:
Thème 22h : créatures
La petite fille observait leur invitée s’éloigner en courant. Elle était presque arrivée à la grille et aurait aimé l’apostropher mais elle n’avait pas été assez rapide. La jeune femme avait osé s’approcher plus que quiconque mais elle n’était restée qu’une demi-minute. La fillette avait deviné sa curiosité et son intérêt. Mais elle avait surtout senti son énergie qui l’entourait. Avait-elle rêvé ? Sa famille allait sûrement la rouspéter lorsqu’elle leur raconterait, mais elle était certaine de ce qu’elle avait senti.

La petite fille sentit son cœur se serrer. Les journées étaient bien longues au Manoir. Personne ne leur rendait jamais visite. Du moins, pas depuis que le garçon avait osé franchir le seuil de leur entrée et qu’il n’en était jamais ressorti. La petite fille avait été tellement heureuse de voir une âme humaine qu’elle n’avait pas pu se retenir de laisser exploser sa joie. Elle qui aimait jouer avec les ombres avait suivi le jeune homme alors qu’il pénétrait dans le salon sur la pointe des pieds. Puis, elle était apparue et le cri qu’il avait poussé avait accompagné son dernier souffle. Était-elle si terrifiante que cela ?

- Où étais-tu encore passée ?

La petite fille leva la tête vers la façade du manoir et aperçut la silhouette qui était à la fenêtre la plus à gauche, au premier étage. Elle ne pouvait la voir nettement mais devinait sans peine le visage à l’expression colérique de sa grande sœur. Son aura fantomatique illuminait les lieux comme une lanterne attirant les navires. Si la petite fille était l’image des ténèbres, sa sœur captait toutes les sources de lueur pour briller comme un soleil. Dans cette demeure un peu morose, elle dénotait largement et n’aimait pas sortir de sa chambre.

- Je sais ce que tu penses, intervint la voix acerbe de l’aînée dans l’esprit de la cadette. Tu te souviens très bien comment ça s’est terminé la dernière fois.
- Ce n’était pas ma faute, geigne la fillette en croisant les bras sur sa poitrine. Ces humains sont des chochottes !

Elle entendit le rire de sa sœur résonner dans la nuit plus que dans sa tête.

- De toute façon c’est complètement différent cette fois-ci. Cette fille est comme nous !
- Ne dis pas n’importe quoi. Ce village grouille d’humains insignifiants.

La lueur diminua derrière la fenêtre, signe que la silhouette qui s’y tenait se retirait. La petite fille se détourna et jeta un dernier regard au chemin sinueux qui plongeait dans le petit bois. Les lèvres scellées, elle retint son souffle pendant une longue minute et souhaita ardemment que cette humaine revienne les voir. Une prière silencieuse qu’elle offrait à la nuit. Grandir dans cette maison sans aucune visite était à mourir d’ennui. Elle avait besoin d’un peu de compagnie.

Le pas lent d’une ombre s’approcha sur sa droite. Les feuilles bruissèrent, trahissant l’arrivée d’un de ses vieux compagnons. Un sourire immense mangea le visage de la petite fille qui ressentit aussitôt une pointe de culpabilité lui serrer le cœur. Elle avait tendance à se plaindre un peu trop facilement et ses véritables amis n’aimaient pas cela. Avant même d’apercevoir les yeux totalement blancs d’où elle devinait les reproches, elle s’exclama :

- Je ne voulais pas parler de vous bien sûr ! Vous êtes les meilleurs amis qu’on puisse imaginer ! C’est juste dommage qu’on ne puisse se voir que la nuit.

Les chevaux apparurent totalement, sortant des ombres et se dévoilant dans un petit rayon de lune. Leur corps squelettique aurait pu être qualifié de terrifiant mais la petite fille les trouvait magnifiques. Les créatures s’arrêtèrent à quelques pas d’elle et secouèrent doucement leurs longues crinières, quémandant une caresse que la petite fille ne tarda pas à leur donner. La joie avait repris ses droits dans son petit cœur alors qu’elle s’éloignait de la grille. La venue de l’humaine avait été relayée au second plan. C’était que la petite fille avait du mal à se concentrer sur plusieurs choses à la fois.

Les journées étaient parfois bien longues, mais les nuits d’ivresse qui suivaient rattrapaient souvent l’ennui. Elle allait donc en profiter une nouvelle fois et aurait tout le temps de repenser à la fille le lendemain. Elle s’accrocha au crin de la créature la plus proche et se hissa doucement sur son encolure. Elle ressentait le squelette mais aussi les muscles puissants. Le jardin était immense et leur permettrait de vagabonder à leurs aises.
Chapitre 4 : Peur by MaPlumeAPapote
Author's Notes:

Thème 23 h : peur

- Tu es comme nous.

La petite fille s’était approchée un peu plus jusqu’à faire face à Helen qui n’osait plus bouger. Ses yeux étaient braqués dans ceux de la fillette, d’une étrange couleur violette. Elle pouvait y lire toute sa joie et son innocence, mais également cette grande maturité qui lui faisait paraître plus de deux fois son âge. Helen aurait voulu lui retourner son sourire, mais son cœur semblait s’être arrêté, comme si elle ne pouvait plus contrôler son corps et qu’elle observait la scène d’en haut.

- Violine, voulez-vous bien vous écarter.

La voix claqua dans l’air et la fillette s’exécuta immédiatement, retournant se cacher dans les ombres de la pièce sans quitter son sourire ravi. Et Helen se sentit soudain bien seule.

- Mais je vous en prie Helen, venez prendre place avec nous, nous allons tout vous expliquer.

De nouveau, Helen sentit son corps réagir à l’invitation sans qu’elle ne l’ait vraiment décidé et elle s’avança jusqu’aux deux énormes canapés qui trônaient en face de la cheminée. Automatiquement, la jeune femme ressentit la chaleur émaner de l’antre des flammes et se détendit. La foule enragée était à présent loin de ses pensées. Comme si le temps s’était arrêté, elle s’installa donc, attentive, avec une légère appréhension. Le moment était important. Elle le sentait. Depuis qu’elle avait franchis le seuil de l’entrée, sa vie avait basculé. Elle était en train de basculer. Peut-être ne sortirait jamais de ce manoir. Peut-être sortirait-elle. Mais elle ne serait plus jamais la même.

- Nous ne savions pas si tu allais revenir nous voir et nous en sommes très heureux, commença l’homme.
- Et nous te remercions chaudement de t’inquiéter pour nous, enchaina la femme en attrapant à mains nues une bouilloire accrochée au-dessus des flammes. Ce n’était pas nécessaire mais si cela a pu te faire revenir ici alors nous en sommes ravis, n’est-ce pas très cher ?

L’homme hocha doucement la tête avec un drôle de sourire aux lèvres.

- Je ne comprends pas…

Les mots étaient sortis de sa bouche dans un son rauque qu’elle ne se connaissait pas. Au loin, elle entendit le tic de l’horloge sans que le tac ne suive. Tout s’enchainait lentement dans son esprit. Elle commençait à comprendre ce qu’elle ressentait. Elle n’avait plus froid et plus aussi peur qu’avant d’entrée. Mais pourquoi était-elle là ? Ne devait-elle pas les prévenir du danger qui guettait leurs portes ? Pourquoi semblaient-ils plus heureux de la voir parmi eux plutôt que de s’inquiéter de leur sort ?

- La foule…
- Ne nous fera pas le moindre mal.
- Ils n’oseront pas franchir les grilles.

La petite fille était réapparue à côté d’Helen. Elle haussa les épaules sous le regard de l’invitée et sembla soudain bien morose.

- Ce manoir a un grand pouvoir, expliqua sa mère en reprenant son sérieux. Il inspire la peur et fait fuir quiconque voudrait s’approcher. Mais cela ne s’est pas produit pour vous Helen. Cela veut dire que vous êtes différente.
- Différente de quoi ?
- D’eux.

Une migraine commençait à lui prendre la tête alors qu’un sentiment d’oppression grandissait au fond de sa poitrine. Ils étaient comme eux et différentes des villageois. Mais qu’était-elle ?

- Tu es une sorcière.

Helen sursauta et dut plisser les yeux lorsque la silhouette pénétra dans la pièce. Il s’agissait d’une jeune femme dont le visage était illuminé par une étrange lumière. Sa peau brillait de milles feux, plongeant les coins de la pièce dans les ténèbres. Le contraste était saisissant.

- Comme nous, tu as des pouvoirs et les autres te l’envieront jusqu’au point de vouloir te détruire.
- Mais… Les sorcières… n’existent pas !

La famille entière sourit face à son exclamation et ils se levèrent tous dans un même mouvement pour l’inviter à s’approcher de la fenêtre. Lorsqu’Helen se leva, elle entendit le tac qui était en suspens.

- Regarde par toi-même.

Helen se pencha par la fenêtre et sentit la peur revenir au galop. Les grilles étaient la seule muraille qui retenait la foule de torches qui se dressait à quelques mètres. De là où elle se trouvait, Helen pouvait voir les visages enragés des villageois qui demandaient réparation et la mort des coupables de sorcellerie.

- Ils ne peuvent rien nous faire, répéta la fille lumière.

Les plus courageux s’étaient accrochés aux grilles et commençaient à les escalader. Helen retint son souffle. Elle imaginait bien la crainte de la plupart mais admirait l’audace des meneurs du groupe qui continuaient leur ascension sans faiblir. Ce courage sembla rallumer le brasier de la haine et comme un seul homme, la foule finit par faire pression sur les grilles qui cédèrent sous leur poids.

- Non…, souffla Helen en reculant d’un pas.

Deux mains firent pression entre ses omoplates et la forcèrent à rester en première ligne. Muette de stupeur, elle n’eut donc d’autre choix que d’observer les villageois se déverser dans le jardin et courir vers l’entrée. Les coups résonnèrent avec force à leur droite, faisant trembler les murs. Les cris les entouraient. Les flammes illuminaient l’extérieur, presque plus vives que la fille lumière qui restait en retrait pour ne pas attirer l’attention.

Helen se sentit piégée. Pourquoi était-elle sortie de chez elle ? Pourrait-elle sortir d’ici en un seul morceau ou allait-elle périr avec cette étrange famille qui la fascinait autant que la terrifiait ?

Parmi la foule, Helen trouva sa réponse. Un des hommes, qu’elle reconnut comme étant son père, se détacha en faisant un pas en avant. Sa torche brandit au-dessus de sa tête, il hurla une phrase que sa fille ne put comprendre. Puis son bras s’arma et la torche fut envoyée avec force vers la fenêtre la plus proche.

Le bruit du verre brisé fendit l’air, très vite suivi de l’emprise des flammes avalant tout ce qui était combustible. La foule se recula légèrement et les cris changèrent. Ils perdirent leur note agressive mais laisser place à la victoire. Suivant l’exemple, une dizaine de torches jaillit de la foule et transpercèrent plusieurs vitres. Helen ferma les yeux lorsqu’elle aperçut une torche arrivée droit vers eux. Si la pression ne s’était pas faite plus forte dans son dos, elle se serait échappée. Mais pour aller où ?

- N’ayez pas peur mon enfant, chuchota la voix grave du propriétaire.
- Ouvrez les yeux et voyez par vous-même.

Les secondes s’écoulaient sans qu’Helen ne se sente prendre feu. Elle rouvrit donc doucement les paupières et aperçut, stupéfaite, la façade en feu. Les flammes étaient impressionnantes mais ne semblaient pas se propager comme elles le devraient. Les vitres étaient encore intactes, tout comme l’immense tapis rouge qui recouvrait le sol.

- Le feu…, chuchota-t-elle.
- Est notre allié, compléta la voix lointaine de Violine.
- Vous n’avez pas à en avoir peur.

Il ne pouvait s’agir que de magie. Une magie puissante. Qui les protégeait.

Chapitre 5 : Lunes by MaPlumeAPapote
Author's Notes:
Thème minuit : image de lunes
Être une sorcière n’était pas quelque chose qui s’apprenait. C’était quelque chose d’inné. Helen le comprit assez rapidement alors qu’elle passait de plus en plus de nuits au Manoir, à tenter d’apprendre à maitriser ses pouvoirs.


Premier croissant de lune.


Ceux-ci mettaient du temps à sortir mais ils étaient là, au fond d’elle. Elle n’avait d’abord pas cru la famille Nielsen mais au fil des jours, elle s’était faite une raison alors qu’elle ressentait que les choses changeaient autour d’elle. Les portes s’ouvraient sans qu’elle n’ait besoin de les toucher. Le feu s’allumait sous le four sans qu’elle n’ait besoin de craquer une allumette. Les petites choses de la vie courante se réalisaient pour lui faciliter ses tâches quotidiennes. Mais tout cela restait hors de sa portée.


Deuxième croissant de lune.


La première fois que se produisit l’impensable, Helen était en train de ranger les bazars que son père et son oncle avaient laissé derrière eux. Les bouteilles de verre trainaient à même le sol et une chaise avait même été renversée dans leur emportement. Il faut dire que depuis que les villageois pensaient avoir mis le feu au Manoir, une vraie gaité habitait les maisonnées. Le calme était revenu et les problèmes réglés.

Seulement Helen savait. Elle savait mieux que personne que l’illusion avait été créée par les Nielsen. Le manoir était peut-être en ruines aux yeux de tous, mais il était toujours bel et bien là et eux aussi. Alors, entendre son père se vanter d’avoir mis le feu à la bâtisse commençait à la rendre folle. Elle aurait aimé lui faire voir qu’il n’en était rien. Qu’ils étaient plus fort que leurs ridicules torches de feu. Leur faire ravaler leur triomphe illusoire.

Mais Helen ne dit rien. Tout ce qu’elle trouva à faire fut d’exploser toutes les bouteilles en mille morceaux sur le sol. Son père et son oncle étaient trop saouls pour se rendre compte de quoi que ce soit. Alors elle se retrouva seule à devoir nettoyer sa propre bêtise.

Elle n’eut besoin d’aucun balai, ni d’aucune pelle. D’un simple regard, les morceaux se rassemblèrent près de la poubelle dont le couvercle se souleva pour les accueillir. Le verre chuinta contre le métal dans un son agréable du travail bien fait.

Helen regarda ses mains et ressentit une étrange chaleur l’envahir. Venait-elle de faire ce drôle de sort ?


Demi-lune.


Ses émotions avaient pris le pas et dictaient ses sautes de magie. Il suffisait qu’Helen soit contrariée pour que toute foute le camp. La cohabitation avec son père devenait de plus en plus compliquée mais Helen voulait tenir bon. Elle attendait avec une grande impatience la tombée de la nuit pour pouvoir partir en douce retrouver la famille Nielsen au Manoir.

Elle s’était familiarisée avec chacun de ses membres et aimait apprendre de chacun d’eux. Les parents étaient cependant souvent introuvables et n’apparaissaient que lorsqu’ils avaient quelque chose à lui dire ou lui transmettre. Violine quant à elle l’attendait fidèlement à la grille du domaine tous les soirs et se réjouissait de pouvoir l’emmener dans ses chevauchés nocturnes. La nature et les animaux favorisaient grandement l’expansion de ses pouvoirs. Hestia quant à elle lui apprenait à maitriser le feu en lui expliquant toutes ses vertus. Il était cependant difficile à dompter et ses sautes d’humeur n’aidaient pas forcément.


Pleine lune.


- Ses sorcières sont des fourbes qui méritent tous de périr dans d’atroces souffrances…

Helen sursauta alors qu’elle empilait les assiettes sales de la fin du diner. Le ton véhément de son père lui fit l’effet d’une gifle. Pourquoi s’en prenait-il encore aux sorcières ? Helen avait du mal à comprendre la haine qu’il entretenait pour ces personnes qu’il n’avait en réalité jamais réellement vu – du moins en sachant qu’il se trouvait bel et bien devant l’une d’elle.

- Ne te mine pas, nous les retrouverons pour les abattre toutes.

Son oncle encourageant encore et toujours ce père qui perdait peu à peu l’esprit, alimentant cette psychose malsaine.

- Je ne vois pas ce que les sorcières ont pu te faire.

Helen rougit en entendant sa propre voix portée ses pensées habituellement muettes. Elle serra le verre qu’elle tenait dans ses mains et pria pour que son père n’ait rien entendu. Néanmoins sa prière ne fut pas entendue et les deux hommes affalés sur la table de la cuisine se redressèrent doucement, d’abord surpris par son intervention, puis agacés par sa remarque.

- Tu ne peux rien savoir femme, car tu passes ta vie cloitrée dans cette maison, siffla son oncle dont le froncement de sourcils ne présageait jamais rien de bon.
- Pour ta gouverne, les sorcières m’ont lancé un mauvais sort…, grommela son père en tendant son verre dans sa direction pour qu’elle lui serve à nouveau un peu de vin. Mes récoltes sont catastrophiques cette année. Depuis notre action d’ailleurs… Je suppose qu’en périssant dans leurs flammes, elles ont eu le temps de jeter un dernier maléfice !

Helen loucha sur le verre sans trouver la force de le remplir. La colère lui nouait l’estomac au point qu’elle ne parvint pas à trouver le moindre mot. Son père croyait-il vraiment que son malheur était causé par la magie alors même qu’il produisait de moins en moins d’effort pour faire fructifier ses champs ?

- Tu te l’ais donné tout seul ton malheur, souffla finalement la jeune femme en posant ostensiblement ses mains sur ses hanches.

Son père se redressa d’un bond et, fout de colère, lui envoya son verre à la figure. La surprise fut plus forte que la colère et Helen n’eut pas le réflexe de lever les mains. Néanmoins, ses pouvoirs prirent le dessus et l’objet se figea en plein vol, à quelques centimètres de sa cible.

Un silence de mort s’installa dans la pièce alors que les trois protagonistes regardaient le verre flotter dans les airs. Helen ne savait plus où se mettre alors qu’elle réalisait avoir franchi une étape qui l’empêcherait de faire marche arrière.

- Com…comment ?
- Ma… propre fille !

Les deux hommes échangèrent un regard où se lisait le même désarroi. Puis son oncle se leva et se jeta en avant.

Helen ne se souvint pas vraiment comment elle s’était retrouvée à courir sur le chemin menant au Manoir. Elle se souvint à peine avoir aperçu le visage radieux de Violine qui l’attendait sans pour autant arrêter sa course. Elle franchit le seuil de la maison en trombe et se rua dans le salon vide. La cheminée était toujours là, un feu réchauffant la pièce.

Helen s’en approcha et comprit la certitude qui tentait de s’insinuer dans son esprit depuis cette nuit où elle avait franchi pour la première fois les portes de cette demeure.

Elle était une sorcière.

Et maintenant elle devait fuir.
Chapitre 6 : Nouveau départ by MaPlumeAPapote
Author's Notes:
Thème 1h : photo chemin dans la forêt
Helen n’avait pas réellement peur. Elle se sentait même très bien. Libérée. Sereine. Enfin elle-même. Des sentiments positifs qui la poussaient à accepter sa force et sa différence. Elle était fière d’être aussi spéciale. Fière de ne pas avoir porté des préjugés injustes et avoir ainsi pu évoluer en si peu de temps.

Quitter son village lui faisait moins mal qu’elle ne le pensait. Violine souffrirait sans doute plus qu’elle de cette soudaine séparation. Mais c’était le moment idéal pour quitter cet étau qui l’étouffait depuis déjà trop longtemps.

Son seul regret serait de quitter sa mère, enterrée dans le petit cimetière en contrebas. Elle avait été son seul réel soutien durant toute sa jeunesse. La quitter sans savoir si elle pourrait un jour revenir lui déchirait le cœur. Cependant, rien ne lui obligeait à tourner le dos pour toujours à cet endroit ! Et puis, ne plus revoir les Nielsen qui lui avaient tout appris serait également très difficile.

Rassénérée, Helen augmenta ses foulées. Oui. Elle reviendrait. Dès que les choses se seraient tassées et dès qu’elle aurait pris sa vie en main. Elle ne savait pas réellement ce qu’elle ferait de son avenir proche. Ni de son avenir plus lointain. Mais elle trouverait. Car la magie l’accompagnait. Et qu’elle était une battante.

La route se profilait devant elle, tel un long chemin sinueux, lui promettant de belles promesses d’avenir. Au-dessus de sa tête, le ciel était dégagé et laissait apparaître la lune pleine qui l’accompagnerait dans la première partie de son voyage. Une nouvelle histoire remplie de découvertes. Un nouveau départ.
End Notes:
Voilà, une petite histoire inventée en une nuit très inspirante ! Encore un grand merci aux organisatrices et un grand merci à vous d'avoir terminé votre lecture ici. J'espère que ça vous aura plu. N'hésitez pas à laisser un petit avis sur votre ressenti, positif ou négatif !

A très bientôt.
Plume
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